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09.05.2008

XXI: Ferrandez et Stassen dessinent leurs reportages

C'est un vrai succès d'édition. Le second numéro du trimestriel national XXI a été tiré à 50 000 exemplaires. Le numéro un sorti en janvier s'est vendu à 45 000 exemplaires. De passage à Montpellier à la librairie Sauramps pour un débat Patrick de Saint-Exupéry, rédacteur en chef de XXI, était accompagné des dessinateurs Jacques Ferrandez et Jean-Philippe Stassen. Ils ont signé les BD reportage de XXI.

9d7b44b2fb187657dfde51d8fee0a28c.jpg« Nous voulions un journal avec un format réduit qui retrouve la capacité de raconter l'actualité, sans pub et qui se vende dans les librairies ». Un pari risqué qu'assume Saint-Exupéry en ajoutant : « XXI devait pouvoir se lire comme un livre, un journal du récit qui décline tous les genres, photos, illustrations et BD ». D'où l'entrée en scène de Stassen avec un récit de 30 pages, Les Visiteurs de Gibraltar, qui traite de l'immigration dans le numéro un : « Je connais bien le Maroc. Pour XXI je m'y suis baladé un mois. J'ai pris des notes. De retour en Belgique j'ai raconté par le dessin ce reportage de contacts et de rencontres. Tout est vrai et cela a été un vrai plaisir ». Un récit fort, percutant, émouvant.

Au tour ensuite de Jacques Ferrandez dont on connaît Les Carnets d'Orient sur la guerre d'Algérie. C'est Cuba que Ferrandez a choisie après un premier périple touristique. Il y reviendra avec son fils Pierre à Noël dernier. Ils signent à quatre mains Cuba Père et fils dans le dernier XXI. « Des rencontres, la confrontation de deux générations. Le père est un vieux révolutionnaire. Le fils aspire à partir et vivre mieux. Notre histoire est à deux voix ». Ferrandez a mélangé les aquarelles et les croquis, bâti son scénario. Son fils a créé le personnage du jeune cubain. Le tout parfaitement construit et vivant sera d'ailleurs complété et édité en album en septembre. La BD a donc définitivement rejoint avec brio et pertinence le monde fermé du grand reportage. Elle lui apporte un autre souffle.

Romain Hugault au zénith pour les fans d'aviation

Il étatit en dédicace à Nîmes ce week-end. En deux albums Romain Hugault est devenue une référence dans un genre à succès certes mais qui s'essoufflait un peu, la BD à thématique aviation.

Ce fils de pilote militaire est lui même breveté. Comme sa mère ou son frère. C'est une passion familiale l'aviation et Hugault avec simplicité avoue que « comme tout gamin j'aimais dessiner et adorais les avions. Je n'étais pas plus doué que les autres sauf que j'ai voulu faire des études d'art pour apprendre à bien les dessiner, acquérir de bonnes bases ».

Ensuite c'est aussi une histoire de rencontre et de feeling : « J'avais une histoire courte en quelques planches sur un pilote kamikaze pendant la guerre du Pacifique. J'ai rencontré l'éditeur Paquet qui y a cru et on a décidé que serait le point de départ d'un album, Le Dernier envol. On en est à six rééditions de ce titre aujourd'hui ».

42cafbafa3e46c85c23df6892e2d6e74.jpgHugault va confirmer avec un second album tout autant réussi, Au-delà des nuages, l'histoire de deux pilotes de records dans les années trente : « Curieusement les auteurs de BD n'aiment pas dessiner les machines, avions ou voitures. Moi c'est le contraire et ce sont les personnages que j'ai dû travailler ».

Comme dit Hugault il aime dessiner des avions que « l'on pilote avec ses fesses ». Dans les deux albums on retrouve l'aristocratie des années quarante, du B 17 au Thunderbolt ou au Spitfire. Et dans le prochain, Le Grand Duc, Hugault racontera en trois tomes le destin d'un avion mythique, un chasseur de nuit allemand sur le front russe qu'affrontera une pilote soviétique. Le tout avec Yann, pas moins, au scénario. Hugault est aussi illustrateur bien sûr. Le Fanatique de l'Aviation lui doit des Unes. Hugault enfant avait Buck Danny, Tanguy et Laverdure pour héros. Aujourd'hui c'est lui qui fait rêver les lecteurs fans d'aviation.

