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21 janvier 2006

Transfert de responsabilités

L'une des preuves du délitement de l'Education peut être trouvée, comme le remarque l'une des commentatrices éclairées de ce blog, dans le transfert de responsabilités de l'Ecole aux parents.
Rappel des faits : après 1968, l'Ecole s'ouvre aux parents. On les admet, lentement, dans les conseils de classe, on ne les traite plus tout à fait en pestiférés. Mais le prestige des enseignants est alors encore tel que bien peu de parents, même désemparés, se seraient amusés à conseiller un instit ou un prof sur ce qu'il avait à faire, encore plus à contester ses méthodes.
La contestation est entrée dans les classes au fur et à mesure que la profession se dégradait.
Deux preuves. D'un côté, de plus en plus de parents, en CP, décident d'apprendre à lire tout seuls à leurs enfants — d'où l'explosion des ventes de la méthode syllabique Boscher, qui n'est pas des plus fraîches pourtant, au second trimestre : plus de 80 000 exemplaires vendus chaque année, et pas à des enseignants. D'où l'explosion des ventes de tout le para-scolaire, qui fait véritablement, en ce moment, la fortune des éditeurs. Ceux qui les achètent consentent au fond, délibérément, à payer un double impôt pour l'éducation de leurs enfants — l'impôt direct prélevé par l'Etat, qui devrait en théorie suffire, et un impôt continu, accepté dans la douleur, au gré des achats de manuels parallèles, des cahiers de vacances et autres recueils d'exercice.
Parents (et souvent, grands-parents) ont décidé de prendre en main les choses que ne fait plus l'école, et d'enrayer, si possible, les désastres annoncés. D'un autre côté, de plus en plus de parents déscolarisent leurs enfants, les mères (souvent) prennent sur elles de cesser de travailler — et c'est une perte globale de substance et de talents pour le pays — pour faire classe à leur(s) rejeton(s). Le CNED fournit une aide précieuse, même si apparemment elle mérite d'être prise, parfois, avec des pincettes, le pédagogisme ayant frappé là comme ailleurs (et tout témoignage précis sera bien reçu). Il y a encore vingt ou trente ans, la proportion d'enfants qui évitaient le système était extrêmement faible, et ne concernait, souvent, que des cas difficiles — ou des surdoués auto-proclamés comme Luc Ferry, qui, lorsqu'il était ministre, se flattait très haut de ne pas avoir fréquenté l'école à partir de la Seconde. Pauvre chéri s'y ennuyait ferme, paraît-il — sans compter que les jeux de ses camarades étaient peut-être un peu trop chahuteurs…
Aujourd'hui, les parents pallient donc les insuffisances des enseignants — qui ne sont pas celles des personnes, mais celles des programmes et des méthodes qu'on leur demande instamment de mettre en œuvre. Ils pallient aussi le scandale du recrutement des enseignants : pour être "professeur des écoles", comme ils aiment à dire pour marquer le fait qu'ils sont devenus fonctionnaires de rang A, il faut une licence - n'importe quelle licence, psycho, socio ou arts appliqués, quelque chose qui est un titre universitaire sans aucun rapport avec ce qui s'enseignera, et qui finalement n'est jamais appris : quand les enseignants futurs font-ils vraiment des maths ? Quand étudient-ils la littérature — et pas la littérature-jeunesse taillée sur mesure dont on voudrait nous faire croire qu'elle est autre chose qu'un vaste exercice de non-stimulation de l'esprit ? Quand réapprennent-ils l'orthographe ?
Alors, à tous ceux qui passent — avec succès — des heures à enseigner, à la maison, aux chèrtes têtes blondes, ou brunes, ou rousses, bravo — même si ce bravo n'est pas dépourvu d'amertume, car il mesure l'échec du système.

JPB

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Commentaires

Je ne suis pas enseignant et je ne l'ai jamais été. Mais quand un étudiant de faculté écrit "il m'ai arrivé" au lieu de "il m'est arrivé", il faut croire qu'il y a comme un certain malaise.

Ecrit par : DELAVANT | 21 janvier 2006

Je ne suis pas enseignant et je ne l'ai jamais été. Mais quand un étudiant de faculté écrit "il m'ai arrivé" au lieu de "il m'est arrivé", il faut croire qu'il y a comme un certain malaise.

Ecrit par : DELAVANT | 21 janvier 2006

je reviendrai pour un témoignage précis sur les cours dispensés par le Cned, touché, depuis la dernière refonte des cours en primaire( il y a deux ans), par l'épidémie de "pédagogisme" .Cependant cet organisme laisse une certaine flexibilité au parent "enseignant", tuteur est en fait le terme exact qui leur est donné par le dit organisme! Là j'irai de ma petite plume sarcastique: le parent qui devient "l'instituteur" de ses enfants n'a pas "droit" au titre de professeur en effet il n'enseigne pas...bref...peu importe! Pas plus de commentaire mais un grand sourire amusé...
Pour l'heure permettez moi juste un cri: quel gachis!
jusqu'où irons nous dans l'absurde?

Petite note au sujet de la méthode Boscher: elle a le mérite de faire découvrir à nos chères têtes de toutes les couleurs un charmant vocabulaire qui fleure la craie , l'encre et le blé fraîchement coupé...
pélerine, calorifère,capeline,redingote,kaolin...la liste est longue et ne manque pas de poésie ...je suis curieuse de savoir quelle définition en donnerait un étudiant fraîchement moulu de l'IUFM...Trêve d'acidité...
Quand, par ailleurs, on a croisé un étudiant en maîtrise de lettres modernes qui est incapable de citer un oeuvre de Stendhal, a du mal à situer Proust et qui, quant on lui parle de Sarraute, s'exclame:"ah celle qui écrit dans le Monde!" (au moins il connaissait le Monde!), on rit jaune ( malheureusement c'est vrai!)...

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 21 janvier 2006

Et quand on a interrogé une candidate à l'oral du CAPES de Lettres modernes (elle avait donc franchi le "barrage" de l'écrit) qui tâtonnait quelque peu devant le mot "démagogue" employé par Hugo, et qui, pressée de questions dans la discussion qui suivit, s'exclama péremptoirement : "Mais un démagogue, c'est quelqu'un qui s'occupe de l'éducation des enfants !" — information que nous nous empressâmes de divulguer, la bouche en cœur, aux didacticiens qui s'occupaient de l'épreuve sur dossier —, on ne s'étonne plus de rien, chère amie.
JPB

Ecrit par : brighelli | 22 janvier 2006

bonjour
vous écrivez:"et pas la littérature-jeunesse taillée sur mesure dont on voudrait nous faire croire qu'elle est autre chose qu'un vaste exercice de non-stimulation de l'esprit "

je ne suis pas du tout d'accord avec vous....

Avez vous lu et relu les albums de G Solotaref,Corentin, Smet,C POnti, et bien d'autres...
Bien sûr que tous les auteurs de littérature de jeunesse n'ont pas tous le talents de ceux que je cite mais...de là à écrire que cette littérature serait une non-stimulation de l'esprit...

je vous invite dans ma classe de maternelle et vous verrez et entendrez des élèves argumenter à propos de la mise en réseau d'un livre avec d'autres....par exemple...

un enseignant de maternelle travaillant la littérature en reseau....

Ecrit par : patrick | 22 janvier 2006

Vous êtes un peu injuste ici : tout le monde commet des bourdes à l'oral du CAPES. Etant données les conditions matérielles de l'examen et le peu de temps disponible pour préparer son intervention, il n'est pas surprenant que certains passent au travers. Personnellement, la convocation à 6h du matin, j'ai eu du mal à la digérer...

En plus, le mépris tout bureaucratique affiché pour les candidats ne vous met pas dans les meilleures dispositions. On a envie de s'écrier : "je ne suis pas un numéro, je suis un candidat libre !".

Une "perle" ici ou là ne vaut pas comme argument. Il serait plus judicieux de vous appuyer sur l'évolution des rapports de jury. Depuis quelques temps, ils insistent sur les points positifs abordés par les candidats (alors qu'ils affichaient auparavant les fautes à ne pas commettre). De deux choses l'une :
- soit les candidats sont effectivement meilleurs (!)
- soit on a décidé de casser le précieux thermomètre que constituaient ces rapports.

A mon sens, il est malvenu de s'attaquer au CAPES. Il faudrait plutôt se battre pour qu'il redevienne un concours véritablement disciplinaire, destiné à mesurer les connaissances concrètes du futur prof dans sa matière. Autrement dit, virer cette horreur qu'est l'épreuve sur dossier, faire à nouveau de la littérature en lettres et des maths en maths.

Quant au niveau général, c'est une simple question d'offre et de demande. Si la France veut des profs compétents, elle doit mettre le prix pour attirer les meilleurs et garantir des conditions de travail acceptables à ses enseignants. Tant que ces derniers seront traités en fonctionnaires de seconde zone (payés trois mois après leur entrée en fonction, déménagement à leurs frais) et qu'ils serviront de punching-balls pour adolescents, la profession risque fort de n'attirer plus personne, sinon les tocards style "science-de-l'éduc" et les masochistes.

Ecrit par : PH | 22 janvier 2006

(note pour patrick)

Hasards du web, nous avons posté ensemble, ce qui fait que nos interventions se chevauchent. Espérons que le lecteur aura la patience de les démêler.

Il n'est pas honteux, bien entendu, de faire de la littérature jeunesse en maternelle, à condition qu'elle soit de qualité.

Ce qui est inacceptable, c'est que les étudiants du supérieur étudient cette littérature à la fac ou en IUFM. Nous ne parlons pas des élèves du primaire ici, mais des étudiants futurs profs.

Corentin en maternelle, oui. Corentin en licence ou prépa CAPES, non.

L'excuse est connue : les futurs profs doivent étudier ce qui intéresse leurs futurs élèves (comme si l'élève était une sorte de cobaye répondant à un stimulus précis).

