08.07.2007

Sainte-Enimie prime Le Trône d'argile

medium_BD_TRONE.jpgLe Festival BD médiévale de Sainte-Enimie, premier du nom, a donné son prix du meilleur album au tôme 2 du Trône d'Argile, le pont de Montereau, paru chez Delcourt. En compétition parmi une demi douzaine detitres Le Trône d'Argile s'est imposé sans difficulytés auprès d'un jury que présidait Philippe Perrin dernier spationaute français à évoir volé dans l'espace. Dessin flamboyant, une grande volonté de rigueur historique dans le scénario, la série avait en effet toutes les critères pour remporter ce prix.

medium_BD_SAINTE_ENIMIE_07_015.jpgRichemond et Théo avaient fait spécialement le déplacement d'Italie jusqu'au célèbre village médiéval du sid de la Lozère. Ils ont été les rois de la fête face à leurs lecteurs très nombreux à leur demander une dédicace.

medium_BD_SAINTE_ENIMIE_07_021.jpgParmi les auteurs présents Hübsch présentait le cinquième épisode du Chant d'Excalibur, Ys la magicienne, série toujours aussi riche en humour. Merlin revenu de tout accompagne le jeune Gwynned pour lui permettre de retrouver son emprise sur les peuples celtes.

medium_BD_CHANT.2.jpgGwynned achangé un peu de look, cheveux mi-longs et a toujours l'épée dévastatrice. Un bon épisode.

A noter enfin que ce festival de BD médiévale organisé de main de maître par Enimie BD présidée par Sophie Bosc. Spectacles, reconstitutions en costumes, banquet, animation et échoppes, pendant deux jours Sainte-Enimie a vécu en parfaite béatitude à l'heure médiévale. Chaillet devrait être le pivot de la prochaien édition dans un an.

06.07.2007

Des bulles médiévales à Sainte-Énimie

Sainte-Énimie en Lozère se replonge à l'époque médiévale. Les festivités commencent dès ce week-end samedi et dimanche 7 et 8 juillet, puisque la cité santrimiole sera le théâtre de la première édition du festival de la bande dessinée médiévale. Quelque vingt-deux artistes présenteront leurs oeuvres lors de séances de dédicaces et 180 personnes costumées animeront la cité. Parmi eux, des artisans et des commerçants locaux mais aussi des compagnies médiévales comme la Burlatine, l'Ost d'Olt et d'autres compagnies venues de toute la France proposeront de nombreuses animations dans tout le village. Un inquisiteur, des sorcières, des troubadours et des brigands tenteront de troubler la quiétude de la fête.

medium_BDMOYEN.jpgSamedi,  10 heures, ouverture des portes de la cité médiévale, début de la vente et de la dédicace des BD ; 11 heures, activités médiévales simultanées dans trois lieux ; 14 h 30, ouverture du concours de dessin pour enfants ; 18 heures, fin des dédicaces ; 18 h 15 - 19 h 45, spectacle médiéval (résumé des pièces) ; 20 h 15, fermeture des portes, fin des ventes ; 20 h 30 - 20 h 45 : remise des prix et résultats du concours pour enfants ; 21 heures : banquet médiéval (réservations au 04 66 48 53 44) animé par les troubadours, entretiens avec les artistes.

Dimanche. 10 heures, ouverture des portes de la cité médiévale et reprise des ventes de BD ; midi et 16 heures, activités médiévales simultanées dans trois lieux ; 18 heures, fin des dédicaces ; 19 heures, fermeture des portes de la cité.

30.05.2007

A Montpellier la BD rejoue la Comédie

Et si la Comédie du Livre de Montpellier s’imposait comme le premier rendez-vous régional de la BD? C’est un retour en force que va y faire le Neuvième Art, de vendredi 1er juin et jusqu’à dimanche 3 juin, après divers trous d’air.

Les bulles et les cases retrouvent droit de cité non seulement grâce à la perspicacité et la sagacité des libraires spécialisés mais aussi à leur côté incontournable dans l’univers commercial du livre et de l’édition. Enfin, l’implication d’un Grand Prix d’Angoulême, en la personne du Montpelliérain Lewis Trondheim, présent sur la Comédie, n’est pas non plus étrangère à ce renouveau. 

