18.03.2008

Giardino tire ses leçons de l'Histoire

BD Vittorio Giardino présentait au Salon le dernier tome de Max Fridman (1), son héros pris au piège de la guerre civile espagnole. Avec l'élégance subtile d'un auteur dont les travaux sont rares. Le premier Fridman est paru aux débuts des années 80, le cinquième aujourd'hui. Un homme tout en finesse qui a le charme de son Italie natale et sait à merveille parler de son art. 

Pourquoi avoir choisi la guerre d'Espagne, un conflit un peu oublié de nos jours ?

Parce que justement on a oublié que l'Espagne en 1938 a été le « terrain de jeux » du fascisme qui y a testé sa vision de la guerre moderne en bombardant les populations civiles. Parce que plus récemment le siège de Sarajevo a ressemblé à celui de Madrid. Ou encore que les démocraties ferment aujourd'hui les yeux sur le Darfour. L'Histoire donne des leçons qu'il faut savoir retenir.

Fridman est français, ancien agent des services secrets. Il est juif et a combattu dans les Brigades Internationales. Giardino est-il un auteur engagé qui ressemble à son héros ?

43d64e9a0c07370677310ad3094e56af.jpgC'est très important pour moi que Fridman soit juif. Ils ont toujours été confrontés aux persécutions depuis des siècles. Fridman comprend ainsi mieux que tout autre en 1938 ce que les nazis risquent de faire. Je suis allé récemment en Israël et je pense qu'une prochaine aventure de Fridman s'y déroulera à la veille de l'indépendance en 1948. Et un autre épisode en 1940, en France, pendant la "drôle de guerre", au moment où on se refuse à envisager malgré tout qu'une tuerie comme celle de 14-18 puisse se reproduire. Enfin, oui, Fridman me ressemble beaucoup. Barbe, pipe (sourire).

Votre dessin très réaliste est prenant, envoûtant. On plonge directement dans l'intrigue.

Le spectateur doit être acteur. J'écris de très longues histoires dans lesquelles je coupe largement. Je prolonge par des croquis en même temps de façon à me mettre à la place de chacun de mes personnages. Je suis d'une précision cependant rigoureuse. C'est le secret. Une BD ce n'est pas un reportage photo. Mes décors urbains sont souvent en fait inventés.

 

Les femmes tiennent une place très importante dans votre oeuvre. Vous avez illustré pour Vogue ou Glamour. Dans Fridman il y a toujours un second rôle féminin.

J'aime les femmes et en particulier la mienne et mes deux filles. J'aime les dessiner mais je suis incapable de me mettre vraiment dans leur peau. Comme il m'est impossible de dessiner de la science-fiction. Moebius est inégalable dans ce domaine. Non, ce qui me manque c'est le temps pour dessiner tous mes projets et en particulier le tome 3 de Jonas Fink qui raconte la vie d'un jeune homme juif sous un régime communiste d'un pays de l'est. Je vais m'y mettre, promis. (1) Max Fridman, Sin illusion, T5, Glénat, 13 €.

29.07.2007

Tardi aime la BD feuilleton et se fait des frayeurs avec ses personnages

medium_BDTARDI.jpgJacques Tardi, magicien des mots et du dessin, en noir et blanc ou en couleur, signe bientôt une nouvelle aventure d’Adèle Blanc-Sec. Et, chose rare, se confie dans l’intimité de son atelier parisien.

Vautrin pour Le Cri du Peuple, Léo Malet et Nestor Burma, Siniac et Le Secret de l’Etrangleur, vous revenez quand même à votre héroïne, Adèle Blanc-Sec dont le neuvième album sort à la rentrée après neuf ans d’absence.

Un vrai besoin. Adapter les autres est trop reposant. On sait de suite qui est le méchant, l’assassin. Le tout dans une structure imposée. En fait, je crois que j’avais envie de me faire un peu peur en me replongeant dans un feuilleton écrit par moi qui à tout moment, par la volonté des personnages, pouvait m’échapper.

Vous faire peur ?

