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01 mai 2007

Gargantua

Gargantua

« Buveurs très illustres, et vous, vérolés très précieux… »
Les enfants de Gargantua se sont essaimés sur la planète, et aujourd’hui, leur nom est légion — ce qui est, à tout prendre, plus joli que de parler de massification. Après bien des détours pr tous les continents, ils sont revenus en France où ils ont retrouvé leurs cousins gaulois — une immense famille qui a, comme toutes les familles, ses illustrissimes et ses sans-grade — car tous les enfants, figurez-vous, n’ont pas les mêmes talents, quand bien même leur ancêtre serait aussi prestigieux que le géant de Rabelais…
Et nous voici, comme il y a cinq siècles, avec un rude choix devant nous…
Rude ? Peut-être pas. Entre les pédagogues meirieuticoles qui ont envahi le marché depuis trente ans, sous les effets conjugués d’une gauche qui cultive en parallèle culpabilité et bonnes intentions, et d’un droite qui, fascinée, a largement laissé faire, et les disciples de Ponocratès, — cette éducation à l'Humanisme dont je me réclame, le choix pourrait sembler clair…
Il ne l’est apparemment pas pour tout le monde.
Pourtant, quels en sont les termes ? Soit vous perpétuez une clique qui fera de vos enfants, de nos enfants, des « apprenants » « tout rêveurs et tout assotés », comme dit Rabelais (1) ; soit vous remettez l’Ecole sur ses bases, vous « réinstituez les Lettres », et vous remettez au goût du jour des objectifs qui permettent de « ne perdre heure quelconque du jour », mais au contraire de « consommer tout son temps en Lettres et honnête savoir ».
Je plaide, comme toujours, pour le Savoir. Je plaide pour une restauration — et elle sera en bonne voie, parce qu’il y a, chez ceux qui pourraient, à droite (le mot vous effraie ? Et « gauche », qu’est-ce que vous en pensez ? Le terme est-il encore mérité ?) se retrouver aux affaires, la volonté d’en finir avec cette pédagogie de l’échec programmé.
Je discutais avec le plus sérieux postulant au Ministère de l'Education, il y a deux jours. « Avec la moitié de ce que coûtent les IUFM, me disait-il, nous pourrions réinventer les IPES — ce système de bourse, sur concours, qui a permis à tant d’enfants du peuple, dans les années 50 et 60, de faire leurs études d’enseignants en étant pré-payés » (moi-même, au passage). Et nous avons besoin d’un système qui incitera les meilleurs à se tourner à nouveau vers l’enseignement. « Avec l’autre moitié, nous réévaluerons les salaires des enseignants français, aujourd’hui parmi les moins bien payés d’Europe… Et nous créerons dans les facs les postes nécessaires pour enseigner à ces nouveaux postulants de vrais Savoirs — et un peu moins de « sciences de l’éducation », cette tarte à la crème de tous ceux qui prétendent « apprendre à apprendre » aux autres ce qu’ils ne savent pas.

