« An 01 Suite | Page d'accueil | An 01 suite et fin »

09 novembre 2007

An 01 Suite 2

An 01 Suite 2

Vint le tour du GRIP — un chorus émouvant de Morel / Demailly / Delord…
Morel attaqua bille en tête sur la grammaire, la nécessaire réécriture des programmes, la question de la progression, et les problèmes de nomenclature — renvoyant au séminaire Grip qui s’était tenu la veille et l’avant-veille (ces gens-là bossent, qu’on se le dise, parmi ceux qui, ici, passent en dilettantes — ou passent pour des dilettantes). Evoquant le SLECC, il eut l’assurance que le ministre visiterait une classe expérimentale de ce type dans un avenir très proche, et qu’il ne tiendrait qu’à nous de donner à cette visite un relief médiatique adéquat.
Puis des suggestions diverses sont venues s’ajouter à cette base : rédiger les problèmes de maths en français, afin que la maîtrise de la langue soit clairement l’enjeu du Primaire — la rédaction au Collège, souvent presque abandonnée, a souffert de l’abandon de la rédaction des problèmes, en Primaire. Jean-Pierre Demailly a déploré la « primarisation » du Collège, dont il faut impérativement restructurer les programmes : « Aujourd’hui, a-t-il ajouté, on demande aux élèves bien peu de pré-requis, en particulier en sciences. D’où, plus tard, la désaffection des matières scientifiques, qui se fait violemment sentir en classes préparatoires ». Les pays-modèles, il ne faut pas les chercher en Scandinavie (XD avait par avance discrédité toute idée de comparaison avec la Finlande), mais en Corée du Sud ou à Singapour.
Suivirent des remarques complémentaires sur l’américanisation des évaluations, qui demandent de moins en moins de rédaction et tirent nécessairement le niveau vers le bas, la nécessité de diversifier les filières, dès le collège, pour augmenter la flexibilité — la vraie fin du collège unique, n’est-elle pas là ? La Seconde indifférenciée fabrique des élèves indifférents à leur devenir, et repousser sans cesse l’heure du choix est la pire des solutions, surtout si l’on a en tête le souci de composer des programmes efficaces. En fait, les trois années du Second cycle, de la Seconde à la terminale, sont déjà notoirement insuffisantes pour préparer à une insertion universitaire harmonieuse. Il convient donc de pré-former les élèves de Collège…
Quant aux résistances que l’on pourrait trouver sur le terrain… Le SLECC et la pédagogie explicite convaincront les tièdes, et l’opinion publique, dûment informée, achèvera de persuader les durs : partout où sont appliqués les programmes SLECC, on constate un soutien massif des parents — et je l’avais moi-même vérifié à Roncq, fin août.

Je n’aurai pas l’outrecuidance de rapporter ma propre intervention — elle est en substance dans les Notes publiées depuis un mois : il ne faut pas s’interdire de rêver à un grand projet humaniste, pourvu que l’on se donne, dans le concret, les moyens de faire avancer les enfants à l’âge d’homme. En deux mots, et ce sera le thème central de mon prochain livre, il faut caresser l’utopie pragmatique — ne pas se réfugier dans des considérations quantitatives, mais chercher à faire mieux avec ce que nous avons déjà, à donner plus à ceux qui n’ont rien.
Danielle Sallenave a commencé par exprimer sa grande joie de voir enfin, en ce jour, brisée la grande solitude qui était la sienne pendant qu’elle criait dans le désert : le Don des morts remonte tout de même à 1991, et Sa Sainteté Bourdieu, dans l’Amour de l’art (1996), tirait à vue sur cette enseignante — elle était professeur à Nanterre, et je la salue bien bas au passage, j’ai soutenu ma maîtrise devant elle, il y a… trop longtemps
Je n’aurais jamais cru, au cours de ma vie, assister à une mutation physiologique (la disparition des dents de sagesse) aussi rapide. Sallenave, elle, n’aurait jamais cru assister à la disparition de la syntaxe. Il faut apprendre la langue, répéta-t-elle en insistant sur le singulier. Mais voilà : au royaume de Dogmatie, la pédagogie passe pour une science (alors qu’elle est un art qui peut, évidemment, utiliser des sciences). Et de citer Michel Leroux (De l’élève à l’apprenant, Editions de Fallois, 2007) — XD, grand amateur de Leroux, fit immédiatement chorus — racontant comment le strict relevé du vocabulaire d’une page de Proust peut faire croire qu’il s’agit d’un récit de voyage alors qu’il s’agit au contraire du récit d’un non-voyage, d’un enracinement qui n’osera jamais la mer… L’éducation, conclut-elle doit devenir une grande cause nationale.