Absolument. Je me piège moi-même. Et c’est jouissif. Je m’embarque dans une direction et je me retrouve exactement là où je ne voulais pas aller. Quelques fois la logique sort égratignée en faveur du rebondissement.

medium_BDADELE.jpgVous avez toujours été dans votre élément avec le feuilleton en BD ?

Depuis longtemps je travaille sur ce style d’écriture même si aujourd’hui le format album s’est imposé car il n’y a plus de journaux vraiment dédiés à la BD, ni de publication en presse quotidienne pour un vrai feuilleton. Le feuilleton permet de travailler de multiples façons en débitant l’histoire au quotidien, en excitant l’intérêt du lecteur, imaginer qu’il va rebondir avec vous. Cela dit ne rêvons pas. Si on publiait Les Mystères de Paris de nos jours ils seraient illisibles tant Sue a tiré à la ligne.

Un feuilleton est plus simple à gérer, à écrire ?

Non car il génère cette angoisse du rebondissement dont je vous parlais et il doit intégrer deux pôles d’intérêt, divertir avec des histoires rocambolesques et vous permettre de vous exprimer, dire ce qui vous tient à cœur. Et c’est ce qui est difficile. Vous faites parler, agir des personnages dont tout vous éloigne parfois. Je vais me mettre dans la peau d’un flic par exemple, et ce n’est pas ma tasse de thé.

C’est une question d’honnêteté, d’objectivité ?

Je ne sais pas. Au moins de crédibilité. J’essaye de me mettre à la place du type, comment il va répliquer. On ne peut pas agresser le lecteur en étant partial même si on en a envie. Vous avez toujours beaucoup de personnages dans vos histoires. En particulier dans Adèle Blanc-Sec qui fête son retour en octobre. Il le faut. Une fois que j’ai écrit le squelette, le plan et certains des rebondissements je place mes personnages, un maximum que je garde au chaud car on ne sait jamais ce qu’ils vont devenir. Ils peuvent me surprendre et m’imposer la suite de l’histoire. Quant à Adèle que j’ai créée dans les années soixante-dix on est dans la droite ligne du courant féministe de l’époque. On avait le choix en BD entre Bécassine et Barbarella, des extrêmes. Adèle est une femme normale et c’est elle qui, si on relit le premier tome, s’est imposée comme héroïne.

Et en plus vous avez le même métier.

Effectivement. Elle écrit des feuilletons comme moi mais dans les années 1910 et va où se passent des choses improbables. C’est une vraie curieuse qui ne peut pas faire autrement et elle alimente mon imagination. Généralement Adèle est confrontée à une situation normale qui peu à peu intègre des éléments fantastiques. Mais, c’est une confidence, notre vie commune prendra fin au bout du dixième album.

Vous avez aussi été souvent remarqué par la précision de vos décors, par vos ambiances.

Je repère les lieux en particulier dans Paris. Je fais le même itinéraire que mes héros. Je recherche les photos d’époque mais la précision a ses limites si elle me bloque. Souvent ce sont les lieux qui m’inspirent. Une question d’atmosphère en quelque sorte !

 Burma a changé de mains

« Je n’avais plus le temps de m’occuper de Burma, le privé de Léo Malet ». Un constat qu’a fait Tardi quand il s’est aperçu qu’il lui fallait quatre albums pour finir Le Cri du Peuple de Vautrin puis Le Secret de l’Etrangleur d’après Siniac. D’où un Burma sous le crayon de Moynot. (notre photo) « Il m’avait dit que cela l’intéressait. A l’époque je n’avais pas donné suite. Je l’ai rappelé et il l’a fait mais rien n’empêche que je revienne un jour à Burma ». A suivre car même si Moynot a du talent sa reprise est moyenne.

 Souvenirs d’un père

medium_BDTRANCHEES.jpgC’est un projet qui lui tient à cœur, adapter les souvenirs de guerre de son père en 39-40. On se souvient que Tardi, avec La Guerre des Tranchées et La Vraie Histoire du soldat inconnu, a déjà signé parmi les plus émouvantes pages dessinées sur 14-18. « J’ai commencé il y a longtemps »  précise Tardi en montrant quelques planches. « Il était dans les chars et a été fait prisonnier. Je voudrais montrer ce qu’il raconte, l’horreur au quotidien qu’il ne comprend pas bien sûr » . Tout le talent et l’émotion de Tardi explosent dans ces planches qui racontent le destin d’un père, témoin amer de la grande Histoire.