- Mais mon cher, objectai-je, les promesses de ton candidat de ne remplacer qu’un poste de fonctionnaires sur deux…
- La fonction publique est pléthorique. Mais les 350 000 enseignants qui, dans les cinq ans, partiront à la retraite, ça, c’est une réalité que l’on ne peut nier. Et même si je suis favorable à un allègement des programmes — que d’options inutiles, d’heures perdues, de prétentions académiques insupportables, alors qu’il serait si simple d’en revenir à des fondamentaux bien maîtrisés —, je sais bien qu’il faudra inciter des jeunes, des dizaines de milliers de jeunes, à entrer dans la carrière. Nous recruterons des enseignants — pas nécessairement des "emplis-jeunes" qui sont des cache-misère, au mieux — et, au pire, une porte ouverte à des "grands frères" qui viendront, comme en 2000-2002, vérifier qui est ou n'est pas salafiste — rappelle-toi le rapport Obin.
- Ça n’en prend guère le chemin… Quel néo-bachelier de bon sens s’engagera aujourd’hui dans un métier qui envoie les moins aguerris au casse-pipe des ZEP les plus dures ? Qui prendra le risque de se faire cracher à la gueule par des gosses auxquels on a seriné depuis des années qu’il est interdit d’interdire — un beau slogan pour Gargantua, mais une mauvaise idée pour un ilote ravagé de l’intellect ! Des enfants sans défense auxquels on a répété qu’ils ont la liberté de l’expression et, faute de mots, du coup de boule !
- C’est bien pour ça que nous ambitionnons de rompre — voilà, le mot est lâché — avec ce qui s’est fait depuis tant d’années. Gilles de Robien a eu la maladresse de mélanger de vrais soucis pédagogiques et des déclarations intempestives sur le statut ou la fonction des enseignants. Peut-être parce qu’il a mis du temps à se mettre au courant. Mais, nourri dans le sérail, j’en connais les détours. Je vais même te dire… Mon dernier fils a aujourd’hui sept ans, et, comme les autres, il est à l’école publique. Et j’ai vu, de très près, ce que sont les croyants du pédagogisme et de l’égalitarisme forcené. J’ai vu comment on prétendait lui apprendre à lire — on était loin, très loin, de Boscher ou de Léo & Léa…
« Il faut inciter de nouvelles équipes à fabriquer les manuels scolaires dont nous aurons besoin, dès que nous aurons toiletté les programmes et les couloirs de la rue de Grenelle — au kärcher, s’il le faut !
« Car je crains bien moins les voyous des cités que la racaille de la haute administration, si imbue de ses privilèges, si loin du peuple… Je ne m’imagine pas ministre de l’Education autrement qu’en garant de l’accès au Savoir de tous. Il est scandaleux que tant de pédagogie ait enfanté les écoles privées et les cours du soir dans lesquels les plus fortunés comblent le vide intellectuel du Collège et du Lycée. Scandaleux que tant de jeunes grands-mères aient à apprendre à lire à leurs petits-enfants ! Et bien plus scandaleux encore qu’une frange déshéritée soit abandonnée à elle-même — nous donnerons plus à ceux qui ont moins, et qui veulent vraiment davantage.

Ainsi parlions-nous dans les avoines folles du XIIème arrondissement, et la nuit seule entendit nos paroles…
Mais ce blog n’a d’autre raison d’être que de faire avancer la réflexion. Alors, je me suis permis de divulguer ces propos hors campagne — ces propositions pour une Ecole à venir.

Jean-Paul Brighelli

(1) Avez-vous un doute sur le fait que d’aucuns préparent non seulement leur revanche (sur qui, bon sang ! Ils ont tous les pouvoirs !), mais veulent enfoncer le clou ? Jetez donc un coup d’œil sur cet article du Monde — qui se ressemble s’assemble : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-903885@51-823374,0.html

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Commentaires

"''Si vous êtes vraiment de gauche, votez Sarkozy""
par Alain Boyer, professeur de philosophie politique, Paris-IV . Figaro du 27 avril 2007

Max Weber et Raymond Aron ont insisté sur deux attitudes
possibles : la morale de la conviction, qui ne s'intéresse pas aux effets de l'action mais seulement à ses intentions, et la morale de la responsabilité, qui cherche à anticiper les conséquences d'une action avant d'arbitrer, parfois dans la douleur, en sa faveur. Cette morale n'a rien à voir avec le « réalisme » amoral. Mais elle tient qu'il est immoral de poser au moraliste intègre sans s'interroger sur le bilan prévisible de ses actes. On peut opposer, comme le philosophe « républicain » Philip Pettit, le fait de vouloir « honorer » une valeur et celui de chercher à la « promouvoir ». Seule cette attitude-ci est responsable.

Prenons les valeurs républicaines, liberté, égalité, fraternité, et laïcité. Les penseurs de gauche ont fait remarquer aux libéraux qu'elles ne pouvaient demeurer formelles : la liberté du renard libre dans le poulailler libre n'est pas défendable. Il faut promouvoir des libertés juridiques et réelles, des pouvoirs effectifs d'agir selon son « plan de vie ».

L'égalité des chances ne doit pas être seulement formelle, mais réelle. Cela peut signifier, temporairement, des actions»positives* en faveur des individus injustement privés de pouvoirs d'agir à cause de leur « appartenance » à un groupe à tort déconsidéré.

