27.03.2008

Les aventures africaines de Blake et Mortimer

Pour leur retour, Blake et Mortimer ont repris la piste ouverte par le plus célèbre de leurs aînés. Direction l'Afrique. Blake et son fidèle ami ne partent pas au Congo comme Tintin, mais au Kenya et en Tanzanie. Leur dernière aventure, Le Sanctuaire de Gondwana (Dargaud), sort demain. André Juillard est au dessin et Yves Sente au scénario.

Dans le calme de son atelier parisien, André Juillard feuillette les planches de son nouvel album : « Je ne suis pas très à l'aise avec la science-fiction, mais j'adore les années cinquante, le côté british. Dessiner cet album a été très plaisant. » La SF revient en effet en force dans ces aventures africaines. « L'archéologie également dans un contexte de mondes perdus dans la droite ligne de Jacobs. Souvenez-vous de l'Atlantide, de La Marque Jaune. » Une évidence : ces aventures au Gondwana ont une saveur subtile, celle de la maturité. « Yves Sente a toujours voulu faire voyager Blake et Mortimer. Il a eu l'idée de mettre des petits drapeaux sur une mappemonde pour matérialiser leurs voyages. Et l'Afrique oubliée s'est imposée comme destination. » Du coup, Juillard s'est lancé dans des paysages de savanes avec éléphants, lions ou lycaons. « J'avais beaucoup aimé le film Hatari avec John Wayne. » Un clin d'oeil.

771f1d47a81f3ea39bfcfd7057bc4b97.jpgMais l'Afrique n'est pas seule au rendez-vous. « On va retrouver dans cet album des personnages secondaires, parfois oubliés, créés soit par Jacobs lui-même ou par Ted Benoit. Cela a été agréable de les faire revivre. » Une piste de plus pour confirmer qu'il y a beaucoup de surprises dans ce tome qui suit de près le dernier album, Les Sarcophages du 6e continent, dans lequel des pistes avaient été ouvertes pour la suite.

Pas un mot de plus, by Jove, comme dirait Mortimer, car le suspense est seul maître à bord. Yves Sente a bien ficelé son scénario. « Il prévoit tout avec un découpage scrupuleux. Car si on oublie le moindre boulon, la mécanique se grippe », poursuit Juillard. On apprendra aussi que Mortimer écrit ses mémoires. Juillard se consacre pour l'heure à la suite des aventures de son autre personnage, Lana, sur un scénario de Christin : « Elle sera l'héroïne d'une histoire d'espionnage moins feutrée. Je ne peux pas sortir d'une histoire quand je la commence, ni travailler sur deux albums à la fois. Côté projets, j'en ai mais je prends mon temps. » Difficile de le lui reprocher quand on se penche sur le dessin de Juillard à la fois léché, précis et réaliste. En parallèle à la sortie du S anctuaire de Gondwana est également publié un spécial Dans les Coulisses qui rassemble ses travaux préparatoires. Sans oublier une exposition de ses originaux à la galerie Desbois à Paris et une exceptionnelle vente aux enchères le 29 mars chez Artcurial qui va rassembler des oeuvres d'Hergé (un projet de couverture de Tintin en Amérique estimé à 280 000 €), de Bilal, Druillet, Guarnido, Pratt, Mattotti. Et Juillard bien sûr.

Lémurien intime

86e5d03c6357133ceec4797138fb6eff.jpgFabrice Tarrin n'a pas une vie de tout repos. Quand il décide de venir s'installer à Montpellier le dessinateur de Violine et du dernier Spirou ne se doute pas que cela allait lui inspirer un nouveau personnage, lui-même sous les traits d'un lémurien. L'adorable bestiole fera ses premiers pas sur son blog pour devenir enfin le héros d'un journal intime dans lequel Tarrin raconte sa vie mouvementée, sentimentale, amicale. En alignant une galerie de portraits animaliers parfaitement cernés, du recul et un humour que son trait rehausse Fabrice Tarrin nous offre un joli détour tendre et séduisant. Journal intime d'un lémurien, Shampoing Delcourt, 13,95 €.

Eva se cherche

abe488e6ba7cd401a7e294cbca59bca5.jpgElle est dans l'air du temps, Eva. Trentenaire sympa, un brin brouillon, à la dérive parfois, Eva a un gros coeur à prendre. Alors quand elle déprime côté boulot ou amour, Eva se laisse aller sous la couette ou achète des fringues.

