27.03.2008
Les aventures africaines de Blake et Mortimer
Dans le calme de son atelier parisien, André Juillard feuillette les planches de son nouvel album : « Je ne suis pas très à l'aise avec la science-fiction, mais j'adore les années cinquante, le côté british. Dessiner cet album a été très plaisant. » La SF revient en effet en force dans ces aventures africaines. « L'archéologie également dans un contexte de mondes perdus dans la droite ligne de Jacobs. Souvenez-vous de l'Atlantide, de La Marque Jaune. » Une évidence : ces aventures au Gondwana ont une saveur subtile, celle de la maturité. « Yves Sente a toujours voulu faire voyager Blake et Mortimer. Il a eu l'idée de mettre des petits drapeaux sur une mappemonde pour matérialiser leurs voyages. Et l'Afrique oubliée s'est imposée comme destination. » Du coup, Juillard s'est lancé dans des paysages de savanes avec éléphants, lions ou lycaons. « J'avais beaucoup aimé le film Hatari avec John Wayne. » Un clin d'oeil.
Mais l'Afrique n'est pas seule au rendez-vous. « On va retrouver dans cet album des personnages secondaires, parfois oubliés, créés soit par Jacobs lui-même ou par Ted Benoit. Cela a été agréable de les faire revivre. » Une piste de plus pour confirmer qu'il y a beaucoup de surprises dans ce tome qui suit de près le dernier album, Les Sarcophages du 6e continent, dans lequel des pistes avaient été ouvertes pour la suite.
Pas un mot de plus, by Jove, comme dirait Mortimer, car le suspense est seul maître à bord. Yves Sente a bien ficelé son scénario. « Il prévoit tout avec un découpage scrupuleux. Car si on oublie le moindre boulon, la mécanique se grippe », poursuit Juillard. On apprendra aussi que Mortimer écrit ses mémoires. Juillard se consacre pour l'heure à la suite des aventures de son autre personnage, Lana, sur un scénario de Christin : « Elle sera l'héroïne d'une histoire d'espionnage moins feutrée. Je ne peux pas sortir d'une histoire quand je la commence, ni travailler sur deux albums à la fois. Côté projets, j'en ai mais je prends mon temps. » Difficile de le lui reprocher quand on se penche sur le dessin de Juillard à la fois léché, précis et réaliste. En parallèle à la sortie du S anctuaire de Gondwana est également publié un spécial Dans les Coulisses qui rassemble ses travaux préparatoires. Sans oublier une exposition de ses originaux à la galerie Desbois à Paris et une exceptionnelle vente aux enchères le 29 mars chez Artcurial qui va rassembler des oeuvres d'Hergé (un projet de couverture de Tintin en Amérique estimé à 280 000 €), de Bilal, Druillet, Guarnido, Pratt, Mattotti. Et Juillard bien sûr.
Lémurien intime
Fabrice Tarrin n'a pas une vie de tout repos. Quand il décide de venir s'installer à Montpellier le dessinateur de Violine et du dernier Spirou ne se doute pas que cela allait lui inspirer un nouveau personnage, lui-même sous les traits d'un lémurien. L'adorable bestiole fera ses premiers pas sur son blog pour devenir enfin le héros d'un journal intime dans lequel Tarrin raconte sa vie mouvementée, sentimentale, amicale. En alignant une galerie de portraits animaliers parfaitement cernés, du recul et un humour que son trait rehausse Fabrice Tarrin nous offre un joli détour tendre et séduisant. Journal intime d'un lémurien, Shampoing Delcourt, 13,95 €. Eva se cherche
Elle est dans l'air du temps, Eva. Trentenaire sympa, un brin brouillon, à la dérive parfois, Eva a un gros coeur à prendre. Alors quand elle déprime côté boulot ou amour, Eva se laisse aller sous la couette ou achète des fringues.
Flanquée de sa copine Olivia et de son portable (vital), Eva déroule sa vie au fil des planches que signe Aude Picault avec beaucoup de lucidité, de réalisme et d'humour. On sent qu'il y a du vécu dans cette Eva, qu'Aude Picault s'est inspirée de ses copines. La solitude, elle n'en veut pas, Eva. Aude Picault a trouvé une Eva qui se cherche, on le souhaite, encore longtemps. Eva, Glénat, 10,90 €.