La fraternité ne doit pas être seulement verbale, mais impliquer une réelle solidarité. Les individus qui par leur chance, leurs efforts et leurs talents ont acquis plus de liberté et de ressources que d'autres moins chanceux contribuent ainsi par leur action innovatrice, leurs prises de risques et, bien sûr, leurs contributions fiscales (raisonnables) à améliorer en fin de compte le sort des plus défavorisés.

L'Etat doit par le Droit jouer un rôle essentiel dans la mise en pratique des droits de l'homme de 1789, « la liberté, la sûreté, la propriété et le droit de résister à l'oppression ».

Mais il est absurde que son action trop paternaliste aboutisse à tuer la liberté d'entreprendre et celle de choisir, fondements de la seule économie qui fonctionne, l'économie de marché. Aux excès paternalistes et fiscaux de l'Etat-Providence, Rawls préférait l'idée d'une « démocratie de propriétaires » (comme Léon Gambetta et Charles de Gaulle), par où la participation de chacun à l'appropriation des moyens de production (grâce à l'actionnariat, la co-propriété) rendrait possible l'amélioration du sort et de la dignité des « plus mal lotis », alors qu'une politique égalitariste radicale conduirait à la pauvreté de tous.

Sans incitations, qui prendrait des risques ? Si une mesure qui « honore » la justice sociale, des 35 heures au refus de la baisse des prélèvements ou au protectionnisme, s'avère contre-productive du point de vue de la promotion réelle de cette même valeur, il faut y renoncer.

Aujourd'hui, vu l'état du pays, il faut avoir le courage de proposer certaines réformes dites « libérales », incitatives, et –négociées avec ceux qui, comme la CFDT, acceptent de ne plus considérer la politique en démocratie comme une guerre, un conflit à somme nulle, mais comme une délibération commune suivie de compromis.

Quiconque veut promouvoir les valeurs sociales devra en passer à l'heure qu'il est par des réformes dites « libérales », conditions sine qua non de la sauvegarde des retraites et de la Sécurité Sociale. La justice doit prendre en compte les générations futures. Les hommes et les femmes politiques de progrès sont ceux qui ont cessé de prendre les électeurs pour des idiots économiques - cessant de faire comme s'il suffisait de « faire payer les riches », de s'endetter et de moins travailler - et se donnent les moyens de promouvoir réellement la liberté, l'égalité et la solidarité.

Quant aux émotifs qui méprisent les « calculs » et la « rentabilité », rappelons cette phrase de l'économiste marxiste Charles Bettelheim, citée naguère par Michel Rocard : « Quand on cesse de compter, c'est la peine des hommes que l'on cesse de compter ». Même si l'on peut en critiquer certains aspects, seul le programme économique de Nicolas Sarkozy, comme l'était celui, très proche, de François Bayrou, semble en mesure de promouvoir à long terme les valeurs du progrès social, de la protection et de la liberté. La démarche d'hommes de gauche comme Christian Blanc et Eric Besson n'est donc pas une trahison de leurs valeurs.

Français, encore une effort pour promouvoir les valeurs de gauche !