Flanquée de sa copine Olivia et de son portable (vital), Eva déroule sa vie au fil des planches que signe Aude Picault avec beaucoup de lucidité, de réalisme et d'humour. On sent qu'il y a du vécu dans cette Eva, qu'Aude Picault s'est inspirée de ses copines. La solitude, elle n'en veut pas, Eva. Aude Picault a trouvé une Eva qui se cherche, on le souhaite, encore longtemps. Eva, Glénat, 10,90 €.

17.03.2008

Biker fou

788fa5e302f0dd0dfd94dcaae906adf0.jpgAuteur montpelliérain Fane a signé, il y a un an, avec Téhy, l'un des meilleurs romans graphiques de la saison, Petites Eclipses, saga estivale de couples en crise.

Avec la reprise de son héros Tunny Head, un biker fou et surréaliste dans la déraison, c'est une autre facette de son talent qui fait découvrir Fane en toute liberté conceptrice.

Tunny Head est sanguinaire, un brin abruti mais capable quand même de brefs éclairs de lucidité. Les cadavres jonchent sa route. Fane fait de Tunny une sorte de chevalier de l'apocalypse rigolo et philosophe cynique. Un agréable retour. "Tunny Head", Editions 12 Bis, 19 €

Piège à loup

263d43f5c9c6029f946421e37e6061bd.jpgDidier Tronchet nous offre une superbe histoire noire et tendre, une comédie dramatique à rebondissements, un polar social qui se découvre et se déguste avec délices.

Un gynécologue en mal d'aventures amoureuses s'associe à un brave type paumé avec un gros coeur et une Roumaine charmante qui va balader son petit monde pour la bonne cause. François, Jacky et Iléna se heurtent à une mafia de la prostitution. Et découvrent amour vrai et amitié.

Un beau suspense, un Tronchet en plein élan créatif, un humour acerbe, 120 pages de talent aux héros romantiques. "La Gueule du loup", Futuropolis, 19 €

07.03.2008

Un joli lot de drôles de dames

b95dddc27eebde38a6d15d4cf6dcd3ea.jpgLa parité serait-elle en train de montrer le bout de ses cases en BD ? Les héroïnes sont en effet de plus en plus nombreuses au fil des nouveautés. Dernière en date Ely, qui dans la série Damoclès (Dupuis, 10,40 €) est à la tête d'une équipe de gardes du corps chargés de la protection rapprochée de personnalités.

Les agents de Damoclès font dans le haut de gamme et n'ont pas droit à l'erreur. C'est à Londres dans un futur proche que Ely et son équipe vont avoir à protéger Saïd, le fils d'un magnat de l'armement qui sera enlevé si son père ne met pas un terme à ses trafics.

Callède au scénario et Henriet au dessin ont mis en place une héroïne certes de choc mais avec ses faiblesses et ses doutes. Efficacité dans le dessin et l'histoire, des personnages bien campés, Damoclès a le rythme des bons thrillers.

c24456cc0954dbbd070f5369df026981.jpgAvec le tome V d'Agence Hardy (Dargaud, 10,40 €) on retrouve Edith, détective privé à la fin des années cinquante. La dessinatrice Annie Goetzinger et son complice Pierre Christin au scénario ont envoyé Edith enquêter à Berlin qui sera bientôt coupé en deux par le fameux mur. Elle va y retrouver un agent américain qui lui fait les yeux doux. Belle ambiance et reconstitution parfaite des années de guerre froide pour Edith qui, elle aussi, doit éviter que le fils d'une personnalité soit enlevée.

cf4bbeabed9f8d7178d860b1158a15c6.jpgEnfin, un coup de coeur pour la brune Poison Ivy (Dargaud, 10,40 €) et ses copines signées Berthet et Yann. Dans le tome V, Baraka à Bir Hakeim elles vont voler un convoi d'or pour Roosevelt. Bel humour historique pour ces drôles de dames qui vont affronter, pas moins, l'Afrika Korps de Rommel en plein désert, se moquer avec le sourire des Français. Une série qui est arrivée à maturité en particulier au nivau scénario avec plein de clins d'oeil entre autres cinématographiques. Un vrai plaisir et un Berthet toujours aussi agréable au dessin.

