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14 mai 2008

Golden Président

Lors de sa dernière réunion, l’Eurogroupe (ministres des finances des pays de la zone Euro) s’est inquiété de la dérive des rémunérations des « grands » patrons.
En France, les trois quarts des patrons de grandes entreprises ont gagné 40% de plus en 2007 qu’en 2006…
De plus, les petites gâteries tels que les « golden hellos » (bonjour doré ou prime de bienvenue) et les « golden parachutes » (parachutes dorés en cas de départ anticipé) échappent en grande partie à l’impôt sur le revenu !
Devant la montée des revendications relatives au pouvoir d’achat, les ministres des finances ont dit vouloir envoyer un signal en direction du « peuple » et mettre fin à ces dérives.
Les Pays-Bas ont d’ailleurs commencé à taxer (modérément) les « golden machin-choses »
Il s’agira donc de réfléchir à une harmonisation des politiques fiscales sur les très hauts revenus. En juin, la France prendra la présidence tournante de l’Union Européenne. Nicolas Sarkozy, notre « golden président » sera donc président de l’Europe.
Gageons qu’il fera son maximum pour faire avancer ce dossier épineux.
Gageons aussi qu’il fera comprendre à Sarkozy Nicolas, le président français, à quel point son bouclier fiscal, et plus généralement ses baisses d’impôts en direction des plus fortunés, sont des aberrations économiques !

PP

13 mai 2008

Petit tour d'horizon de l'économie US

Pour quiconque s’intéresse aux Etats-Unis et plus particulièrement à l’économie de ce pays, il est relativement aisé de trouver un grand nombre de données chiffrées. En effet, il existe deux organismes, le Bureau of Economic Analysis (BEA – www.bea.gov ) et le Congressional Budget Office (CBO – www.cbo.gov ), dont la vocation est de fournir chiffres et analyses sur la première économie du monde (pour quelque temps encore !). Les sites Internet sont vraiment faciles d’utilisation et permettent de télécharger les données voulues sous de multiples formats. L’Insee a encore des progrès à faire pour rivaliser !

(Pour télécharger les tableaux et graphiques de cette note, cliquez ici : 1, 2.)

Je me suis intéressé à l’évolution de l’emploi, des rémunérations et des profits dans diverses branches d’activités entre 1998 et 2006.
Entre 1998 et 2006, le nombre d’emplois (à temps plein et à temps partiel) est passé de 133,2 à 143,5 millions soit une hausse d’environ 8%, ce qui n’est pas mieux que la…France !
Cette hausse globale masque des disparités importantes entre les différents secteurs d’activité. Ainsi, dans la construction, dans la santé et le social, la hausse est de 25%. Elle est de 18% dans la restauration. En revanche, dans l’industrie la baisse est de 18,5% ce qui correspond à la destruction de plus de 3 millions d’emploi. Il est bon de noter que le salaire annuel moyen dans l’industrie est de 67 545 $ contre …19 725 $. En forçant un peu le trait, on pourrait dire que l’on détruit des « bons » emplois pour les remplacer par des « mauvais ». Nous, français, aurions tort de nous gausser car le même processus est en marche en France (entre 1989 et 2007, l’emploi industriel a chuté de 21%) !



En ce qui concerne la durée moyenne du travail par an et par salarié, j’ai été un peu déçu ! En effet, je croyais que les Américains étaient de vrais bourreaux de travail. En moyenne, ils travaillent 1679 heures par an (1719 dans le privé et 1482 dans la fonction publique). Si l’on considère qu’ils travaillent 48 semaines par an, cela fait…35 heures par semaine ! Ce chiffre est vraisemblablement le résultat de la multiplication des emplois à temps très partiel.