La nouvelle ambition du festival de Sérignan

Après douze ans de bons et loyaux services rendus à la BD, le festival de Sérignan, près de Béziers, change de cap cette année. Ce ne sera pas une révolution mais simplement une évolution.

Des dessinateurs, des dédicaces, des expositions, il y en aura toujours autant le week-end prochain de Pentecôte pour la 13e édition du festival sur les rives de l'Orb. Mais rendant aussi hommage à l'éditeur régional 6 Pieds sous terre, les organisateurs ont voulu montrer que le Languedoc-Roussillon était terre de BD, volontaire et innovante, créatrice.

Ce n'est donc pas un hasard si le président 2008 est Edmond Baudouin, auteur reconnu chez cet éditeur et dont les planches du dernier album, Roberto, seront exposées dans le hall de la médiathèque avec une rétrospective des parutions de Six Pieds sous terre. À ses côtés, on retrouvera la plupart des auteurs qui ont contribué par leur talent à asseoir la réputation de la maison d'édition sous la houlette de son directeur Jean-Christophe Lopez. : « Quand Sérignan nous a fait part de son idée de mettre en avant une maison d'édition comme la nôtre avec un président issu du sérail, on ne pouvait bien sûr refuser. Cela nous correspondait tout à fait, et on ouvrait la porte à une pérennisation de cette ambition pour les prochains festivals. » Ensuite, il a fallu aller très vite pour rassembler les auteurs, monter les expos, les ateliers. « Huit dessinateurs de Six Pieds sous terre, et plus d'une vingtaine d'autres horizons, jeunesse (une spécialité de Sérignan depuis le début), manga, et bien sûr grand public », ajoute Jean-Christophe Lopez, « vont se retrouver ».

58ebe29e365bc7f45942726d02ea5029.jpgMatt Konture, Sandro Masin, Pierre Duba mais aussi Gine ou Patrick Jusseaume, David Prudhomme, ils seront sous les platanes de Sérignan. Cerise sur le gâteau, Florence Cestac (notre photo) sera aussi de la fête. Avec son dernier album sur La Véritable Histoire de Futupolis, Cestac grand prix d'Angoulême, auteur du Démon de midi et des Débloks est une incontournable de talent, à l'humour pétillant et à l'émotion à fleur de bulles. Et qui a été publiée aussi chez 6 Pieds sous terre. Pour le grand prix de la ville cinq premiers albums ont été retenus. Leurs auteurs seront présents et le palmarès annoncé samedi soir après la projection du film de Marianne Satrapi, PersépolisDédicaces le samedi 10 mai et dimanche 11 mai, de 10 h 30 à 12 h 30 et de 15 h à 18 h 30.

La série très noire de Casterman

C'est une association, celle de Payot / Rivages et de Casterman pour nous servir, bien serrés et noir à souhait, une collection de polars en images à raison d'une demi-douzaine de titres par an. Des polars encore ? Certes, mais avec ces albums signés par quelques-uns des plus grands noms de la littérature policière et crayons du moment, il y a de la rumba dans l'air, les malfaisants sont de retour. Chacun d'eux nous montre des talents cachés, inattendus et innovants dans un format ramassé et une pagination qui flirte avec les 120 pages (16,95 € le titre).

421145d05e75179a0d4db8d9c6fb19b4.jpgQuatre titres ouvrent ce bal des maudits. Dans le sordide campagnard, Pelot et Baru font forts avec Pauvre zhéros, une somme de méchanceté primaire et de connerie ordinaire. Un orphelinat où il ne fait pas bon vivre, un ancien d'Algérie taquin, un manouche sentimental, des chats voraces et une belle explosion finale, c'est sacrement bien tourné.