Dans le Delta

dd90d2be625dfd6fa89e87d2b3b8e8b6.jpgDes pirates sanguinaires, le fils un peu niais mais bon coeur d'un noble fort riche, une jeune indienne, Lina, esclave des boucaniers, voici les protagonistes de cette nouvelle série. Gabriel, l'héritier, sera libéré par Lina qui a des pouvoirs magiques et va lui apprendre à vivre.

Les deux jeunes gens feront cause commune après avoir pris la juste mesure de leurs conditions. On adhère à ce mélange d'aventures classiques et de fantastiques à la Pirates des Caraïbes. Fonteneau a écrit une histoire qui tient la route et le dessin de Ricci et Simonacci sont parfaits dans leur réalisme coloré. Delta, T 1 L'Anse aux crânes, Humanoïdes Associés, 12,90 €.

Johan et Pirlouit, l'intégrale

6eefb664e90d63104a3f5f0bdd4c5a3d.jpgOn a oublié que Peyo avait inventé les Schtroumpfs comme personnages secondaires de sa série Johan et Pirlouit. Au tout début des années cinquante Peyo publie dans Spirou les premières planches de Johan, page du Roy, un jeune homme courageux qui va déjouer complots et trahisons. Johan sera rejoint bientôt par le nain Pirlouit, un joyeux luron qui apporte une touche d'humour à la série. Avec la réédition du premier volume des aventures de Johan et Pirlouit on a redécouvre toute une époque de la BD, celle d'un dessin superbe, vivant, touchant dont Peyo était l'un des maÎtres. Intégrale Johan et Pirlouit, T 1, Dupuis, 17 €.

24.02.2008

Les débuts prometteurs du futur Holmes

c8e6fc7206a4353e54c458d5161b0ab1.gifSherlock Mattiews, un jeune archéologue déluré, rentre d’urgence en Angleterre où sa mère vient de se suicider. Son frère Mycroft le rejoint dans le manoir familial. Sherlock va le convaincre à l’aide d’un faisceau de preuves irréfutables que leur mère a été en fait assassinée pendant l’absence de leur père, un riche industriel. Les deux frères vont remonter jusqu’au commanditaire du meurtre, un certain Moriarty. On se doute bien dès le départ que ce Sherlock sera un jour le Holmes de Baker Street sans encore son Docteur Watson. Ce sont ses origines et les raisons qui pousseront le maître de la déduction à devenir détective que nous dévoilent ce premier tome. Un bon suspense bien mis en place. Le dessin de Le Hir est fidèle à l’ambiance de l’histoire. Sherlock T1/ Didier Convard / Eric Adam/Le Hir / Glénat

 

 Drôles de dames dans les sables

Et, coucou les revoilà les drôles de dames du Président Roosevelt. Elles ont toutes un don, un pouvoir qui va leur permettre, pendant la seconde guerre mondiale, d’aller accomplir des missions dangereuses mais vitales pour l’avenir du monde libre. On les avait quittées en Chine. Dans ce dernier volume, le troisième de la série, Baraka à Bir Hakeim (titre qui n’aurait pas déplu à Jean Bruce pour l’un de ses OSS 117), on les retrouve en 1942 avec la brune Poison Ivy à leur tête dans les sables du désert de Lybie.

Pour  ceux qui ne savent pas, à Bir Hakeim celle année là, une poignée de soldats de la France Libre du Général de Gaulle ont bloqué l’avance des Allemands de Rommel et permis la prise de Tobrouk par les Anglais. Un tournant du conflit. Nos six pétroleuses ont, elles, un autre objectif, le pognon, le stock d’or que les Français Libres ont mis à gauche pour se payer du matériel. Et ils y vont carrément la femelle Troll, l’aveugle à l’ouie de radar ou l’iceberg ambulant sans oublier la brunette des bayous qui « roule des pelles » mortelles. Dans le plus pur style « Morfalous » ou « Un Taxi pour Tobrouk ». Des clins d’œil cinématographiques Yann et Berthet s’en offrent de beaux.

Des traîtres, des amourettes, de l’action et des filles superbes, ce tome 3 est excellent. Parodie, humour décalé, on sent que les auteurs ont atteint leur vitesse de croisière sans prétention. Berthet sait parfaitement bien doser son dessin en gardant réalisme et crédibilité, flirte joliment avec la caricature. Adhésion garantie. Les exploits de Poison Ivy, T3, Baraka à Bir Hakeim / Yann et Berthet / Dargaud, 10,40 E.