Une soixantaine d’auteurs seront donc en rencontres et en dédicaces sous les platanes de l’Esplanade. Il y en aura pour tous les goûts, de l’aventure à l’humour, du manga au fantastique. Romans graphiques, jeunes talents, BD jeunesse, grands noms; Azimuts, Sauramps, Album, Gibert ou Ikoku, le choix des libraires a été volontariste et intelligent.

medium_BDBILAL_LIVRE07_011.jpg

On retiendra en particulier Anne Simon (notre photo avec à ses côtés Emile Bravo)  qui, avec son album les Petites Prouesses de Clara Pilpoile, chez Dargaud, aventures rocambolesques d’une écrivain public amoureuse d’un roi de la F1, est l’une des découvertes de l’année. « Chaque planche devait se suffire à elle-même. Et la vie de Clara n’est pas une autobiographie. J’ai glané des anecdotes. C’est une fille de son époque mais je n’aurai pas vraiment aimé lui ressembler», confiait récemment Anne Simon..

Et puis, il y aura aussi Jacques Ferrandez pour le tome 9 de ses Carnets d’Orient, chez Casterman, chronique de la présence française en Algérie. Franck Bourgeron, habitué de la Comédie, sera lui présent avec son adaptation tout à fait réussie et poignante de Pierre Loti, Aziyadé chez Futuropolis. Matthieu Lauffray pour Long John Silver (Dargaud) pourra raconter comment, avec Dorison au scénario, ils ont finalement donné une suite remarquée à l’Île au Trésor. Olivier Berlion, avec Tony Corso détective atypique, rencontrera Krassinsky et son émouvant Singe qui aimait les fleurs sur le même stand.

On peut dire encore qu’Émile Bravo qui a illustré Ma maman est en Amérique, sera aux côtés de Jim, Igort, Eric Corbeyran ou l’ex-Nîmois David Sala dont la série chez Delcourt, Nicolas Eymerich inquisiteur , s’est imposée. Un clin d’œil encore à un dessinateur flamboyant, fou de Lautrec, Gradimir Smudja. Son Bordel des Muses (Delcourt) est une ode à l’impressionnisme bourrée de talent et d’humour. Tronchet, Lapeyre, Nhieu, Gaston et Fenech entre autres pour les régionaux, c’est vraiment la plus belle affiche que la Comédie pouvait proposer. La BD fête son retour en fanfare sur la Comédie. Cela lui était dû.

Des records et un constat

La BD fait des envieux chez les éditeurs de littérature. En 2006, 124 albums dont 40 mangas ont été tirés à plus de 50000 exemplaires et 44 ont dépassé les 100000. Et il y a les stars avec Titeuf et ses 2 millions pour le dernier album, Astérix, 3 millions, ou, parmi les meilleures ventes toutes catégories, le dernier Bilal.

Ce que la plupart des classements officiels se gardent de préciser en ne mélangeant pas les chiffres de vente BD et littérature. Comme le disait dernièrement un mensuel spécialisé c'est au moins la garantie que le milieu de la BD restera encore convivial et n'ait pas de grosse tête comme en litérature avec ces auteurs branchés qui font le tour des plateaux télés en étant parfois ridicules. Si on y ajoute que la BD touche à tous les genres, cinéma compris avec par exemple le prix du Jury à Cannes pour le fim de Satrapi la BD ne pourra pas rseter encore longtemps le parent pauvre du livre.  4130 titres ont été publiés en 2006.

01.03.2007

Gaston, un quinquagénaire qui n'a pas pris une ride

Un précurseur, un visionnaire, Gaston Lagaffe aura été écolo, en faveur de la réduction du temps de travail, pacifiste, anar souriant, cinquante ans avant tout le monde de Hulot à Bové ou Voynet. Que des copieurs. Mais en le mettant au monde fin février 1957 d'un génial coup de crayon son papa, André Franquin, ne se doutait pas un instant de la carrière brillante d'un rejeton qui lui ressemblait beaucoup.

medium_BDGASTON.jpgIl a donc cinquante ans Gaston. A ses débuts c'est un gentil faire-valoir qui hante les couloirs du journal Spirou en espadrilles, un vrai mou qui passe son temps à glander et à exaspérer Fantasio, le complice de Spirou justement, personnage mythique de la BD dont Franquin avait repris le dessin. Gaston jouera même les seconds rôles dans l'une de leurs aventures, La Foire aux gangsters. Personne ne croit vraiment en cet antihéros pas du tout dans la lignée de l'école franco-belge qui séduit pourtant les jeunes lecteurs de Spirou.

