06.04.2008
Qui veut la peau des alter-européens ?
Dans son fonctionnement même, l'Europe institutionnelle rompt avec le fabuleux serment voltairien à la base du postulat démocratique : "Je ne suis pas d'accord avec un mot de ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour votre droit de le dire." Voici les alter-européens eux-mêmes victimes de ce qu'ils dénonçaient en refusant la Constitution européenne en 2005, son recyclage dans le traité de Lisbonne en 2007 et en osant simultanément appeler à des référendums : la dissolution de la démocratie sous l'effet de l'intégration européenne.
"Non, il n'y pas de conspiration contre vous !" lance, moqueur, l'eurodéputé Richard Corbett, à ses collègues eurocritiques de la commission des affaires constitutionnelles, ce lundi 31 mars à Bruxelles. Il a raison : ce qui caractérise une conspiration, c'est le secret. Or, la machine de guerre lancée par les européistes contre tous ceux qui pensent autrement n'a rien de confidentiel. Elle oeuvre au grand jour, et M. Corbett en sait quelque chose puisque c'est lui qui est en charge de préparer une énième réforme du règlement intérieur du Parlement européen, dont l'effet sinon l'objet est la disparition pure et simple des "petits groupes" parlementaires.
Il faut aujourd'hui au moins 20 députés européens issus de 6 Etats-membres différents pour constituer un groupe politique au Parlement européen, de sorte que l'addition de ces parlementaires "représente" virtuellement plus de 13 millions d'habitants et 6 nations au minimum. Dans un parlement multinational (tel qu'il n'en existe nulle part ailleurs), il n'est pas surprenant en effet que le nombre de forces politiques et combinaisons possibles entre elles, augmente proportionnellement à celui des Etats-membres d'où elles proviennent. Jugeant qu'un tel ratio est encore insuffisant et que ledit Parlement, bien que conçu pour 495 millions d'habitants de 27 nations différentes, le projet de révision du règlement envisage de faire grimper le seuil de constitution des groupes à 30 députés issus de 7 pays différents. L'application de cette nouvelle règle à la configuration politique actuelle conduirait mécaniquement à l'exclusion de dizaines de députés européens de tout groupe, le nombre de "non-inscrits" ou "zone grise" (dans le jargon de la Commission des affaires constitutionnelle) s'étendant considérablement. En particulier, elle conduirait à la disparition pure et simple du groupe Indépendance et Démocratie, qui compte aujourd'hui 24 membres, ainsi qu'à l'extension Comme par hasard, ce groupe parlementaire est le seul groupe eurocritique du Parlement européen, c'est à dire hostile à toute Constitution européenne fût-elle rebaptisée "Traité de Lisbonne".
Cette réforme qui s'appliquerait au lendemain des élections européennes de 2009 est la dernière en date d'une série de charges menées à l'encontre des "eurosceptiques" et partisans de l'"autre Europe". En effet, il y a un mois, le Parlement européen modifiait déjà son règlement intérieur pour permettre à son président de refuser une demande de vote par appel nominal (le sens du vote de chaque député est enregistré et public) lorsqu'elle a manifestement pour but de faire "obstruction", notion extrêmement vague qui laisse à l'évidence libre cours à la subjectivité du Président. Au même moment, la Présidence du Parlement européen infligeait à plusieurs eurodéputés une sanction indemnitaire pour s'être exclamés et avoir brandi des panneaux "Référendum!" au cours de la séance de proclamation de la Charte des droits fondamentaux annexée au Traité de Lisbonne, le 12 décembre dernier. (Lire notre article ).
L'on pourrait ainsi poursuivre la liste, en rappelant également la réforme des modes de scrutin pour l'élection européenne de 2004. Réalisée à la hâte en France par une loi du 9 avril 2003, cette révision du mode de scrutin a brisé l'effet proportionnel par un mode de calcul et un curieux découpage du territoire français en 8 circonscriptions électorales dont la pertinence est douteuse. A titre d'exemple, la liste Villiers-Pasqua avec 13,05% en 1999 obtenait 13 députés. Après cette dénationalisation du scrutin et de la campagne, les listes Villiers en 2004 totalisaient en moyenne nationale 6,83% et n'obtenaient que 3 députés. Si "la qualité démocratique d'un Parlement se mesure à la place qu'il fait à la minorité", alors il faut prendre conscience que la rare instance élue de l'Union européenne est bien décidé à réduire, dans tous les sens du terme - en nombre et en moyens - la minorité parlementaire qui a "l'indécence" de s'y faire élire sur la promesse de "changer l'Europe".
Force est de constater que dans son fonctionnement même l'Europe de 2008 rompt avec le fabuleux serment voltairien à la base du postulat démocratique : "Je ne suis pas d'accord avec un mot de ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour votre droit de le dire." Voici donc les alter-européens eux-mêmes victimes de ce qu'ils dénonçaient en refusant la Constitution européenne en 2005, son recyclage dans le traité de Lisbonne en 2007 et en osant simultanément appeler à des référendums : la dissolution de la démocratie sous l'effet de l'intégration européenne. A eux d'être capables de s'organiser intelligemment, par delà leurs nuances politiques qui apparaissent bien secondaires, pour aller défendre le plus grand bien qu'ils ont en commun et clairement menacé : la démocratie.
Article de Christophe Beaudouin paru sur observatoiredeleurope.com le Mardi 01 Avril 2008
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02.04.2008
The War : subtil exercice de propagande ?