Pour consulter des chiffres vraiment optimiste, il faut s’intéresser aux…profits des entreprises, bien sûr ! Entre 1998 et 2006, les profits ont augmenté de 152% contre 47% pour les salaires. En moyenne, les profits ont augmenté de 12% par an contre 5% pour les salaires.
Le bond entre 1998 et 2006 est de 219 % dans la finance, et même de 277% pour la santé et le social. Toutefois, il est probable que les performances du secteur financier se dégradent dans les prochaines années (crise des subprimes oblige).
On constate un important redressement des profits industriels depuis 2002 (+550 % !!). Ce phénomène est majoritairement dû au secteur pétrolier (hausse des cours).



Le corollaire à cette hausse des profits est la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Les prévisions du CBO tablent même sur une baisse continue jusqu’en 2018 !



Pour terminer ce bref tour d’horizon, parlons de la fonction publique. Eh oui, même aux Etats-Unis, il y a des fonctionnaires et même beaucoup. Si l’on prend en compte la fonction publique fédérale et la fonction publique de chaque Etat, on obtient un total de 24,3 millions d’emplois soit 17% du total. A titre de comparaison les quelque 5 millions de fonctionnaires français représentent environ 20% du total des emplois. Il est probable que la différence provienne de la fonction publique hospitalière, plus développée en France.
Quoiqu’il en soit, le nombre de fonctionnaires n’a pas cessé d’augmenter depuis 1929 (sauf après la 2ème guerre mondiale, mais la baisse correspondait à baisse des effectifs de l’armée !).



La courbe rose représente le nombre de fonctionnaires. La courbe bleue représente la part dans le total des emplois (axe de droite) et la courbe rouge représente la même information mais pour la France.

Finalement, les Etats-Unis ne sont pas si différents de la France !!

PP

11 mai 2008

Déficit et Dette

S’il est un sujet qui fait couler beaucoup d’encre dans le débat public français, c’est bien la dette publique et le déficit public. Avant les présidentielles de 2007, le gouvernement avait demandé un rapport sur le sujet à Michel Pébereau. François Bayrou en avait fait un des thèmes majeurs de sa campagne. Nicolas Sarkozy, ainsi d’ailleurs que Ségolène Royal y étaient allés de leur refrain sur la question !
François Fillon avait, lors d’un déplacement en Corse, enfoncé le clou en annonçant qu’il était « à la tête d’un Etat en faillite ». Outre le fait qu’il n’est pas à la tête de l’Etat (ne lui en déplaise, c’est Nicolas Sarkozy qui est à la tête de l’Etat), il est faux de dire que la France est en faillite…mais c’est un autre débat !
Pour aujourd’hui, contentons-nous de nous intéresser à l’évolution du déficit public depuis 1959 et de la dette publique depuis 1978. Ces données sont disponibles sur le site de l’Insee.

Le déficit public correspond au besoin de financement des administrations publiques (principalement l’Etat, les collectivités locales et la Sécurité Sociale). En gros, il y a déficit lorsque les recettes (impôts, cotisations sociales,…) ne suffisent pas à couvrir les dépenses. Dans ce cas, il est nécessaire d’emprunter pour combler la différence, ce qui vient alourdir la dette publique…
Dans le graphique suivant, la courbe noire représente le déficit public en % du PIB. Le pacte de stabilité du traité de Maastricht impose à la France (et aux pays de la zone Euro) de maintenir le déficit public en deçà de 3% du PIB (ligne rouge sur le graphique).
La courbe verte représente le taux de croissance de l’économie française (% du PIB).
La courbe bleue représente le taux de croissance de l’Union Européenne.