On va retrouver Gaston désormais chaque semaine dans le journal et peu à peu il s'impose, prend du relief, devient le héros d'un strip puis d'une planche gag et d'une façon très personnelle classe le courrier. Autour de lui Prunelle, le rédacteur en chef dont il pourrit la vie, Demesmaeker qui ne signera jamais ses contrats, Mademoiselle Jeanne son amoureuse ou Longtarin agent de police qui rêve de réussir à lui coller une amende. Il y a aussi les copains, l'ineffable Jules-de-chez-Smith et Bertrand Labévue avec lesquels il forme un trio redoutable dans l'accomplissement de bourdes diverses.

Imperturbable Gaston. Il devient une star et Franquin s'en donne à coeur joie, lui invente des aventures cocasses, tendres ou surréalistes sous l'oeil de sa mouette rieuse et de son chat hargneux. Franquin délire à pleines cases mais Gaston n'aura jamais de vraies aventures en 46 planches.

Gaston aime la fête et, comme c'est son anniversaire, les éditions Marsu Productions lui ont offert un bel album qui regroupe ses plus belles gaffes et ses gags les plus délirants. Roi de l'ambiance Gaston a inventé les déguisements les plus improbables et un instrument de musique qui charme les baleines. Il a une belle Fiat jaune à damier noir.

Gaston est un brave type, un pierrot lunaire auquel s'était identifié Franquin qui, lui, était un angoissé grand maître de la BD, égal sans nul doute de Hergé. Son Gaston n'a pas pris une ride en cinquante ans et son humour est toujours autant percutant (Gaston 1957-2007, 48 pages, 8,50 €).

28.02.2007

Un Bourgeon sinon rien

Bourgeon est de retour. Avec le tome 4 du Cycle de Cyann, Les Couleurs de Marcade (Vents d'Ouest, 15 €), Bourgeon poursuit à un rythme plus soutenu la parution de sa saga galactique.

La belle aventurière va refaire des siennes dans un monde nouveau où le hasard d'une porte spatio-temporelle l'a propulsée. En deux mots Cyann a des soucis depuis qu'elle a quitté sa planète et erre sans pouvoir la retrouver.

medium_BDBOURGEON.jpgElle a débarqué dans une société où chaque parole se négocie, chaque question a un prix, chaque service ou objet se paie cash. Par tous les moyens elle va au long de cette nouvelle aventure découvrir des moeurs basées sur l'égoïsme et le profit. Elle aura deux complices pour s'évader mais ce n'est sûrement pas le fruit du hasard.

Pour la suite, il faut se plonger dans ces soixante-dix pages qui sont toutes magnifiées par le dessin si riche de Bourgeon. Luxe de détails, ambiances raffinées, décors de rêve, Bourgeon exulte, on le voit. Il y rajoute son écriture, les mots qu'il faut inventer mais toujours pourvus de sens. Rien n'est laissé au hasard. Bourgeon est un perfectionniste comme pour Les Passagers du Vents ou Les Compagnons du Crépuscule. Et puis Bourgeon et son complice Claude Lacroix avec qui il travaille sur le scénario aime ses personnages. Une femme mène toujours la danse. Cyann a la beauté intelligente. Au fil des albums elle a perdu sa prétention et son innocence, ses illusions. Elle n'en est que plus attachante.

15.02.2007

Giraud et Vance égale XIII par deux

C'est décidé. XIII sera aussi dessiné par Jean Giraud, créateur avec Charlier de Blueberry. Du western au thriller il n'a qu'un saut de case qu'a franchi Giraud. Il signera un XIII sur un scénario de Van Hamme pour la série la plus novatrice de ces dernières années. Giraud et XIII même combat. L'album de Giraud, La Version irlandaise, est prévu pour la rentrée prochaine. De son côté Vance assurera en simultanée Le Dernier Round, le dix-huitième album de XIII dont le premier est paru en 1984.

medium_BDXIII.jpgDeux XIII en novembre 2007 et pas pour le prix d'un, Dargaud a joué à fond la carte marketing sans s'en cacher. Car il y a astuce dans le procédé. Les deux albums vont se compléter et pour tout savoir enfin, il faudra acheter et lire les deux. Dargaud exploite à fond le filon et ambitionne un tirage et des ventes records. Pourquoi pas après tout, la réputation du duo Vance et Giraud n'est plus à faire Giraud n'est pas dupe sur la démarche. Vance même si Van Hamme arrête ensuite le scénario de XIII continuera seul. On peut s'attendre à un joli match.