04.05.2007

De Montpellier à Nîmes, Keramidas a promené Loona

Dessinateur de Luuna, Keramidas à dédicacé à Montpellier et à Nîmes pour le festival BD annuel présidé par Zep Une semaine chargée pour Nicolas Keramidas. Avec Luuna il faisait il y a cinq ans sa première incursion dans la BD, une réussite : « Je venais de chez Disney et voulais m'affranchir de toutes contraintes en particulier graphiques ».

medium_BDLUUNA.jpgAujourd'hui avec Crisse au scénario, qu'il a rencontré grâce aux éditions Soleil, il continue à raconter les aventures d'une jeune Amérindienne dans la forêt et sa lutte contre les forces du mal. « On n'avait pas prévu d'arriver à cinq albums. Au départ nous n'avions pas de synopsis arrêté même si Crisse savait où il allait. Au tome 2, les idées se sont précisées et on a ajouté des personnages secondaires. Au tome 5 la pirouette finale va nous permettre de rebondir sur un autre cycle ». Keramidas ne renie pas qu'inconsciemment « Luuna a du Disney dans les veines mais on est loin de Pocahontas ». Sa collaboration avec Crisse est sereine, « il est aussi dessinateur et me livre un story-board avec une narration impeccable. Je ne vais pas modifier par plaisir mais il m'y encourage si besoin ». Luuna est une belle brune qui peut devenir une furie si la face noire de son totem l'envahit. Toute la force de l'histoire réside dans cette dualité. Mais Keramidas plaide que la documentation ce n'est pas son fort. Alors pas la peine d'espérer avec Luuna une encyclopédie sur la vie indienne : « On raconte une quête avec fantaisie. Je peux donc me permettre ce que je veux et demain les Vikings vont s'inviter dans notre saga ». Mais avant la suite, un break pour Keramidas et un album dans la série Donjon Monster avec Lewis Trondheim qu'il rencontrera lors de son passage à Montpellier.

Il a aussi en projet une collaboration avec Arleston le père de Lanfeust et de Trolls de Troy, un petit tour dans une des régions inconnues qui composent ce monde jubilatoire. Et une certitude pour Keramidas : « Ce qui est moderne ou réaliste ne m'intéresse pas car trop liberticide ».

13.04.2007

Dominique Hé, toute la palette du réalisme

Dominique Hé a la classe naturelle des dessinateurs capables de s'adapter à tous les univers. En signant dans la série Secrets Bancaires l'album Blanchiments qui vient de sortir chez Glénat, Hé ne quitte pas pour autant le style réaliste qu'il affectionne.

medium_BDHE.jpgMais comme il s'empresse de le dire « c'est autre chose que mes albums plus anciens. Je me suis beaucoup plus attaché aux expressions des personnages, à leurs attitudes car contrairement à une série historique le décor n'est pas aussi riche. Et tous les petits personnages secondaires de cette arnaque contemporaine, une première pour moi à dessiner, devaient apporter leur pierre à l'édifice en ne s'appuyant que r le scénario ».

On va donc découvrir comment des citoyens bien tranquilles, une banque honorable et un flic grognon ont en commun des millions d'euros en lingots d'or qui se baladent. Et des secrets pas faciles et dangereux à avouer.

Dans ces précédents albums Dominique Hé avait privilégié la documentation « qui est une vraie partie de plaisir autant que le dessin. Pour la femme pirate qui sévit en Indochine à la fin du XIXe dans Mémoires d'un aventurier j'ai hanté la Bibliothèque Nationale et le Musée de la Marine. En fait c'est dans des numéros de l'Illustration que j'ai trouvé mon bonheur ». Idem pour Sophaletta qui a pour cadre la révolution russe. « Je m'adapte au scénario. J'ai mon style, c'est tout, inspiré entre autres de Martin ou Jacobs et qui a évolué. Ne jamais copier, on se tue », assène Dominique Hé comme un défi.

medium_BDHE2.JPGEn octobre Hé va sortir l'une des premières BD sous la bannière des éditions Robert Laffont avec lesquelles il faudra désormais compter. Un retour au roman historique avec Rodolphe au scénario pour adapter Les Contrebandiers de Moonfleet dont Fritz Lang avait fait un fil et un beau défi : « Toujours se remettre en question, cela permet de se juger soi-même ».

