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16.06.2006

Les Talibés (première partie)

Vous ne pouvez être au Sénégal sans rencontrer un peu partout à la ville dans les rues, sur les places, aux abords des stations service, des magasins, des hôtels ou des gares routières, des enfants de 6 à 15 ans sollicitant l’aumône une boite de conserve à la main ou sous le bras. Ce sont des talibés. Ils seraient selon des relevés de l’UNICEF plus de 150 000 dont 100 000 dans la région de Dakar.


Ces gosses contraints à mendier constituent un véritable scandale et un fléau social dans ce pays où les pouvoirs publics ne tiennent pas à traiter sérieusement du problème de peur d’aller à l’encontre des coutumes ou de l’Islam et afin de ne pas mécontenter les marabouts, dont beaucoup les exploitent à des fins personnelles. On pourrait même avancer que la charité est devenue une industrie très lucrative pour nombre d’entre eux qui se sont installés dans les grandes agglomérations.

Sales, vêtus d’habits trop grands ou déchirés, souvent pieds nus, parfois malades ou couverts de plaies, ces jeunes garçons, mal nourris mendient dix heures, voire plus, par jour, sept jours sur sept. Ils courent les rues, errent de maison en maison, à la recherche de quelques sous, de grains de riz ou de morceaux de sucre, de restes de repas pour apaiser la faim qui les tenaille.

Certains de leurs ‘protecteurs’ les tiennent en permanence dans un état crasseux et leur font adopter un profil misérable afin qu’ils obtiennent plus facilement quelque nourriture et surtout de l’argent à leur profit. S’il ne rapporte pas la somme fixée par le maître (300 à 500 FCFA, soit 0,5 à 0,75 € environ, par jour), le talibé est battu, souvent à coup de trique (ce qui explique les cicatrices qui marquent son corps). Par peur des mauvais traitements et des châtiments corporels, d’aucuns de ces enfants des rues en viennent à de menus larcins ou à dépouiller les plus faibles d’entre eux.

Nombre de talibés vivent dans des baraques délabrées, parfois sans toit, et couchent à même le sol sans protection ni isolation. Souvent à 25 ou plus dans un local de 10 /12 m², ils ne disposent que d’un espace très réduit pour dormir. D’autres passent la nuit à la belle étoile ou dans des abris de fortune. Pas d’eau, pas de sanitaires, pas d’électricité; mais les poux, les punaises, les cafards, les rats sont leurs compagnons de misère.

Leurs conditions de vie, d’hygiène et d’alimentation font que ces enfants maltraités sont souvent victimes de différentes maladies (choléra, malaria, gale). Toute plaie, même la plus bénigne, s’infecte du fait d’un manque d’hygiène corporelle et d’un environnement pollué et pathogène. Par ailleurs, ils ne bénéficient jamais des campagnes de vaccinations.

Chaque fois qu’un talibé m’aborde et que je croise son regard, mon cœur bat la chamade.

A suivre.

18:15 Publié dans Sénégal | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

Commentaires

Une note très interessante ,j'attends la suite.

Ecrit par : evelyne | 16.06.2006

Intéressant en effet.
Bizarrement, ce n'est pas trop à l'occasion du raid du (Paris) Dakar que l'on entend parler de ces enfants... Eventuellement si l'un d'eux se fait écraser par un concurrent...

Ecrit par : Stéphanie | 17.06.2006

Edifiant, révoltant, scandaleux !

Je ne trouve pas de mot assez fort pour qualifier ce que vivent ces enfants. Esclaves de conditions sociales, économiques et politiques entretenues par les dirigeants et cautionnées par les pays riches du Nord de la planète, ces enfants nous rappellent combien la nature humaine peut être ideuse, nauséabonde et monstrueuse.

Que fait l'UNICEF ?

Ecrit par : frédus | 17.06.2006

A l'occasion du dernier Dakar, Mme Wade, l'épouse du Président de la République sénégalaise, a reconnu en janvier 2006 devant les journalistes que les enfants talibés constituaient un réel problème. Enfin, une reconnaissance officielle aux yeux des étrangers. Mais cela ne suffit pas, il faut que les autorités locales agissent, commencent par faire appliquer le loi et sévissent de façon radicale à l'encontre des marabouts coupables.
Comme dans beaucoup de pays d'Afrique, l'UNICEF ne semble que compter, fournir des statistiques, ou apposer des rustines....

Ecrit par : JCG | 17.06.2006

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