Mais bien que terriblement occupé par le dossier XIII Giraud a des idées précises sur son Blueberry. Il veut reprendre sous une autre forme en la complétant une partie du scénario de Mister Blueberry et écrire des histoires courtes dont il confierait le dessin à d'autres. Et Boucq qui, avec Bouncer a montré sa maîtrise du western, serait le premier sur la liste bien que Giraud ne s'interdise pas de mettre lui aussi la main à la case. A suivre.

30.01.2007

José Muñoz et le manga primés à Angoulême 2007

Le 34e Festival d’Angoulême a fermé ses portes hier en attribuant au dessinateur argentin José Muñoz le Grand Prix de la Ville 2007. Il sera donc le successeur du Montpelliérain Lewis Trondheim à la présidence de la prochaine édition.

La veille, le jury d’Angoulême avait attribué le prix du meilleur album à un manga, Non Non Bâ de Shigeru Mizuki (éditions Cornelius).

Le festival a joué à fond deux cartes, celle de l’international et celle des petits éditeurs. Côté Grand Prix, on ne peut que saluer le talent de Muñoz, spécialiste du dessin en noir et blanc. José Muñoz est un auteur phare de la bande dessinée sud-américaine. On lui doit des dizaines d’albums avec son scénariste Sampayo. Il a travaillé avec Hugo Pratt avant de quitter l’Argentine sous la dictature dans les années 1970.

medium_BDMUNOZ.gifC’est son personnage vedette, le privé Alack Sinner, qui lui ouvre les portes du succès. Ambiance glauque et sans pitié des grandes métropoles, héros paumé et looser sur fond de boîtes de jazz et ségrégation raciale, Muñoz signe chez Casterman une BD novatrice et aboutie, superbe graphiquement. Elle lui a valu d’être déjà primé deux fois à Angoulême.

Pour le prix du meilleur album, le manga fait donc ses débuts au palmarès. Avec un tiers des albums édités et un quart du chiffre d’affaires de la BD en France, le manga est, il est vrai, incontournable. Ce qui n’empêchera pas de regretter que même parmi les autres albums primés, aucun poids lourd "classique" de la BD franco-belge ne figure. Mais c’est depuis quelques années une habitude bien ancrée.

Manga donc un brin confidentiel avec Shigeru Mizuki, 84 ans, qui signe une œuvre d’auteur en rien comparable avec la production stéréotypée japonaise vite faite et à consommer encore plus vite. Mizuki a su dans Non Non Bâ mêler folklore et observation de la société japonaise contemporaine.

Pour ce qui est de l’édition 2007 du festival, dont on avait redouté le manque de cohésion, les éditeurs ayant été regroupés loin du centre-ville, elle s’est déroulée semble-t-il sans anicroches selon les organisateurs. Pas vraiment le même son de cloche de la part des participants. Angoulême va retrouver le calme pendant un an. Le petit monde de la BD en profitera sûrement pour prédire la mort annoncée d’un festival qui survit pourtant au fil des éditions.

Jason, le Norvégien de Montpellier qui a raté Hitler

Il est norvégien et montpelliérain. Comme quoi la BD abolit les frontières. Il est aussi nominé à Angoulême. Depuis deux ans, Jason a élu domicile à Montpellier. Il en avait marre d'Oslo, « trop cher et où il n'y a pas de marché pour la BD hormis pour du strip de presse » . Avec l'aide de Trondheim, il s'installe alors à Montpellier, après un bref passage à Paris « trop grand pour moi ».

Un sage Jason qui a choisi volontairement de donner à ses personnages un look animalier après un premier album dont il n'était pas content : « J'avais passé beaucoup de temps pour rien à peaufiner un style réaliste et j'ai voulu essayer une autre façon de dessiner avec des personnages universels. » Surprenant Jason qui, pour son album nominé à Angoulême, J'ai tué Adolf Hitler (Carabas), avoue ne pas écrire de scénario : « J'avance en dessinant. Je veux me surprendre par mes propres idées et surtout éviter l'ennui en sachant par avance la fin de l'histoire. » Pas banal comme façon de travailler mais qui a pour résultat un album où se mêle fantastique, amour et aventure. Un tueur est engagé pour, grâce à une machine à remonter le temps, tuer Hitler et éviter ses monstruosités. L'ennui, c'est que Hitler survivra et s'échappera dans le futur. Échec et tout à refaire.

medium_BDANGOU2.jpgJason a su, mine de rien, monter avec brio son histoire qui rebondit allégrement. Son tueur anonyme est un amoureux transi au grand coeur dans un monde cynique. Un contrat réussi sur Hitler lui aurait permis de prendre sa retraite et d'épouser sa fiancée. Un romantique aussi, Jason, qui compare ses cases à autant d'écrans de cinéma, huit par pages, sur lesquels coule le regard comme sur autant d'images.