Enfin, les rectangles roses et bleus symbolisent la "couleur" politique du gouvernement.
Voici, pour mémoire, les noms des Premiers Ministres de la V ème République :
* Michel Debré : 8 janvier 1959 -14 avril 1962 (UNR)
* Georges Pompidou : 14 avril 1962 - 10 juillet 1968 (UNR)
* Maurice Couve de Murville : 10 juillet 1968 - 16 juin 1969 (UDR)
* Jacques Chaban-Delmas : 20 juin 1969 - 5 juillet 1972 (UDR)
* Pierre Messmer : 7 juillet 1972 - 27 mai 1974 (UDR)
* Jacques Chirac : 28 mai 1974 - 25 août 1976 (UDR)
* Raymond Barre : 27 août 1976 - 13 mai 1981 (UDF)
* Pierre Mauroy : 22 mai 1981 - 19 juillet 1984 (PS)
* Laurent Fabius : 23 juillet 1984 - 20 mars 1986 (PS)
* Jacques Chirac : 20 mars 1986 - 30 avril 1988 (RPR)
* Michel Rocard : 10 mai 1988 - 14 mai 1991 (PS)
* Édith Cresson : 15 mai 1991 - 31 mars 1992 (PS)
* Pierre Bérégovoy : 2 avril 1992 - 28 mars 1993 (PS)
* Édouard Balladur : 29 mars 1993 - 16 mai 1995 (RPR)
* Alain Juppé : 18 mai 1995 - 2 juin 1997 (RPR)
* Lionel Jospin : 2 juin 1997 - 6 mai 2002 (PS)
* Jean-Pierre Raffarin : 6 mai 2002 - 31 mai 2005 (UMP)
* Dominique de Villepin : 2 juin 2005 - 15 mai 2007 (UMP)
* François Fillon : 18 mai 2007 (UMP)

On peut constater que le dernier excédent public date de…1974 !
On peut aussi constater que le niveau du déficit public est largement lié au taux de croissance de l’économie. Il explose en période de faible croissance (cf. 1993 : -6,4% lors de la crise du Système Monétaire Européen) et se réduit en période de croissance forte (cf. 1998-2002).
On peut noter que les courbes de la croissance française et européenne sont assez fortement liées l’une à l’autre, sauf depuis 2005 où l’écart semble se creuser au détriment de la France. Des mauvais esprits pourraient y voir les résultats des politiques économiques et fiscales inefficaces et injustes des gouvernements Raffarin, Villepin et Fillon !
On pourrait aussi faire remarquer à François Fillon (sans doute le Premier Ministre le plus bêtement dogmatique que nous ayons eu) que la période de mise en place des 35 heures (1988-2002) a été l’occasion d’une embellie au niveau du déficit, et n’a pas empêché la France d’avoir une croissance aussi élevé que le reste de l’Europe…ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, malgré la « remise en cause de ce carcan » et la « réhabilitation de la valeur travail ».

En matière de dette publique, la France n’est plus « dans les clous » du pacte de stabilité depuis 2003.
Là encore, il n’y a que pendant la période 1998-2002 que la dette publique a (légèrement) baissé…



PP

09 mai 2008

Eloge de la concurrence

Dans Les Echos datés du 30 avril, Pascal Salin, professeur à l’université Paris-Dauphine, nous gratifie d’une chronique intitulée « Eloge de la concurrence ». Tout un programme !
J’avais déjà entendu Mr Salin dans l’émission tardive de Frédéric Tadéi sur France 3 (« Ce soir ou jamais », je crois). Il s’était illustré en défendant béatement le libéralisme. Titillé par un des interlocuteurs qui lui demandait un exemple d’un pays où le libéralisme avait été couronné de succès, il avait répondu…l’Estonie. Pourquoi pas le Vatican, pendant qu’on y est ?
Comme disait Pierre Desproges (à propos de Marguerite Duras), il ne « fait pas qu’écrire des conneries, il en dit aussi ».
Vous comprendrez donc que je ne pouvais pas résister au plaisir de vous livrer quelques passages de cette petite merveille (pour les plus courageux, cliquez ici pour la version intégrale !).

