20.03.2006
La rubrique de Lionel
Nul besoin de s’observer longtemps pour constater que nous souffrons. Ici. Ici, nous souffrons. D’où peut bien nous venir cette angoisse ? Alors même que nous disposons à loisir – riches que nous sommes – de la mélancolie, des larmes de l’amour et d’un soleil qui chaque jour nous offre son déclin. Car la mélancolie, l’amour et le déclin sont pour nous des valeurs sûres tant elles sont aptes, ces valeurs, à nous sortir de l’angoisse, de la peur. Se sauver par les larmes. Par les larmes, oui. Se sauver dans la perte plus que dans l’orgueil ou la soi-disant victoire sur soi-même. Pourtant : « qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une seule coudée à la durée de sa vie ? » dit l’évangile selon Matthieu. Or le pleur n’est plus inquiétude, le pleur n’est plus orgueil, le pleur n’est plus victoire mais perte salvatrice. Et c’est ainsi que nous nous trouvons au point où devient possible une véritable re-naissance. Re-naître. Voilà ce qui nous est nécessaire : ce soleil en déclin, annonciateur de renouveau.
J’aurais cité Rousseau, Breton, le Christ et c’est encore que je les citerai, c’est encore que j’en citerai d’autres. Les sujets ne manquent pas : l’utopie, le rêve, la foi en des lendemains radieux pour nos frères et nous-même, l’incommensurable – j’ai bien dit l’incommensurable – douleur du monde. Il nous faut donc tout discuter, tout reconstruire, pour que demain devienne vraiment un autre jour : revenir à l’essentiel par la chaleur et l’innocence des larmes de notre enfance. Car, à la vérité, les cœurs de pierre n’existent pas.
C’est ce soleil qui de notre vivant assurera toujours aux fleurs leur éclosion. C’est cette surabondance de dons offerts, gratuits, qui nous permet de dépasser notre présent. Ce présent qui ne trouve sa réponse que dans la possibilité d’une utopie : « Parmi tant de disgrâces dont nous héritons, il faut bien reconnaître que la plus grande liberté d’esprit nous est laissée » disait – encore lui, donc – André Breton. Voila bien un point sur lequel on ne peut revenir : se battre sans discontinuer pour la liberté d’aimer sans fin, loin de l’idée que l’amour n’a qu’un temps.
Car, si à la vérité nous ne manquons pas d’amour les uns pour les autres, il n’est pas venu le temps où nous pourrons nous aimer de l’amour que nous avons reçu du ciel et des jeunes filles en fleurs.
Lionel Degouy
13:10 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Chroniques montpelièraines, Lionel Degouy