On passe ensuite à une Nuit de fureur par Matz et Thompson au scénario, sur le dessin de Hyman. Un bled US des années quarante, une "balance" à trucider, un tueur aux airs de premier communiant et deux femmes qui ont du caractère, trop même. Le tout ne peut que mal finir et en couleur en plus. Bel exercice de style qui prend aux tripes. Pierre qui roule, de Donald Westlake et Lax, apporte une jolie touche d'humour, noir certes, mais qui détend. Une poignée de lascars finira par doubler l'escroc qui les emploie. Enfin Sur les quais, on ne présente plus. La version de Rodolphe et Van Linthout a le vrai parfum du cinéma des années cinquante. J

Parfum de thym

6148e080d26a2942713bd5a75514e46b.jpgAutant rester noir et corsé avec ce Garrigue et son parfum de thym qui cache celui, moins agréable, des embrouilles mortelles d'une bande de copains dans un petit village du Sud. Martial, un gendarme à la retraite, se penche sur le passé de son ami Rémi avec lequel il montait des affaires pas nettes. Et il va vite découvrir que personne autour de lui n'a vraiment la conscience tranquille. Étude de milieu, polar, manipulations, suspense, tout y est dans ce premier tome. Corbeyran maîtrise une histoire subtile que Berlion, comme à son habitude, met en musique et cadre avec brio. Garrigue, éditions Dargaud, 13 €.

Depralon en balade

6b572db4ff218914e9f8734b3eed0bde.jpgIl a quitté sa retraite d'Uzès pour parcourir les Boutières près des monts d'Ardèche. Dessinateur, plasticien, Gérard Depralon est l'un de ces rares artistes qui ont la magie de l'émotion au bout des doigts. En accomplissant ce reportage dessiné, Depralon a rendu compte, témoigné à partir des centaines de photos prises par lui sur le vif dans ces petits villages qui parsèment les Boutières, au nord de Privas. C'est dans son atelier qu'il a ensuite, à partir des photos réalisées, créé un superbe album en noir et blanc qui se feuillette comme un merveilleux voyage au pays de l'authentique. On vit le pays qu'on voit, Fabrique du Pont d'Aleyrac.

Mai 68, une belle histoire

d6ba50bf0998daae68231551517fce7a.jpgVéro a dix ans en Mai 68, un grand frère qui écoute du rock et a un portrait du Che dans sa chambre. Véro regarde Bonne nuit les petits et lit Mademoiselle Age Tendre. C'est elle qui est le guide et le témoin de cet album illustré signé par Yvan Pommaux et Pascale Bouchié, Véro en mai, paru à l'Ecole des Loisirs.  On est littéralement plongé dans la vie quotidienne d'une famille française de l'époque. Tout colle dans le moindre détail. Un album souvenir pour les uns et découverte pour les autres.

Hugues Labiano et "Black Op"

Labiano était dérnièrement à mla Fnac de Montpellier. Avec le tome 4 de sa série Black Op (Dargaud), le Toulousain surfe sur un genre qui a le goût savoureux du thriller et de la politique-fiction.  Sur un scénario de Desberg, Hugues Labiano a mis son dessin au service de son héros, Floyd Whitman, un agent qui s'est engagé dans la CIA après la mort de son père tué par les Soviétiques. Et pour se venger, le jeune Floyd va devenir l'un des plus actifs espions, dont la mission sera de déstabiliser l'Union Soviétique en aidant la mafia russe à noyauter le système. 

c9ebed1049a83bfab71faa7ff3eba652.jpgEn réussissant au-delà de toutes espérances, Floyd et son équipe vont en fait se retrouver avec un sacré problème sur les bras quand implose l'URSS. La mafia toute puissante va s'expatrier et devenir un ennemi redoutable sur le sol même des États-Unis. Dernier témoin des manigances de ses supérieurs, Floyd devient l'homme à abattre.

Avec une maîtrise excellente du découpage et du cadrage, qui donne à sa BD un ton sûr et prenant, Labiano, dont on avait aimé dès ses débuts Matador ou, avec Dufaux, Dixie Road, sans oublier l'inquiétant Mister George, affirme avec Black Op sa capacité à traiter tous les genres. Il a, en prime, des ambitions d'auteur complet dont le Sahara pourrait être l'inspiration. Quand il aura terminé le tome six de Black Op.

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