Marc Le Bris recentra le débat sur programmes du Primaire : puisque volonté politique il y a manifestement de les recomposer — et cela fera assurément plaisir à tous ces parents qui s’angoissent devant la catastrophe —, il faut que les futurs programmes soient simples, logiques et progressifs. Calcul, lecture, écriture doivent devenir des actes réflexes — et il faut s’en donner les moyens. Le par cœur, le travail régulier, acharné, n’ont d’autre objet que de permettre aux élèves d’acquérir une vraie liberté, alors que le vagabondage qu’on leur autorise aujourd’hui est une chaîne lâche, mais une chaîne hypocrite, et plus prégnante qu’une vraie chaîne, parce que les enfants ont intériorisé leur assujettissement : l’analyse grammaticale, loin d’être une contrainte, est un chemin vers la liberté.
Le Bris insista pour finir sur la nécessité de mesurer les résultats, d’une façon plus fine que les évaluations aujourd’hui utilisées. À cette mesure, deux obstacles : les IEN, dont toute autonomie des enseignants diminue le pouvoir, et les enseignants eux-mêmes, parfois trop soucieux de se réfugier derrière des critères nationaux, tout imparfaits soient-ils. Or, c’est sur le terrain, école par école, que l’on doit mesurer les progrès accomplis.
Enfin, il déplora la façon sournoise dont des programmes aberrants, une hiérarchie aveugle ou idéologiquement bornée, laminent en peu de temps les bonnes volontés des néophytes de la profession, qui arrivent la fleur au fusil, et qui se découragent devant tant de barrages. Rachel Boutonnet avait expliqué en son temps comment elle avait dû ruser, ses premières années, avec des IEN qui ne voulaient voir qu’une seule tête — courbée, si possible.

(à suivre…)

Jean-Paul Brighelli

13:40 Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note

Commentaires

Soyons ambitieux et ne craignons rien ! Comme thème pour la prochaine session d'agrégation es-lettres je propose de comparer le voyage à Venise du narrateur dans "La Recherche du Temps perdu" (de Marcel Proust) et "les gondoles à Venise" de Ringo et Sheila.

Il y a une chose que je n'ai jamais saisi, depuis vingt ans j'entends les autorités supérieures de la nation - ministre en tête - clamer les mérites du Rap, de MC Solaar à Joey Starr, mais jamais les qualités de la chanson française populaire à la François Valéry et à la Sheila, pourquoi ?
Littérairement c'est plus faible ?

Ecrit par : iPidiblue et le fan club brighellien | 09 novembre 2007

Tiens ! Puisque nous sommes dans la révolution permanente (enfin la rupture permanente, c'est la même chose je crois), cela me fait penser que le ministre qui vantait les beautés des graffitis sur les murs et les jeux littéraires du Rap est devenu un jour ministre de l'éducation nationale et même je crois qu'il est aujourd'hui membre de la commission chargée de moderniser les institutions de la Vème République ...

Ecrit par : iPidiblue et la rupture permanente | 09 novembre 2007

Un maître!

http://www.youtube.com/watch?v=Uz27S1wP8j8

Ecrit par : Pendariès | 09 novembre 2007

Marc Le Bris a raison d'insister sur les programmes du primaire.
Il faut que ce soit le primaire qui soit réformé -> voilà l'urgence.
Les programmes de français de collège sont à revoir, notamment en redistribuant grammaire / conjugaison / orthographe / expression écrite en des heures séparées.
Pour les programmes lycée de français, ils sont mal faits mais on s'en accomode en trichant un peu : je vois plus d'avantages à les garder et à les modifier un peu plutôt qu'à les supprimer et à les remplacer par l'obligation impérieuse d'étudier Corneille et Lamartine.

Ecrit par : Jeremy | 09 novembre 2007

Un peu en liaison avec le sujet :
je suis en lecture du livre écrit par Mr Rollin : "Les grands mots".
Il est question de faire découvrir aux lectrices et lecteurs des mots peu usités, c'est-à-dire en voie de disparition.
L'approche est didactique et divertissante, avec des calembours, je trouve qu'on pourrait bien le retrouver dans des classes, ce serait un bon point d'achoppement.
Ce n'est évidemment que mon point de vue, mais ce livre est un régal, que je compte savourer plusieurs fois, ma mémoire n'étant pas assez facilement imprimable.

Ecrit par : DePassage | 09 novembre 2007

- le lycée c'est la clef de voûte du système, ... c'est donc ce qui doit être réformé en dernier.
D'abord maternelle et primaire et en parallèle écoles doctorales et mastères; puis on se rapproche ... Au mieux, c'est affaire de 10 ans.

- sur les programmes du primaire, l'idéal serait de revenir à ceux de 1923, mais sans le dire de façon discrète. Autrefois on faisait des pieds et des mains pour camoufler la novation en tradition, aujourd'hui c'est l'inverse ...

- on n'échappera pas à une réforme d'organisation administrative, le tout est de savoir laquelle.

Puisque l'esprit semble être de soumettre les IUFM aux universités, pourquoi ne pas en profiter pour leurs donner une autonomie pédagogique utile?
On pourrait leur confier l'évaluation pédagogique des professeurs issus de leurs bancs, pendant les 10 premières années d'exercice (au détriment des "syndicats d'inspection").

Par ailleurs, à l'issue de la partie académique des concours de recrutement, les reçus choisiraient LIBREMENT l'IUFM qui les suivra par la suite.
Cela permettrait de mettre en évidence la nécessité d'une diversité, voire d'une émulation dans les démarches de ces IUFM, qui seraient in fine, évalués à partir des résultats des élèves de ceux qu'ils forment.