La réalité est moins reluisante : on fait de la littérature jeunesse en fac et à l'IUFM parce que les étudiants n'ont plus le niveau pour lire Proust (trop long), Char (trop compliqué) ou Montaigne (trop lointain, trop différent).

Sous prétexte que les certifiés devront enseigner au collège, on fait des cours DE NIVEAU COLLEGE à la fac et à l'IUFM. Tous les stagiaires de l'IUFM vous le diront : on les confond continuellement avec leurs élèves.

Ecrit par : PH | 22 janvier 2006

Je fais amende honorable : je me laisse parfois emporter.

1. Il y a une littérature jeunesse très honorable — et je trouve personnellement que l'engouement de millions de gosses plus ou moins enfants pour Harry Potter est, quoi que l'on pense de J.K. Rowlings, une excellente chose. Simplement, pour avoir travaillé longtemps et pour Magnard, et pour Gallimard-Jeunesse, je ne suis pas sûr que tout ce qui est proposé soit d'une excellente tenue. En tout cas, les meilleurs auteurs contemporains ne doivent pas faire oublier ceux que publiaient Hetzel et Cie : rappelez-vous ce que Sartre dit lui-même de la série des Pardaillan, de l'inoubliable Michel Zévaco : les lutttes du chevlier huguenot lui ont donné le goût de se battre pour les causes perdues… Pardaillan en 1910, c'était le Harry Potter de l'époque.

2. À propos du CAPES, complètement d'accord avec PH. L'épreuve sur dossier a été inventée pour légitimer les inconséquences des pédagogues professionnels (à ceci près que souvent, les examinateurs, qui ne sont pas tous des obsédés de la pédagogie meirieuenne, demandent aux candidats plus de bons sens littéraire que d'a-priori pédagogistes).
Mon expérience est la suivante. De tous les candidats vus à l'oral (et ils sont censés être entraînés pour supporter le stress inhérent à la situation), 20% étaient très honorables, et sortaient ostensiblement de classes préparatoires (je pourrais expliquer à quoi on reconnaît quelqu'un qui a fait une hypokhâgne, ce serait un peu long) ; 20 à 30 % étaient perfectibles — nous ne fûmes pas tous exquis en début de carrière ; mais les autres étaient catastrophiques.
Reste à savoir ce qui produit un tel état de fait. Certes, les meilleurs ne se destinent pas tous à l'enseignement (curieusement, pour des questions de mutations, sans doute, beaucoup de bons candidats préfèrent tenter le concours d'instit, bien plus sélectif en ce moment — 10% de reçus en moyenne nationale — que celui de prof) ; certes, la préparation est scandaleusement négligée dans certaines facs. Mais il y a quand même une question de fond : comment certains candidats osent-ils, avec un bagage culturel réduit à si peu de chose, envisager d'entrer dans l'enseignement ? On les a dissuadés d'apprendre de façon encyclopédique tout au long de leur scolarité, c'est entendu. Mais un très grand nombre n'affiche pas même de curiosité pour les textes qu'ils ont à expliquer — au point de ne pas penser à consulter l'appareil critique disponible sur l'exemplaire qu'ils ont en main le jour de l'examen, ni de lire les deux pages qui précèdent (une candidate interrogée sur la mort de Manon affirma froidement ne pas savoir pourquoi Des Grieux et son amante étaint dans ce "désert", ce qui lui était expliqué deux pages avant par l'auteur lui-même). Bien sûr, une anecdote d'examen ne résume pas tout : mais il en est qui sont drôlement révélatrices.
Alors, d'accord, non à la bivalence prônée par le ministère (on en revient aux PEGC des années 70, qui furent un désastre, en termes de baisse de niveau), juste pour cause d'économies de postes. Et oui à une formation sérieuse des étudiants.
JP Brighelli

Ecrit par : brighelli | 22 janvier 2006

Je viens d'apprendre par télérama votre participation à un chat mercredi prochain, je ne pourrai y participer alors je vous livre "en vrac" des remarques qui émergent de la correction de 70 copies d'espagnol de secondes et premières L qui pourront être des exemples concrets sur le faillite de notre enseignement.

-Sur les effets néfastes de la méthode dite mixte et l'absence de cours de grammaire proprement dits. J'ai corrigé les versions de mes L, dont la langue maternelle est le français ( pour tous) et je crois qu'ils écrivent moins mal en espagnol qu'en français. Ignorance totale des conjugaisons au subjonctif présent, au passé simple et au futur, confusions entre les 1ères et 3èmes personnes du singulier, manque cruel de vocabulaire (des confusions entre "les cours" et les salles de classe"), des maladresses d'expression "moi aussi" au lieu de "moi non plus", j'en passe et des meilleures. Alors demain, je fais un cours de grammaire, comme autrefois, même si mon IPR déteste, je n'en suis plus à ça près.

-Sur le rôle du prof, revu et corrigé par mes secondes, exercice proposé par l'assistant (lui s'occupe du "ludique" car ce n'est pas ma tasse de thé). A l'unanimité: "Il est indispensable que le prof sache beaucoup plus que moi, sinon je ne viens plus en cours". C'est maladroit mais parlant!

-Sur les devoirs à la maison (même exercice):"il n'est pas nécessaire que le professeur donne des devoirs à la maison, surtout le week-end". Cette phrase-là ne comportait pas de justification mais beaucoup l'ont écrite. C'était un coup porté contre moi, parce que pour ce qui est du travail personnel, ils sont servis! Il y aurait beaucoup de commentaires à faire mais je ne peux pas m'éterniser.

Au fait, bravo pour votre livre!

Maria (une prof d'espagnol qui évite les articles de presse comme la peste, qui travaille "dans l'ombre" et apprend à lire à ses enfants "en douce")

Ecrit par : maria | 23 janvier 2006

petite note à l'attention de PH:
En effet , personne n'est à l'abri de commettre une grosse bourde dans le stress du face à face avec un jury d'examen... Malheureusement, la "perle" relevée ici est échappée d'un long chapelet( il suffit de lire tous les témoignages qui jalonnent le web sur le sujet)! On ne peut plus se faire "l'avocat du diable"...
Jean-Charles se régalerait sans doute de pouvoir écrire cette fois en plusieurs tomes sa "foire aux cancres", il nous a quitté il n'y a pas si longtemps , sa plume le démange surement( je saisis l'occasion de lui faire un modeste hommage)... Une de ses perles pourrait si bien illustrer "l'agonie de l'école":
"Se noyer est une mort affreuse car on meurt à petit feu".
Sourire amer

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 23 janvier 2006

Je voulais défendre un peu les candidats au CAPES, parce que j'ai pas mal d'amis qui l'ont passé et qui sont des professeurs de lettres compétents. Malheureusement, cette compétence disciplinaire n'est absolument pas valorisée par l'Education Nationale, qui préfère les gentils animateurs de club aux profs qui savent de quoi ils parlent. Il est vrai que j'étais déjà doctorant quand j'ai passé le concours (en candidat libre), et que j'avais peu de rapport avec les certifiés de base.

Tous les profs ne sont pas des ignares, mais on apprend vite à garder profil bas quand on connaît l'IUFM. Comme le montre si bien Rachel Boutonnet dans son "journal", il faut constamment se dissimuler, continuellement prouver qu'on n'est pas un salopard d'héritier bourgeois cryptofasciste. Cacher qu'on admire la prose de Claude Lévi-Strauss, ne pas dire qu'on lit Jacques le Goff ou Georges Duby, ni qu'on connaît l'oeuvre de Char presque par coeur (1). Surtout ne pas révéler qu'on utilise toujours son vieux dictionnaire, ni qu'on retrouve régulièrement Grevisse, François Martin (ooh ses sublissimes "mots latins" !), Bled et Bescherelle comme de vieux amis.

Imprudent, dans les premiers jours, j'ai dit à l'IUFM que j'adorais les cours magistraux donnés à la fac par les grands professeurs. Je me suis souvenu avec émotion de ceux d'Alexandre Farnoux en histoire grecque, capable de tenir en haleine 600 étudiants avec une force que jalouserait n'importe quel acteur de théâtre. J'aurais pu avouer que j'étais zoophile, je n'aurais pas dégagé plus d'horreur autour de moi.

Ce que je veux dire, c'est que l'ambiance à l'Education Nationale est tellement absurde, tellement imbécile, que les candidats ne savent même plus ce qu'ils doivent dire, ni ce qu'ils doivent travailler.

- Faut-il montrer sa culture ? Pendant le concours : oui. Avant et après : surtout pas.
- Faut-il structurer son intervention ? Pendant l'épreuve : indispensable. A l'IUFM, un plan structuré vous range d'emblée dans le camp des hitléro-lepénistes.

Et c'est encore pire à l'agreg : on demande aux candidats des savoirs et des compétences qui sont dénigrés à longueur de journée partout ailleurs. Cela explique que les khagneux et les normaliens soient si facilement reconnaissables aux concours. Eux ont la chance de détenir les vrais codes de conduite pour les réussir.


(1) veuillez noter que je n'avais absolument pas la prétention de travailler ces auteurs avec mes élèves, mais bien de mettre mon cours à leur niveau. Malheureusement, nos amis psychologues ne conçoivent pas qu'un candidat disposant d'une culture classique soit capable d'adaptation.


PS pour M. Brighelli : d'après mes conversations avec les candidats au concours d'instit, je crois qu'ils le préfèrent au CAPES surtout par peur de la violence dans les collèges et les lycées. Je ne suis pas sûr que le système de mutation soit le critère déterminant.

