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09 novembre 2007
An 01 Suite
An 01 / suite du compte-rendu de la réunion du 7/11
Agnès Joste, pour Sauver les Lettres (relayée par Michel Buttet en seconde partie d’exposé) fit la catalogue de tous les points de désaccord de son organisation — une anaphore involontaire de « contre » qui manquait peut-être un peu de pragmatisme — en tout cas, d’esprit de proposition : SLL est donc « contre la réduction des horaires en Primaire » (ah, la pomme de discorde du samedi matin, et Darcos eut beau expliquer à quoi allaient servir ces heures — non supprimées mais déplacées pour l’instruction des plus faibles —, le désaccord persista), « contre le sujet d’invention » — un beau sujet de discorde en perspective avec Cécile Ladjali, qui comme le savent les lecteurs de ce blog, a tiré de ce prétexte de l’invention de splendides effets ; « contre les séquences », qui encouragent à une transversalité délétère ; « contre la transversalité » du français en Primaire (je rappelle aux non-initiés que c’est au nom de ladite transversalité qu’un énarque quelconque, il y a quelques années, avait cru bon de faire réduire les heures de Français au Primaire, sous prétexte que du français il s’en faisait aussi en maths, en Histoire, en Sciences — on additionnait ainsi des demi-quart d’heure, et on arrivait à la conclusion que l’on pouvait supprimer des heures entières de Français — c’est ainsi que l’on est arrivé à 6 heures hebdo, que Darcos veut porter à 8), et « contre les conventions européennes — du type Protocole de Lisbonne, j’en ai dit tout le mal que l’on pouvait en penser dans la Fabrique du crétin. Après avoir noté que l’égalitarisme en place est producteur d’inégalités (et, ajouterais-je, de bien plus d’inégalités que jamais n’en produisit l’élitisme le plus forcené), les duettistes ont ajouté qu’il fallait augmenter sensiblement les horaires, revenir en Français / Lycée aux programmes de 1985, et rajouter des heures en Collège.
Sur la question des programmes de Lettres, Darcos a fait chorus en notant que le structuralisme appliqué aveuglément aux textes œcuméniques étudiés autrefois en classe avait eu pour effet d’exclure les exclus du système. Seule une approche culturelle, historique, esthétique, pouvait les réconcilier avec les œuvres majeures — Danielle Sallenave, qui a plaidé cette cause il y a plus de 15 ans dans le Don des morts (Gallimard) buvait du petit lait d’entendre le ministre se faire le chantre d’un retour aux grandes œuvres.
Denis Kambouchner a fait chorus, demandant que les élèves ne considèrent plus les grands textes comme des ennemis. Il a eu une jolie formule : il faut, a-t-il dit, considérer le Primaire comme un « jardin de culture » dans lequel l’élève doit être immergé. Après avoir rappelé que l’ennemi, bien installé, était redoutable, tant il avait noyauté l’Education Nationale depuis trois décennies au moins, il a appelé à un Grenelle de l’Education — j’avais noté, dès la Fabrique du crétin, que la rue s’y prêtait…
Darcos est revenu sur cette question des grandes œuvres, suggérant de restaurer les « exercices d’admiration ». Et, mezza voce mais assez fort pour être entendu, il a clairement expliqué que si d’aucuns voulaient dresser une école contre l’autre, il passerait par le Parlement et l’opinion publique, qui est un peu fatiguée, ces derniers temps, de consacrer ce qu’il lui reste de budget à entretenir Acadomia et les éditions Belin, qui éditent la méthode Boscher…
Cécile Ladjali a rebondi immédiatement sur la question du « bain de culture » — parce que la culture s’inscrit contre la barbarie, que l’école doit se dresser contre la loi des Cités, où le « parler mal » est la norme (sous peine d’être un "bouffon"), alors que le « parler bien » est justement ce qui fait de nous des humains : du barbarisme à la barbarie, a-t-elle conclu en évoquant Barbara Lefèbvre, il n’y a qu’un pas. Il faut (re)donner les mots à ceux qui en sont dépourvus, par l’art et par les grands textes, l’émotion esthétique étant au fond le premier pas vers ces « exercices d’admiration » dont parlait le ministre. Le « par cœur » lui paraît essentiel, ne serait-ce que pour établir une « culture de l’effort » actuellement à la dérive : Racine, c’est mieux que Diam’s, n'en déplaise à ces leaders syndicaux qui voudraient limiter les études littéraires à l'analyse de Titeuf. Fine mouche, Ladjali a noté que le problème, contrairement à ce que pensent trop de gens, c’est moins l’écrit que l’oral : on parle le « 9-3 » dans la cité, le « parler bourgeois » au lycée — et pendons les pédagogues qui ont entériné cette division, et condamné les grands auteurs comme représentants infâmes de la culture bourgeoise.
Cela aurait amusé Baudelaire ou Flaubert (nous sommes au 150ème anniversaire de leurs démêlés avec la Justice impériale) de se savoir désormais « bourgeois » — du moins auraient-ils ri jaune.