« Devant les craintes que ferait naître une concurrence « excessive », on demande alors de la limiter, de la « réguler » (c'est-à-dire en fait de la réglementer). (…) Mais il faut bien évaluer la portée de ces appels à la modération de la compétition. En effet, la concurrence prévaut sur un marché dans la mesure où tous les producteurs sont libres de proposer leurs produits et où, par ailleurs, tous les consommateurs sont libres de les acheter (ou de les refuser). Accepter la concurrence, c'est donc accepter la liberté d'agir ; limiter la concurrence, c'est limiter la liberté. C'est la raison pour laquelle, je pense que, par principe, « la concurrence est toujours bonne » : elle consiste, pour chacun, à exercer sa liberté dans le respect de la liberté d'autrui.
(…)
« Le respect de la liberté d'entrer sur un marché, pour un producteur comme pour un consommateur, est un principe absolu de nature morale. Or un principe n'admet pas de compromis, il ne peut pas être plus ou moins valable. »
(…)
« Lorsqu'on dit que la liberté d'agir ne doit pas rencontrer de limites, cela signifie qu'on ne doit pas limiter par la contrainte l'exercice de cette liberté. Mais il est par ailleurs évident que ce dernier rencontre une limite naturelle : la liberté d'agir d'un individu ne doit pas porter atteinte à la liberté d'agir des autres.
Il est aujourd'hui à la mode de réclamer une « régulation » de la concurrence, à cause de ses excès supposés et de la responsabilité qu'on lui attribue, à tort, dans l'instabilité économique et financière. »
(…)
« Mais c'est oublier que la meilleure régulation est assurée, précisément, par la liberté et la concurrence, c'est-à-dire un système où les individus adaptent continuellement leurs décisions à celles des autres. »
(…)
« Comment peut-on manquer de logique au point de prétendre que des hommes libres risquent d'abuser de leur liberté et de supposer par ailleurs que ces autres hommes chargés de les contrôler ne risquent absolument pas d'abuser de leur propre liberté ? »
(…)
« Il est donc absurde - mais aussi immoral - de vouloir confier à quelques personnes la tâche d'imposer aux autres de manière arbitraire des limites à l'exercice de leur liberté. Oui, cela est certain, il n'y a rien de mieux que la concurrence et la liberté d'agir. »


Ouf ! C'est du brutal...
On est plus proche de la lettre au Père Noël ou du poème de Fête des Mères que du Prix Nobel d’économie !
Bon, par où commencer ?

« la concurrence prévaut sur un marché dans la mesure où tous les producteurs sont libres de proposer leurs produits et où, par ailleurs, tous les consommateurs sont libres de les acheter (ou de les refuser). »
C’est une bien belle théorie…Comment prend-elle en compte les pratiques telles que les ententes entre opérateurs de téléphonie mobile pour les prix des abonnements, entre les banques pour les taux des crédits immobiliers, entre les grandes surfaces pour le partage des zones de chalandises, entre grandes surfaces spécialisées telles Darty et la FNAC pour la fixation des prix... ?
Dans une économie où la concentration s’accélère, il est faux de croire que les consommateurs ont le choix. Les entreprises complexifient à loisir leurs offres pour rendre impossible toute comparaison (avez-vous déjà essayé de comparer des offres d’abonnement téléphonique ?).

« La concurrence est toujours bonne ». Que dire alors de l’ouverture à la concurrence des marchés de l’énergie, qui se solde dans tous les pays par une hausse des tarifs ? Mr Salin semble oublier le concept de « monopole naturel » : pour certaines activités nécessitant de forts investissements (énergie notamment), la théorie économique démontre que l’optimum économique est atteint avec un seul fournisseur.
On peut citer aussi l’exemple risible de l’ouverture à la concurrence des renseignements téléphoniques qui conduit dans tous les pays à une dégradation de la qualité de services, une augmentation des coûts…et à un déferlement de publicités débiles (118-218).

Pour Mr Salin, « réglementer » semble être un gros mot. Oublie-t-il par exemple que partout dans le monde, il existe des lois pour encadrer la concurrence et ses conséquences ? Même aux Etats-Unis, il existe une loi dite « anti-trust » pour justement rendre possible la concurrence qui, sans cela, serait mise à mal par la constitution d’empires tels que Standard Oil au début du XXème siècle ou…Microsoft aujourd’hui. Avec plus ou moins de succès, puisque les firmes déploient des trésors d’habilité pour contourner ces lois.
Dans une économie où les investissements sont de plus en plus importants, la concurrence libre aboutit à une concentration, à une « prime au plus gros »…donc à l’inverse de la concurrence idéale !! (Voir le rapprochement probable entre Rio Tinto et BHP Billiton qui conduirait à un groupe détenant 70 % de la production de minerais de fer).