Ecrit par : Cadichon | 01 mai 2007

JPB, je croise les doigts pour que ce monsieur devienne ministre de l'EN. J'espère seulement qu'il arrivera à remuer les tonnes et les tonnes d'administratifs qui occupent totalement le terrain du ministère et des rectorats. Je vis dans une ville de gauche mais alors de gauche "jusqu'à l'os", et je peux vous dire que TOUT absolument TOUT ce qui concerne l'éducation , la santé des jeunes,les bibliothèques et les achats qui vont avec, leurs loisirs, les activités dites "culturelles" sont totalement prises en main par des gens , des associations qui ont la MÊME pensée unique de gauche, PS bon teint, pédago. On retrouve des gens de l'IUFM
partout, partout, partout. Ils sont au SNES local, au rectorat, dans la municipalité, au conseil régional, général... Cela donne entre autres choses, une programmation théâtrale déplorable au niveau municipal, très "bobo de gauche"; impossible d'y emmener des élèves qui ne verront jamais une vraie pièce de théâtre de leur vie; par contre on est sollicité pour des spectacles nuls "très tendance" qui n'apportent rien aux élèves qui en ressortent déçus. La littérature est devenue l'ombre du fascisme comme la langue et on ne jure que par la littérature de jeunesse et pas la meilleure; des rencontres sont organisées avec des pseudo- écrivains où l'on embarque des élèves par cars entiers et au cours desquelles on les fait mariner à nouveau dans leurs problèmes de cités, de drogues, d'incestes sans leur montrer autre chose et comment en sortir. Ah! depuis peu, nouveau thème: le développement durable, partout: au collège, au cdi, dans la ville... Et cela ressort sous forme d'une bouillie infâme dans la bouche des élèves car c'est divulgué sous forme de doxa et non pas de manière réfléchie et c'est comme cela pour tout. Et je pourrais multiplier les analyses.
Et il est arrivé qu'un nouveau recteur "différent" tente quelque chose pour modifier le cours du long fleuve tranquille mais se retrouve rapidement dans l'impossibilité totale de changer quoi que ce soit étant donnés les bataillons en place qui verrouillent TOUT.
J'espère que le ministrable réussira à déjouer au plan national ce que l'on connaît ici au niveau local... Mais il ne sera même pas aidé par la majorité des enseignants: il suffit de voir la réaction des collègues sur ce blog. Et en plus ce sont des collègues qui se disent anti-pédagos! Alors que peut-on attendre des autres?
Bon courage en tout cas.

Ecrit par : Thalie | 01 mai 2007

Tiens, il y a eu un bug, car il y a deux Gargantua.

Thalie, j'ai l'impression de vivre dans votre ville... Pour les pseudos-écrivains, mon lycée les fait même venir de Belgique, maintenant... Et la programmation théâtrale est... terrible. Mais il est marqué dans le Projet d'établissement "développement culturel de l'élève", donc c'est un beau prétexte pour payer n'importe qui et n'importe quoi sous prétexte d'action culturelle.

Ecrit par : Jérémy | 01 mai 2007

Ah! Jérémy, tant mieux si je ne suis pas seule à voir les choses ainsi. Je ris ( un peu jaune tout de même) car leur confiance aveugle dans ces assos en tous genres qui font "du culturel" finit par leur jouer des tours par moments.
Si vous êtes près de la Belgique, ce n'est pas la même ville car j'en suis un peu éloignée tout de même. Mais il est toujours intéressant de comparer ce genre de "joyeusetés!".

Ecrit par : Thalie | 02 mai 2007

Sur le site http://avenirdeleducation.blogpremium.com/
On trouve des renseignements sur la présence de Philippe Meirieu et de ses partisans dans l'entourage et à l'arrière plan du programme de Ségolène Royal

Ecrit par : avenirdeleducation.blogpremium.com | 03 mai 2007

Brighelli vint à son tour, et dit:" J'ai souvenance
Qu'en un pré de pédagogistes passant,
Leur raideur imbécile et leur folle arrogance,
Quelque livre critique aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
J'en avais bien le droit à l'époque d'internet."
A ces mots, on cria haro sur le Baudet.
Un Fracko-Meir, pas toujours clair, prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa critique véritable fut jugée cas pendable.
Manger les dogmes d'autrui! quel crime abominable!
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait: on le lui fit bien voir.

Ecrit par : Thalie | 04 mai 2007

C'est pas avec Bayrou qu'on obtient des analyses aussi pertinentes :

"ZEP : des enseignants courageux, mais un système à revoir en profondeur

Tribune de Nicolas Sarkozy parue dans Libération
15/12/05

Créées en 1982, les ZEP (zones d'éducation prioritaires) sont nées d'une idée généreuse, inspirée d'une politique mise en oeuvre par la Grande-Bretagne, ce pays que l'on m'accuse si souvent de vouloir copier. Elles devaient durer quatre ans. Vingt-trois ans plus tard, il existe plus de 700 ZEP.

Le niveau des élèves scolarisés en ZEP est très inférieur à celui des autres établissements. C'est en soi un échec, même si les ZEP scolarisent des élèves qui ont plus de difficultés. Mais la réalité est encore pire : l'écart de niveau s'accroît avec le temps. Censées garantir l'égalité des chances, les ZEP n'ont pas permis de lutter efficacement contre l'échec scolaire des enfants les plus défavorisés. Les enseignants de ZEP, qui ne ménagent pas leur peine, sont les premiers à s'en désespérer.