Revenant sur la distinction cités / centre ville, XD a noté que les principaux demandeurs, en cette rentrée, de dérogations à la carte scolaire, ce furent les jeunes filles des cités, désireuses de continuer à travailler loin des « grands frères » — parce que pour elles, seule la réussite scolaire peut être gage d’émancipation. Et plusieurs des participants se sont demandé s’ils ne faudrait pas refaire des classes de filles, justement pour les protéger de l’a-priori négatif que trop de garçons ont sur les études et la réussite.
La suite un peu plus tard…
Jean-Paul Brighelli
09:25 Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note
Commentaires
La suite un peu plus tard…
Jean-Paul Brighelli
Merci! Je n'ai toujours pas retrouvé mes lunettes! Saperlotte de saperlipopette!
;):)
Ecrit par : saperlipopette | 09 novembre 2007
Bonjour à tous,
Ouf, ça frémit un peu. Il était temps !!!Et pourquoi, les parents (pas obligatoirement ceux affiliés aux fédérations de parents d'élèves) ne sont-ils pas conviés à ce genre de réunion ?
J'ai des choses à dire, comme beaucoup de parents d'ailleurs.
Sait-on jamais ?
Sincèrement
Andrée
Ecrit par : andrée | 09 novembre 2007
Serait-on sur le point de retrouver la voie du bon sens ?
Il serait bien temps..........
Et merci à JPB pour ces purs instants de délices, que c'est bon à lire !!
Ecrit par : Michèle | 09 novembre 2007
C'est bon à lire, mais quelqu'un a-t-il lu les comptes-rendus forcément dithyrambiques des réunions des syndicats enseignants, ou des affidés de Cohn-Bendit, ou des délégués de la FCPE et de la PEEP (celle de St Claude, ou celle du bois de Boulogne ?), avec le ministre ?
Que va-t-il décider au final ?
Ecrit par : yann | 09 novembre 2007
Au sujet de l'école, quand on évoque "les parents", il faut cesser de les assimiler aux fédérations PEEP, FCPE. A mon sens, il existe une 3è fédération de parents d'élèves, celle où les parents ne sont ni affiliés à la FCPE, ni à la PEEP. Ces parents, et j'en fais partie, ne se retrouvent pas dans 2 associations. D'ailleurs il suffit de regarder le nombre de leurs adhérents.
Un exemple dans un lycée de que je connais bien : 1500 élèves : 70 adhérents à la FCPE, et 25 à la PEEP!!!!
A bientôt
Andrée
Ecrit par : andrée | 09 novembre 2007
Bien d'accord, Andrée.
Mais ce ne sont pas eux qui gueulent le plus fort.
Ecrit par : yann | 09 novembre 2007
L'an 01 dans un gouvernement Sarkosy, il fallait oser...
Oh mânes de Gébé ! On vit une époque formidable. Manquerait plus que le Che (vainement pas guevara) accepte de présider un Grenelle de l'éducation.
Ecrit par : dugong | 09 novembre 2007
De même que les parents ( dont je fais partie ) ne sont pas tous à la FCPE ou à la PEEP, les syndicats de professeurs ne sont pas TOUS sur la même longueur d'ondes........
Allez donc faire un tour sur leurs sites respectifs et vous pourrez constater qu'il y en a un en particulier qui défend de vraies valeurs pour l'Ecole !!!
Ecrit par : Michèle | 09 novembre 2007
"Revenant sur la distinction cités / centre ville, XD a noté que les principaux demandeurs, en cette rentrée, de dérogations à la carte scolaire, ce furent les jeunes filles des cités, désireuses de continuer à travailler loin des « grands frères » — parce que pour elles, seule la réussite scolaire peut être gage d’émancipation."
J'ai très envie d'être d'accord mais ça irait encore mieux en chiffrant un peu : combien de demandes à l'échelle nationale ? "Principaux" doit-il être entendu comme "les plus nombreuses" ou "les plus importantes à mes yeux" ?
Ecrit par : dugong | 09 novembre 2007
Bon, eh bien, on ne va pas chanter victoire dans l'immédiat, on attend la suite (celle de JPB et celle de XD), mais on peut avoir de l'espoir.
Le plus grand espoir, je le vois dans ce courrier d'invitation du ministre et dans ses dires à propos des IUFM : « Nous sommes prescripteurs, mais nous écoute-t-on ? ». Cela effectivement m'avait mis un peu de baume au cœur quand j'avais visionné cette émission sur Internet.
Ecrit par : Moot | 09 novembre 2007
L'an un ? Il faudrait peut-être passer tout de suite à l'an deux :
"Ô soldats de l'an deux ! ô guerres ! épopées !
Contre les pédagogues tous tirant l'épée"
Ecrit par : iPidiblue hugolien | 09 novembre 2007
Quelques questions de forme pour JPB :
Les invités se sont-ils tous bien tenus ?