The War, documentaire américain retraçant l'engagement militaire des USA dans la seconde guerre mondiale, est diffusé tous les mercredi soir sur Arte. Je suis tombé dessus , par hasard, n'ayant pas suivi les précédents épisodes. L'épisode dont je vais parler (du mercredi 19 mars 2008) relatait la campagne d'Italie de 1943/44. L'auteur semble avoir préféré endosser le costume de romancier à celui d'historien, privilégiant l'épopée à la description "objective" des faits historiques.
Ce qui est choquant n'est pas tant cette approche émotionnelle et subjective du conflit que cet écart entre la vision américaine et la vision française de leur histoire en général, et de leurs armées respectives en particulier.
L'une sait enjoliver, oublier les faits les plus dévalorisants, exalter les moments les plus héroïques. L'autre ne sait que dénigrer, ridiculiser, souligner les faits les plus sordides sous couvert d'objectivité historique.
Qui n'a pas appris à l'école que les généraux de 1914 (j'ai déjà évoqué le conflit de 1914/18 dans une précédente note) et de 1940 étaient des vieillards séniles et stupides, militairement incompétents et que seule la bienveillance et le génie américain nous aurait permis d'échapper aux désastres ?
Qui n'a pas appris à l'école que, contrairement aux USA et à l'Angleterre qui se sont comportés héroïquement, seule la France s'est lâchement agenouillée face aux nazis ?
Tous nos propagandistes oublient bien vite que l'Angleterre, si elle n'avait pas été protégée par la Manche, aurait subi le même sort , vu son impréparation militaire en mai 1940. Ils oublient également la lourde résponsabilité des USA et de l'Angleterre dans la défaite militaire française de mai-juin 1940.
Qu'en est-il du génie militaire américain durant la campagne d'Italie et des faits largement passés sous silence dans le documentaire "The War" ? Pendant la campagne d'Italie, les généraux américains (et anglais dans une moindre mesure), mais aussi les responsables politiques, commirent de lourdes fautes stratégiques et tactiques qui faillirent leur coûter un désastre.
Le commandement allié décida de l'invasion de l'Italie, à partir de la Sicile, en fonction de la couverture aérienne. Il orienta donc l'effort militaire principal sur l'orteil de la botte italienne, là où les allemands les attendaient le plus. Cette approche stratégique souligne l'académisme et le manque d'imagination des généraux alliés qui préféraient tabler sur la quantité de leurs moyens (tant pis pour la chair à canon) que sur leur génie tactique. Selon Sir Lidell hart : " Pour sêtre présenté là où l'adversaire les attendait, les alliés subirent un échec coûteux , tant en vies humaines qu'en temps perdu ; et ils frisèrent un désastre qui ne fût évité que de peu".
Vu l'étroitesse du front, les allemands n'eurent pas de mal à stopper les alliés notamment devant Cassino. " ... l'attaque directe sur des fronts étroits n'amène généralement que des résultats négatifs. Même une grosse supériorité de moyens suffit rarement si elle ne dispose pas d'un espace de manoeuvre." Lidell Hart.
Sur la bataille d'Anzio évoquée dans le documentaire "The War", l'erreur tactique est encore plus évidente : face à l'absence de toute opposition, le commandement allié préféra attendre pour renforcer ses moyens plutôt que d'exploiter rapidement l'avantage (erreur classique chez les généraux médiocres, quelque soit leur nationalité).
Enfin, sur l'action de l'armée française dans cette bataille (sujet à peine évoqué dans le documentaire) : ce sont les troupes françaises du Général Juin, utilisant ses spécialistes des combats en montagne, qui permirent, par un effet de surprise, de désserrer l'étreinte allemande sur Cassino et mettre ainsi fin à 9 mois d'enlisement. Cette percée d'une dizaine de KM exécutée en trois jours fit l'effet d'un levier qui facilita l'action de la huitième armée britannique sur Cassino mais aussi l'action de l'armée US le long de la côte, creusant la brêche qui ouvrait la route des alliés sur Rome.
Les armées alliées ne brillèrent donc pas toujours par leur génie tactique et stratégique(contrairement aux armées allemandes) et la victoire ne fut obtenue qu'au prix d'une énorme supériorité de moyens (l'allemagne combattait sur une multitude de fronts avec des armées souvent dispersées : front Ouest, Est et Sud).
Supériorité de moyens que la France n'avait pas en mai 1940.
10:10 Publié dans Actualités , Blog , Coup de coeur/Coup de griffe , Débat/Forum , Ecole éducation , HISTOIRE , Politique , Traditions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : The War : subtil exercice de propagande ?
18.03.2008
Une spéculation d’avenir : l’élevage du baudet du Poitou
C’est le printemps ! Les aubépines sont en fleurs, et les prunus aussi avec deux mois d’avance. On a même déjà vu des jacinthes des bois qui fleurissent d’habitude fin avril. Signes du réchauffement climatique ? Les gros nuages plombés apportent les dernières pluies d’hiver et bientôt les première giboulées. Les rayons du soleil éclairent obliquement les monuments publics, découpant sur les murs les ombres nettes des corniches sculptées. La pierre brille sous les ondées, resplendit sous la lumière dorée. C’est le moment de flâner en évoquant l’Histoire.