Son trait est efficace, sobre. On y sent l'influence d'Hergé, mais assimilée. Surpris et flatté par sa nomination à Angoulême, Jason ne boude pas son plaisir : « C'est important. C'est une reconnaissance que l'on souhaite concrétisée par les lecteurs. » Jason est déjà sur un autre album, les aventures d'un mousquetaire qui a pour cadre Montpellier. Lui qui n'aime pas travailler avec un scénariste, a un projet avec Fabien Vehlmann, autre nominé pour l'excellent Marquis d'Anaon.

Hormis Jason, un autre auteur régional est au tableau d'honneur d'Angoulême. L'Audois Pierre Maurel a été sélectionné pour Michel (L'Employé du mois), ou les vicissitudes professionnelles d'un preneur de son au chômage. Avec humour et tendresse, Maurel raconte le parcours erratique d'un homme confronté à une réalité sans pitié. À méditer.

Angoulême 2006, année en demi-teinte et une sélection très ouverte

 Le 34e Festival d'Angoulême ouvre ses portes aujourd'hui et se poursuit jusqu'à dimanche. Présidé par le Montpelliérain Lewis Trondheim, il ponctue une année BD en demi-teinte 2006 ne sera pas l'année de tous les records. Encore qu'avec près de 40,5 millions d'albums vendus et 383 millions d'euros de chiffre d'affaires (sources GFK), le neuvième art n'ait pas vraiment de quoi se plaindre. À Angoulême, on criera encore une fois au surrégime, à l'impossible défense des titres par des libraires submergés d'un trop-plein de parutions perturbant le lecteur, lequel ne sait plus à quelle case se vouer.

medium_BDANGOU1.jpgCertes, la BD marque le pas en 2006 comme en 2005, avec un recul de - 5,4 % en volume et - 4,2 % en valeur, mais elle représente tout de même 12,4 % des ventes du marché du livre. Vive Titeuf, de Zep (vendu à 700 000 exemplaires) ou Lucky Luke, de Laurent Gerra (reconverti dans le scénario) et Achdé qui flirte avec les 300 000. Plus quelques poids lourds qui tournent autour des 200 000 exemplaires, tel l'étonnant Face cachée de Sarkozy, auquel on préférera, peut-être, dans le genre, le succulent Pétillon, L'Affaire du voile. La BD couvre tous les genres, aventure, humour, histoire, jeunesse ou politique. Et le manga est désormais incontournable. Comme on dit chez Azimuts, librairie spécialisée BD de Montpellier : « Le manga nous a fait créer une librairie dans la librairie. » Si la BD franco-belge domine encore, le genre marque des points avec un manga vendu sur trois BD. La série Dragon Ball se vend plus que Tintin ou Astérix. BD jetable, vite mais bien faite, et à dessinateurs multiples, le manga permet une publication presque mensuelle des suites. Ses ventes se stabilisent mais ne régressent pas. Angoulême ne propose que 9 mangas sur les 44 titres sélectionnés cette année. Preuve que la reconnaissance du phénomène n'est pas encore évidente.

Côté sélection 2007, Angoulême a fait dans l'éventail le plus large. Black Hole (Delcourt) de Charles Burns, J'ai tué Adolf Hitler de Jason (Carabas, lire ci-dessus), Le Marquis d'Anaon de Bonhomme et Vehlmann (Dargaud), Le Sang des voyous de Loustal (Casterman), ou La Volupté de Blutch (Futuropolis) sont autant de facettes d'un art qui a su ouvrir ses portes à tous les talents. On y verra aussi la volonté affirmée du président Trondheim de faire évoluer le festival. Le palmarès, samedi soir, dira s'il a vraiment atteint son but.