Personne n'a bourré ses poches de petits fours ? Personne n'a provoqué les Appy ? Personne n'a cherché à parler en même temps que Pedro Cordoba ?
Xavier Darcos, notre Chauffagiste Central en charge des tuyauteries du MEN, se tenait-il près du poêle ?
Ecrit par : dugong | 09 novembre 2007
Et quid du bédeuzi, de la note de vie scolaire, de l'opération petit déjeûner, de la formations des délégués, de l'élève-centre-du-système, de la formation à la sécutité routière, des projets "jeunes citoyens", du CEL , cadre européen des langues, de la dictature des IPR pédagogistes, des forums santé, de l'intégration forcée des UPI, du travail en équipe, du projet disciplinaire, de la commission pédagogique, etc?
Ecrit par : marigot | 09 novembre 2007
Allez donc faire un tour sur leurs sites respectifs et vous pourrez constater qu'il y en a un en particulier qui défend de vraies valeurs pour l'Ecole !!!
Ecrit par : Michèle | 09 novembre 2007
Malheureusement, et pour les avoir cotoyées, je ne suis pas si catégorique que vous.
C'est bien dommage d'ailleurs.
Andrée
Ecrit par : andrée | 09 novembre 2007
J'ai dit "un en particulier", peut-être l'avez-vous zappé ?
Ecrit par : Michèle | 09 novembre 2007
Info pour Maminou:
Daniel Pennac, de son vrai nom Daniel Pennacchioni, est né le :
1er décembre 1944
à Casablanca, au Maroc.
Intéressant, non ?
;)
Je continue de penser qu'il n'a pas tout compris, mais je ne l'ai pas fini :ange:
Ecrit par : toto | 09 novembre 2007
D'abord, merci mille fois pour ces compte-rendus. J'attends la suite avec intérêt. Contrairement à d'autres, j'ai été ravie d'apprendre qu'Eric Zemmour avait été convié à cette table ronde. C'est un journaliste pour lequel j'ai énormément d'estime. Il est intelligent et ses analyses sont souvent très fines et - à mes yeux - très justes.
Ecrit par : aspirinerose | 09 novembre 2007
Je ne comprends pas non plus, pourquoi quelqu'un n'essaie pas de mettre de l'ordre dans les fédérations de parents d'élèves, lamentables et non représentatives ...
C'est bien la preuve qu'on ne cherche pas vraiment à réformer.
Les banlieues sont essentielles, car elles forment le "Quick Acid Test" d'une politique d'instruction publique.
Il y a en gros quatre catégories d'élèves (tapez pas, je caricature) :
- les idiots fils de riches
- les doués fils de riches
- les idiots fils de pauvres
- les doués fils de pauvres.
Pour ceux du milieu, il est très difficile d'agir, quelque soit la politique publique, le résultat sera à peu près le même.
Par contre un système se reconnait à la préférence qu'il donne entre la première et la dernière catégorie.
Il me semble que depuis quarante ans, et bien plus qu'avant, on a choisi de priviliégier les premiers sur les derniers.
Et cela malgré (ou grâce à) un discours dégoulinant de bons sentiments.
C'est pourquoi, résoudre le problème de cette quatrième catégorie, c'est remettre sur pied toute la politique d'instruction publique.
Ecrit par : julius | 09 novembre 2007
"Je ne comprends pas non plus, pourquoi quelqu'un n'essaie pas de mettre de l'ordre dans les fédérations de parents d'élèves, lamentables et non représentatives ...
C'est bien la preuve qu'on ne cherche pas vraiment à réformer."
Julius
Tout à fait d'accord, mais qui pourrait ymettre de l'ordre ?
Bonne soirée
Andrée
Ecrit par : andrée | 10 novembre 2007
Le gouvernement, en suscitant et finançant des alternatives ...
Ecrit par : julius | 10 novembre 2007
Je suis à peu près d'accord avec toutes vos analyses. Mais vous focalisez sur une matière qui certes permet de comprendre les autres, mais qui ne peut être l'unique objet de l'effort d'éducation.
La langue française est je crois trop structurée et complexe à acquérir pour un usage courant. Elle mobilise trop d'investissement personnel au détriment d'autres domaines qui à terme vont nuire au niveau de la ressource humaine.
Ainsi, les langues anglaises, espagnoles ou scandinaves, dotées d'une grammaire plus simple, permettent à leurs locuteurs de passer moins de temps à corriger leurs défauts d'expression que d'avancer dans les domaines où ils excellent.
Je sais que le verbe structure la pensée et vice-versa, mais pour le commun, le français devient un frein à l'excellence.
Vous êtes professeur agrégé de lettres, tout le monde ne peut pas passer sa vie à étudier les lettres et l'idiome est pour l'essentiel d'entre nous, plus un moyen qu'un but.
Ecrit par : pares | 22 novembre 2007