 

 

21.02.2008

Balade à travers le monde de l'enfance

Un monde délicat que celui de l'enfance. Deux albums se sont emparés à des degrés divers de cet univers dont on garde toujours la nostalgie.

4d3a2ba3c494807d7fe5e597fde5a63f.jpgLe premier, Oh les Filles (Futuropolis. 15 €) est signé Emmanuel Lepage au dessin et Sophie Michel au scénario. On y suit le destin de trois petites filles, Chloé, Leïla et Agnès de leur naissance à la pré-adolescence. Tout pourrait les séparer. Leïla est maghrébine, Chloé ne sait pas qui est son père et Agnès est élevée par une nounou qui compense les carences affectives de ses parents très occupés par leurs boulots. De leur naissance qui campe le décor à leurs années de maternelle et de primaire on suit leurs caractères qui s'affirment. Leila fera face au racisme, Chloé voudra devenir une danseuse classique et Agnès sera la rebelle du trio. Rapports mère fille, tensions et joies simples de l'enfance, Lepage à qui l'on doit Muchacho et La Terre Sans Mal a trouvé avec le texte subtil de Sophie Michel, qui fait ses premiers pas en BD, un terrain où il excelle. Son dessin colle au sujet, enflamme ses personnages. Il y aura une suite à cette première partie.

Plus traditionnel Aventures sur l'Aber est signé par Adelson et illustré par Patrick Jusseaume (Gibus. 12,35 €). Ils sont quatre enfants dont une petite fille. Et dans cette Bretagne du bout du monde où ils vivent ils partent en expédition à la découverte des mystères de l'Île de l'ermite. Une balade en barque, un trésor introuvable et un ermite colérique, on retrouve avec plaisir toutes les joies vraies et simples de l'enfance sans fard ni cynisme.

Yazukas en guerre

56cabeb69bf2ba9466526106b860100d.jpgLes clans de Yazukas de la maffia japonaise s'affrontent à Tokyo. Seul le Gaijin, Alex Otoishi, un détective métis est capable de sauver la paix en ménageant le fragile équilibre qui règne. Le Gaijin ne travaille que pour les Yazukas qui le respectent mais cette fois il doit protéger un policier témoin d'un meurtre qui peut faire basculer l'édifice. Deux auteurs italiens, Blengino et Pier Gallo sont aux commandes de cette nouvelle série particulièrement efficace. Un vrai thriller, nerveux et mené à cent à l'heure. Un excellent scénario et un dessin qui colle à l'action par son réalisme. Une guerre des gangs qui commence bien. Gaijin T1, Delcourt. 10,50 €

Invasion martienne

bb21d659d57ce8df663ea17a9474ee58.jpgUn album atypique cette histoire d'invasion de notre douce Terre par des Martiens qui prennent l'apparence humaine. A la fin des années soixante scrupuleusement reconstituées un pilote canadien qui a été un héros de la guerre mondiale contre les Asiates devient le fer de lance de la résistance à l'envahisseur.

Une ambiance à la Jacobs qui rappelle aussi celle des meilleurs films de SF et polars des années 50, des décors prodigieux de réalisme, un dessin étonnant par sa vigueur et son indépendance, Grégoire Bouchard a signé 150 pages qui vont faire date. Une suite peut-être ? Vers les Mondes Lointains, Paquet. 19,50 €

14.02.2008

Félicitations M. le Président

Aucun homme politique avant lui n'a autant inspiré scénaristes et dessinateurs. En devenant président de la République Nicolas Sarkozy est aussi devenu une star de la BD. D'accord. On avait bien senti tout au long de la campagne qu'il allait falloir se faire une raison. En prime il y met du sien mais en ce début 2008 (et l'actualité présidentielle aidant) bonjour la vague de planches et de bulles qui se font un malin plaisir de propulser Nicolas Sarkozy au rang de star de la BD.

f1d72cbb06b9b3aca370a12f6f53505b.jpgOn commence par le dernier en date, Contes de fées à l'Élysée (Vents des Savanes). Jul, dessinateur de presse, a anticipé le mariage de Nicolas et Carla. Et il s'est même un peu trompé dans le décorum. Liste de mariage, les invités, Jul s'offre un petit voyage en Egypte et à Disneyland. Le tout avec férocité.