Le Salon de l’agriculture a fermé ses portes. On y vit des bœufs longs comme des semi-remorques, des percherons fessus à la queue taillée, peignée, tressée, enrubannée, et des truies qui mériteraient la médaille des familles nombreuses. Et une ravissante poule rousse. On s’y émerveilla de la puissance des désherbants et de l’ingéniosité des semenciers, prémisses certaines d’un retour à la Nature. On y entendit un malotru lancer des paroles malséantes, mais si plates que les charretiers en eussent eu honte. Les postillons ne s’abaissaient pas à s’insulter ainsi au temps des diligences. On y admira surtout, comme chaque année, les rois des fermes françaises, plus coquets que les coqs, plus valeureux que les veaux : les baudets du Poitou ! Les baudets du Poitou, orgueils de notre élevage national, qui paraissent formés d’énormes pelotes de laine noire enfilées sur de gigantesques aiguilles à tricoter, ou de bonnets de grenadiers embrochés sur des baïonnettes. Les baudets du Poitou, altiers, majestueux, olympiens, qui défilent en se déhanchant sur l’air de la marche des éclopés de la garde impériale. Spectacle qui élève l’âme et revigore l’esprit.
C’est le printemps, et sur les murs de nos villes fleurissent les affiches appelant aux urnes : « Ma voix aura le dernier mot ! ». Gloire aux institutions démocratiques ! Dans une urne transparente, une main décidée glisse une enveloppe bleue, symbole de l’égalité des citoyens, allégorie du pouvoir du Peuple.
Il y a un mois à peine, un ramassis de traîtres ratifia à Versailles l’abolition de la République, la déchéance de sa Constitution, le viol officiel de la volonté du peuple souverain.
L’Histoire fera justice de ces ganelons. Mais que devra être la justice des hommes au jour de la Libération ? Ferons-nous comme eux ? Voterons-nous des lois pénales rétroactives pour les punir de leurs basses trahisons ?
La tradition ancienne de la France était de châtier les criminels irrémissibles, ceux qui avaient attenté contre la souveraineté et mis en péril la paix civile, en les tirant à quatre chevaux. Encore Ravaillac et Damien n’attentèrent-ils qu’à une seule personne. La civilisation des mœurs a heureusement rendu caduc cet affreux châtiment. On fêtera la liberté sans fatiguer des centaines d’attelages de robustes chevaux de trait. Même le temps de la guillotine est révolu. Mais quel dommage ce serait de se priver d’un grand jour de fête ! Une joyeuse tradition politique devrait donc être remise en vigueur : promener ces lamentables félons par les rues, à travers les villes, en leur natureté, sur le dos de baudets du Poitou, leur laides trognes tournées vers les queues des nobles animaux.
Et une autre décision politique s’imposera : frapper ces traîtres d’indignité nationale à vie, les déchoir des droits civiques, et leur interdire à jamais de briguer le moindre mandat.
Élevez des baudets du Poitou, nous en aurons besoin le jour venu ! Vive la République !
Article de Christian Darlot (son site) publié sur Revue républicaine le 15 mars 2008
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17.03.2008
CHARLES DE GAULLE, PERE DE LEUROPE
L’année du cinquantième anniversaire du traité de Rome, vrai point de départ de la construction européenne, se termine sans que le rôle essentiel du général de Gaulle au départ de celle-ci ait été salué comme il convient.
Les partisans de l’intégration européenne se gardent de mentionner son nom : il n’évoque pour eux que le refus de la supranationalité, la dénonciation des « cabris » et la politique de la chaise vide. Bref, le général est le mauvais génie, un homme forcément « dépassé ».
Les souverainistes les plus radicaux, de leur côté, réduisent son action à la défense de la souveraineté nationale. De manière un peu courte, tout ce qui va contre l’Europe est, pour eux, gaullien.
Seuls des hommes comme l’archiduc Otto de Habsbourg ont rendu hommage au rôle du général aux origines de la construction européenne.
Un rôle essentiel.
Il est même permis de dire que l’Union européenne, telle que nous la connaissons pour le meilleur et pour le pire, n’existerait sans doute pas si le général de Gaulle ne s’était trouvé au pouvoir pendant les onze années qui ont suivi la signature du traité de Rome.
Ce traité, il n’en avait pas été, comment l’ignorer ? enthousiaste. Muré dans un silence hautain au moment où il était négocié, il ne cacha cependant pas à ses proches les réserves que lui inspirait ce projet, au même titre que toutes les initiatives des partisans de l’Europe intégrée.
Néanmoins, une fois revenu au pouvoir, il s’attacha à le mettre en œuvre avec ardeur.
D’abord parce qu’il mettait un point d’honneur à respecter la signature toute fraîche de la France.
Ensuite parce qu’il voyait dans ce traité instaurant le marché commun, au départ d’abord commercial, un défi à relever susceptible de stimuler les Français. La baisse des droits industriels, que tout le monde redoutait, même accompagnée d’une importante dévaluation, devait, selon lui, stimuler notre économie et c’est bien ce qui arriva. On ne saurait oublier que tout au long de la présidence de ce prétendu isolationniste, les tarifs douaniers industriels ne cessèrent de baisser : ils furent même abolis le 1er juillet 1968, peu de temps avant sa retraite.
Les partisans de l’Europe, qui, en France et à l’étranger, redoutaient le retour au pouvoir du général, suspect de nationalisme, virent dans ces premiers pas une heureuse surprise.
La politique agricole commune
Le climat se gâta à partir de 1962, quand il s’agit de mettre en œuvre le second volet du marché commun : la politique agricole commune, édifice plus complexe parce qu’il supposait toute une mécanique, coûteuse pour les budgets, de soutien des marchés et non pas seulement leur libre jeu.