Les raisons de ce revers sont triples. D'abord, les moyens supplémentaires accordés aux ZEP ont été insuffisants, notamment parce qu'ils ont été saupoudrés sur trop d'établissements. Contrairement à ce que l'on a pu dire, je ne pense pas que l'on a dépensé trop d'argent en faveur des enfants défavorisés, je pense que l'on n'en a pas dépensé assez. Quand une politique est prioritaire, qu'elle vise presque 20 % des élèves, on doit y consacrer davantage que 1,2 % du budget de l'Education nationale.

Ensuite, ces moyens supplémentaires servent quasi exclusivement à réduire le nombre d'élèves par classe. Cette réduction est toutefois très insuffisante (vingt-deux élèves en moyenne en ZEP contre vingt-quatre dans les établissements hors ZEP) et reste sans influence sur les facteurs de la réussite scolaire que l'on sait aujourd'hui être les plus importants : environnement familial ; chambre individuelle ; mixité sociale ; qualités pédagogiques. Le taux de rotation des enseignants est très élevé. Le dire ne discrédite en rien leur compétence et leur dévouement, qui sont grands, mais confirme que nos ZEP sont devenues un problème lourd. Les moyens alloués aux ZEP devaient d'ailleurs, à l'origine, financer principalement des projets innovants en lien avec le milieu local. Les établissements de ZEP qui réussissent, car il y en a aussi, sont ceux qui ont su mettre en oeuvre de tels projets. Ils sont malheureusement peu nombreux.

Enfin, les ZEP aggravent la ségrégation sociale. Elles regroupent ensemble les enfants défavorisés alors qu'il faudrait au contraire les répartir sur tous les établissements, tandis que les enfants favorisés rejoignent les établissements de centre ville ou l'enseignement privé. Le pourcentage d'enfants défavorisés dans les ZEP est supérieur à leur présence dans l'habitat du quartier. La carte scolaire n'existe plus aujourd'hui que pour ceux qui ignorent comment la contourner. Quelle que soit la qualité de leur travail, les enseignants de ZEP et leurs chefs d'établissement ne peuvent rien contre ce phénomène de ségrégation scolaire dont les études montrent qu'il a un impact majeur sur la réussite des élèves ; pas plus que ne le pourra, je le crains, la seule concentration des moyens sur les établissements les plus difficiles, à supposer que l'on y parvienne.

Le bilan des ZEP a été déposé depuis longtemps... dans les cartons du ministère de l'Education nationale. Pour évaluer les établissements, celle-ci en compare les résultats, non pas aux objectifs fixés par la nation, mais à des «résultats attendus» calculés en fonction de l'origine des élèves et des catégories socioprofessionnelles des parents. Je conteste radicalement cette méthode qui est l'inverse même du principe d'égalité républicaine.

Bien sûr, de telles comparaisons sont utiles pour évaluer le travail des enseignants et mettre en évidence leur mérite lorsque les résultats réels sont supérieurs aux résultats escomptés. Mais les ériger en système et s'en satisfaire est profondément inique. Notre objectif, fixé par la loi Fillon du 23 avril 2005, est la réussite de 100 % des élèves, pas de 100 % en centre ville et 50 % en ZEP.

Les ZEP sont devenues un exemple typique des injustices que produit notre modèle social. La générosité qui sous-tend la politique des ZEP est incontestable et nécessaire. Mais elle nous empêche de voir les effets pervers induits par cette politique, et de concevoir une politique alternative, tout autant généreuse, mais plus efficace.

C'est pourquoi j'ai proposé que l'on passe d'une politique où les zones sont prioritaires à une politique où ce sont les élèves qui sont prioritaires. Je me réjouis que le ministre de l'Education nationale ait repris le même principe dans les propositions qu'il vient de faire au sujet des ZEP, ce qui n'empêche pas les établissements les plus difficiles de bénéficier de beaucoup de moyens puisqu'ils accueillent beaucoup d'élèves prioritaires.