Dans France Terre d'asile (Le Lombard) c'est Maëster, auteur de l'inénarrable Soeur Marie-Thérèse qui caricature à tour de pinceaux. Ratissage très large mais Maëster avoue une petite faiblesse pour une vision napoléonienne du Président très présent dans l'album mais comme le dit Maëster « c'est pas ma faute s'il monopolise la politique en France ». On revient sur deux albums pas vraiment tristes. Bonne fête Nicolas (Vents des Savanes) rassemble les dessins signés Cabu, Jul, Wolinski ou Riss.

8d14e9c5ca2579cac8a52e5d3d3cda22.gifY a du lourd et du décapant dans le lot. Idem pour Nico Shark (Delcourt) de Frantico. Une fable dont le héros, Nico, dirige une entreprise multinationale avec un directeur général qui ressemble beaucoup à un certain Fillon. Dernière parution en date, Sarkorama (Dargaud 8,50 €). Pétillon s'en donne à coeur joie avec ses dessins de presse qui ont pour la plupart Nicolas Sarkozy comme héros.

La garde meurt

ab7c503181ca4212967d2636ab952506.jpgUne découverte, celle de l'Américain, David Petersen, et de l'univers qu'il a bâti autour de la Garde qui protège le monde des souris. Un territoire en pleine anarchie peuplé de monstres où l'on se bat pour le pouvoir, la Garde doit déjouer complots et trahisons. Le dessin de Petersen est superbe, d'un réalisme élégant. Ses souris dont les trois gardes qui sont les héros de l'aventure, Kenzie, Saxon et Lieam s'imposent par leur charisme et leur graphisme.

On suit pas à pas l'épopée de cette Garde qui affrontera un traître en son sein et une armée qui risque de prendre leur forteresse. Incontournable. Légendes de la garde", Petersen, Gallimard, 18,50 €

Fascination

6ccebc9c90376ac101da16125ee2734c.jpgPénélope Bagieu est une jeune femme qui en racontant sa vie fait oeuvre de bienfaisance. En jetant un regard sans concession sur elle-même, en se moquant de ses petits travers, en tenant son blog ou en égratignant copines et copains, Pénélope Bagieu fait rire et décontracte sacrément l'atmosphère. Dans son recueil de dessins qui sont autant de saynètes piquantes, tendres et drôles elle donne aussi une image juste d'une jeune femme d'aujourd'hui. Sur une ou deux pages Pénélope se livre et enrage avec la vie quotidienne pour décor et ses amours transis. Ma Vie est tout à fait fascinante, Pénélope Bagieu, Gawsewitch, 15 €

04.02.2008

Les héroïnes de Meynet têtes d'affiche à Bagnols sur Cèze

Félix Meynet est un auteur de BD à la large palette avec un goût certain et un talent tout aussi affirmé au dessin pour la beauté féminine. Et l'affiche qu'il a signée pour cette septième édition du festival du livre et de la bande dessinée en est l'exemple parfait. Félix Meynet a donné vie à des héroïnes, certes qui n'ont pas une vie simple, mais qui ont un charme, si ce n'est des charmes, que pourraient leur envier Laetitia Casta ou Sophie Marceau.

Mais ce serait injuste et réducteur de limiter les planches de Félix Meynet à ce seul impact esthétique. Retour en arrière. Félix Meynet est savoyard et même à ses débuts moniteur de ski. Par passion pour la BD il va rapidement abandonner les pistes et tenter la grande aventure en "montant" à la capitale. Premiers essais dans les pages du magazine Circus mais retour rapide vers les alpages sans pour autant abandonner ses crayons même s'il reprend ses bâtons de moniteur.

4af0a964a6120f1032db76e959d7be8f.jpgAu début des années quatre-vingt-dix, Félix Meynet publie le premier volume des aventures de Double M (Dargaud) sur un scénario de Pascal Roman, un duo de héros savoureux composé d'un moniteur de ski (allez savoir pourquoi) et d'une jeune (et superbe bien sûr) Mirabelle, journaliste à l'aube des années cinquante. Aventure, enquête, espionnage sur fond de baby-boom, le tout teinté d'un zeste d'érotisme à base de guêpières et de soutiens-gorge pigeonnants, Double M lancera définitivement la carrière de Meynet. Midi Libre publiera Double M à deux reprises...

Double M est mis en sommeil après sept albums mais une reprise se profile. Meynet écrirait le scénario. Il crée dans la foulée le personnage de Fanfoué, un vieux savoyard qui aime sa montagne tout en lorgnant du bout des yeux sur les jolies touristes. Strips et planches vont donner à Fanfoué une notoriété qui dépassera largement grâce à son humour et à la qualité du dessin le simple cadre de la Savoie.