Ecrit par : PH | 23 janvier 2006

Merci pour votre commentaire sur les réalités de l'IUFM.Votre réaction ne fait que confirmer qu'il est urgent de réfléchir sur la formation des enseignants et d'enrayer cette "lèpre qu'on leur inocule à l'IUFM"( je m'excuse mais là ce n'est plus de l'amertume mais de l'acidité qui sourd en moi)! C'est tout à votre honneur de défendre vos collègues qui sont passés par L'IUFM . Il n'a jamais été question d'affirmer que tous les enseignants étaient ignares( je reprends votre terme). Le constat est qu'aujourd'hui une grosse moitié (soyons gentils)d'étudiants, titulaires d'une licence, qui suivent une formation en IUFM sont incultes...
Ne seriez-vous pas exaspéré de corriger les fautes d'orthographe (certaines sont excusables nous en faisons tous par inattention, d'autres le sont beaucoup moins)dans le commentaire du prof sur la copie de votre enfant?
Que pensez vous d'une "professeur des écoles" qui note IXX pour 19 sur un poly sur les chiffres romains et qui d'un ton péremptoire et cassant, quand on lui fait gentiment remarquer qu'il y a visiblement eu une coquille et que 19 s'écrit XIX, vous renvoie à vos casseroles .En effet c'est son métier de savoir et d'enseigner et surtout , elle connait mieux que vous les chiffres romains( j'avoue j'ai eu un doute et si je m'étais trompée ...j'ai donc vérifié, inutile de vous dire comment s'écrit 19 en chiffres romains...) ? Oui,effectivement, c'est son métier d'instruire! Et c'est ce que les parents que nous sommes, attendent!
À la fin de l'année scolaire,"la coquille" était restée, non corrigée et en bonne compagnie d'autres "coquilles"encore plus éloquentes sur l'étendue des connaissances de cette jeune enseignante ... Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres car malheureusement, j'ai recueilli maintes fois des témoignages analogues auprès de parents inquiets.

J'attire aussi votre attention sur une "industrie sinistrée", celle de l'édition universitaire ( là je parle en connaissance de cause...) les étudiants ne lisent plus. Dans deux cas sur trois, ils n'achètent même plus les manuels indispensables pour les cours qu'ils suivent...Aujourd'hui, l'édition survit , non seulement grâce au parascolaire mais aussi et surtout grâce à la publication des récits autobiographiques "vérité et réglement de compte" des "people" , je schématise un peu et analyse succinctement, par provoc, je le reconnais mais les difficultés du secteur de l'édition est un autre débat...Je m'interroge donc sur l'origine de la culture et des connaissances dont sont soi-disant dotés les candidats "licenciés" à l'IUFM...

Heureusement, ce n'est pas encore une généralité. Aussi, comme je l'ai déjà écrit, j'ai bon espoir que les enseignants qui osent enfin lever la voix, trouvent plus d'appui et de soutien autour d'eux afin qu'ils puissent enseigner en toute liberté et que chacun retrouve sa place...

Maintenant, que le constat est clairement et ouvertement établi ne faut-il pas se "retrousser " les manches et essayer de proposer des solutions concrètes. Face à "l'hémorragie", il est dangereux de tergiverser.
Aujourd'hui la polémique sur les méthodes d'enseignements à appliquer enfle , on contourne le véritable problème , le garreau ne tiendra pas longtemps...Colmater les brêches n'est qu'une solution provisoire,c'est tout le système éducatif qui est à reconstruire!


Petite parenthèse:
Aux cercles de vos vieux amis, si je puis me permettre,je vous proposerais d'admettre le tome CE (cours élémentaire) et CM(cours moyen) du manuel "Langue Française" de Grezes et Dugers aux "Éditions de l'École" .Deux merveilleux livres de grammaire( malgré leur grand âge, ils ont gardé une belle fraîcheur)dans lesquels je vais souvent puiser pour échapper à la "novlangue" et expliquer à mes enfants les constructions magnifiques de la structure de la langue française...De vrais malles aux trésors!

Je fais un rêve, celui de retrouver une place de maman à part entière. D'écouter mes enfants me faire le récit de leur journée d'école et me raconter fièrement tout ce qu'ils ont appris. En effet, j'ai pu faire le constat suivant: un enfant qui a le sentiment d'avoir appris quelque chose est heureux et a envie de le montrer, ses yeux brillent...

Avant de terminer,j'ai une grande pensée pour certains des professeurs (ils se reconnaitront) dont j'ai suivi les cours et qui m'ont transmis leur goût pour la culture, développant chez moi, ce qui pour certain est un bien vilain défaut mais si féminin( clin d'oeil) : la curiosité...


Je termine par cette petite note plus sarcastique:
"Panem et circenses" une jolie citation latine pour résumer la société d'aujourd'hui...Mais après le cirque?

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 23 janvier 2006

correction
la preuve que nous ne sommes pas à l'abri d'une faute d'orthographe: merci de lire garrot et non pas garreau( allez savoir pourquoi?), je suis inexcusable ça m'apprendra à me relire quand c'est envoyé et pas avant...
et j'aurais du écrire cirque en majuscule car j'y englobe tous les jeux quelqu'ils soient ...

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 24 janvier 2006

1) Pour le moment, je ne suis qu'un jeune docteur au chômage, je n'ai pas encore l'immense bonheur de corriger des copies niveau 5ème en fac.

Sur le niveau exécrable des premiers cycles universitaires en France, le constat est partagé par tout le monde. On peut dire que nous avons les pires étudiants du monde industrialisé (comparé aux grandes universités et aux grands "colleges" de prestige à l'étranger, je veux dire).

On n'entre pas à Cambridge, Stanford ou Princeton avec un bac pro obtenu au rattrapage. Dans n'importe quelle université française, si. La France est quand même le seul pays au monde où il est infiniment plus difficile de préparer un BTS tourisme qu'une licence de philosophie.

Disons les choses en clair : les premiers cycles universitaires sont des parkings à bacheliers, et rien de plus.

Le pire est que la situation arrange tout le monde. Si les universités faisaient leur boulot, si elles étaient sélectives, cela ferait exploser le chiffre du chômage chez les jeunes. Je ne crois pas que les français accepteraient ça. Ils préfèrent voir leurs enfants végéter en fac, même pour obtenir des diplômes sans valeur, plutôt que de les envoyer pointer à l'ANPE.

Dit autrement : la mission numéro un de l'université française est la gestion statistique des chiffres du chômage. Tout le reste (les cours, les diplômes), c'est du remplissage pour pas cher. Lisez l'article de Pierre Jourde disponible sur le site de "Reconstruire l'Ecole" :

http://www.r-lecole.freesurf.fr/sup/jourde.html

2) Concernant l'instit que vous donnez en exemple, elle est une illustration parfaite du formatage IUFM. Elle a probablement obtenu d'excellentes notes en sciences de l'éducation. L'IUFM est une structure complètement fermée et monomaniaque. On n'y enseigne pas le français, mais la psycho appliquée au français ; pas la biologie, mais la psycho appliquée à la biologie... et ainsi de suite. On y forme des singes savants, en quelque sorte : ils connaissent les attitudes à prendre, mais sont complètement dépourvus de culture disciplinaire.

3) Je vais me faire l'avocat du diable, mais l'édition universitaire est aussi responsable de ce qui lui arrive. Y trouver un bouquin écrit dans une langue accessible, même pour un public éclairé, relève du petit exploit. Trop de jargon, trop de parisianisme, trop de mandarins caressés dans le sens du poil. Trop de piston, aussi : se faire éditer quand on est pas de la bonne côterie relève de l'exploit impossible. Comme le reste de l'édition, elle fonctionne de façon consanguine, et manque cruellement d'ouverture intellectuelle.

Quand vous ouvrez un bouquin sur un sujet qui pourrait vous intéresser et que vous tombez sur des phrases style :

"L'environnement interdit une analyse selon la saisie 1 (S1), qui impliquerait ici un simple niveau I, difficile à concilier avec l'extrême focalisation introspective du narré : en revanche, cette saisie 1 (S1) serait parfaitement interprétative, avec un actant émetteur de type JE (récit à la première personne) : ce qui n'est matériellement pas le cas. "

il ne faut pas s'étonner que personne ne les lise. Entre parenthèses, c'est un ancien président de la Sorbonne qui écrit comme ça (les connaisseurs l'auront identifié dès la première ligne). Lui n'a aucun mal à se faire éditer. A l'inverse, un simple chercheur d'en bas peut être sûr de garder sa thèse dans un tiroir, quelles que soient ses qualités littéraires ou disciplinaires.

Ecrit par : PH | 24 janvier 2006

J'aimerais avoir le temps de vous répondre au sujet de l'édition universitaire... Le sujet est vaste et ce blog n'est pas là pour traiter de ce débat.
Certes les étudiants n'ont pas envie de lire toute cette prose "mastubatoire" et on les comprend! Mais il n'y a pas que ces ouvrages là et ils ne lisent,pour la plupart, rien du tout! Sachez simplement que ma remarque est basée sur une expérience d'éditrice(dans le cadre d'une petite maison d'édition fondée par mon mari) de manuels de droit niveau deug et licence, rédigés pour la plupart par des chargés de TD dans un langage très clair , en bref du cours "pré-maché" ( nous avions organisé des débats avec des étudiants pour savoir ce qu'ils attendaient d'un livre de droit, notre souci étant de mettre à leur disposition des ouvrages qui soient accessibles aux plus néophytes)). Pendant ces sept ans qu'a duré l'aventure, nous avons mené régulièrement des "enquêtes" auprès des acheteurs de nos ouvrages et les résultats étaient plus que parlant, quatre étudiants sur cinq reconnaissaient qu'ils ne lisaient que ce qui leur était imposé et n'achetaient même pas un livre (quelqu'il soit et pas seulement dans le domaine du Droit) par an. Le plus troublant est que parmi ces personnes interrogées beaucoup avaient eu un bac dit "littéraire". Je vous l'accorde,j'ai peut-être tendance à légèrement dramatiser et je veux bien faire amende honorable, il ne faut peut-être pas généralisé et je ne parle que des étudiants en droit...
Certes on peut aussi ajouter que l'étudiant est "fauché" et qu'il y a les bibliothèques mais je n'ai jamais vu de queues interminables devant celles-ci...
Pour rebondir sur vos remarques très justes concernant l'université française et le fait que les parents préfèrent voir leurs enfants y végéter plutôt qu'ils ne viennent grossir les statistiques du chômage. Croyez vous vraiment que ce soient les parents que cela arrange?
La peur n'a jamais écarté le danger...