23.11.2006

Geluck, un inquiet au sourire de Chat

Philippe Geluck, de passage à Montpellier chez Sauramps, est à l'image de son Chat, égal à lui-même. D'une simplicité désarmante, souriant, se pourléchant presque les babines, comme quand pendant ses années à Vivement Dimanchesous la houlette de Drucker, Geluck "portraitisait " les invités.

medium_BDGELUCK.2.jpgSes chroniques, Geluck en a choisi une cinquantaine pour en faire un bouquin, Oh Toi le Belge ta gueule (Casterman). « Ce sont les téléspectateurs qui m'ont demandé de pouvoir retrouver ces lettres quand je suis parti de chez Drucker, je tiens à le préciser, volontairement. En fait, non, j'ai quitté l'émission de Michel parce que son chien a voulu mordre mon Chat ». Humour à la Geluck, spontané et ironique, jamais agressif ou méchant. « Il faut savoir s'arrêter, ne pas risquer la perte de vitesse ».

Décision courageuse en plein succès pour ce touche-à-tout qui avoue avoir réalisé ses rêves de gosse : « Enfant j'écrivais des pièces de théâtre, je joue sur scène. J'enregistrais des émissions radio, idem. Je dessinais, le Chat est là. Il n'y a que le train électrique. Je ne suis pas chef de gare ». Il sourit encore, Geluck.

Le dessin d'humour, ce n'est pas de la BD : « Je n'ai pas l'impression d'être un auteur de BD. Je me sers de ses codes quand cela m'arrange. Je fais plutôt du cartoon à l'américaine ». Et le Chat de vivre sa vie depuis vingt ans, « un personnage qui fait réagir et que les lecteurs s'approprient ensuite au point de le transformer en mascotte » constate Geluck. Alors pourquoi avons-nous tant d'amour pour un personnage aussi atypique et roi de l'humour décalé ? « Nous les Belges avons une histoire mouvementée imprégnée de cultures différentes, très surréaliste. Nous sommes capables d'auto dérision ». Pas comme certains voisins.

medium_BDCHAT.2.jpgEt le dessin politique, alors ? « Je suis moins bon dans cet exercice. Mes dessins doivent rester drôles par eux-mêmes longtemps après leur publication ». Un Geluck toutefois démenti par l'excellent dessin exclusif qu'il a accepté de signer pour Midi Libre (voir ci-contre) avec pour sujet la désignation du candidat au PS pour les présidentielles.

Finalement Philippe Geluck est un éternel inquiet : « J'ai toujours peur de décevoir. Je ne suis pas prisonnier du Chat, je ne boude pas mon succès et j'ai une chance énorme. Je ne fais que ce que j'aime ». Beau bilan comme on dit.

20.10.2006

Le Portail s'est ouvert sur Bakemono et Wisher

Une nouvelle collection, c'est toujours une bonne nouvelle. Et quand en plus l'éditeur, en l'occurrence Le Lombard, l'inaugure avec deux superbes séries, on applaudit et on en demande un peu plus aux auteurs.

Le Portail est donc le nom de cette collection. Ouverture sous-entendue bien sûr vers un monde différent dans lequel fantastique, réalisme, contes vont se côtoyer, se mélanger. Premier dans l'ordre d'apparition au catalogue, Bakemono totalement signé par Jean-Luc Sala. « Je suis parti d'une légende médiévale japonaise. J'avais envie de faire une série plus zen que celle que je terminais. J'avoue que je ne suis pas un dessinateur virtuose mais avant tout un scénariste, pour qui l'écriture prime », concède Sala.

medium_BDBAKEMONO.jpgDans Bakemono c'est un demi-dieu, le Tengu, samouraï de son état qui remet de l'ordre dans un royaume convoité par un empereur malfaisant. Au passage il doit retrouver trois princesses héritières pour assurer l'avenir. « On peut parler de mythologie finalement, la lutte du bien et du mal avec une bonne dose de fantaisie et d'action ». Sala ne cache pas ses influences, les films de sabre made in Hong-Kong, les mangas mais avec cette touche classique et poétique qui lui est propre. Son dessin est souple, très vivant, imprégné de l'art délicat des estampes.