« Comment peut-on manquer de logique au point de prétendre que des hommes libres risquent d'abuser de leur liberté et de supposer par ailleurs que ces autres hommes chargés de les contrôler ne risquent absolument pas d'abuser de leur propre liberté ? »
Il paraît qu’il existe un système qui s’appelle la démocratie et où les élections permettent de sanctionner les hommes « chargés de contrôler les libertés ». Laisser libre cours à la liberté individuelle de chacun comme le souhaite Mr Salin, c’est en quelque sorte remplacer le citoyen par le consommateur, remplacer le pouvoir des urnes par le pouvoir d’achat…

Pour terminer, deux citations à méditer :
« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui libère » (Henri Lacordaire)
« La vertu est le juste milieu entre deux vices » (Aristote, Éthique à Nicomaque)

PP

07 mai 2008

Ken contre Boris

La semaine dernière se sont déroulées des élections locales en Grande Bretagne. Elles constituaient un test majeur pour Gordon Brown.
La défaite est cuisante pour le Labour, qui enregistre là les pires résultats à des élections locales depuis 40 ans. Le parti de Gordon Brown est relégué en 3e position avec 24% des suffrages, derrière les libéraux démocrates avec 27% des suffrages, et, plus grave, loin derrière les conservateurs, qui obtiennent 40% des voix.
Après dix ans de « blairisme », les travaillistes ne cachent désormais plus leur inquiétude, deux ans avant les prochaines élections générales, et le gouvernement espère d’ici là une amélioration du climat économique mondial. Néanmoins, le plus gros handicap des travaillistes demeure leur Premier ministre lui-même, de plus en plus impopulaire face au jeune conservateur David Cameron.


A Londres, le combat entre « Ken le Rouge » (Ken Livingstone, maire travailliste sortant) et « Boris le bouffon » (Alexander Boris de Pfefel Johnson, dit Boris Johnson, challenger conservateur) a tourné à l’avantage du second.
Ancien journaliste, viré pour avoir falsifié une citation, Boris Johnson est un adepte de la provocation. Il a en effet estimé que l’Afrique du Sud de Nelson Mandela était « une tyrannie de la majorité noire », que la ville de Portsmouth était « pleine de drogués, d’obèses, d’incapables et de députés travaillistes ».
Enfin, il passera probablement à la postérité pour sa maxime la plus célèbre : « Si vous votez tory, votre femme aura de plus gros seins et vous augmenterez vos chances d’acquérir un jour une BMW M3. »
Au-delà de cette conception très particulière de la réussite, cette phrase traduit un mépris évident pour les électeurs, les élections et la politique en général.

Même s'il y a des gros dossiers en jeu -police, circulation, logement-, cette campagne a été totalement dominée par les personnalités remarquablement différentes et fortes des deux candidats. Ce n'est pas un choc froid d'idées, ou même une confrontation entre le parti travailliste de M. Livingstone et le parti conservateur de M. Johnson.
Le combat Ken / Boris est la négation même de la politique : il ne s’agit pas de se prononcer sur un programme, mais sur des personnes, des attitudes, des « bons » mots… Une sorte de « Star Academy » électorale…
Espérons que cela ne préfigure pas l’avenir des élections…C’est toutefois un risque non négligeable. Quand tous les candidats pensent plus ou moins la même chose sur les grands sujets, que reste-t-il pour se démarquer ? L’apparence…
PP

06 mai 2008

Manuel Valls, franchement réformiste...