Finalement nous sommes du même avis il est temps de réagir! Il n'est jamais trop tard...
Réveillons les "Bayard" qui sommeillent en nous...

Et si pendant leurs cours, les étudiants des IUFM exerçaient "un droit de retrait" contre la "violence" qui leur est faite à travers ce "formatage"!?
( je pose là, une "question exclamative" les amateurs de la novlangue apprécieront je pense...permettez-moi cette malice...)

pour conclure sur une jolie note:
Cet été , alors que j'étais dans le métro , j'ai assisté à une scène exceptionnelle et rare mais tellement réconfortante que j'ai envie de la livrer pour illuminer le constat affligeant qui s'impose au fil des pages de ce blog.
Deux jeunes étudiants amoureux étaient assis en face de moi et s'extasiaient en traduisant le livre qu'ils partageaient , il s'agissait de "De Bello Gallico". Ils transpiraient de bonheur et riaient. On ne soupçonne vraiment pas les pouvoirs d'une version latine! oui, oui vous avez bien lu , l'histoire est vraie, "vécue pur live"!
Leur enthousiasme , leur plaisir étaient tellement surprenants que j'ai cru un instant être dans un sketch d'une "caméra cachée ".

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 24 janvier 2006

Décidément je suis en forme pour les "fôtes"...fermez les yeux dessus...please....Je suis trop fatiguée des journées de 20/24 pour pouvoir tout faire et sans doute de mener de front plusieurs rôles dont un qui ne devrait pas m'incomber!
Vivement que ça bouge!

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 24 janvier 2006

Je crois franchement que la situation arrange tout le monde, et pas seulement les "méchants politiques". Il suffit de voir l'espèce de grotesque rituel collectif que constitue le bac dans les médias, dans les familles, dans les lycées etc... Nous savons tous que le bac n'a aucune valeur disciplinaire, que c'est un pur objet statistique, une pantalonnade digne des plans quinquennaux soviétiques sous Brejnev ou d'une élection présidentielle en Jordanie. Pourtant, tout le monde fait encore semblant d'y croire :

- les politiques et les médias qui font leurs marronniers là-dessus ("ooooh, mon dieu, 82.7 % cette année plutôt que 83.4 %, est-ce une tendance lourde ?").
- les correcteurs et les dirigeants de l'EdNat, qui font tourner la machine par pure habitude.
- les éditeurs et tout le petit commerce du parascolaire (eux, on les comprend, c'est leur beurre).
- les profs qui font leurs cours en fonction de cet examen.
- les parents et les élèves qui s'en servent encore comme référence ("mon fils a eu 16 en philo !").
- les universités qui l'acceptent encore comme sésame.

Dit autrement : tout le système repose sur un examen qui est, de la façon la plus évidente qui soit, une gigantesque supercherie. Je suis persuadé que la majorité des gens (y compris les profs et les universitaires) VEULENT être trompés, parce que le mensonge est plus séduisant que la réalité. Et aussi parce que ce mensonge justifie leur propre travail et leur propre existence.

Imaginez un taux d'échec de 85 % au bac : ce serait la révolution. Et que ferait-on des redoublants ?

De plus, il faut avoir vécu l'IUFM pour se rendre compte de l'oppression idéologique qui s'y exerce. Vous pensez comme une civile (ce n'est pas un reproche !), mais quand on est dans la machine, on voit les choses différemment. Essayez d'imaginer le PCF de Maurice Thorez en beaucoup plus gnan-gnan, dissimulé sous la fausse apparence d'une bande de potes où tout le monde se tutoie et se sent obligé de sourire. Une sorte de mélange entre Disneyland et l'Université de Moscou en 1956.

Toute cette bureaucratie a atteint un telle force d'inertie, et un tel point d'enchevêtrement, que je la pense irréformable d'elle-même. Soit elle sera absorbée par les anglo-saxons (comme c'est déjà le cas pour la recherche), soit elle s'effondrera sur elle-même.

Mais, vous avez raison, il reste quelques gamins pour garder la flamme. En dépit de toute la machinerie qui oeuvre au-dessus de leurs têtes, une petite minorité pour comprendre que la grammaire les rendra libres. Ca n'est déjà pas si mal.

Ecrit par : PH | 24 janvier 2006

La véritable abérration n'est pas le bac mais 80% de réussite au bac!

Remonter le moral des troupes par des remises de décorations est une pratique vieille comme le monde, en plus, au passage on flatte l'orgueil des parents! car c'est bien de cela aussi qu'il s'agit!
Fatuité!Fatuité! Dommage il n'existe pas de tirade!

Il est urgent de changer notre regard sur le travail et là il y a du boulot!

Quant aux IUFM, j'ose garder ma naïveté de "civile"( je ne m'offusque pas car il vous manque quelques infos) et croire qu'on n'y trouve pas que des moutons de Panurge mais que certains font preuve de dissidence. Certains témoignages le laissent supposer.Il faut raison garder , on n'y risque pas la déportation dans un camp sibérien tout de même!

Je vous rejoins tout à fait sur l'inertie de la bureaucratie et ce serait perdre et gacher inutilement de l'énergie et du temps précieux, de vouloir la réformer. Elle est déjà au bord de l'implosion à quoi bon s'épuiser à maintenir debout une "batisse" fissurée de toutes parts...
il n'est plus l'heure des cahiers de doléances alors :

-Soit on adopte une attitude individualiste , après tout la solution que j'ai trouvée me satisfait alors pourquoi entrer dans le débat?

-Soit on pense à plus long terme et là, difficile de faire sans considérer la société qui nous entoure...

Je vais me répéter mais la peur n'écarte pas le danger elle l'engendre!
Serions nous là à débattre confortablement assis dans nos fauteuils devant l'ordinateur si il n'y avait pas eu 1789?

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 24 janvier 2006

Oui, bien entendu, mes comparaisons sont outrées. Il n'existe pas de gardes rouges à l'éducation nationale. Elle préfère dominer par l'ennui, la bureaucratie, la mollesse, le vide et la grisaille.

L'éducation nationale ne réprime pas, elle englue. Elle ne vous censure pas, elle vous piège dans des travaux ineptes et répétitifs : évaluer, réévaluer, évaluer l'évaluation... (item 29 : l'élève obère-t-il la translation cognitive en mobilité latérale ? oui / non / plutôt oui / un peu non quand même...). Tout ça multiplié par mille, par cent mille, jusqu'à vous abrutir définitivement.

Quant à votre question, je vais vous faire une réponse de schizophrène :

- en tant que membre de Reconstruire l'Ecole, j'essaie d'avoir une vision globale de ce qui se passe, à long terme, en vue de faire évoluer les choses en France et de sauver l'école publique.
- en tant que jeune chercheur, j'essaie d'abord de sauver ma peau. Si je trouve un boulot au Canada, au Royaume-Uni ou aux USA, je ne vais pas cracher dessus. Même si (surtout si) c'est une fac hyper-sélective ou une bourse offerte par des mécènes privés. Ca fait des années que je vis sous le seuil de pauvreté ici, j'estime avoir accompli ma part de sacrifice patriotique. Si la France considère qu'elle n'a pas besoin de ses chercheurs, tant pis pour elle. De toutes façons, elle y perd plus que nous.

J'admets que ma réponse est tout sauf logique, mais je suis prêt à parier que ce désarroi est partagé par beaucoup de collègues de ma génération.

Ecrit par : PH | 25 janvier 2006

Bonjour à toutes et à tous,
Je découvre ce blog(ue), suite au chat en direct de mercredi sur Le Monde.fr. Beaucoup de pertinence dans tout ce qu'il y a été dit. Moi j'enseigne la chimie en première année de fac de sciences et je peux vous dire que la catastrophe est également perceptible dans ce domaine. Oh, si les exigences en chimie disparaissent, si l'accessoire n'est surtout plus discernable de l'essentiel dans les programmes jusqu'au bac, si c'est la chronique d'une mort annoncée, n'ayez crainte braves gens, demain on sous-traitera la chimie en Inde ou en Chine. C'est bien ce qui me fait peur. Mais faut-il passer par une véritable catastrophe pour se réveiller? That is the question. En attendant le train part à minuit et il est 23 h 59.

Ecrit par : Frederic_le_chauve | 27 janvier 2006

J'avais fait ce constat dès les échanges scolaires de mes années de secondaire. C'est dans la classe de mon correspondant tunisien que j'ai appris la beauté de la littérature française, et dans celle de mon correspondant roumain celle de la culture musicale classique. J'étais le premier de ma classe, ils étaient loin derrière chez eux mais me battaient en tout à platte coûture. Pas la peine d'être grand clerc pour voir que le décollage de l'est et du sud sont amplement mérités.
J'avais cependant mis beaucoup d'espoirs dans ma licence d'histoire, travaillée d'arrache-pieds pendant trois ans. Quand je vois qu'aujourd'hui elle est bradée à des illetrés, j'enrage. Et pas question de reprendre des études pour fournir le genre de mémoires baclés qu'on fait maintenant. Ne pas vouloir se spécialiser et rester dans la culture générale est un droit qui est perdu pour la jeune génération. Qui peut se payer ces longues études ? Les riches, évidemment. Les pauvres, aussi, avec les bourses et autres emplois réservés dans le pionnicat ou autres. Les enfants des classes moyennes eux, doivent négocier pied à pied avec leurs parents pour chaque année supplémentaire, réussisent un concours et puis s'en vont. Les gens sérieux et intelligents sont aujourd'hui moins diplômés que les crétins.