Le Tengu de Bakemono doit maintenir un équilibre précaire entre le terrestre et le céleste. Sala multiplie les clins d'oeil avec humour. Le héros solitaire tombera amoureux et les femmes, princesses ou pas, sauront s'imposer. Sala a donc réussi malgré ses craintes. Son samouraï mi-homme mi-corbeau a de l'avenir et de la prestance.

Second titre, Wisher, avec Sébastien Latour au scénario et De Vita au dessin. Démarrage sur les chapeaux de roue. Un beau gosse aux pouvoirs étranges magouille dans les faux tableaux. Il a aux trousses des tueurs bristish en diable, chapeau melon sur la tête, qui font le vide autour de lui. Londres est le cadre de ce polar fantastique qui, comme le souhaitait De Vita « a bénéficié de toutes les influences qui m'ont nourries, de la BD franco-belge aux comics américains. Je suis une vraie éponge à images ».

medium_583DASILVA.jpgDe Vita a créé en toute indépendance son Wisher, un djinn qui s'ignore et que le monde des trolls tente de protéger de la trahison des fées manipulées par les humains. Son dessin est superbe, réaliste et pétillant. L'histoire fonctionne à merveille car parfaitement dosée. De Vita sait associer réalisme pur et dur à la fantaisie. Pas de fausses notes et des rebondissements scénaristiques en pagaille appuyés sur un tour demain étonnant : « J'ai de l'espace pour m'exprimer. Je suis capable d'adapter n'importe quelle histoire. Et il y a des passerelles aussi entre BD et télé. Vous verrez. Souvenez-vous du Prisonnier ou d'Amicalement vôtre ». Résultat, on ne décroche pas un instant de ce premier tome qui voit Merlin débouler à la dernière case. Le Portail s'est ouvert et il devrait rester longtemps ouvert pour de la BD novatrice.

Zep revient avec Titeuf et ses copains

medium_BDJUILLARDZEP_009.jpg« C'est quand j'écris mes histoires que mes souvenirs d'enfance, au moins les plus forts, me reviennent. Je note mes idées dans un cahier, d'une écriture quasi automatique. » Et pour Zep, le papa de Titeuf, le plus célèbre des petits garçons de la BD qui publie aujourd'hui son onzième album (1 800 000 exemplaires, Glénat, 9,40 €), des histoires il en faut. Beaucoup.

medium_BDZEP.jpgAlors quoi de neuf dans ce tome onze qui a pour titre Mes meilleurs copains ? : « D'abord le format. Je suis revenu à une planche par histoire, ce qui me correspond le mieux. Quant au sujet il rassemble une galerie de portraits des copains de Titeuf, Manu, Vomito, Ramon, Hugo, Nadia bien sûr, confrontés à des sujets très variés, de l'anecdote aux grands thèmes de société. » Avec son Titeuf devenu au fil des ans un phénomène éditorial Zep s'amuse : « Titeuf a été et reste une sorte de récréation dans ma carrière de dessinateur même si aujourd'hui il me prend une grande partie de mon existence. » Un espace total de liberté cependant, pas vraiment le boulot qui le fait craquer. Se mettre dans la peau d'un petit garçon confronté aux dures réalités de la vie dans lequel parents et enfants pouvaient se reconnaître c'est sûrement ce qui a assuré le succès de Titeuf : « Je trie mes sujets mais je ne me censure jamais. Cela dit je vieillis, j'ai à mon tour des enfants et cela me permet d'aborder de nouveaux thèmes comme la pédagogie. Vous le verrez dans l'album où Titeuf et ses copains sont confrontés à un jeune prof qui vient remplacer leur inamovible maîtresse. » Même si à un moment Zep a été tenté de faire grandir Titeuf il y a renoncé : « J'aurai dû le faire basculer dans le monde des pré-ados puis des ados dont je gardais des souvenirs encore plus clairs et précis que ceux de mon enfance mais je me serais coupé justement de ce monde et de ses utopies, de sa spontanéité. » Dans les 46 planches de l'album Zep déclinent avec humour et tendresse sujets graves et souriants. Le racisme et son « gène qu'on pourra opérer un jour », tata Alice qui a une « love affair » ou le handicap et « le monsieur qui a des roues », autant de réactions, de mots qui sonnent juste d'un enfant qui n'arrête pas de vouloir comprendre le monde qui l'entoure. On appréciera d'autant plus volontiers ce nouveau Titeuf qu'il a conservé toute sa spontanéité. A l'image de son papa.

