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15.08.2006
Les marabouts

Dans la religion musulmane, les marabouts sont des hommes qui se consacrent à la pratique et à l’enseignement d’une vie religieuse.
Au Sénégal, les grands marabouts des confréries mouride et tidjane jouent un rôle très important tant dans le domaine économique que politique.
Avant la colonisation, au temps de la monarchie wolof, le marabout avait non seulement une fonction religieuse de guide spirituel mais aussi une fonction temporelle (chef de communauté villageoise ou régionale). Quand il collaborait avec les autorités politiques du pays, il recevait de l’argent, des terres, du bétail, voire même des esclaves.
La conquête coloniale française au 19° siècle entraîne la fin de la monarchie et favorise une expansion rapide de l’Islam. Le marabout acquiert alors un pouvoir politique, notamment après que la confrérie mouride, initialement hostile, eut rejoint en 1912 les Tidjanes dans leur collaboration avec l’administration française. Le travail dans les champs des marabouts a permis le développement de la culture de l’arachide. La France s’est rapidement rendu compte de l’influence réelle de ces leaders et n’a pas hésité à utiliser leurs pouvoirs pour un profit économique, matériel et militaire.
Après l’indépendance (1960), l’Etat sénégalais, qui n’avait pas de relation avec les villageois, s’est appuyé sur les marabouts pour les élections. De ce fait, ces derniers voient s’amplifier leur pouvoir politique et deviennent un lien entre le peuple et le gouvernement qui, pour conserver son propre pouvoir, maintient leurs rôle et prérogatives et évite de s’attaquer à leurs dérives (manipulation et exploitation de la population rurale et urbaine).
Aujourd’hui, les grands marabouts, dirigeants de confréries, possèdent des milliers et des milliers d’hectares de terre en milieu rural, de très nombreux immeubles en milieu urbain. Ils possèdent également une grande quantité de véhicules de transport en commun (les taxis brousse) et d’entreprises. Ce sont de véritables capitalistes qui gagnent un argent considérable. Ils procurent certes du travail à leurs disciples (talibés) qui oeuvrent dans leurs champs ou entreprises mais en réalité les rémunèrent mal et les exploitent plus qu’ils ne les aident ou qu’ils contribuent à leur évolution économique et sociale. Et pourtant la population, consciente des réseaux qu’ils ont mis en place dans la société et de leur importance dans la vie économique, a confiance en ses marabouts et les suit aveuglément dans leur orientation politique.
Les petits marabouts locaux sont beaucoup moins aisés sur le plan matériel et certains se sont mis à exploiter la population au travers des écoles coraniques, les daaras, censées donner une bonne éducation morale et religieuse. La dévaluation du franc CFA en 1994 a eu un effet pervers catastrophique en milieu rural et de très nombreux villageois ont migré vers les villes, notamment Dakar. La plupart d’entre eux n’y ont pas trouvé de travail et n’ont pas de quoi subvenir aux besoins de leur famille. Ils confient alors leurs enfants à des petits marabouts qui les envoient mendier dans la rue à leur profit. (Cf les 4 notes sur les enfants talibés dans la rubrique Sénégal).
Il est nécessaire de témoigner ici qu’il existe quand même des marabouts qui exercent leur rôle normal dans l’enseignement du Coran sans porter atteinte aux droits de l’homme.
20:51 Publié dans Sénégal | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Commentaires
ces notes dédiées à la vie au Senegal sont trés instructives et bien écrites. Gouleyant, malgré la réalité des faits. On a envie d'y aller pour y faire le ménage et partager avec les sénégalais une vie bien différente de la notre.
Ecrit par : christian | 29.06.2006
"Ils procurent certes du travail à leurs disciples (talibés) qui oeuvrent dans leurs champs ou entreprises mais en réalité les rémunèrent mal et les exploitent plus qu’ils ne les aident ou qu’ils contribuent à leur évolution économique et sociale. Et pourtant la population, consciente des réseaux qu’ils ont mis en place dans la société et de leur importance dans la vie économique, a confiance en ses marabouts et les suit aveuglément dans leur orientation politique"
En Afrique pas moins qu'ailleurs, les puissants sont convoités et on accepte plus de compromis avec eux qu'avec d'autres pour rentrer dans leur giron et nourrir ainsi l'espoir d'un mieux à venir.
Je vous parlerais des sociétés nichées dans les grandes tours de la Défense à Paris qui multiplient les intérimaires, gardant parfois jusqu'à plus de 5 ans la même personne en la maintenant dans l'espoir et en lui faisant vivre la précarité la plus complète, l'impossibilité de trouver un logement sans contrat fixe. Pourquoi cet ingénieur de 32 ans accepte-t-il cela ? Il n'est pourtant pas le petit paysan sénégalais illétré ! Parce que le même mécanisme sévit ici, dans nos sociétés qui regardent l'Afrique avec condescendance. L'influence des grands leur confère une séduction à laquelle on sacrifie nos acquis sociaux dans l'espoir de rentrer dans la sphère de réussite. Cet ingénieur aurait-il accepté 5 années à n'obtenir des congés que donnés au compte goutte et au dernier moment, avec la peur au ventre en les demandant de démontrer un manque de flexibilité, s'il avait travaillé dans une petite Sarl de moins de 10 salariés ?
L'Afrique est différente, oui, très différente. Pourtant, ici comme là bas, les mêmes constantes, les mêmes liens de cause à effet. Faisons attention de ne pas vouloir donner des leçons. Faisons d'abord le ménage devant notre propre porte.
Ecrit par : Bernadette | 29.06.2006
C'est vrai, il y a de bonnes écoles coraniques ainsi que de bons marabouts.
C'est notamment le cas de la daara CHEIK AHDRANE à SAINT LOUIS du SENEGAL dans le quartier des pécheurs (GUET NDAR), au bord de la plage, sur le petit bras du fleuve. Près de 600 enfants la fréquentent et l'unique batiment étant vraiment trop petit pour tout ce petit
monde une grande partie travaille à l'extérieur sous des toiles.
Ecrit par : esjoch | 02.07.2006
je ne suis pas tout à fait d'accord avec bernadette.
pour moi les gens ne suivent pas aveuglément y a toujours un intérêt non dit derrière.
Ecrit par : ngagne | 16.08.2006