Ce volet avait été signé avec beaucoup de réticences par certains de nos partenaires. Il était considéré d’un mauvais œil par les Etats-Unis qui craignaient le protectionnisme européen et risquaient, du fait de la préférence communautaire, de perdre une partie de leurs débouchés agricoles sur le continent. C’est pourquoi Jean Monnet, toujours proche des intérêts américains, initiateur de la CECA et de la CED avait été réticent devant le traité de Rome.
Nul doute que si une forte volonté n’avait appuyé la mise en œuvre du marché commun agricole, ce dernier eut été coulé par les pressions américains sur les Européens les plus vulnérables. Pour le général de Gaulle aucun compromis n’était possible : le volet industriel, favorable disait-on à l’Allemagne, devait être complété par le volet agricole dont la France serait le grand bénéficiaire. C’est cette volonté qui s’affirma au cours des marathons agricoles successifs, du premier, fin 1961 à la crise de juin 1965 qui se traduisit durant sept mois par la « politique de la chaise vide » et au terme de laquelle la France finit par imposer son point de vue.
Comme toujours chez le général, les enjeux de la grande politique ne lui faisaient pas perdre de vue les intérêts concrets des Français, en l’occurrence des agriculteurs.
C’est ainsi que le général imposa la mise en œuvre du marché commun agricole. Quand on sait que ce dernier représenta pendant une vingtaine d’années environ 80 % du budget communautaire, on mesure l’importance qu’il eut au démarrage de la Communauté économique européenne. Jusqu’aux années quatre-vingt, l’Europe, c’est d’abord la politique agricole commune. Nul doute que sans la forte volonté du général, celle-ci n’eut pas vu le jour.
Le rejet de la candidature du Royaume-Uni
Autre sujet contentieux : l’entrée de l’Angleterre dans la Communauté. Pour nos partenaires, poussés par les Etats-Unis, celle-ci allait de soi. Que le gouvernement britannique cachât à peine son intention d’ y être le cheval de Troie des Américains, voire de saboter l’entreprise de l’intérieur, leur importait peu. Paradoxalement, sur la scène française, les partisans de l’intégration la plus poussée, SFIO et MRP, qui, n’en étaient pas à une contradiction près, étaient aussi les plus fermes partisans de l’entrée du Royaume-Uni. Même contradiction hors de nos frontières chez un Paul-Henri Spaak pour qui l’Europe sera supranationale ou ne sera pas », mais lui aussi fervent partisan de l’entée de l’Angleterre...
On sait comment le général mit son veto, à deux reprises en 1962 et 1967 à cette candidature. Le Royaume-Uni entra dans la Communauté mais plus tard, après qu’elle ait été consolidée ; on sait le rôle ambigu que ce pays joua dans l’Union, une fois entré : sa manière propre de garder un pied dedans et un pied dehors, de tirer tous les avantages et de refuser les inconvénients de l’Europe. Tout cela est, on ne le voit que trop, conforme au pronostic du général. Mais dans les décennies qui ont suivi, l’Angleterre ne cherchait plus à démolir l’édifice. Nul doute que si, comme cela aurait été le cas avec tout autre dirigeant que lui, l’Angleterre avait été admise d’emblée, l’entreprise européenne eut fait long feu.
La réconciliation franco-allemande
A cette Europe en construction, il ne suffisait pas de se doter d’institutions, il fallait une âme. Il fallait pour cela surmonter la principale source de conflit : le contentieux franco-allemand. Le traité d’amitié et de coopération du 22 janvier 1963, passé entre de Gaulle et Adenauer, acte historique s’il en est, mettait un terme à un siècle d’hostilité entre les deux principales nations continentales de l’Europe de l’Ouest. Désormais la coopération franco-allemande devait être le moteur des avancées européennes, la négociation directe entre les deux grands partenaires permettant à chaque pas de prévenir ou de surmonter les crises.
Cette conception gaullienne de l’Europe fondée sur l’idée d’un bloc continental solidaire à direction franco-allemande et émancipé des Anglo-Saxons ne plaisait pas à Washington. L’Amérique tenta de saboter le traité de l’Elysée ou du moins de lui enlever sa portée en assortissant sa ratification par la partie allemande d’une déclaration destinée à en amoindrir la portée. Le paradoxe est que cette déclaration fut préparée sous les auspices de Jean Monnet, fidèle à ses allégeances américaines et que l’aveuglement idéologique conduisait ainsi à contrecarrer l’acte de réconciliation le plus fondamental qui ait été passé en Europe depuis la guerre
Mécontent des positions prises par la Commission , spécialement par son président Walter Hallstein, de Gaulle obtint au terme de l’ultime crise de 1965-66 qu’elle soit renouvelée dans un sens plus favorable à ses idées. Elle n’eut plus à partir de ce moment et pour quelques années la prétention de devenir un super-gouvernement. En même temps que le rêve supranational était enterré, de Gaulle fit admettre en, janvier 1966 le compromis dit de Luxembourg selon le quel aucune décision majeure ne saurait être imposée contre son gré à un des pays composant le marché commun.
En outre l’Euratom était enterré.
Même s’il eut par la suite quelques mouvements d’impatience hostiles aux institutions européennes, de Gaulle ne remit plus en question l’équilibre ainsi trouvé.
L’échec du plan Fouché
S’il mit provisoirement fin au rêve supranational, le général de Gaulle ne parvint cependant pas à imposer sa vision d’une « Europe des patries » : « coopération organisée d’Etats en attendant d’en venir, peut-être, à une puissante confédération. » C’était l’objectif du plan Fouché (1961) refusé par nos partenaires sous la pression des Etats-Unis.