Ecrit par : Frédéric Moreau | 27 janvier 2006

Je viens de découvrir ce blog, et je suis moi aussi en accord complet et total avec ce que j'y lis.
Je souffre en ce moment même de cette peste qu'on m'inocule contre mon gré : l'IUFM et ses discours psycho-pédago-normalisants. La liste des griefs qui viendrait compléter ce qui a été dit serait bien longue, et je vous convie à venir faire un tour sur mon blog pour découvrir ce que l'on apprend de beau au sein des murs clôts de ces bâtiments, mais je n'en retiendrai qu'un.
On parle ici de transfert de responsabilités. Il se fait dans les deux sens. Si les parents commencent de plus en plus à prendre le relais des méthodes d'enseignement, l'école se fait de plus en plus "éducatrice", oubliant son rôle d'enseignante. Je suis stagiaire en histoire, et je croyais, pauvre de moi, qu'il me fallait enseigner ma matière, et bien non ! Il me faut éduquer les enfants, leur dire que fumer, c'est mal, qu'il faut faire ses lacets, sinon on tombe, et que si on mange trop de bonbons, on attrape des caries.
Si l'école laissait aux parents le soin d'éduquer leurs enfants, elle pourrait retrouver sa mission première, et retrouver la qualité que je lui ai connue dans ma prime enfance. Il est matériellement impossible en 5 heures par semaine que je puisse à la fois transmettre un savoir et une éducation.

Je reviens toutefois sur les méthodes de l'IUFM. Elles sont dangereuses, et scientifiquement incorrectes. L'élève doit construire son cours autour du document, le professeur ne servant plus qu'à lui apprendre à apprendre. L'élève part donc du seul document pour trouver le savoir... Un peu d'historiographie montre que les théories positivistes ont prouvé leurs limites. Mais gare à celui qui fait du cours magistral, il est banni de la société professorale : il ose transmettre un contenu, du savoir. Je veux continuer à croire que je suis dans un métier qui me permettra aussi de progresser, et d'enrichir ma culture (bien lacunaire, j'en suis consciente), et pour cela, il faut que je puisse préparer des COURS et non des ACTIVITES ! J'ai aimé être monitrice de centre aéré. J'aimerais et j'aimerai être professeur...

Ecrit par : Lumi | 31 janvier 2006

04.02.2006
Lettre à Mr le Directeur de L'école
LE 30 janvier 2006
A l'attention de Monsieur le directeur de L' école
91230 Montgeron

Objet:incivilités,conduites,déclarations ,menaces du personnel enseignant à mon encontre.

Monsieur,
je porte à votre connaissance les faits suivants:Ce jour,lors d'une réunion programmée à 16h30 entre
la maîtresse de S , L'enseignante spécialisée, Mr N Parent d'éléve et moi même.

La maîtresse suite à un échange de parole à mis fin à l'entretien sans aucune forme ,

m'a déstabilisée de ma chaise pour trouver son chemin vers sa classe mitoyenne
et incroyable m'a menacée des"avocats de l'éducation Nationale".

Sans doute sur le fond "intérêt,et surtout le suivi de S nous pouvons êtres en désaccords!!! ".


La forme était anti éducative et tout cela sous les yeux de son élevé ,
sa collègue enseignante spécialisée et un parent d'élève .

Je vous prie de me recevoir pour la suite à donnée à cet incident grave et disproportionné.

Courtoisement


Témoins cités:

-L'enseignante spécialisée

-Parent d'élève

- S éleve ,mon fils bien sûre

Blog d'une Famille de Montgeron (91) enRP France
qui" livrent" en direct les difficultés d'étre parent d' éléve en 2006. Pour conjuger nos efforts et faire reculer lillétrisme , l'analphabétisme, el les incivilités!



http://jeveuxlire.blogspirit.com/archive/2006/02/04/lettre-a-mr-le-directeur-de-l-ecole.html

Ecrit par : Famille Montgeron | 05 février 2006

Bonjour,

Même si je suis d'accord avec vous sur le fond du problème je ne peux m'empêcher de vous trouver, Mr Brighelli, incroyablement sûr de vous. Clichés, propos péremptoires et dogmatiques à foison....

Je cite :
"Il fallait être mathématicien (et sous-doué) pour imaginer un pareil système."
"Darwin et Nietzsche nous ont appris qu'on ne (sur)vit, qu'on ne progresse, que grâce à la faculté d'adaptaztion des meilleurs. Tous ceux qui prétendent le contraire sont des démagogues bêlants."

Vous faites preuve d'une bêtise étonnante pour quelqu'un qui se présente en donneur de leçons. Cette querelle inepte entre matheux et littéraires est ridicule. Et vous ne connaissez visiblement pas la théorie de l'évolution, qui ignore totalement toute notion de progrès et de "meilleurs".

Ecrit par : Déçu ... | 07 mars 2006

Désolé de vous décevoir.
J'ai dit "les meilleurs" ? Autant pour moi. Ceux qui survivent, ce sont les plus aptes. Encore faut-il développer ces aptitudes : l'espèce humaine a peu de dons (voir la légende d'Epiméthée), elle n'a que la transmission des savoirs pour progresser.
Ce que je constate, c'est qu'à vouloir faire du platonisme rousseauiste, si je puis dire, on ne cherche plus à inculquer les savoirs, ni à développer vraiment les compétences.
On le voit en bout de chaîne : dès que l'on note les étudiants dans la vérité des prix, ils s'effondrent. Près de 60% d'échec en première année de fac. Pas bien joli…
Par ailleurs, il est vrai que j'affirme. Mais j'ai des adversaires qui ne me laissent pas le choix de la subtilité, en ce moment.
Bien à vous…
JPB

Ecrit par : brighelli | 08 mars 2006

Pourtant, il vous faudrait être plus subtile sur le maniement du darwinisme. Parce que là, vous dérapez franchement, et les pédagogols pourraient en faire leur aubaine.

La sélection du "plus apte" se fait sur les aptitudes innées, pas sur les aptitudes acquises. Or nos apprentissages, c'est de l'acquis.

La sélection naturelle ne tombe pas comme un couperet. C'est un phénomène statistique, traduit par les équations de Hardy-Weinberg. Elle peut se faire sur des centaines de générations.

Un "mauvais" caractère peut devenir "bon" selon l'environnement. Un "mauvais" caractère à l'état homozygote peut devenir "bon" à l'état hétérozygote (cas de la drépanocytose, maladie du sang mais qui protège contre le paludisme).

Vous devriez cesser d'utiliser des références darwiniennes que manifestement vous ne maîtrisez pas. Ce d'autant plus que c'est exactement ce que pratiquent les néolibéraux. Hayek s'est ridiculisé à nous démontrer que les courbettes devant les banquiers, la morale moisie des vieilles barbes, la résignation devant l'économie, et même la hiérarchie cléricale, étaient une conséquence de la sélection "naturelle".

Ecrit par : DUMOUCH Rodolphe | 08 mars 2006

La sélection se fait sur l'inné ! Dire qu'il a fallu que je vive si vieux pour lire de telles balourdises assénées avec tant de certitude !
Mais je suis sûr que vous savez ce que vous dites… À tout hasard, relisez donc "Pourquoi j'ai mangé mon père", le chef d'œuvre de Roy Lewis…
JPB

Ecrit par : brighelli | 08 mars 2006

Il fut un temps, que j'ai connu vu que j'ai 45+ ans, où _seule_ l'école pouvait dispenser le savoir. Pas d'internet, pas de télé (1er télé chez mes parents, modestes, quand j'avais 10 ans), des bibliothèques lontaines ....

Aujourd'hui, on souffre plutôt de logorrhée informationnelle ! L'école a totalement et définitivement perdu son rôle référent unique. C'est comme ça. Google peut offrir plus, en termes de savoirs, que tous les profs réunis.

Alors on ne peut plus limiter le rôle de l'enseignant à (en caricaturant à peine) : je viens réciter mon discours et après je m'en vais sans regarder derrière. Et si ça marche pas c'est pô d'ma'fôt .....
Le rôle des enseignants doit changer.

Ecrit par : -_- | 08 mars 2006

Nous ne sommes pas en littérature, ici.

Je parle de sélection naturelle, pas de sélection sociale.

La sélection peut concrètement jouer sur des caractères acquis, mais elle n'a prise sur l'évolution que sur des caractères héréditaires, c'est-à-dire des caractères innés déterminés par des gènes.

C'est la base du néodarwinisme.

Très franchement, je ne pense que vous servez la bonne cause en rentrant dans un terrain sulfureux comme le social-darwinisme. Vous risquez de rendre vos idées indéfendables et de donner aux pédagos la corde avec laquelle ils vont vous pendre.

Ecrit par : DUMOUCH Rodolphe | 08 mars 2006

Roy Lewis est mieux que de la littérature. Lisez-le, on en reparlera.
Les pédagogos n'ont pas besoin de quoi que ce soit pour avoir ennvie de me pendre. Mais ils sont déjà en si piteux état…
Demain 9 mars, journée de débat à Paris, au 1 rue Descartes, sur les méthodes de lecture. Avec De Robien qui clôturera. Ça promet d'être chaud… Seuls les plus aptes survivront — et comme disait les héros d'un film ancien mais célèbre, there can be only one…
Fin des considérations néo-archéo-darwiniennes.
JPB

Ecrit par : brighelli | 08 mars 2006

Le rôle du prof est plus que jamais le même. Quand vous tapez "pyramides" sur Google, vus avez des milliers de sites fantaisistes sur l'intervention des extra-terrestres dans la construction de Khéops. Qui expliquera au malheureux gamin de Sixième qui veut se renseigner où aller chercher ? Nous — enseignants — sommes le facteur discriminant. L'ordinateur est un outil — une pioche ou une pelle. Ça ne pense pas. Nous sommes là pour donner un Savoir ordonné, hiérarchisé. L'ordre d'apparition sur Google est purement quantitatif — et la bonne info est rarement dans le sites les plus visités.
Ou si vous préférez : plus ça change, plus c'est la même chose.
D'où ma rage contre les pédagogues qui refusent l'acquisition par l'enfant d'un savoir assez encyclopédique pour se passer la plupart du temps de l'ordinateur : de la même manière, la plupart de smathématiciens sérieux — voir Laurent Lafforgue — sont contre l'utilisation de calculatrices jusqu'en terminale incluse. Des bouliers, si vous voulez…
Nous devons enseigner le Savoir dans ce qu'il a de plus élégant, de plus pertinent, et de plus généraliste. Le sspcialisations ont bien le temps de venir — sur une base élargie et polyvalente. Aucune technique n'y changera rien : lire Stendhal ne s'apprend pas sur le Net.
JPB

Ecrit par : brighelli | 08 mars 2006

C'est bien ça le problème : vous refusez de voir que nous ne sommes plus dans l'école et le monde de Jules Ferry. Sortez un peu de votre école pour voir le monde tel qu'il est (et non pas tel qu'on voudrait qu'il soit).