Au lieu de réduire uniformément la taille des classes de deux élèves, les moyens supplémentaires devraient servir à mieux accompagner individuellement les enfants :

- prise en charge précoce et renforcée des tout-petits susceptibles d'avoir plus tard des difficultés et accompagnement de leur famille, car c'est entre 18 mois et 4 ans que se joue une bonne partie des capacités scolaires ;

- soutien scolaire au primaire pour éviter à tout prix que des enfants décrochent ;

-possibilités réelles de rattrapage au collège pour les enfants ayant des lacunes ;

- création de classes à très petits effectifs pour ceux qui en ont besoin ;

- tutorat pour les élèves issus de quartiers et/ou de familles peu favorisés ;

- possibilité d'être accueilli dans une étude surveillée ou dans un internat pour être plus au calme le soir...

Plutôt que d'envoyer les meilleurs collégiens de ZEP dans les lycées de centre ville, ce qui aggravera la situation des établissements défavorisés, il faut fermer les établissements où se concentre un pourcentage très élevé d'élèves en difficulté, et répartir ceux-ci dans les établissements environnants. C'est la seule solution pour rétablir la mixité sociale et donner à tous les enfants les mêmes chances. La République n'a pas le droit d'imposer une carte scolaire si elle n'est pas capable de garantir que tous les établissements se valent.

Enfin, tout en conservant l'uniformité des programmes et l'égalité des diplômes sur tout le territoire, et à condition de développer l'évaluation, il faut donner de l'autonomie aux établissements scolaires afin que ceux-ci puissent mettre en oeuvre des projets innovants adaptés à la situation spécifique des élèves qu'ils accueillent. Commençons par le faire à titre expérimental. C'est une condition pour donner à chaque élève la chance d'une scolarité lui permettant de réussir et pour mieux soutenir les enseignants et les chefs d'établissement qui se consacrent aux enfants défavorisés. Et c'est peut-être une piste pour faire revenir dans les établissements de banlieue les élèves qui les ont désertés et qui trouveront un intérêt nouveau à fréquenter ces établissements d'excellence.

J'ai été l'un des premiers hommes politiques à soutenir la politique de discrimination positive mise en oeuvre par Sciences-Po. Aujourd'hui, le modèle de l'Essec suscite plus de faveur parce qu'il est fondé sur une aide à certains élèves pour réussir un concours commun plutôt que sur une voie spécifique d'accès. Mais il faut reconnaître à Sciences-Po le mérite d'avoir soulevé le premier la chape de plomb qui pesait jusqu'alors sur le système français de reproduction des élites. Je pense qu'il faut donner aux élèves de ZEP la possibilité de rejoindre des classes prépas, des grandes écoles et des filières universitaires d'excellence et je soutiens toute initiative en ce sens.

Mais tous les élèves de ZEP, pas plus que ceux des autres établissements, ne rejoindront les grandes écoles et les meilleures universités. Le premier objectif, c'est de donner à tous les enfants la formation indispensable à leur épanouissement et à l'exercice de leurs responsabilités professionnelles et de citoyen. Cela suppose de mettre fin rapidement aux ghettos scolaires que sont devenus certains de nos établissements de ZEP".

Ecrit par : Bayroudoudou | 04 mai 2007

Salut,

Attention : Sarkozy n'est pas DE GAULLE !

Une rupture sans précédent sous la vème République est à l'oeuvre.

Dimanche 6 mai, je ne remets pas les pleins pouvoirs à la droite pétainiste !

Annie

Ecrit par : Annie2M | 05 mai 2007

Bonsoir,

Au moins sur ce blog, il est agréable que musicalement on cite John Coltrane, J.S Bach, Tania Maria et autres...

Car pour le reste c'est à dire politiquement, ce blog est à chier. Rien de plus désagréable que de voir les forces réactionnaires se noyauter et se préparant à avaler des pans entiers de nos libertés chèrement acquises.

Lolo34

Ecrit par : Lolo34 | 05 mai 2007

"Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours
sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière-pensée que
dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd'hui, à
la vue du travail - on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu'un tel travail constitue la meilleure des polices, qu'il tient
chacun en bride et s'entend à entraver puissamment le développement
de la raison, des désirs, du goût de l'indépendance. Car il consume une
extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la
réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l'amour et à la haine, il
présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions
faciles et régulières. Ainsi une société où l'on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l'on adore aujourd'hui la
sécurité comme la divinité suprême."


