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06.10.2006

LES TIRAILLEURS SENEGALAIS

Créés par Faidherbe en 1857 pour pallier l’insuffisance des effectifs envoyés de métropole, les Tirailleurs Sénégalais participèrent à coté de l’Armée Française à la conquête et la constitution de l’Empire colonial du Second Empire. Les besoins s’étant faits pressants à mesure de l’avancée dans le continent, les tirailleurs n’étaient pas tous originaires du Sénégal, beaucoup étant recrutés dans d’autres colonies françaises. Bras armé de la colonisation, ces hommes au pantalon gonflant à la turque et coiffés de la légendaire chéchia rouge ont constitué un incomparable instrument de la conquête et de la domination de l’Afrique et de Madagascar.
C’est à l’occasion de la 1° guerre mondiale qu’ils furent amenés à servir en métropole, en première ligne dans les tranchées de la Somme et sur le front de l’Est. L’histoire retient que 163 000 y furent engagés et que 30 000 y laissèrent la vie; des dizaines de milliers furent blessés.
Durant la seconde guerre mondiale, ces unités d’infanterie, qui portaient toujours le nom de Tirailleurs Sénégalais (jusqu’en 1945) furent le fer de lance de l’armée d’Afrique et ont participé au débarquement des alliés en Italie (novembre 1943), en Normandie ainsi qu’en Provence (15 août 1944), à la libération de Paris (25 août 1944), de l'Alsace et de Strasbourg (23 novembre 1944). Beaucoup ont sacrifié leur vie pour libérer la France, (près de 45 000 morts).
Ceux d’entre eux faits prisonniers ont subi dans les camps nazis les pires sévices. Hitler les accusait d’avoir souillé le sol rhénan, à l’occasion de l’occupation de la Rhénanie en 1918 par la France. Pour le fürher, les noirs étaient des ‘sous-hommes’, les colonies allemandes d’Afrique en savaient quelquechose.
Le 1° décembre 1945, alors qu’ils manifestaient durement pour pouvoir toucher les primes que leurs camarades français avaient déjà perçues, des tirailleurs sénégalais démobilisés rassemblés au retour de métropole au camp de Thiaroye, près de Dakar, sont bombardés et mitraillés par l’armée française. La France, coupable d’un massacre qui a fait plusieurs dizaines de morts, traite bizarrement des hommes qui se sont distingués par leur héroïsme et leurs souffrances sur ses champs de bataille.
Les Tirailleurs Sénégalais, incorporés dans les unités d’infanterie de marine, ont également payé un lourd tribut en Indochine puis en Algérie.
Autre manquement de notre généreuse France: les retraites et les pensions de ces anciens combattants ne sont depuis 1960 que le tiers de celles allouées à leurs frères d’armes français. Certains touchent 30 euros par.....an, quinze fois moins que leurs collègues de souche française. Le prix du sang serait-il différent selon qu’on est Français d'origine ou pas ?
Après le voyage de Jacques Chirac au Sénégal en février 2005, il devait être mis fin à cette discrimination créée par la loi dite de cristallisation votée à Paris le 26 novembre 1959 alors que les pays d’Afrique allaient accéder à l’indépendance, loi qui gelait ces pensions, les transformant en quelque sorte en indemnités viagères non indexées.
J’ai comme l’impression que l’on se souvient davantage en France de la publicité de Banania que des services rendus à notre pays par les troupes coloniales qui ont regroupé 500 000 africains (tirailleurs, tabors marocains, goumiers nord africains) sous notre drapeau tricolore au cours des deux guerres mondiales du XX° siècle. Pourquoi les occulter ainsi de la mémoire collective ?

15:45 Publié dans Sénégal | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note

Commentaires

La veille de la sortie en salles du film INDIGENES, avec Djamel Debouze, soit le 26 septembre 2006, la France aligne les retraites et pensions des anciens combattants africains sur celles de leurs camarades français.... Enfin...
Mais tous ceux qui sont morts dans la misère faute d'une pension décente !!!

Ecrit par : JCG | 06.10.2006

Merci pour tout ce devoir de mémoire quand on sait que les jeunes francophones d'afrique n'ont plus droit de cité dans une certaine France faute de visa . Du coup , ils s'américanisent . Le vieux Ndiaye doit se retourner dans sa tombe lui qui refusa la légion d'honneur en quittant ce bas monde 48 heures avant la date retenue pour la remise de la distinction . Peut etre que cette descristallisation sera profitable à ses fils et petits fils.
Mention honorable à JCG pour ses pertinentes contributions . Honnetement c'est un grand historien ;une véritable bibliothèque comme on dit en Afrique

Ecrit par : Guirane Diène | 06.10.2006

quand je pense que des mecs comme pascal Sevran ont la légion d'honneur et tous ces braves qui se sont battus n'ont même pas eu unemédaille en chocolat!

Ecrit par : le président | 06.10.2006

Tirailleurs Sénégalais, Tirailleurs Algériens ou Marocains, memes sacrifices pour la France, memes revendications de justice.

Ecrit par : ali | 07.10.2006

oui Ali, tous les soldats se sont sacrifiés sans exceptions tu as raison de le souligner.

Ecrit par : le président | 07.10.2006

Attention en Afrique, toutes les médailles qu'arborent certains anciens combattants n'ont pas été gagnées au combat. Quelques petits malins, pour se donner de l'importance, s'en ont procurées de ci de là, ou les ont achetées aux familles de valeureux défunts.
D'autres médailles n'ont aucune valeur ni référence militaire.
Cela dit, il ne faut pas nier le mérite de l'ensemble des anciens combattants africains, ni oublier ce qu'ils ont fait pour la France.

Ecrit par : Quenath | 07.10.2006