>> Nous devons enseigner le Savoir dans ce qu'il a de plus élégant

Faribole de dandy ....

Et parler Du Savoir avec un 'S' a des relents totalitaires qui me font franchement peur. Comme si il n'y avait qu'un seul savoir et qu'en plus les profs étaient les seuls à le détenir !


>> lire Stendhal ne s'apprend pas sur le Net.

Mes profs de français ont fait d'énormes efforts pour me dégouter à vie de la "grande" littérature. Ils ont presque réussi !

Ecrit par : -_- | 08 mars 2006

La sélection se fait sur l'inné...? Hum... un peu quand même. Par exemple: il parait que JPB est beau et grand et intelligent et il a une très belle voix (dixit ma copine). Ben oui, ça permet de faire passer des idées ça, non?
Stop: je sais que le sujet est sérieux.

Ne pas se servir d'ordinateur ou de calculette??? L'école devrait-elle être toujours en arrière par rapport à l'évolution de la société?
Mais enfin! Ne pas permettre l'accès à un ordinateur (et internet) par le biais de l'école, c'est justement ce qui va renforcer les inégalités sociales! J'espère que ce n'est pas le genre de chose que vous écrivez dans votre deuxième tome!

Ecrit par : Marielle | 08 mars 2006

>>>il parait que JPB est beau et grand et intelligent et il a une très belle voix (dixit ma copine). Ben oui, ça permet de faire passer des idées ça, non?


Mignonne, heureusement que c'est la journée de la femme ....

Ecrit par : Ronsard | 08 mars 2006

Pourquoi "heureusement"?

J'ai lu Roy Lewis: j'ai ri.

Mais lire Stendhal (ou Ronsard) : ça s'apprend où? Au Lycée?
Et d'abord, ça veut dire quoi "apprendre à lire Stendhal" ? Apprendre à comprendre? Comprendre les techniques?
Apprendre à ...ressentir???

Ecrit par : Marielle | 08 mars 2006

d'abord bravo JPB pour votre live, frais émoulu de l'iufm et actuellement néo titulaire dans un lycée en picardie (pardon d'avance pour les éventuelles fautes d'orthographe que je vais laisser mais ce n'est pas à l'iufm que j'ai pu accroitre mes connaissances en orthographe, ni sur les bancs de l'université ou j'ai pourtant passé cinq années "réussies")

Etant d'accord avec la majorité de votre discours (entendre quelqu'un remettre en cause le pédagogisme aveugle de MM P. Meirieu et autres pseudo pédagogues refonne foi en l'être humain, surtout après deux longues annéees d'iufm dues à un renouvellement de stage, mes supérieurs ne m'ayant pas jugés assez "sociables" pour les élèves actuels...). Votre prestation lors de l'émission "à vous de juger" sur france 2 m'a tout de même interloquée sur un point : vous avez mis sur un piedestal les élèves accédant à des classes prépa au détriment des élèves d'autres filières. Certes le niveau en classe prépa est autrement supérieur et l'accès en classe prépa, ou la sélection est de mise, est un gage de sérieux mais vous n'avez pas assez mis en exergue le fait que certains BTS ou DUT sont maintenant de plus en plus sélectifs, d'autre part, mon cursus universitaire m'a démontré à maintes reprise que de plus en plus de classe prépa ouvrent leurs portes à des élèves qui ont manifestement un niveau trop faible pour suivre le cursus imposé. Par ailleurs vous dites dans ce forum qu'un élève issu de classe prépa est facilement reconnaissable lors des épreuves de capes, étant issus d'un filière universitaire "classique" j'aimerai savoir quels sont ces critères, d'avance merci

Ecrit par : doitrand | 22 mars 2006

À propos des classes prépas…

Cher Doitrand, — et tous ceux / celles qui ont pu être choqué(e)s par certains de mes propos à l'emporte-pièce,

Vous avez fortement raison : les filières "courtes" (BTS, IUT, Prépas) sont, les unes et les autres, hautement sélectives. Peut-être pas assez, même, depuis que la discrimination positive rampante fait accueillir des élèves qui pourraient avoir le profil, mais dont la scolarité passablement bousculée les empêche en fin de compte de s'adapter au milieu très exigeant des formations spécialisées.

J'ai manqué de temps, jeudi soir, pour expliquer mon point de vue : les facs, en particulier les facs de Lettres, sont en grande partie en situation d'échec, à cause de l'obligation qui leur est faite d'accueillir tout le monde — et souvent d'adapter leur enseignement à leur public. Quand elles ne le font pas, on constate, presque partout, un taux d'échec à l'issue de la première année qui frise les 50%.
Le probème, ce ne sont pas ces dizaines de milliers d'étudiants que l'on expédie au casse-pipe. Le problème est en amont, dans des formations, de la maternelle à la Terminale, qui ne préparent pas au saut dans le Supérieur — et prétendent tout de même y expédier le maximum de monde. Le Bac pour tous est une escroquerie, et surtout une fausse promesse : fiers d'un diplôme dont ils ne soupèsent pas le (manque de) poids réel, les élèves de Terminale se pensent aptes à tous les cursus — et s'étalent, non par leur faute intrinsèque, mais parce que rien ne les a préparés à la vérité des prix.

Second point : à quoi reconnaît-on un élève de classe préparatoire, deux ou trois ans plus tard ?
Il faut revenir au régime très particulier des prépas, où vous avez plusieurs exercices écrits par semaine, des Devoirs sur Table le samedi, et des "colles" tous les soirs, dans diverses matières — le tout au terme de 40 ou 42 heures de cours par semaine. En face — en fac — que voit-on ? Quelques vagues devoirs à rendre sur l'année, un partiel de temps en temps. Est-ce une évaluation sérieuse ? Est-ce un entraînement sérieux ?
Les universitaires râlent en disant qu'"un étudiant de prépas coûte plus cher (12 000 € contre 3000) qu'un étudiant de fac. Pourtant, les enseignants qui les préparent sont tous des gens du Secondaire — très loin des traitements des profs de fac, et d'ailleurs ils ne les revendiquent pas. Mais ils travaillent eux-mêmes énormément : croyez-vous qu'un maître de conférences, absorbé paraît-il dans des recherches de haut niveau, aurait la patience de corriger cinquante copies par semaine, de passer ses soirées à interroger des élèves par trinômes jusqu'à huit heures du soir, et de changer de programme chaque année ?

Enfin, à quoi reconnaît-on un étudiant de prépas qui vient passer un oral de CAPES ? À une aisance, un entraînement à l'oral, et à un système référentiel : ceux que j'ai pu interroger en Lettres modernes, et qui sortaient de Khâgne (ou d'Hypokhâgne), avaient une vraie culture, qui "tient" au moins durant les trois quarts d'heure que nous passons à les mettre sur le gril. Question de travail, question de matraquage, si l'on veut, durant ces centaines d'heures de cours, ces dizaines d'exercices écrits. Question d'intégration d'un modèle culturel "bourgeois" (au sens bourdieusien du terme), dont ils feront après ce qu'ils veulent — y compris la critique. Parce qu'il n'y a pas de critique possible de l'extérieur du système.
Last but not least, il y a l'aspect préparation de concours. Les "prépas" comme leur nom l'indique préparent effectivement un concours ou un autre, et il n'y a rien de plus stimulant pour l'esprit et le Savir qu'une préparation de concours. D'où mon ire lorsque je vois des enseignants — en sciences de l'éducation, par exemple — être "intégrés" à tel ou tel titre sans jamais rien passer — sinon sur tapis vert. L'intégration "administrative" dans tel ou tel corps sans concours (sans même au moins les concours internes, qui permettent de se remettre dans le bain) n'est pas pour rien dans la baisse de niveau des enseignants constatée au cours des années 80-90. Avoir été PEGC ou chargé d'enseignement ne suffit pas à donner une réelle capacité en termes de savoir. On a peut-être l'expérience des classes, mais d'où parle-t-on ?

J'examine ces points, et pas mal d'autres, dans un livre à paraître sous quinzaine, et intitulé "à bonne école" : titre œcuménique s'il en est… Quant au contenu…

JPB

Ecrit par : brighelli | 23 mars 2006

Je suis globalement d'accord avec vous, mais je vous trouve dur avec les universitaires. On ne peut pas évacuer si facilement la question des budgets et celle des taux d'encadrement. Les chercheurs font ce qu'ils peuvent avec les moyens qu'ils ont, c'est-à-dire les plus mauvais du monde industrialisé. Et je ne parle même pas du niveau des bacheliers qu'ils ont en face d'eux.

Mais, comme dit, je suis d'accord sur l'essentiel : les chercheurs sont les principaux responsables de ce qui leur arrive. Ils ont été trop longtemps aveugles. Combien ont soutenu, l' "Internationale" aux lèvres et la rose à la main, les réformes qui les détruisaient ? Ils n'ont pas compris, ou alors trop tard, que leurs véritables ennemis était les néo-obscurantistes sortis des départements de psycho, de socio et de science de l'éduc. Ils auraient dû se battre comme des chiens contre les IUFMs, refuser de travailler avec eux une seule seconde et renvoyer ces tordus à la place qui leur appartient : la rubrique "psycho" des magazines de mode.