27.07.2006

Des dessinateurs d'aviation en août à Perpignan

La BD s’offre un week-end au Mas Palegry. En 30 ans le Mas Palegry près de Perpignan a su imposer son Conservatoire du Patrimoine Aéronautique. Marc Noetinger pris le relais de son père aujourd’hui disparu, ancien, pilote de chasse et fondateur du centre du Mas Palegry reconnu aujourd’hui au niveau national.

Des collections enrichies, des avions en statique, un site Internet, le Mas qui a voulu fêter en beauté son anniversaire recevra samedi 12 et dimanche 13 août un festival BD dont les auteurs sont bien sûr des spécialistes de tout ce qui vole. Des pluies de bulles et de dédicaces vont pleuvoir sur le Mas avec une escadrille de "moustachus" de la BD aéronautique. Parmi eux l’héraultais Christophe Gibelin qui signe chez Delcourt Les Ailes de Plomb dont le tome 4 vient de sortir. Des avions bien sûr mais aussi une sombre histoire de barbouzes sur toile de fond des années cinquante. « C’est la série qui m’a le plus amusé ».

Une évidence pour Gibelin qui en a repris seul le scénario et le dessin car Barral son précédent dessinateur en avait assez du dessin réaliste. Trop de contraintes pour cet inconditionnel du dessin d’humour. « Moi, je ne voulais pas que Les Ailes de Plomb s’arrête et j’en ai gardé au moins dans cet album le côté un brin caricatural avec des dialogues qui louchent gentiment sur ceux du cinéma de ces années là, à la Audiard. Le prochain album sera plus sérieux dans un contexte d’espionnage classique » confie Gibelin.

Et quand on demande à ce spécialiste comment lui est venu sa passion de l’aviation on tombe sur un os.« C’est vrai qu’enfant à Saint-Martin-de-Londres les planeurs passaient au dessus de ma tête mais sincèrement il n’y a pas eu de déclic ».

En un mot Gibelin ne s’est jamais pris pour Guynemer ou Saint-Ex. Idem pour la BD car Gibelin n’en lisait que très peu dans sa jeunesse. Tout juste Hergé et Franquin. Cela ne l’empêchera pas, une fois pris pas la passion des objets volants toujours identifiés de passer son brevet de pilote de planeur ou d’illustrer la Une du mensuel Le Fana de l’Aviation. Pointilleux quand on lui parle de découpage « peaufiné à l’extrême » Gibelin qui pourtant à un dessin superbe est persuadé que « la satisfaction du dessinateur par rapport au dessin est du court terme ». L’informatique lui apporte toute sa souplesse. Pas de papier hormis pour le story-board.« C’est beaucoup plus pratique. La reproduction seule compte, l’impression. Je n’ai pas d’attrait pour l’original ».Ce qui ne l’empêche pas d’écumer les bouquinistes ou le net pour compléter sa documentation : « mes personnages vivent à travers la justesse des objets qui les entourent ». Et on lui souhaite que cela dure.

A ses côtés Azara signera son Takatakata, Jean Barbaud ses Gueules de Zinc, Eric Loutte sa reprise de Biggles, Félix Molinari dédicacera Les Tigres Volants, Francis Nicole sera là pour Missions Kimono, Manuel Perales rappellera le souvenir de Clostermann avec Le Grand Cirque sans oublier le talentueux et sympathique Francis Bergèse avec Buck Danny et la première adaptation de Biggles.

Pour tout renseignement, Mas Palegry tél. : 06 18 92 64 14