Dans un entretien accordé au journal Le Parisien, Manuel Valls (député PS) appelle de ses vœux une gauche « franchement réformiste». Il est très incisif sur les retraites : « Aujourd’hui, on vit plus longtemps en meilleure santé…Sous certaines conditions – travail des seniors, augmentation des petites retraites, pénibilité – cotiser et travailler plus longtemps est donc inévitable. Dire le contraire, c’est mentir. »

Non, Mr Valls, ne vous en déplaise, dire le contraire c’est ne pas être d’accord avec vous et avec tous les partisans de la « seule politique possible ». Quelle drôle de conception du débat que de disqualifier d’emblée ceux qui n’ont pas le même avis que vous ! La démocratie, c’est la confrontation des opinions, ce n’est pas la confiscation du débat par ceux qui savent ou du moins qui prétendent savoir ! Cette façon de faire, d’ailleurs très en vogue parmi les « modernes » s’apparente tout simplement au totalitarisme.

Mr Valls, la gauche « moderne » que vous appelez de vos vœux a échoué partout. Il suffit par exemple de regarder les résultats des élections locales au Royaume Uni où le parti travailliste arrive en 3ème position avec seulement 24% des suffrages. On peut aussi se tourner vers l’Allemagne où la gauche « franchement réformiste » est contrainte de gouverner avec les conservateurs du CDU. Et l’Italie, où le moderne Veltroni a été battu par le dinosaure Berlusconi, malgré ses multiples casseroles et son incompétence avérée…

Pour revenir à la problématique des retraites, certes on vit plus longtemps, mais un ouvrier a une espérance de vie inférieure d’environ 6 ans à celle d’un cadre. On vit plus longtemps mais la France est un des pays européens où les risques de handicap majeurs après 65 ans sont les plus élevés. On vit plus longtemps, mais l’âge moyen de la retraite est toujours de 58,8 ans.
De plus, la réforme de 2003 était fondée sur des prévisions démographiques qui ont été largement modifiées depuis. On devait, selon les projections initiales, passer d’un ratio de 2,2 actifs pour un inactifs de plus de 60 ans à 1,1 actif pour un inactif en 2050. On devrait finalement aboutir à 1,4. Ce qui, selon l’OFCE, divise par deux le surcoût lié au financement des retraites. Cela change profondément la donne…
Et puis, tant que le chômage est élevé, il n’est pas absurde de continuer à faire partir en priorité les salariés les plus âgés pour laisser la place aux jeunes.

Mr Valls, comme vous le répétez mécaniquement à longueur d’interview, « l’Etat Providence traverse une crise », mais ce n’est pas en bricolant des économies de bouts de chandelles que l’on réglera le problème. La solution passe une politique économique et industrielle ambitieuse, favorisant l’innovation et l’investissement, associée à une fiscalité plus juste (donc visant à réduire les inégalités).

Car ce qui mine la France, c’est le chômage et les inégalités.

Le chômage est lié à la spécialisation « milieu de gamme » de l’économie française, qui n’a pas su prendre suffisamment le virage des nouvelles technologies. Il est vrai que les politiques de l’emploi ont privilégié la création d’emplois faiblement qualifiés, notamment dans les services, qui ne favorisent pas l’innovation et la croissance. Quoiqu’on en dise, l’avenir d’une économie, c’est l’industrie.
Quant aux inégalités, leur augmentation est issue des réformes fiscales qui ont contribué à diminuer l’impôt des plus riches (réforme de 2005/2006 notamment et bouclier fiscal) et à privilégier une France de « rentiers » (diminution des droits de successions, faiblesse de l’impôt sur les revenus du patrimoine).

Même si pour vous, Mr Valls, le socialisme est « vidé de sa substance », il a toujours sa raison d’être. Il a pour vocation de proposer un modèle de société fondé sur une répartition plus juste des richesses, en partant du principe que la force d’une société se juge à celle de ses éléments les plus faibles. Dans les moments difficiles, il est tentant de faire supporter aux plus fragiles la majeure partie des efforts (franchises médicales, contrôle des chômeurs, allongements de la durée de cotisation…). La « substance » du socialisme, c’est justement de s’opposer à cette tendance naturelle et de s’attacher à renouer les liens du contrat social pour éviter l’émergence d’une société « duale », où les très riches cohabitent (mal) avec les très pauvres, en cherchant par tous les moyens à s’affranchir de la plus élémentaire solidarité.