18:35 Publié dans Parutions BD | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20.03.2008
Place aux jeunes
C'est le printemps, celui de la jeunesse qui, en plusieurs albums de qualité, nous propose de faire un beau voyage parmi le monde des jeunes adultes comme on dit, devenus des héros. On commencera par La Porte au ciel (Aire Libre / Dupuis, 14 €) dont le tome I met en place le parcours erratique de trois mineures en fugue, Manu, Julie et Anna. Elles vont se réfugier dans la vieille maison familiale en Bretagne dont la cave est un endroit d'où l'on peut parler aux êtres chers disparus. Avec leurs angoisses personnelles chevillées au corps, les trois jeunes filles, mal dans leur peau, vont trouver dans ce lieu une possibilité de renouveau. Sicomoro offre un dessin d'une puissance réaliste évidente qui colle au scénario de Makyo, très élaboré, avec sa part de romantisme dramatique. On enchaînera avec En sautant dans le vide (Dargaud, 12,50 €) où un trio de "parkoureurs", deux garçons et une fille, ouvre le feu pour une nouvelle série urbaine. Ils sautent de mur en toit, évitent si possible les coups mais se font des ennemis en pagaille. Une BD dans l'air du temps signé par Man qui a rendu, en y ajoutant son style, l'univers du manga. Ses acrobates urbains sont, eux aussi, à la recherche de leur identité. L'histoire tient la route. Cadrage nerveux et accrocheur. Enfin, une mention pour Aïda (Dargaud 9,50 €) par Vinci. Une jeune étudiante s'installe dans la maison familiale et communi que avec ses grands-parents décédés. Une fable poétique en finesse et séduisante avec une belle maîtrise graphique. La vie est à lui
Pico est un petit garçon philosophe qui mène sa vie d'un oeil critique. Il a des parents un brin bobos et une petite soeur qui revendique haut et fort son indépendance. Pico a tout ce qu'il faut pour devenir un héros, certes un peu intello mais avec une vraie nature. Pico a été créé par un drôle de tandem, la mère Dominique Roques au scénario et le fils, Alexis Dormal au dessin. Pico n'est pas un Petit Nicolas en puissance. On ne lui fait pas à Pico. Même que parfois, quand il parle, il est un peu haut de gamme. Mais c'est un petit travers car Pico est drôle, émouvant, ironique si besoin. Et joliment dessiné. "Pico Bogue, La vie et moi" ; Dargaud, 10,40 €. Nuit noire
Des vampires vendeurs dans un drugstore ouvert la nuit. Ce thriller au ton résolument décalé est une découverte agréable. Signé par Abel, Soria et Warren Pleece au dessin, on assiste à l'oeuvre dévastatrice d'un Nosfératu chicano, patron de supérette, qui transforme ses jeunes employés en Dracula. L'ennui, c'est qu'il va tomber sur Dave qui est végétarien et va, en plus, tomber amoureux d'une brunette au look gothique. Ce qui l'oblige à se forcer un peu. On se prend au jeu de cette nuit noire où il s'en passe de très drôles mais entre vampires exclusivement. Ils ont leurs petits soucis, les dents pointues. Comme les autres. "Ouvert la nuit" ; Dargaud, 17 €.
15:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.03.2008
Giardino tire ses leçons de l'Histoire
Pourquoi avoir choisi la guerre d'Espagne, un conflit un peu oublié de nos jours ?
Parce que justement on a oublié que l'Espagne en 1938 a été le « terrain de jeux » du fascisme qui y a testé sa vision de la guerre moderne en bombardant les populations civiles. Parce que plus récemment le siège de Sarajevo a ressemblé à celui de Madrid. Ou encore que les démocraties ferment aujourd'hui les yeux sur le Darfour. L'Histoire donne des leçons qu'il faut savoir retenir.
Fridman est français, ancien agent des services secrets. Il est juif et a combattu dans les Brigades Internationales. Giardino est-il un auteur engagé qui ressemble à son héros ?
C'est très important pour moi que Fridman soit juif. Ils ont toujours été confrontés aux persécutions depuis des siècles. Fridman comprend ainsi mieux que tout autre en 1938 ce que les nazis risquent de faire. Je suis allé récemment en Israël et je pense qu'une prochaine aventure de Fridman s'y déroulera à la veille de l'indépendance en 1948. Et un autre épisode en 1940, en France, pendant la "drôle de guerre", au moment où on se refuse à envisager malgré tout qu'une tuerie comme celle de 14-18 puisse se reproduire. Enfin, oui, Fridman me ressemble beaucoup. Barbe, pipe (sourire).
Votre dessin très réaliste est prenant, envoûtant. On plonge directement dans l'intrigue.
Le spectateur doit être acteur. J'écris de très longues histoires dans lesquelles je coupe largement. Je prolonge par des croquis en même temps de façon à me mettre à la place de chacun de mes personnages. Je suis d'une précision cependant rigoureuse. C'est le secret. Une BD ce n'est pas un reportage photo. Mes décors urbains sont souvent en fait inventés.
Les femmes tiennent une place très importante dans votre oeuvre. Vous avez illustré pour Vogue ou Glamour. Dans Fridman il y a toujours un second rôle féminin.
J'aime les femmes et en particulier la mienne et mes deux filles. J'aime les dessiner mais je suis incapable de me mettre vraiment dans leur peau. Comme il m'est impossible de dessiner de la science-fiction. Moebius est inégalable dans ce domaine. Non, ce qui me manque c'est le temps pour dessiner tous mes projets et en particulier le tome 3 de Jonas Fink qui raconte la vie d'un jeune homme juif sous un régime communiste d'un pays de l'est. Je vais m'y mettre, promis. (1) Max Fridman, Sin illusion, T5, Glénat, 13 €.
09:55 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
17.03.2008
Biker fou
Auteur montpelliérain Fane a signé, il y a un an, avec Téhy, l'un des meilleurs romans graphiques de la saison, Petites Eclipses, saga estivale de couples en crise.
Avec la reprise de son héros Tunny Head, un biker fou et surréaliste dans la déraison, c'est une autre facette de son talent qui fait découvrir Fane en toute liberté conceptrice.
Tunny Head est sanguinaire, un brin abruti mais capable quand même de brefs éclairs de lucidité. Les cadavres jonchent sa route. Fane fait de Tunny une sorte de chevalier de l'apocalypse rigolo et philosophe cynique. Un agréable retour. "Tunny Head", Editions 12 Bis, 19 €
Piège à loup
Didier Tronchet nous offre une superbe histoire noire et tendre, une comédie dramatique à rebondissements, un polar social qui se découvre et se déguste avec délices.
Un gynécologue en mal d'aventures amoureuses s'associe à un brave type paumé avec un gros coeur et une Roumaine charmante qui va balader son petit monde pour la bonne cause. François, Jacky et Iléna se heurtent à une mafia de la prostitution. Et découvrent amour vrai et amitié.
Un beau suspense, un Tronchet en plein élan créatif, un humour acerbe, 120 pages de talent aux héros romantiques. "La Gueule du loup", Futuropolis, 19 €
17:58 Publié dans Parutions BD | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