NIETZSCHE, Aurore, § 173.

Ecrit par : Hervé | 08 mai 2007

Hervé, vous venez de nous rappeler, magistralement, qu'il est grand temps de choisir son philosophe de référence.
Entre Nietzsche et Condorcet, seul ce dernier peut nous sauver du désastre où nous a conduits l'adhésion aveugle au premier.

Il faut redescendre sur terre et cesser de sodomiser les dyptères.

Ecrit par : Cadichon | 08 mai 2007

Et maintenant ? Quand le SNUIPP (fer de lance pédago de la FSU) pense, on franchit le mur du çon :

Citation intégrale :

LIBERATION / QUOTIDIEN : mercredi 9 mai 2007

Rebonds

"Blouse grise, bonnet d'âne : le retour ?"

Les problèmes qui se posent à l'école ne doivent pas cacher les progrès
accomplis ces trente dernières années.




Par Gilles MOINDROT

Gilles Moindrot Porte-parole du Snuipp (Syndicat national unitaire des
instituteurs, professeurs des écoles et PEGC).


" «Redoubler le cours préparatoire, rétablir l'examen de passage en 6e,
concevoir de nouveaux programmes» : ces trois mesures proposées aux
candidats à l'élection présidentielle prêteraient à sourire si elles ne
figuraient pas, à quelques jours d'une échéance majeure, dans le catalogue
d'un singulier attelage qui va d'un ancien ministre auteur des programmes
de 1985 à un ex-conseiller ministériel de Gilles de Robien.
La thèse est simple, mille fois ressassée : baisse du niveau à
l'université, bac sans valeur, collège en perdition... Et une nouveauté :
c'est d'abord la faute à l'école primaire. «L'école est malade. Les
performances s'effondrent. L'enseignement explicite, structuré et
progressif est interdit.» En trois points, le procès est dressé. Il fait
peur. Déboussolés par la gravité des problèmes qui se posent à l'école,
les signataires nous proposent un repli vieillot vers le XIXe siècle. Ils
mythifient leur enfance, passant sous silence les échecs de cette époque
où jamais plus d'un jeune sur deux n'a n'obtenu son certificat d'études
primaires.
En fait, les progrès accomplis par l'école ces trente dernières années
sont significatifs. Plusieurs chiffres contredisent le constat dramatique
formulé par les signataires de l'appel. En lecture, par exemple, les
jeunes n'éprouvent pas plus de difficultés que leurs aînés. Au contraire :
l'Insee a dénombré 4 % d'illettrés chez les 18-24 ans, mais 14 % chez les
40-54 ans et 19 % chez les 55-65 ans. En lecture, quatre élèves de 6e sur
cinq sont capables d'exploiter les informations d'un texte et d'en dégager
un sens. En revanche, 15 % sont en difficulté, voire en très grande
difficulté pour 3% d'entre eux. Les niveaux de qualification scolaire se
sont considérablement élevés : le nombre d'étudiants a été multiplié par
5, on est passé de 15 % de bacheliers à près de 70 %. Pour autant, depuis
une dizaine d'années le taux d'accès d'une génération au niveau du
baccalauréat ne progresse plus.
Il ne sert donc à rien de noircir à dessein la situation de l'école comme
le font ses détracteurs. Il ne sert à rien de vouloir rétablir les
recettes d'une école inégalitaire qui ne comptait dans une génération que
15 à 20 % d'élèves qui poursuivaient des études longues.
La société d'alors acceptait que quelques-uns poursuivent des études et
que beaucoup les interrompent et entrent dans la vie active. Aujourd'hui
la société ne l'accepte plus : elle a plus besoin de techniciens que
d'ouvriers spécialisés. Il devient donc intolérable, pour les parents
comme pour les enseignants, mais également pour la société tout entière,
que 15 à 20 % des élèves soient en difficulté à la fin de l'école primaire
et que 20 % d'une classe d'âge sorte du collège sans diplôme ni
qualification. Mais revenir comme le proposent certains à l'exclusion, au
redoublement systématique ou à l'apprentissage précoce serait dangereux et
inefficace. Dangereux car notre société a besoin de davantage de jeunes
mieux formés et plus qualifiés. Inefficace car les comparaisons
internationales comme Pisa nous apprennent que ce sont les pays qui
recourent le moins aux redoublements et aux filières précoces qui
obtiennent les meilleurs résultats. Il s'agit d'un élitisme qui cache son
nom.
Le défi à relever aujourd'hui, au coeur de l'engagement professionnel des
enseignants est celui de la réduction des inégalités scolaires. Nous
savons que les élèves qui résistent aux savoirs sont, le plus
généralement, ceux qui vivent les plus grandes difficultés sociales ou
sont privés d'accès à la culture. Sans dédouaner le système éducatif de
ses responsabilités propres, des politiques en matière d'accès à l'emploi,
au logement, aux loisirs et à la culture doivent être mises en place.
A l'école, il faut de façon urgente agir de façon simultanée sur plusieurs
niveaux : réduire les effectifs par classe, mais aussi accompagner les
équipes enseignantes tout en leur donnant les moyens de se stabiliser. Il
faut donc aujourd'hui s'engager dans un vaste chantier et définir les
évolutions et la transformation de l'école qui sont nécessaires.
Dans tous les métiers de l'enseignement se pose la question du travail et
de l'élaboration collective. Il convient de multiplier les situations qui
permettent aux équipes enseignantes d'être créatives professionnellement,
de pouvoir croiser des regards multiples sur les élèves, de mesurer les
effets des pratiques professionnelles. Nous devons être plus intelligents
collectivement car nous savons qu'apprendre est un acte complexe. Pour
cela, il faut sortir de l'exercice solitaire du métier, pouvoir travailler
avec plus de maîtres que de classes pour diversifier les situations
d'apprentissage et permettre à chaque élève d'explorer la voie des
connaissances. La formation continue des enseignants constitue un levier
essentiel de ces transformations. En s'appuyant sur les travaux de la
recherche et sur une meilleure connaissance de l'expérience
professionnelle, elle peut permettre d'évaluer, de coordonner, de diffuser
des connaissances et de faire évoluer en permanence les pratiques
enseignantes.
Enfin, nous ne pouvons pas considérer en ce début du XXIe siècle que les
élèves puissent entrer dans un seul et unique moule. Conduire une
politique éducative avec cette idée constituerait un recul considérable.
Il faut au contraire adapter nos pratiques pédagogiques à la singularité
de chacun d'entre eux tout en maintenant des exigences communes à tous. Ce
n'est pas parce que notre métier est difficile qu'il faut renoncer et
s'arc-bouter sur les problèmes de l'enseignant. Le service public
d'éducation est tourné vers l'élève, il doit devenir plus exigeant pour le
faire réussir. C'est là l'avenir de nos sociétés. Tout le contraire du
retour au maître en blouse grise, avec sa règle et son bonnet d'âne. "