Mais c'est avec deux femmes qui n'ont rien de fragile, que Meynet va poursuivre sa carrière toujours chez Dargaud. Il y aura d'abord Tatiana K sur un scénario de Corteggiani. Une transfuge du KGB, sculpturale, Tatiana, n'a pas d'états d'âme et oeuvre à sauver le monde. Mais la série n'ira pas plus loin que deux albums : « Tatiana », dira Meynet, « ne m'était plus sympathique. L'absence de second degré me gênait ».

Place alors aux Eternels et à la brune Uma concoctée par Yann, un scénariste pétillant aux polars toujours cadrés et bien ficelés. Un brin suicidaire de nature, Uma va plonger dans le monde dangereux des diamantaires. Un nouvel album sortira bientôt. Sur l'affiche du festival de Bagnols sur Cèze, Meynet a croqué l'une de ses héroïnes. De charme et d'action.

A New Byzance

e85b34edfbd4d134a79ff7ebe3780e82.jpgDepuis Le Grand Jeu de Pécau l'uchronie s'est imposée. On retravaille l'Histoire en en proposant une réalité alternative. C'est le défi du scénariste Corbeyran avec une triple série de trois titres chacune dont New Byzance est le premier tome. Le terrorisme de 2001 a fait basculer le monde. Le fondamentalisme règne en maître. Zack, le prescient, montre à des coupables potentiels quels pourraient être leurs crimes si on les laissait faire. Il peut reconfigurer leur esprit. Mais ses pouvoirs diminuent et à son tour il devient la proie des fondamentalistes. Solide. "New Byzance", Corbeyran / Chabbert, Glénat, 12,50 €.

Tiffany enquête

0e62b488145c281ecf4686af171c0155.jpgUne jeune femme bien sous tout rapport et bien née est devenue détective. Cette fois dans ce tome II qui tient ses promesses Tiffany doit retrouver l'héritier potentiel d'un riche vieillard général qui plus est, héros de la France Libre Mais elle n'est pas seule sur la piste. Une tueuse aussi douée que jolie fait le ménage. On suit Tiffany qui doit éviter aussi les escrocs en tout genre. Un détail : Tiffany a le pouvoir par moments de lire les pensées des autres. Ce qui aide. Yann a concocté un scénario, qui tient la route, bien dosé en humour. Le dessin d'Herval est clair, nerveux, ligne claire. "Tiffany", T2 Célestine, Yann / Herval, Delcourt, 12,90 €.

 

06.01.2008

Petite brise sur la plaine cosaque

Un rigolo ce Tarass Boulba, prince des Cosaques, une grande gueule qui hésite à chosir son style entre Obélix et Falstaff. Il a deux fils. Le premier est aussi jobard que lui, flanque des baffes à son père et le second est un gentil frustré au cœur d’artichaut qui passera à l’ennemi au prochain album. Une banale histoire de coeur.

 

d474a028677a95a8818cb8aa49455988.jpgCe premier tome des aventures familiales des Boulba est un mille-feuille grandiloquent aux allures d’opéra russe, bien sûr puisque le roman est de Gogol, et aux personnages caricaturaux. Kordey dessine cette fois comme un illustrateur pour livre d’histoire du début du XXe siècle. Froids, l’adaptation de Morvan et l’album sont figés. Les envolées sabre au clair sont de la revue, Boulba grimaçant et bodybuildé. Tarass-Boulba / Morvan et Kordey / Delcourt, 12,90 E

 

De Lawrence d'Arabie à Jack London

Ils sont cinq demi-dieux à semer la panique depuis la création du monde. Ils ont pris les hommes comme marionnettes, l’Histoire comme gigantesque scène de théâtre. Au passage ils se haïssent, les archontes, et certains sont plus ou moins sympas selon l’humeur du moment. Ils ont des cartes d’ivoire aux pouvoirs fabuleux qui ne doivent jamais être réunies par un seul d’entre eux sous peine de fin du monde.On en est avec ce tome X aux années 1920. La guerre de 14 a été un superbe terrain de jeux pour les ambitions des archontes qui ont poussé leurs pions sur l’échiquier sanglant.