Au lieu de ça, ils ont tergiversé, attendu, composé, tenté d'influer sur les choses par de petites touches subtiles. Ils se sont laissé emberlificoter par les réformes incessantes, et laissé cantonner dans quelques prisons dorées (Sorbonne, ENS, etc). De moins en moins "dorées", d'ailleurs, puisque même elles sont devenues inutiles.

Nous sommes passés de l'université de Jacqueline de Romilly, Georges Duby et Claude Lévi-Strauss à celle de Philippe Meirieu et d'Elizabeth Teissier. Il n'y a pas de quoi en être fiers.

Ecrit par : PH | 23 mars 2006

Note complémentaire.
Je signale aux sceptiques qu'Elisabeth Teissier fut l'asrtrologue préférée de Mitterrand, et qu'elle a (à ce titre ?) passé un doctorat d'Etat qui lui donne effectivement le droit d'enseigner dans le Supérieur…
JPB
Cela dit, il est parfaitement exact que nombre d'universitaires font tout ce qu'ils peuvent avec les trois bouts de ficelle qu'on leur laisse manipuler, en matière de budget. Pour mémoire, la Fondation qui gère Harvard a à elle seule un budget équivalent à l'ensemble de l'Education Nationale française. Essentiellement en fonds privés, placés, qui génèrent des revenus assez confortables pour faire tourner ce qui est l'une des plus grandes facs du monde (où les droits d'inscxription sont énormes, c'est entendu, mais où les meilleurs étudiants en sont quasi dispensés, via un système de concours, bourses, etc. : et que l'on ne me dise pas que c'est de la discrimination sociale…).

Ecrit par : brighelli | 23 mars 2006

1) Elizabeth Teissier, docteur en Sorbonne, mention très honorable. Détails à prendre sur :

http://www.pseudo-sciences.org/teissier/revpress.htm

2) Harvard :

- fondée en 1636 (pas de "grande réforme" tous les 15 jours)
- budget annuel : 2.8 milliards de dollars.
- patrimoine : 25.9 milliards de dollars.
- nombre d'étudiants : 19779.
- enseignant-chercheurs (hôpital universitaire inclus) : 11500
- livres en bibliothèque : 15 millions de volumes.
- 43 prix Nobel y sont passés.
- prix de la scolarité (quand même) : 41 000 $ par an, nourri, logé, assuré.

En dépit de ces chiffres astronomiques, Harvard reste une association à but non lucratif (!) qui se contente d'équilibrer son budget. Les autres facs de la "Ivy league" (Brown, Columbia, Dartmouth, Princeton, Penn, Cornell, Yale), ainsi que Stanford, en Californie, jouent à peu près dans la même catégorie. On pourrait ajouter la sudiste Duke, ou encore les grandes facs publiques (Berkeley, UCLA, Wisconsin-Madison, Michigan-Ann Harbor...)

C'est une réalité que peu de gens veulent entendre, tant le mythe des "Etats-Stupides d'Amérique" a la peau dure, mais la domination américaine sur le monde est d'abord une domination universitaire, scientifique et intellectuelle.

Ecrit par : PH | 24 mars 2006

Madame Patricia Mesnigé - Marc, vous dites que les étudiants ne lisent plus, et qu'ils n'achètent plus de livres. Savez-vous ce que coûtent les livres ? Savez-vous que le "Voyage au bout de la Nuit" de Céline en Folio coûte à l'heure actuelle plus de 7 euros, et qu'un budget d'étudiant, pour peu qu'il ait envie de se cultiver (aller au cinéma, au théâtre et dans les musées) peut difficilement supporter l'achat de trois livres par mois ? Je suis étudiante en L3 de Lettres Modernes, et, dans ma promo (nous sommes cinquante, j'étudie dans une petite université de province) il y a quelques fous de lecture, dont je fais partie. Certes, nous achetons très peu de livres, parce que les classiques coûtent cher quand on veut avoir un dossier critique correct, et que les manuels de références sont hors de prix (allez voir combien coûte la collection complète des Lagarde et Michard, qu'on en trouve pratiquement plus d'occasion de nos jours). Nous achetons les indispensables de notre programme, les textes sur lesquels nous allons travailler toute l'année, et cela plombe déjà lourdement le budget du mois de septembre. Mais il n'y a pas que les librairies dans la vie. Nous passons des heures à la bibliothèque (il faut dire que nous avons la chance d'avoir une bibliothèque universitaire en libre accès, ce qui n'est pas si courant), nous échangeons nos livres, nous sommes presque tous inscrits à d'autres bibliothèques et nous écumons les brocantes pour trouver des bouquins abordables. Nous n'avons pas tellement le choix : le coût du cinéma et du théâtre n'est pas tellement compressible (même si j'ai la chance de vivre dans une ville où, si un étudiant s'abonne au théâtre, c'est relativement peu cher, aux alentours 8 euros par place). A titre d'exemple, je vis avec 200 euros par mois, et je ne fais pas partie des étudiants pauvres. J'ai la chance de ne pas avoir à travailler pour manger ; mais je dois me nourrir, acheter mes affaires scolaires et payer mes transports, mes livres et mes loisirs avec cette somme. Vous pourriez travailler ! allez-vous dire, fort justement. Mais non, madame, j'ai essayé. Quand on est étudiant, travailler veut dire renoncer à quelques heures de cours, et ce n'est pas acceptable. Quant à travailler au fast-food local... j'ai postulé, savez-vous. Le responsable m'a dit : nous avons besoin de trois personnes, et vous êtes 21. Vous débutez, je ne peux pas vous prendre. Et c'est ainsi partout.
Etonnez-vous que les étudiants n'achètent pas de livres !

Ecrit par : Claire | 25 mars 2006

Je ne suis pas insensible aux difficultés matérielles réelles des étudiants. D'ailleurs, dans mon prochain livre, je propose par exemple le rétablissement des IPES — un concours qui se passait à Bac + 1, il y a encore trente ans, et donnait, en échange d'un engagement à servir l'Etat dix ans, l'équivalent du SMIC par mois et l'écrit du CAPES.
Ce que je veux dire par cet exemple, c'est qu'il faudrait à la fois créer une motivation au départ pour tel ou tel cursus (en l'occurence, le professorat), et offrir des possibilités d'aide au mérite — le saupoudrage actuel d'aides en fonction des situations familiales est largement inopérant — d'autant qu'il est souvent truandé.
Un petit conseil : pour préparer le CAPES de Lettres, essayez, plutôt que le Lagarde et Michard, très partiel, les manuels édités au début des années 80 (Textes & Contextes chez Magnard, ou celui de Hachette que patronnait Darcos, ou même les premiers manuels de Hatier dirigés par Hélène Sabbah… C'est trouvable chez Gibert, ou dans les bibliothèques…

JPB

Ecrit par : brighelli | 25 mars 2006

Bonjour Claire,
vous défendez à juste titre les encores rares étudiants lecteurs (je maintiens)...Je suis parfaitement consciente des difficultés financières qu'ils rencontrent ( je vous épargnerais mon propre parcours) sachez simplement qu'aujourd'hui aller au cinéma où au théâtre peut se faire sans rien dépenser il suffit de faire preuve d'astuces et de savoir trouver les sites(entre autre) qui proposent des invitations en avant-première... et je suis tout à fait d'accord avec vous devant le coût de plus en plus prohibitif des livres ....Cependant je m'étonne de voir ces étudiants désargentés avec le dernier portable et le dernier lecteur mp3 à la mode dans leurs poches et par ailleurs je ne vois toujours pas de mouvement de foule devant les bibliothèques universitaires...Dans toutes les grandes villes de France et de Navarre il y a maintenant un réseau de bibliothèques municipales avec des fonds très importants.Je fréquente celle de ma ville(une préfecture de la banlieue parisienne) tous les samedis et je m'étonne toujours d'y trouver une salle de travail (pourtant pleine de charme et particulièrement accueillante) vide....Cette bibliothèque regorge de véritables trésors mais je n'y vois pas souvent des étudiants venir emprunter...par ailleurs mes observations se basaient sur plusieurs études menées plusieurs années de suite sur un panel d'étudiant et la première raison qu'ils évoquaient pour justifier qu'ils n'achetaient pas de livres n'était pas le coût mais le peu d'intérêt qu'ils portaient à la lecture (+de 60% des sondés)...
Bonne chance à vous dans votre parcours...et fouillez bien les bibliothèques qui jalonnent votre route vous y trouverez des trésors bien souvent oubliés...cordialement

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 25 mars 2006

Il est effectivement possible de se monter une bibliothèque correcte avec les bouquinistes. Il faut également déployer des trésors d'ingéniosité pour trouver des bouquins dans les bibliothèques municipales. Comme les nouvelles générations lisent moins, il y a aussi des tas de bouquins qui traînent dans les greniers. Un cursus "lettres" demande une âme de chineur.

Il est aussi vrai qu'on ne peut pas faire ça à budget zéro. Comme le dit ce grand philosophe, Woody Allen : "la richesse est préférable à la pauvreté, ne serait-ce que pour des raisons financières".

Ce que dit Claire est émouvant, parce qu'elle exprime la paupérisation générale de la jeunesse française. Ils sont la première génération plus pauvre que celle de leurs parents, chose que les glorieux anciens ont peut-être du mal à saisir ou à ressentir. Je laisse ici le bénéfice du doute, et considère que Claire n'est pas du genre à se plaindre avec un téléphone à 300€ en poche.