Mais même si le principe supranational se trouvait mis en veilleuse, ce que les adversaires du Général ne lui pardonnèrent pas, l’édifice institutionnel de la Communauté économique européenne était durablement consolidé. Il était fondé sur une base solide, le marché commun agricole, lequel devait être la matrice des futurs développements institutionnels. Il était d’autre part à l’abri des tentatives de sabotage anglaises et se trouvait doté d’un moteur : le tandem franco-allemand au travers duquel la France pouvait imprimer largement sa marque. Malgré l’éloignement de l’Allemagne au temps du docteur Erhard, successeur aussi médiocre qu’infidèle d’Adenauer, le traité de coopération franco-allemand porta ses fruits.
Comme on sait, c’est le marché commun – et non la CECA ou toute autre initiative - qui est la matrice de tous les développement ultérieurs de l’aventure européenne. La formule arrêtée au cours des années soixante : coopération institutionnelle d’Etats, primauté de l’agriculture, dura jusqu’aux années quatre-vingt. Moins que l’élargissement, c’est l’inclusion de l’agriculture dans le laminoir du GATT ( aujourd’hui OMC) en 1984 qui marqua sa fin. Privé de sa base agricole – et même industrielle du fait de l’érosion du tarif extérieur commun, la Communauté devait rechercher d’autres finalités : l’harmonisation des législations, l’union monétaire, la libre circulation des hommes (et des capitaux) , et à terme, la relance du projet d’union politique marquent , à partir de 1990 une nouvelle phase dont on peut imaginer sans peine combien le général de Gaulle l’eut désapprouvée .
Mais ces nouveaux développements se sont greffés sur un édifice qui était au départ celui du marché commun. Nul doute que si celui-ci, au cours des dix années critiques de sa mise en œuvre, n’avait été comme « mis en couveuse », protégé par la forte volonté du général de Gaulle, l’entreprise eut fait long feu.
Article de Roland Hureaux publié sur son blog le Mercredi 28 novembre 2007
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14.03.2008
Les Oligarques: Essai d'histoire partiale
Ancien " poilu " de 14, ce militant notoire du rapprochement franco-allemand entre les deux guerres est révoqué par Vichy. C'est en 1942 qu'il écrit cet " hymne à la divine liberté perdue " qu'est les Oligarques (petite minorité d'Athéniens bien-nés qui à deux reprises vers l'an 400 avant notre ère exercèrent un pouvoir despotique sur leurs concitoyens au nom d'une conception aristocratique de la société).
Destiné aux Editions de Minuit clandestine, le livre parut pour finir après la Libération : entre les lignes de ce brillant et offensif exercice d'histoire partiale se lit un parallèle troublant entre deux époques séparées par plus de deux mille années. Avec, pour le lecteur d'aujourd'hui, cette interrogation fondamentale : l'histoire n'est-elle qu'un recommencement ? Et ce doute qui le saisit : pourquoi donc les bons triompheraient-ils nécessairement des méchants ?
18:40 Publié dans Actualités , Blog , Coup de coeur/Coup de griffe , Débat/Forum , Ecole éducation , Famille , HISTOIRE , Livre , Politique , Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Les Oligarques: Essai d'histoire partiale
La Démocratie selon Jean Claude Trichet, Président de la BCE
Hervé Nathan, Rédacteur en chef économie à Marianne, répond au portrait que son confrère de Libération Jean Quatremer a consacré au président de la BCE. (1)
Mon cher Jean (Quatremer),
Déclarer son amour à la Banque centrale européenne, le jour où elle propulse l'euro à une parité historique avec le dollar, il faut le faire. Tu l'as fait ! Dans Libération, en dernière page, celle des portraits de la jet-set politique, économique, culturelle. Et avec talent. Permets à celui qui t'a précédé dans l'exercice de te le dire (le dernier portrait de Trichet dans Libé est, hélas, de moi). Bravo, donc. Mais tu te goures, mon cher Jean, au fond sur le caractère profond du président de la BCE. Bien sûr, il adore la poésie. Bien sûr, il est d'une politesse exquise. Evidemment, il adore la rhétorique, et aussi les mathématiques. Il n'est pas aussi bien payé que Daniel Bouton alors qu'il pourrait demander bien davantage, c'est aussi vrai. Et que la droite comme la gauche ont « fait » la carrière de Trichet, oui encore. Mais tu te goures, Jean, lorsque tu nous contes ce que Trichet aime tant que nous (les journalistes) disions de lui : des phrases comme « cet ancien de l'ENA a compris (…) qu'une politique, si bonne soit-elle, ne peut être un succès que si elle est acceptée par les citoyens ».
Trichet et ses pairs définissent la politique, les citoyens l'acceptent
N'as tu pas compris au moment même d'écrire ces mots qu'ils contiennent la vraie nature de Trichet. Car ils signifient : Trichet (et ses pairs) définissent la politique, et les citoyens l'acceptent. En une formule, voici donc les citoyens privés de leur responsabilité. Ils n'ont pas droit au débat, mais à la pédagogie. D'ailleurs, tu le dis toi-même : « Il répète à chaque fois les mêmes phrases ». Comme des enfants, en somme. Comme à des enfants encore, il développe la fable de la « politique monétaire transpartisane», enrobée par les sondages favorables. Mais au fait, quel imbécile peut répondre « oui » à la question : « Voulez-vous que les prix augmentent et que votre épargne s'évanouisse ? »
Ceci rejoint ce que nous savons de Jean-Claude Trichet : banquier central, il ne débat réellement qu'avec les autres maîtres de la finance mondiale. Le reste, gouvernements, partis politiques, organisations syndicales, associations, citoyens, n'ont pas voix au chapitre des grands argentiers. Et le talent du cher Jean-Claude est de nous faire oublier que nous, les citoyens, devrions exiger ce pouvoir qu'il nous a confisqué.