PP

Marché du travail

De retour après une semaine de vacances, il faut se rendre à l’évidence : la situation économique du pays ne s’est pas améliorée !! Pas étonnant que le moral des français soit au plus bas depuis 1995, d’après les derniers chiffres publiés par l’Insee.
En parcourant rapidement la presse ces derniers jours, j’ai été frappé par la multiplication des annonces de suppressions d’emplois, principalement dans l’industrie. Deux « fleurons » de l’industrie française sont notamment en difficulté : DMC (textile) a annoncé la suppression de 1100 emplois et Duralex (qui fabriquait les fameux verres incassables) va sans doute cesser son activité… On peut aussi citer les grèves chez l’Oréal, Coca Cola…
Bref, dans ces conditions, il est logique que l’industrie française ait détruit 42 000 emplois en 2007, ce qui porte le total de la réduction des effectifs industriels à 435 000 depuis 2001.Ce qui relativise l’enthousiasme de Christine Lagarde qui s’extasiait sur les « 300 000 créations d’emplois » de l’économie française en 2007. En effet, les emplois créés sont majoritairement des emplois de services, souvent de mauvaise qualité (temps partiel, durée déterminée…).
Il n'est donc pas surprenant que le chômage ne baisse plus depuis le début de l’année. En mars, le nombre de demandeurs a augmenté de 8200 (+0,4 %). Cette hausse est due, entre autre, à des fins de CDD, ce qui prouve bien la faible qualité des emplois créés.
Une autre raison majeure de la remontée du chômage est la décrue de l’emploi intérimaire. Au fait n’y aurait-il pas un lien avec le développement des heures supplémentaires détaxées ? Sans être un économiste de premier plan, il peut paraître logique que, dans un contexte de faible croissance, le recours aux heures supplémentaire est un substitut à l’embauche ou à l’intérim !
D’autant plus qu’il semblerait que ces fameuses heures supplémentaires coûtent plus cher aux contribuables qu’elle n’apporte aux salariés. En effet, l’Etat doit compenser le manque à gagner des organismes de Sécurité Sociale, « s’asseoir » sur l’impôt sur le revenu et l’arrêt des embauches induit une hausse des allocations chômages (pour en savoir plus...)

Pas étonnant que, dans un marché du travail dégradé, les entreprises cherchent à profiter de la situation pour faire valoir leurs exigences. Ainsi, chez Peugeot Motocycles, les salariés ont été contraints de renoncer à 11 jours de RTT en échange du maintien de la production sur les sites de Mandeure (j’ai grandi dans cette ville du Doubs !) et de Dannemarie. La CGC reconnaît avoir « le couteau sous la gorge », mais le « deal » devrait permettre de maintenir les 1050 emplois français. C’est donc ça le fameux dialogue social moderne que réclame le Medef !?
En Allemagne, Siemens avait imposé à ses salariés le passage de 35 à 40 heures sans hausse de salaire…mais au bout de deux ans, cela n’avait pas empêché la suppression de milliers d’emplois.
Autre exemple emblématique de la remise en cause de la RTT : en 2004, l’usine Bosch de Vénissieux avait obtenu de ses salariés la suppression de 6 jours de RTT sur 20.
Dans le journal télévisé de 20 heures du 30 avril 2008 sur France 2, Françoise Laborde a présenté un reportage sur cette usine en déclarant : « Les salariés de Bosch Vénissieux sont plutôt satisfaits du retour aux 39 heures ». Dans le reportage, deux salariés se sont exprimés. La première était plutôt résignée : « Faut faire avec ». Le second, quant à lui, était carrément amer : « Ils ont joué, ils ont gagné ! »…en parlant de la direction.
C’est sans doute la fameuse « pudeur des ouvriers » (comme dirait Nicolas Sarkozy inspiré par Henri Guaino) qui les conduit à modérer leur enthousiasme !

PP

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