Pour ma part, j'aime bien les Lagarde et Michard. D'accord, ils sont sélectifs et censurent allègrement, d'accord les commentaires ne valent rien (il ne faut SURTOUT PAS s'en servir), d'accord ils sont à côté de la plaque pour le 20ème siècle, n'empêche qu'ils permettent de savoir rapidement qui a écrit quoi d'important. Ils permettent aussi de resituer les auteurs dans une chronologie, chose que les étudiants ont beaucoup de mal à faire. Et puis, soyons francs : pour le CAPES, rien ne vaut cette petite anthologie pour ratisser sans trop de douleur sept siècles de littérature. Si vous savez faire ça, vous avez la main sur 80% des autres candidats.

Quant à ce que dit Jean Paul au sujet des aides, je suis entièrement d'accord. Il y a quelque chose de désespérant à voir, en premier cycle, autant d'étudiants fantômes toucher des bourses (l'obligation de présence est une fable), alors que d'autres à peine moins pauvres sont livrés à eux mêmes. Encore une réalité vraie, mais impossible à dire parce qu'elle n'est pas politiquement correcte.

Ecrit par : Pierre-Henri | 25 mars 2006

Pierre-Henri
je n'avais aps la sensation d'être "émouvante", comme vous dites, et ce n'était d'ailleurs pas le but. Je n'vais pas non plus la sensation deme plaindre, je ne vous exposais mon cas que pour dire que, justement, je ne suis aps à plaindre. Message à Patricia : je n'ai pas de téléphone portable, autre message à Patricia : pour ne rien vous cacher, j'habite Angers. Et, dans cette ville, hormis le festival annuel de cinéma (très bien fait mais nullement gratuit, ce qui ne serait pas juste pour les réalisateurs des films projetés), il n'y a que peu, voire pas du tout d'avant-première gratuite. Nous fréquentons, mes camarades et moi, un cinéma d'art et essai qui a le mérite de passer ses films en VO sous-titrée et de faire des tarifs étudiants tous les jours, même le week-end, ce qui n'est pas la cas des deux autres cinéma de la ville, qui appartiennent à une célèbre chaîne de cinéma qui considère probablement que les problèmes financiers des étudiants s'évaporent dès le samedi matin. Bref, sans les bibliothèques (merci la BU et les autres bibliothèques publiques), nous ne serions peut-être pas à cours de bouquins, mais il est fort à parier que nous n'aurions pas lu Proust.

Ecrit par : Claire | 25 mars 2006

Je suis désolée pour les fautes, j'ai tapé trop vite.

Ecrit par : Claire | 25 mars 2006

Pardonnez moi si je vous ai offensée, c'était sans le vouloir. Une étudiante de lettres qui lit est une chose tellement surprenante que nous en sommes tous éberlués. Je plaisante.

Ecrit par : Pierre-Henri | 25 mars 2006

Vous ne m'avez pas offensée, c'était juste histoire de bien différencier les genres (les "registres" ? je ne suis pas très calée en novlangue). Come le disait mon professeur de méthodologie, "pas d'émotion dans l'argumentation" !

Ecrit par : Claire | 25 mars 2006

Claire: vous m'avez interpellée , vous sentant touchée par une remarque générale que j'avais faite mais rassurez vous je sais qu'il y a encore des étudiants qui lisent et même certains en latin dans le texte dans le métro!... et vous avez eu raison de soulever les problèmes financiers rencontrés par les étudiants que les parents peuvent de moins en moins aidés...
J'ai emprunté il y a peu un livre de Stendhal, la dernière dâte d'emprunt était 1995 oui oui , mon mari était avec moi ce jour là et en a été tout aussi surpris... outrés et amusés nous avons donc regardé par curiosité plusieurs autres livres dit "classique" entre autre les Proust et bien le constat était le même... mais j'ai un beau fils de 15 ans qui lit Camus, Vian, Balzac donc je ne me permettrais jamais d'englober tous les étudiants dans le même panier( seulement lui vous dirait à quel point il en a marre de n'avoir aucun échos parmi ces camarades de lycée qui passent leur temps à le traiter de naze car il se fait soit disant avoir en préférant dépenser ses euros en livres , lui vous dirait quel est le véritable niveau de lecture des lycéens et futurs étudiants)...heureusement qu'il y a encore des étudiants qui lisent! mais ne me dîtes pas qu'ils sont légions par contre si je vais dans le rayon des derniers biographie à la mode, là c'est fou comme on s'arrache des mains les récits des dernières frasques des "jet-setteurs" à la mode... Par contre je suis entièrement d'accord que notre pays est en voie express de paupérisation , il ne suffisait pas que depuis une dizaine d'années cela touche les cadres quadragénaires maintenant beaucoup plus grave ce sont les étudiants qui en font les frais car les jobs étudiants sont souvent pris par de jeunes et frais moulus diplomés... Quant aux aides dévolues aux étudiants il y aurait sans doute beaucoup à faire dans le domaine mais il y en a quand même beaucoup plus aujourd'hui qu'il y ne serait-ce 20 ans...
Vraiment plus je viens sur ce blog plus je déprime à l'idée d'avoir 5 futurs"Tanguy" fauchés à la maison et que je ne serais pas en mesure d'aider financièrement parlant...Mais je reste utopiste et j'ose croire qu'en leur transmettant l'amour du savoir ils auront une richesse inaltérable......naïve je suis naïve je reste

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 25 mars 2006

Bien d'accord avec vous sur le niveau de lecture des collégiens et lycéens... J'ai toujours lu, et, croyez-moi, dévorer Balzac aux interclasses en cinquième, quatrième et troisième, ça met sérieusement à l'écart ! L'avantage du lycée, c'est vous fout la paix, au moins un peu... et que lire, ça finit par "servir" (au moins au bac de français, du temps où je l'ai passé). Quant à la question financière, je ne suis décidément pas à plaindre : nos parents ne nous laissent pas tomber, mes frères et soeur et moi (nous sommes quatre), et assument entièrement les frais de nos études... Non, si vous tenez à vous alarmer des conditions de vie des étudiants, voyez plutôt les jeunes mères, célibataires ou non, qui vivent de leurs bourses et allocations, et se rongent les sangs en se demandant comment elles vont nourrir leurs enfants, quand l'administration est en retard.

Ecrit par : Claire | 25 mars 2006

Il est d'ailleurs significatif qu'il y ait en ce moment tant de jeunes mères. Pour la première fois depuis près de quinze ans, l'âge de la mère au moment de la naissance du premier enfant vient de baisser (de 29 à 28 ans), ce qui s'explique entre autres par un accroissement du nombre des très jeunes mères. Je ne peux m'empêcher de relier ce fait à la paupérisation croissante de la population, en particulier d'une population jeune, sans formation, sans perspectives — d'autant plus démunie qu'elle est féminine. Etre mère, au moins, donne un statut social — et un petit avantage financier. Nous redescendons à toute allure vers les critères du tiers monde.
JPB

Ecrit par : brighelli | 25 mars 2006

Petite bibliographie rapide à propos de bibliothèques…
Tout le monde se rappelle la fin du Nom de la rose (le roman d'Umberto Eco avant d'être un film de Jean-Jacques Annaud). La bibliothèque du couvent, riche de manuscrits sublimes, brûle…
Sans bibliothèques, dit justement Claire, que deviendrions-nous, nous autres étudiants fauchés…
Il y a un beau livre très déprimant sur la disparition des bibliothèques au cours de l'Histoire (Lucien X. Polastron, Livres en feu, Denoël, 2004). On y apprend combien notre civilisation est fragile — et toutes les civilisations, tant les livres ont brûlé au cours des millénaires. Les extrémistes de tout poil ont toujours adoré détruire le Savoir.

Il y a un poème célèbre de Hugo dans l'Année terrible, intitulé "À qui la faute ?" :
"Tu viens d'incendier la bibliothèque ?
— Oui.
J'ai mis le feu là.
— Mais c'est un crime inouï…"

Bref, à la fin du poème, qui fait l'apologie de la lecture, du Savoir, etc., l'incendiaire avoue avec cette terrible simplicité des démunis : " Je ne sais pas lire."
Il y a actuellement sur le Net, sur le site du Syndicat des Inspecteurs (primaires, entre autres) de l'Education nationale, un appel particulièrement odieux à la résistance aux circulaires de De Robien (il faut bien qu'il ait de temps en temps une idée lumineuse, cet homme) sur l'apprentissage de la lecture (voir http://www.unsa-education.org/sien/, chercher la Méthode Roro — parodie forcément hilarante de la "Méthode Boscher" revue et corrigée par les humoristes de l'académie de Lille). Ces gens-là, chargés d'autorité, se permettent de contester les décisions de leur ministre, appellent à la désobéissance d'instituteurs qu'ils tiennent sous leur coupe, et sous prétexte d'égalitarisme, préconisent le maintien de méthodes de lecture, toutes à départ global, qui nous ont plongés depuis vingt ans dans le marasme actuel (17% officiellement d'illettrés à l'entrée en 6ème, et plus de 40% à en croire une organisation comme Reconstruire l'école, et une désaffection grandissante vis-à-vis de la lecture — sans parler des dysorthographies monstrueuses qui s'étalent désormais à fil de copies, à fil de CV…).
Qui est du côté des bibliothèques, du côté de Hugo ? Et qui est du côté des incendiaires ?
JPB

Ecrit par : brighelli | 25 mars 2006

Non Jean-Paul , il n'y a aucun avantage financier à être mère encore moins jeune mère quant au statut social là je ris très jaune... Par contre l'augmentation du nombre de jeunes mères est bien un signe je vous l'accorde de la paupérisation galopante dont nous commençons à être victime... La maternité est rassurante elle offre une forme de statut social ( je dis bien forme) car elle confère une certaine respectabilité mais au fond elle donne aussi et surtout à ces jeunes femmes l'assurance de leur valeur au sein de la société , c'est leur seule richesse....

Ecrit par : Patricia Mesnigé-Marc | 25 mars 2006

je pense que vous faite un grand boulot

Ecrit par : ngokoumuona | 26 janvier 2007

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