Loin des critiques fréquemment formulées à l'encontre du secrétaire général de Reporters sans Frontières, il en est un pour saluer son courage et sa détermination au combat. Le voici. "...Il agace, il s'agite, il remue, il escalade, il parle, il dénonce, il condamne, il stimule, il se bat. Il ne laisse rien passer, il est sur tous les fronts et rien ne le décourage. Trublion nécessaire, il donne mauvaise conscience à ceux qui demeurent immobiles, il ne prend pas le monde comme il va, il est un empêcheur, un gêneur, un révolutionnaire moderne. Beaucoup ne l'aiment pas mais moi je l'aime beaucoup. Des êtres qui vivent ne sont pas si nombreux qu'on puisse se dispenser d'apprécier Robert Ménard. Nous manquons trop de personnes qui existent vraiment pour refuser une adhésion forte et sincère à celle-ci. On a le droit de ne pas épouser toutes ses luttes, de ne pas approuver forcément sa guérilla incessante pour le boycott de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques. Je conçois que certains veuillent fermer les yeux, boucher leurs oreilles pour ne plus le voir, plus l'entendre mais heureusement on ne se débarrassera jamais de lui. Donc je persiste. On a besoin de lui. Robert Ménard absent, il aurait fallu l'inventer.
Loin de la médiocre ritournelle de la morale…
Un très beau portrait de lui dans Le Monde par Ariane Chemin. Les journalistes et les intellectuels feraient la fine bouche devant cet «absolutiste de la liberté d'expression». Robert Ménard serait un adepte de la bien-pensance et il devrait apprendre, paraît-il, à «négocier» la liberté de la presse, selon le conseil un tantinet condescendant de Philippe Val. Mais, au risque de déplaire à ses censeurs, je suis heureux que, dans notre société, nous ayons un absolutiste de la liberté, je suis ravi que nous partagions l'humanité avec un citoyen suffisamment fou et enthousiaste pour ne pas «négocier», je suis comblé parce que Robert Ménard est le seul qui ne s'enfermera jamais dans des frontières, celles du monde et les siennes. Ce n'est pas de sa bouche que sortira ce discours lassant sur les atteintes à la liberté qui seraient justifiables puisqu'elles portent préjudice aux adversaires, à ceux qui pensent mal, à ceux qui écrivent incorrectement, à ceux qui parlent contre les canons de la bienséance. Ce n'est jamais dans les propos de Robert Ménard qu'on entendra ce sale petit bruit de la censure, cette médiocre ritournelle de la morale qui prétend étouffer l'intelligence, cette ennemie de toujours, imprévisible et spontanée. La bien-pensance, elle sévit chez ceux qui grignotent et qui brident, chez les prétendus sages qui nous invitent aux clientélismes quand le sort de la démocratie nous sollicite. Ménard, lui, est d'une formidable mal-pensance. L'anticonformiste, c'est lui. De battre, son esprit ne s'arrête pas Au lieu de lui jeter un verre d'eau au visage comme ce pitoyable contradicteur qu'a été en face de lui Arno Klarsfeld, dans l'émission d'Ardisson il y a quelques années, je propose de suivre son exemple, pas seulement pour Reporters sans Frontières mais plus généralement pour le désenclavement des idées et des principes. L'exigence de la liberté doit être détachée de nos humeurs, de nos instincts, de nos préjugés. Même ceux qui se piquent de nous donner des leçons endossent des habits partisans et des costumes conjoncturels. Philippe Val, je ne l'ai entendu plaider pour la liberté d'expression que pour des enjeux faciles et consensuels.
Robert Ménard, il ne s'est jamais tu pour personne. Aucune frontière ne l'a retenu dans son enclos, dans son camp, dans son pays. L'internationale de la terreur, ce n'est pas son genre. Lui, c'est celle de la liberté.
Alors, oui, déroutant, inventif, exaspérant. Mais vivant.
De battre, son esprit ne s'arrête pas...
Il ne choisit pas, il embrasse, il embrase. Il est maladroit parce que la prudence et la lâcheté imposent d'être adroit.
Là où Robert Ménard passe, le monde, la société ne peuvent plus dormir à poings, à scandales fermés.
Vendredi 11 Avril 2008 - 00:03..."