Les carrefours du labyrinthe : Tome 4, La Montée de l'insignifiance

Auteur : Cornelius Castoriadis

Editeur : Points

Année : 2007

LA MONTEE DE L'INSIGNIFIANCE
entretien par Daniel Mermet

A la mémoire de Cornelius Castoriadis, disparu le 25 décembre 1996, nous avons rediffusé l'entretien qu'il nous avait accordé un an plus tôt. On a parfois envie de retenir les mots, revenir sur les idées, à "oreille reposée". En vous proposant de vous adresser le script de cet entretien, je ne m'attendais pas à un tel intérêt de toute part, tout horizon, tout milieu, pour une des pensées les plus fécondes et les plus lucides de notre temps. A travers la brèche on sent que tout n'est pas perdu !

DM

Corneille dissident essentiel

Il manque la voix de Cornelius Castoriadis, il manque cette jubilation dans sa voix en répétant Nous qui désirons ou nous qui délirons ?, il manque par la fenêtre le pont Bir Hakeim et le métro aérien, il manque la lumière sur la Seine ce matin de novembre 1996.

Ce qu'il disait tombe à pic en ces temps "trotsko-balladuriens", lui qui renvoyait dos-à-dos le "communisme anti révolutionnaire", et le néolibéralisme avec sa pensée unique, sa "non-pensée".

Pas question d'abdiquer pour autant. Il n'a pas sombré dans le renoncement esthète, ni dans le cynisme mitterrandien, ni dans cette apathie repue qui dit: tout se vaut, tout est vu, tout est vain.

Cette montée de l'insignifiance, il la voit dans une élite politique réduite à appliquer l'intégrisme néolibéral, mais aussi -voie de conséquence- du côté du "citoyen" que le chômage et la précarité généralisée désengagent de la vie de la Cité. Le chômage qui entraîne la désinsertion, la précarité qui entraîne la soumission. D'où la dislocation de la communauté de destin. Silencieusement, nous avons consenti, nous avons "collaboré" à cette formidable régression, une non-pensée produisant cette non-société, cette montée de l'insignifiance, ce racisme social. Le problème majeur n'est pas le chômage, c'est d'abord et toujours le profit, répétait Corneille.

Face aux brouilleurs de piste et à la fausse complexité, espérant tout de l'imaginaire social, jusqu'au bout il recherche une radicalité. Je suis un révolutionnaire favorable à des changements radicaux disait-il quelques semaines avant sa mort.(1) Je ne pense pas que l'on puisse faire marcher d'une manière libre, égalitaire et juste le système français capitaliste tel qu'il est. Révolutionnaire qui sa vie durant allait répétant : nous ne philosophons pas pour sauver la Révolution mais pour sauver notre pensée et notre cohérence.

Mais on ne peut réduire Cornelius Castoriadis à un seul registre. Philosophe, sociologue, historien, il fut aussi économiste et psychanalyste.Un titan de la pensée, énorme, hors-norme, dit Edgar Morin. Une pensée encyclopédique, une jubilation de vivre et de lutter, lutte charnelle, spirituelle, infinie, mais en mouvement et qui nous laisse du grain à moudre et du pain sur la planche...
Daniel Mermet (7 février 1998)

Texte emprunté au site:
http://www.costis.org/x/castoriadis/montee.htm

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