Bien sûr, on pourrait débuter cette diversité, par l'habilitation (et le financement) d'IUFM "alternatifs" à Montpellier et Grenoble, confiés à des enseignants du cru ...
s'il le faut on jetterait de même un os à Gaby C-B.

Qu'en pensez-vous ? Est-ce idiot, impossible ?

Ecrit par : julius | 09 novembre 2007

10 ans ! dans dix ans mon dernier passera le BAC...j'étais toute joyeuse de ces comptes rendus, là ça me dégonfle d'un coup ; bon ne soyons pas égoiste, je me réjouis pour ...les autres...

Ecrit par : fabienne | 09 novembre 2007

Marc Le Bris a raison d'insister sur les programmes du primaire.
Il faut que ce soit le primaire qui soit réformé -> voilà l'urgence.
Les programmes de français de collège sont à revoir, notamment en redistribuant grammaire / conjugaison / orthographe / expression écrite en des heures séparées.
Pour les programmes lycée de français, ils sont mal faits mais on s'en accomode en trichant un peu : je vois plus d'avantages à les garder et à les modifier un peu plutôt qu'à les supprimer et à les remplacer par l'obligation impérieuse d'étudier Corneille et Lamartine.

Ecrit par : Jeremy | 09 novembre 2007

Voueï!! Primaire d'abord, vite et Maternelle, de toute urgence parce qu'il faut bien qu'ils sachent écouter et rester assis et un peu silencieux en CP.

Ecrit par : dobolino | 09 novembre 2007

saperlotte il devient urgent que je retrouve mes lunettes...

Ecrit par : saperlipopette | 09 novembre 2007

Voueï!! Primaire d'abord, vite et Maternelle, de toute urgence parce qu'il faut bien qu'ils sachent écouter et rester assis et un peu silencieux en CP.

Ecrit par : dobolino | 09 novembre 2007

Et tenir un crayon ("Oh non ! A la maison, je ne le fais pas dessiner ! Ça salit tout!"), et regarder un livre ("Ah non, il n'a pas de livre, il sait pas lire !"), et parler français correctement ("Eh, p'tit con, l'herbe, ça s'bouff"pas, ça s'fume."; "Maîtresse, maman, elle a dit que mon frère y viendra pas aujourd'hui à l'école pasqu'il a gerbé partout à la maison.") et ..., et ..., j'arrête, il est tard et j'ai école demain.

Ecrit par : catmano | 09 novembre 2007

Catmano, ça me fait penser à cette histoire de deux jeunes mères qui discutent ensemble:
-"Tu ne lui achètes pas un vélo, à ton fils?
-Non! J'attends qu'il sache en faire".
Bon dimanche à vous!

Ecrit par : Christophe Sibille | 11 novembre 2007

La meilleure à laquelle j'ai participé restera quand même celle-ci:
Je poireautais aux caisses dans un magasin "hard discount" et devant moi, un superbe bambin de dix-douze mois assis bien droit dans le chariot se fendait en sourires. En bonne PE à fifiches bien niaisotte, je commence à bêtifier : "Qu'est-ce que tu te tiens bien. Mais oui. Tu es vraiment un grand garcon. Tu me dis, bonjour, hein ? Tu es très sage."
Et à ce moment-là, la grand-mère et la mère de l'enfant se retournent et me rétorquent en chœur : "Vous savez, Madame, ce n'est pas la peine de vous embêter, il ne sait pas encore parler !"

Ecrit par : catmano | 11 novembre 2007

Allez, puisqu'on en est aux histoires drôles —, à condition qu'elles soient symboliques…

Un petit garçon ne parlait pas. Les deux premières années, on n'y avait pas vraiment fait attention. Mais voilà : le temps passait, et rien, pas un mot. On l'avait traîné chez tous les spécialistes — apparemment, tout allait bien du côté de l'ouïe et de la phonation — mais il ne parlait pas, un point c'est tout. Et ses parents s'abîmaient dans les pleurs, la culpabilité, et les remarques acerbes -"c'est bien ton fils…" "À le voir, il y a des jours où j'ai un doute…"
Un soir à table (il allait vers ses douze ans), il se tourne soudain vers sa mère, et articule posément : "Maman, s'il te plaît, passe-moi le sel."
- Mais… Mais mon chéri ! Mais tu parles !
- Bien sûr, hé, qu'est-ce que tu croyais ?
- Mais pourquoi n'avoir rien dit jusqu'à présent ?
Et le petit garçon, avec une souveraine moue de mépris, de lui lancer : "C'est que, jusqu'à présent, le service était bien fait."

Bon dimanche à toutes et à tous, je sens que je vais aller m'oxygéner sur la plage de l'Espiguette.
JPB

Ecrit par : brighelli | 11 novembre 2007

La plage de l'Espiguette????? Oui, c'est vrai, c'est une zone protégée où la flore et la faune locales sont bien réjouissantes. Attention, toutefois, à ne pas marcher dessus. Lisez bien les panneaux, JPB.

Ecrit par : Pendariès | 11 novembre 2007