http://www.liberation.fr/rebonds/252547.FR.php
© Libération


Fin de citation.


On a encore du pain sur la planche : réduire ces gens-là, très coriaces dans leur bunker !

Pour les amateurs de BD : "snuipp", ce serait une belle onomatopée, qui accompagnerait une vieille baderne quand elle glisse sur une peau de banane ou sur un étron canin !

Ecrit par : JPL | 09 mai 2007

On a encore du pain sur la planche : réduire ces gens-là, très coriaces dans leur bunker !

Ecrit par : JPL | 09 mai 2007

Cette tâche sera très difficile, en tout cas très compromise. Le blog de JPBrighelli semble être passé de l'autre côté, celui du pouvoir. Son énergie (réactive) de contestation qui faisait tout son intérêt risque fort dans les semaines à venir de s'épuiser. Et la machine EN au service de la reproduction sélective des élites repartira de plus belle.
Le monde n'a pas changé de face du fait que la France a permis à Sarkozi de s'auto-promouvoir à la place du barreur de quart!

Ecrit par : buntovchik | 09 mai 2007

Nietzsche a aussi dit : " Un jour, il n'y aura plus d'autres réflexions que celles portant sur l'éducation." ( Editorial de Claude Imbert, "L'épave " le Point , 13 juin 2003. Nous y sommes.

Anne-Marie.

Ecrit par : Anne-Marie Valette | 09 mai 2007