21.12.2006

L'exorcisme pudique d'un enfant perdu

Ils ont signé l'album le plus courageux, le plus réussi de l'année. Et sur un sujet grave, difficile, dérangeant, celui de la pédophilie. Une histoire vraie, celle d'Olivier Ka scénariste de Pourquoi j'ai tué Pierre (Delcourt) sélectionné parmi les nominés du prochain festival d'Angoulême avec des chances de prix.

medium_BDALFRED_001.jpgAu dessin Alfred, qui a vécu jour après jour, case après case l'exorcisme d'Olivier Ka, un ami proche. « Une vraie thérapie pour Olivier. Enfant il vivait dans un milieu ouvert, mélange de hippies libérés et de personnages hors normes, sans vraies frontières morales. On est au début des années soixante-dix. Et il lui est arrivé le pire, un accident peut-être mais dans un milieu favorable à cela ». Premier constat d'Alfred qui plante le décor du drame qu'Olivier va vivre en toute innocence, l'arrivée d'un nouveau copain de ses parents, un prêtre, Pierre, qui l'amènera en colonie de vacances et deviendra pour le petit garçon un héros, un ami, un grand frère. Dérapage un beau jour. Alfred colle au récit. Olivier culpabilise et se tait pendant plus de vingt ans. Jusqu'au jour, précise Alfred, « où sa fille a eu douze ans en attente de l'aide des adultes. Le déclic. Olivier a fait le choix de raconter. A moi ensuite de trier, d'élaguer dans le scénario, succession d'anecdotes. Olivier a voulu créer la surprise en adoptant une chronologie, une progression, un compte à rebours ».

Ultime remède, Olivier Ka et Alfred vont retourner sur les lieux sans savoir que Pierre que l'on croit mort vit encore et y habite toujours. L'incroyable rencontre se produit. Olivier dit à Pierre qu'il va raconter son histoire, sans haine ni mépris, voire avec un reste de tendresse du petit garçon trompé pour son ami devenu un vieux monsieur voûté. « Une tension insupportable, l'enfer. On ne s'attendait pas à cette confrontation. On voulait finir le bouquin où il avait commencé. On n'était pas préparé à cette rencontre. Pierre a essayé de se justifier, a demandé pardon à Olivier ».

Pas évident de sortir intact d'une telle aventure, pour le lecteur non plus d'ailleurs : « La pagaille dans la tête. Olivier s'est senti libéré. Il avait résolu quelque chose. Je sais désormais qu'on a fait ce bouquin pour nous. Je sais aussi que je suis un dessinateur qui ne veut plus époustoufler le public ». Pas sûr car Alfred a pourtant bluffé, apporté toute sa créativité, son talent à cet album atypique et si vrai, émouvant. Une belle page d'écriture authentique.

15.12.2006

Ces caricatures censurées

Jean-Michel Renault a la foi chevillée au corps, celle du journaliste homme libre par excellence, de l'éditeur aussi qui se réserve la liberté, encore elle, de publication. Ce dessinateur, désormais montpelliérain, a été l'un des piliers de Pilote. Il ne pouvait que signer Censure et caricatures, un superbe recueil travaillé, illustré des images de combat de l'histoire de la presse en France et dans le monde, avec la collaboration de Reporters sans Frontières.

medium_BDCARICATURES.gifEt le sous-titre n'est en rien prétentieux. Sous ses airs d'éternel adolescent souriant, Jean-Michel Renault s'en est payé une sacrée tranche. Avec objectivité, il a épluché journaux quotidiens ou hebdomadaires, fait des recherches sur la peinture, la BD, tous les moyens d'expression imprimés, grosso modo du Moyen Âge à cette belle année 2005 où Mahomet et son turban ont fait la Une de l'actualité, exemple parfait de ce que peut-être une manipulation par l'image.

On va de surprise en découverte. En marquant chronologiquement ses exemples Renault propose une galerie qui flirte avec l'exhaustivité. Qui sait que Michel-Ange a lui même été censuré ? La Révolution, grand moment de liberté, a connu aussi son lot de caricatures mais Robespierre y mit fin en promettant la guillotine aux diffuseurs de « messages contre-révolutionnaires ». Vaste programme.

La censure n'est pas une nouveauté sous le soleil de la liberté. Ses pourfendeurs non plus : Daumier, Caran d'Ache dans L'Assiette au Beurre, plus près de nous Charlie Hebdo ou Hara-Kiri avec un certain "Bal tragique à Colombey".

Jean-Michel Renault le dit bien haut : « Je veux pouvoir dessiner au deuxième degré, pour dédramatiser parfois, pour dénoncer souvent, mais toujours pour le rire ». Quand on dévore son album, on se doit de constater qu'un certain "politiquement correct" a désormais aujourd'hui bridé cette liberté.

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