Car il s'agit bien de cela, et tu connais l'histoire mieux que personne. Le Traité de Maastricht, qui instaurait la monnaie unique, contenait une promesse : bâtir face à la BCE un pouvoir économique européen. Qui s'est employé à ce que ce gouvernement économique de l'eurozone reste dans les limbes, s'appuyant sur des gouvernements acquis à cette stratégie, notamment les Allemands : Jean-Claude Trichet, qui a organisé l'anarchie politique au profit de son pouvoir monétaire, portant un coup terrible à l'idée d'une Europe politique, ce qui a contribué à donner au non au Traité établissant une constitution européenne son caractère majoritaire. Ce n'est donc pas principalement la politique monétaire de Trichet qui doit nous poser problème (quoique, avec un euro à 1,53 dollar, on peut se poser des questions…). C'est que son importance soit faite de notre impotence. Et pour longtemps encore.
Amicalement. Hervé
Vendredi 07 Mars 2008
par Hervé Nathan www.marianne2.fr
(1) titre et introduction tiré du site gaullisme.fr
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09.03.2008
Nouvelle loi sur la discrimination positive !
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La France n'est plus maîtresse d'elle-même !

Écoutons ce que déclare celui qui prétend détenir les clés du redressement de la France :
« Sur la fonction [de Président de la République] qui s’abîme, c’est évident. Elle s’abîme institutionnellement. Si vous regardez le président actuel, il a perdu au moins six des pouvoirs de François Mitterrand :
- Il n’y a plus la monnaie, donc la dévaluation ça n’existe plus.
Il n’y a plus les nationalisations, il n’y a plus la politique industrielle.
La globalisation fait que tout le monde est maître de ce qui se passe en France.
La décentralisation a fait perdre l’essentiel des pouvoirs de la France.
L’Union Soviétique ayant disparu, le grand pouvoir de thaumaturge du Président de la République qui était le droit de vie ou de mort [via la bombe atomique] a disparu,
et enfin la construction européenne.
Progressivement, l’État s’est dissous dans la réalité de la globalisation. Le Président n’est que l’incarnation de cette dissolution, quel qu’il soit. »
Voilà très exactement ce que déclarait à l’émission "Sous les pavés, La télé libre" le 3 mars 2008 M. Jacques Attali, génie professionnel. (il a écrit 85 livres, 110 propositions collectivistes pour Mitterrand, 316 propositions néo libérales pour Sarkozy)
Questions :
Pourquoi dans ces conditions, réunir une commission de 43 "experts", si c’est pour conseiller quelqu’un qui n’a plus aucun pouvoir ?
Pourquoi intimer à ce même Président - réduit à l’impuissance - de mettre en œuvre l’ensemble de ces "propositions" dont la ligne directrice consiste à faire disparaître les spécificités françaises pour en faire une société anglo-saxonne de plus ?
Comment prétendre que ces propositions pourraient avoir le moindre impact sur la croissance si celui qui devrait les mettre en œuvre ne serait qu’un ectoplasme " incarnation de cette dissolution", démuni de tout réel pouvoir ?
Réponse :
Pour duper les Français par la mise en scène du pouvoir factice et, parallèlement, contribuer - modestement ou non - à accélérer la dissolution précitée.
Article de Jean-Yves Crevel publié le 8 mars 2008 sur DECAPACTU sous le titre :
18:15 Publié dans Actualités , Blog , Coup de coeur/Coup de griffe , Débat/Forum , Ecole éducation , Economie , HISTOIRE , Loisirs/Culture , Politique , Traditions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : La France n'est plus maîtresse d'elle-même !
03.03.2008
L'ONU contre les droits de l'homme
L'année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme par l'ONU et la destruction de ses principes par la même ONU ? Tout porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d'années, par ses dérives, l'ONU s'est caricaturée.
A Durban, en Afrique du Sud, s'est tenue en 2001 la Conférence mondiale contre le racisme, à l'initiative des Nations unies, dans la ville même où Gandhi avait commencé à exercer son métier d'avocat. C'est au nom des droits des peuples que furent scandés des "mort à l'Amérique !" et "mort à Israël !" ; et c'est au nom du relativisme culturel qu'on fit silence sur les discriminations et violences commises contre les femmes.
Alarmée par les graves dysfonctionnements ainsi mis en lumière au sein de sa Commission des droits de l'homme, l'ONU inaugurait en juin 2006 un tout nouveau Conseil des droits de l'homme (CDH), censé remédier à de si préoccupantes dérives. Aujourd'hui, le constat est plus qu'amer : c'est à la consécration même de ces dérives que nous assistons dans la perspective du forum dit de Durban 2, qui se tiendra en 2009. Plus gravement encore, l'élaboration officielle de nouvelles normes marquera, si celles-ci sont gravées dans le marbre d'une nouvelle et très particulière "déclaration des droits de l'homme", la mise à mort de l'universalité des droits.
Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s'y constituent, les discours qui s'y tiennent, les textes qui s'y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d'expression, légitiment l'oppression des femmes et stigmatisent les démocraties occidentales.
Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l'encontre de ses principes fondateurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l'acte et les violences de demain.
Une triple alliance composée de la Conférence des organisations islamiques (OCI), représentée jusqu'à ce jour par le Pakistan, du Mouvement des non-alignés, où Cuba, le Venezuela et l'Iran ont un rôle central, et de la Chine - avec la complaisance cynique de la Russie - oeuvre ainsi à la mise en place d'une véritable révolution prétendument "multiculturelle". Ainsi, le rapporteur spécial de l'ONU sur les formes contemporaines de racisme, Doudou Diène, déclare d'ores et déjà qu'énoncer une critique contre le port de la burqa constitue une agression raciste, que la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste et que la loi française contre le port des signes religieux à l'école participe du racisme antimusulman, renommé "islamophobie occidentale".
La confusion des esprits est à son comble quand est dénoncée comme une attitude raciste toute critique de la religion. C'est une menace radicale contre la liberté de penser qui est en train d'être cautionnée par l'ONU. En assimilant au racisme toute critique des dérives de ceux qui parlent au nom de l'islam, parce que supposée relever d'attitudes néocolonialistes, les porte-parole de cette nouvelle alliance serrent un peu plus le garrot qu'ils ont passé au cou de leurs propres peuples et sapent les fondements d'une civilité très chèrement acquise en Europe depuis les guerres de religion. En septembre 2007, la haut-commissaire aux droits de l'homme, Louise Arbour, participait à une conférence à Téhéran consacrée aux "droits de l'homme et (à) la diversité culturelle". Portant le voile, comme la loi de la République islamique l'exige, la haut-commissaire a été le témoin passif de l'énoncé des principes à venir, ainsi résumés : "offense aux valeurs religieuses considérée comme raciste".
Bien pire, dès le lendemain de cette visite, vingt et un Iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C'est en sa présence que le président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d'Israël, pays membre de l'ONU, créé par cette dernière. Interrogée sur son silence, la haut-commissaire a justifié sa passivité par le respect de la loi iranienne, auquel, en tant que juriste, elle s'estimait tenue, et par souci de "ne pas offenser ses hôtes". Charbonnier est maître chez soi... C'est le docteur Goebbels qui utilisait cet argument d'opportunité, à la tribune de la Société des nations en 1933, pour se soustraire à toute critique d'une institution internationale impuissante, mais dont les principes n'étaient au moins pas dévoyés comme ceux de l'ONU aujourd'hui.
Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin de mots pour se légitimer. La parole annonce le passage à l'acte. De Mein Kampf à Radio Mille Collines, de Staline à Pol Pot, les exemples abondent pour confirmer la nécessaire extermination de l'ennemi du peuple au nom de la race, au nom de l'émancipation des masses laborieuses ou au nom d'un ordre supposé divin. Les idéologies totalitaires avaient remplacé les religions. Leurs crimes, les promesses non tenues "d'avenir radieux" ont ouvert grande la porte au retour de Dieu en politique. Le 11 septembre 2001, quelques jours après la fin de la conférence de Durban, c'est bien au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l'histoire fut commis.
Face à cette stratégie, les démocraties, d'abord soucieuses de leur balance commerciale, font preuve d'une extraordinaire passivité. Que pèse le sort du peuple tibétain face aux enjeux des exportations vers la Chine ? Quel est le prix de la liberté pour Ayaan Hirsi Ali, ex-députée néerlandaise, menacée de mort, après l'assassinat en 2004 de son ami le réalisateur Théo Van Gogh, accusé d'avoir blasphémé l'islam dans le film Soumission ? Les exemples s'additionnent qui, de Taslima Nasreen à Salman Rushdie, de Robert Redeker à Mohamed Sifaoui, apportent la preuve que l'intégrisme islamiste impose sa loi par la terreur. Combien d'Algériens, de femmes au Maghreb, au Proche-Orient, en Turquie, au Pakistan ont déjà payé du prix de leur vie le refus de se soumettre à l'obscurantisme religieux ?
Si, par malheur, l'ONU devait consacrer l'imposition de tels critères, si le blasphème devait être assimilé à du racisme, si le droit à la critique de la religion devait être mis hors la loi, si la loi religieuse devait s'inscrire dans les normes internationales, ce serait une régression aux conséquences désastreuses, et une perversion radicale de toute notre tradition de lutte contre le racisme, qui n'a pu et ne peut se développer que dans la liberté de conscience la plus absolue.
L'Assemblée générale de décembre 2007 a déjà entériné des textes condamnant des formes d'expression considérées comme diffamatoires de l'islam. L'enjeu est clair, il est mondial : c'est de la défense des libertés de l'individu qu'il est question.
Soit les démocraties se ressaisissent, à l'exemple du Canada, qui vient d'annoncer son refus de participer à la conférence de Durban 2, estimant qu'elle risquait d'être "marquée par des expressions d'intolérance et d'antisémitisme", et cessent de s'abstenir ou de voter des résolutions contraires à l'idéal universel de 1948, soit l'obscurantisme religieux et son cortège de crimes politiques triompheront, sous les bons auspices des Nations unies. Et lorsque les paroles de haine seront transformées en actes, nul ne pourra dire : "Nous ne savions pas."