En Arabie les royaumes se défont et le pétrole va devenir le nouvel enjeu sous l’œil du fameux Lawrence qui veut aider les peuples arabes à s’unir. Pouvoirs maléfiques, les archontes jouent leurs cartes et manipulent leurs créatures des sables du désert aux neiges des steppes russes et à un port de Corée où vagabonde un certain Jack London. Rebondissements assurés. Il ne manque rien dans cette suite d’une série fleuve superbe qui est totalement maîtrisée par ce fou d’Histoire contemporaine qu’est Jean-Pierre Pécau.

Kordey se coule avec rigueur dans ce long fleuve en ébullition permanente. Son dessin est celui qu’il fallait, fort, réaliste, précis et détaillé, à la hauteur d’un heureux mélange de fantastique et de contexte historique authentique. L’Histoire Secrète, T 10 La Pierre Noire , Pécau et Kordey / Delcourt, 12,90 E

 

 

 

28.12.2007

Le Poilu au masque de fer

 

Allons enfants. On est en 1914. La France éternelle jamais au bout de l’idée de génie qui va lui permettre de décrocher la timbale a inventé le combattant de l’an 2000, un petit gars survitaminé à la robotique bien huilée. L’homme qui valait son pesant de francs or en cette veille de premier conflit mondial est le chef-d’œuvre d’un clone des docteurs Mabuse et Frankenstein réunis, du lourd et du violent. Et d’un colonel drapé dans le drapeau tricolore sur lequel déteint en larges flaques son ambition et le sang de ses cobayes humains.

 

9918a603265069ba70ffe57b45b253ea.jpgUn poilu indestructible est donc le héros de cette nouvelle série. Un brave type qui a inventé une pile à l’énergie illimitée se retrouve sans bras ni jambes après avoir pris un obus mal placé en partant à l’assaut. D’une pierre deux coups. Il devient le poilu au masque de fer, un Superman avant la lettre, charcuté par un toubib cinglé et protégé par un sergent qui a fait les colonies. Pour cette nouvelle série Dorison a mis la dose maximum dans ce scénario qui mélange allégrement les genres sans exclusive.

 

Fantastique, grand guignol dégoulinant d’hémoglobine ce qui pour l’époque est de mise, et même un brin de nationalisme qui donne une impression d’alibi, romance à deux sous, on a un sentiment de malaise au final de ces pages dont on attendait autre chose au départ. Le dessin n’y est pour rien. Breccia assure même si il en fait parfois un peu trop dans le regard figé ou grimaçant sur la ligne bleue des Vosges. Et finalement, si c’était le sujet, la guerre de 14, qui n’était pas évident à manipuler en particulier en surfant sur une dérive aussi violemment fantastique ? Emprunter les chemins de l’Histoire n’est pas sans danger. « Les Sentinelles, T 1, Les Moissons d’acier » / Dorison et Breccia / Robert Laffont

 

 

Comédie d'amour, Jade l’espiègle qui hait le destin

Après le savoureux Espace d’un soir qui montrait les chassés-croisés de couples en évolution voire révolution Brigitte Luciani et Colonel Moutarde ont cette fois pris en mains le destin de Jade, jeune actrice mignonne en diable qui a l’indépendance chevillée au corps. Leur album sortira début janvier.

98a448c90f80f63a8ce25cbb0bd8b9a3.jpgJade, espiègle et mutine, ne supporte pas la voix off qui, au fil des planches, lui trace sa route. C’est l’amour qu’elle cherche, légère et sensuelle, rebelle et déterminée. Vive la vie et ses surprises, ses coups de cœur et ses larmes. C’est sur les toits que le hasard (pas ce destin qu’abhorre la scénariste Brigitte Lucciani à droite sur la photo/JLT DR) va lui faire rencontrer le beau Gwen organisateur de périples de rêve pour touristes plein aux as. Jade, ses petits poings serrés et sa jolie frimousse au vent, devient la nounou des enfants d’un yankee qui lui en ferait bien un vite fait. De visites en souterrains mystérieux, Jade balade son petit monde effleure la vie, joue la comédie d’amour et se prend le cœur au piège.

Brigitte Lucciani et Colonel Moutarde ont avec Jade mis en scène un univers que l’on pourra savourer à plusieurs niveaux. Un clin d’œil aux cartoons des années cinquante, un autre mais involontaire à une autre jeune femme, l’espiègle Lili, et on se plait à se laisser porter par la fantaisie enjouée de Jade. "Comédie d’amour" / Brigitte Luciani et Colonel Moutarde / Delcourt

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