La Plaisanterie
Auteur : Milan Kundera, Marcel Aymonin
Editeur : Gallimard
Année : 1975
Une plaisanterie d'étudiant amoureux joue le destin de Ludvik ; la vengeance qu'il manigance et remâche toute sa vie prend des allures de mauvaise plaisanterie et se retourne contre lui… Deux plaisanteries pathétiques a plus de trente ans de distance. Les actes ne sont jamais anodins ; une fois qu'ils sont commis ils sont irrévocables.
La critique littéraire occidentale a surtout retenu de cet ouvrage sa critique du système stalinien : écrit en 1965 et édité en Tchécoslovaquie en 1967, il paraît en France en 1968, au moment de la répression soviétique.
Si l'intrigue puise son contenu dans l'histoire de la Tchécoslovaquie de l'après-guerre, les thèmes abordés par Kundera dépassent les contingences historiques. Ces thèmes n'ont pas d'âge, pas de nationalité, ils sont universels : l'irréversibilité des actes, les jeux troubles de la mémoire toujours asymétrique d'un individu à un autre, la difficulté des rapports humains en général et des rapports amoureux en particulier… autant de sujets présents dans ce premier roman de Kundera et que l'auteur ne cesse de développer depuis (cf. le dernier roman de Kundera, l'Ignorance).
Ludvik a eu le grand défaut de n'être pas une machine du parti ; il s'est conduit en être humain, en jeune homme qui avait envie de faire l'amour à sa petite amie trop prude et un peu stupide. Ce défaut, cette plaisanterie rédigée sans y penser sur une carte postale, ne lui seront pas pardonnés et conditionneront sa vie entière. Promis à une glorieuse carrière, très engagé dans le mouvement communiste étudiant, son avenir s'effondre brusquement à cause d'une pauvre fanfaronnade : on ne plaisante pas avec l'idéal communiste dans les années 50…
Kundera évoque avec grand art cette vie dévastée. Jusqu'à la malheureuse plaisanterie, Ludvik regardait vers l'avenir, il était jeune et ambitieux, rien ne lui serait impossible. Il va recevoir son exclusion du parti et de l'université comme une gifle sonore, particulièrement douloureuse, une gifle qui va désormais planter son regard et son être tout entier dans le passé. Cet instant de honte, de colère et d'incompréhension, lorsqu'il voit les mains se lever une à une dans l'Assemblée de ses camarades ; une exclusion à l'unanimité qui va l'obséder continuellement.
A cause de ce traumatisme, Ludvik va s'éloigner de ses amis et détruire une belle histoire d'amour : il est trop tourné vers lui-même pour que sa carapace puisse s'ouvrir aux autres.
On peut déduire de cette lecture un vibrant appel à vivre le présent : ne croyons pas que nos actes sont modifiables a posteriori, ni même que de nouvelles actions pourront remplacer les anciennes, ce qui est fait est fait. Ne nous enfermons pas dans le passé pour remâcher des vengeances illusoires. Vivons le présent. Comblons nos amis fidèles d'attentions, ne les décevons pas, ne les sacrifions pas sur l'autel de nos rancœurs stériles. Ne passons pas à côté de l'amour lorsqu'il se présente comme par magie au coin de la rue, dépouillons-nous de notre orgueil devant l'être aimée et jouissons sans fin dans la communion intime du couple, sans prêter attention aux regards étrangers.
Seule la vie exaltée, consumée, peut nous prémunir de la dévastation dans cette vallée de larmes et de dépits… Alors vivons !
L'histoire :
La révolution communiste en Tchécoslovaquie évoquée à travers les existences croisées de cinq acteurs anonymes des évènements. L'exaltation révolutionnaire à ses débuts ; la logique du parti stalinien, implacable et aveugle ; la perte des illusions et la détente idéologique de la déstalinisation qui précède l'invasion russe de 1968.
source : Les pages culturelles d'EnkiEa
Publié dans A LIRE. | Lien permanent