Premiers signataires : Elisabeth Badinter, Adrien Barrot, Patrice Billaud, Pascal Bruckner, Jean-Claude Buhrer, Chala Chafiq, Georges Charpak, Christian Charrière-Bournazel, Bernard Debré, Chahdortt Djavann, Jacques Dugowson, Frédéric Encel, Alain Finkielkraut, Elisabeth de Fontenay, Patrick Gaubert, Claude Goasguen, Thierry Jonquet, Liliane Kandel, Patrick Kessel, Catherine Kintzler, Claude Lanzmann, Michel Laval, Barbara Lefevbre, Corinne Lepage, Malka Marcovich, Albert Memmi, Jean-Philippe Moinet, Jean-Claude Pecker, Philippe Schmidt, Alain Seksig, Mohamed Sifaoui, Antoine Spire, Pierre-André Taguieff, Jacques Tarnero, Michèle Tribalat, Michèle Vianes,Elie Wiesel, Michel Zaoui.
Signatures de soutien à ce texte par e-mail à [email protected]. Liste complète des signataires sur www.licra.org.Article du Monde paru dans l'édition du 28.02.08.
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01.03.2008
Les mots de trop d'un président sans piedestal
Un président qui se livre aux altercations de bas étages, bien loin de faire rire, est le signe inquiétant d'une démocratie sans grandeur.
Les mots de trop d'un président sans piedestal
Le diable se niche dans les détails et il n'y a pas de quoi rire.
Il y a eu l'altercation avec le jeune pêcheur qui a menacé, il y a quelques semaines, de venir « porter un coup de boule » au président de la République. Puis, hier, au Salon de l'agriculture, cet homme qui n'a pas voulu être « touché » et « sali » par Nicolas Sarkozy et dont ce dernier s'est débarrassé en le traitant ainsi : « Casse-toi, pauvre con ! ».
On aurait tort de ne percevoir ces incidents à répétition que comme l'inévitable et presque bienfaisante décontraction d'une société et d'un Etat qui cesseraient de se contempler sur le mode de l'intimidation et de la révérence. Les citoyens parleraient à armes et grossièreté égales avec le président de la République et celui-ci, mu par un élan démocratique qui le conduirait à un mimétisme de mauvais aloi, leur répliquerait sur le même registre.
Il ne me semble pas qu'une telle analyse puisse être admise. Au demeurant, elle ferait déjà apparaître l'existence d'un univers préoccupant où la décrispation de part et d'autre serait poussée si loin qu'elle en deviendrait indécente et scandaleuse.
Un monde sans formes, mais plein d'illusions
Ce qui surgit de ces épisodes où un président s'abaisse à user d'un langage commun, pour ne pas dire plus, c'est d'abord le fait que le citoyen de rencontre, quel que soit son statut ou son métier, n'accepte plus de se cantonner dans une neutralité silencieuse même teintée d'hostilité, mais qu'il a décidé de prendre le président de la République au mot. Puisque ce dernier ne cesse de vanter son agitation en la qualifiant de dévouement à la cause publique, que sa familiarité, voire sa vulgarité ne seraient que la manifestation moderne d'une personnalité politique qui aurait compris que les Français n'attendent plus de l'efficacité élégante mais une proximité active et sans mystère, force est de constater que la société a parfaitement compris le message et qu'elle s'engouffre avec une inquiétante délectation dans ce monde d'où l'on a désiré faire disparaître les formes pour donner, et se donner, l'illusion d'une simplicité industrieuse. Alors qu'il est facile de constater quotidiennement comme l'absence de formalisme n'est pas contradictoire avec la pompe impériale d'un président enivré de soi. Au lieu que les choses de l'Etat dégagent une majesté naturelle – elles ne le peuvent plus, vidées qu'elles sont de leur substance digne -, c'est le titulaire du Pouvoir qui tente, tant bien que mal, par un narcissisme qui prétend s'habiller de conscience professionnelle, de donner le change et de faire croire qu'on n'a pas changé de République dans le domaine de la tenue.
Une démocratie qui a oublié que les mots sont tout
Ainsi, Nicolas Sarkozy a libéré la parole, les paroles, celle du jeune pêcheur comme celle du visiteur dégoûté du Salon. La grossièreté de l'une et de l'autre n'est que la conséquence de la volonté théorisée et affichée de tourner en dérision l'apparat intime qui exige réserve, modération et contrôle de soi pour pouvoir tout permettre, et se permettre. Les répliques du président s'inscrivent dans un espace qu'il a « déconstruit » et qui lui ressemble. L'hostilité choquante du visiteur du Salon et le « pauvre con » de Nicolas Sarkozy révèlent, en dépit de leur contradiction apparente, la solidarité d'une société sans respect pour son chef et d'un chef sans considération pour ses concitoyens. Il y a là plus que l'amorce d'un processus qui risque de nous entraîner non plus vers la bienfaisante familiarité des pouvoirs scandinaves mais dans le cloaque d'une démocratie qui a oublié que les mots sont tout et d'abord le décor nécessaire à une relation républicaine, quoique antagoniste.
On aurait bien tort de rire de ces altercations dans la vie quotidienne et publique d'un chef d'Etat. C'est un peu de nous qui est insulté quand il est insulté. C'est un peu de nous qu'il insulte quand il insulte. On peut craindre le pire devant l'expression de ces tensions aujourd'hui encore minimes. Elles sont inquiétantes comme les signes glaçants de la colère ponctuelle d'un pays qui ne se contente plus de ses exutoires légitimes et réguliers.
La démocratie, aussi, se niche dans les détails.
Article de Frédéric Moreau publié le Mercredi 27 Février 2008 - 00:07 sur Marianne2fr
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