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23 novembre 2005
Epuration au HCE
La loi Fillon avait institué le Haut Comité à l'Education, successeur de la Comission Thelot, chargé de définir aussi bien un "socle commun" pour les élèves que les nouvelles modalités de la formation des enseignants.
Parmi les membres de ce comité, le très éminent Laurent Lafforgue, mathématicien, médaille Fields (l'équivalent du Nobel pour les mathématiques, puisqu'il n'y a pas de prix dans cette discipline), acteur éminent de l'éducation (il est professeur à l'Institut des Hautes études scientifiques et membre de l'Académie des sciences), avait manifesté quelques doutes sur la capacité, la représentativité, en un mot la compétence de certaines personnes cooptées par ladite commission.
Sans doute les a-t-il exprimés trop haut : nommé le 26 octobre, il vient d'être débarqué du HCE.
Que disait Lafforgue ? Que faire appel aux Inspecteurs de l'Education nationale, aux directeurs de l'enseignement scolaire du ministère, à tous les prétendus spécialistes auto-proclamés de l'enseignement, c'était "exactement comme si nous étions un Haut conseil des droits de l'homme et (que) nous envisagions de faire appel aux Khmlers rouges pour constituer un groupe d'experts pour la promotion des droits humains."
Et d'expliquer en quoi les officiels — et pas mal d'officieux — sont responsables de la "destruction totale" de notre système éducatif, dont tant d'ouvrages récents se sont fait l'écho ou les témoins. "Ces politiques, ajoute-t-il, ont été inspirées à tous ces gens [inspecteurs, administrateurs, responsables d'IUFM et autres didacticiens et "autres spécialistes des soi-disant sciences de l'éducation"] par une idéologie qui consiste à ne plus accorder de valeur au savoir et qui mêle la volonté de faire jouer à l'école d'autres rôles que la transmission du savoir, la croyance imposée à des théories pédagogiques délirantes, le mépris des choses simples, le mépris des apprentissages fondamentaux, le refus des enseignements construits, explicites et progressifs, le mépris des connaissances de base couplé à l'apprentissage imposé de contenus fumeux et démesurément ambitieux, la doctrine de l'élève "au centre du système" et qui doit "construire lui-même ses savoirs"."
On aura reconnu, dans les critiques de cet éminent mathématicien, qui n'appartient à aucun appareil, l'ensemble des préoccupations de tous les parents qui s'indignent, jour après jour, de voir leurs enfants rentrer de l'école avec la tête si bien vide.
Un conflit majeur est aujourd'hui ouvert dans l'Education, entre ceux qui se sont hissés au pouvoir depuis une vingtaine d'années et ont si bien réussi à démanteler un service public de qualité, et à arrêter, ce faisant, l'ascenseur social, et ceux qui, sans autre ambition que le bien public, les combattent.
À chacun désormais de se situer, dans cet affrontement entre les tenants d'une école de qualité presque défunte, sauf dans quelques établissements privilégiés — et aussi partout où les enseignants, ulcérés, font de la résistance —, et ceux qui, à force d'égaiser par le bas, réussiront bientôt à détruire l'espoir de la nation.
Le texte complet de la protestation de Laurent Lafforgue, et les pièces du dossier, sont disponibles sur http://www.ihes.fr/~lafforgue/dem/courriel.html.
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Commentaires
Bonjour
Le lien qui connetre les nouvelles au niveau international sur cette affaire est
- en français :
http://michel.delord.free.fr/ll-dernieres.html
- en anglais :
http://michel.delord.free.fr/ll-lastnews.html
les trois deniers liens sont :
Laurent Lafforgue (French) : Défense de l'école et politique
http://www.ihes.fr/%7elafforgue/textes/ecoleetpolitique.pdf
Michel Delord : Laurent Lafforgue, ce galopin irresponsable, n'observe pas le protocole
http://michel.delord.free.fr/raison-ll.pdf
Michel Delord : Dixi et animam meam salvavi - I
http://michel.delord.free.fr/dixi1.pdf
Michel Delord
Member, French Mathematical Socity Council
GRIP, vice-president
Board of adivisors, Third Education Group
Ecrit par : Michel Delord | 08 décembre 2005
Indépendamment de ses positions, la manière dont Laurent Lafforgue a été éjecté pour avoir parlà non à mots couverts, mais en toute franchise est indigne !
http://www.portique.net/article.php3?id_article=62
Ecrit par : Anaxagore | 09 décembre 2005
Nous sommes bien d'accord (cf. URL).
Bonne continuation.
Ecrit par : Stalker | 10 décembre 2005
Je trouve que le niveau des critiques faites par Mr Brighelli n'est pas toujours digne de la culture dont il se prétend être le défenseur.
La maîtrise du style et de la langue ne garantissent en rien l'intelligence et la légitimité du propos.
Comment d'un côté défendre si âprement l'usage de la raison et les grands penseurs qui en ont instauré l'autorité morale (Condorcet, Kant...), et refuser de l'autre toute approche scientifique et objective des phénomènes humains ?
Vous trouverez ci-après un texte passionnant qui analyse les discours de la nature de celui de Mr Brighelli, sans pour autant être complaisant avec les "pédagogistes".
http://education.devenir.free.fr/Tribune.htm
Ecrit par : Frabbe | 27 janvier 2006
Citons quelques lignes de l'excellent professeur Fabre :
"Le régime diurne mobilise l’expression de la séparation (opposée à la confusion) et de la montée (opposée à la chute) et plus généralement de la distinction. Il valorise les principes logiques d'identité, d'exclusion et de contradiction. Ses structures sont de type schizomorphe et mobilisent les processus d'idéalisation, de coupure, de construction géométrique, d'antithèse polémique. Il s’agit ici de fuir l'irréversibilité du temps dans un désir d'éternité qui se manifeste à la fois par la construction de systèmes explicatifs anhistoriques et par des "gestes" héroïques."
Dieu, qu'en termes galants ces choses là sont dites ! Il y a du chromatique, là-dedans !
Tous ceux qui se sont retrouvés un jour face à une classe mesureront sans aucune peine la parfaite adéquation de cette prose avec les réalités de l'enseignement.
"ouais hé, M'sieur, p'tain, schizomorphe ta mère !".
Ecrit par : Pierre-Henri Kalinarczyk | 27 janvier 2006
Ayant fait un peu de droit, je peux vous assurer que les textes des pédagos comme celui de Mr Frabbe sont bien plus obscurs que les arrêts de la 1ère chambre civile de la Cour de cassation. Mais nul n'est censé ignorer le volapük me répondra-t-il surement.
Ecrit par : Guillaume | 13 février 2006
Frabbe termine par cette supplique :donnez-nous s’il vous plaît une véritable pensée de l’école (à l’instar de celle de Dewey, de Durkheim, de Bachelard, ou de l’Ecole de Francfort).
Quand on sait que : G.S. Hall , fondateur de la psychologie scientifique aux USA, inspirateur de Dewey et de la pédagogie de projet, déclare en 1890 dans "Children's lies":
"Nous devons dépasser le fétichisme de l'alphabet, de la table de multiplication, de la grammaire des gammes, du livre, et nous devons nous dire que nos ancêtres étaient, il y a quelques générations illettrés... Que Cornélie, Ophélie, Béatrice et même la bienheureuse Mère de Notre-Seigneur ne savaient ni lire ni écrire".
On répond : non merci, sans façon.
Ecrit par : Guillaume | 15 février 2006



