14.02.2008

L'Esprit de Munich à l'heure de l'islamisation !



source You tube

" A Bruxelles, la Commission européenne a dit jeudi n'avoir aucune objection à l'adoption de cet amendement, l'UE n'ayant aucune
législation en la matière." et "U.E a toutefois contesté la version du gouvernement turc selon lequel il s'agirait d'une réforme demandée par l'UE dans le cadre du processus d'adhésion pour assurer la liberté de religion : il n'y a pas de législation européenne sur le port du voile", a-t-elle ajouté, précisant que les pratiques des Etats membres de l'UE étaient
très "disparates". "La Commission n'a jamais dit une telle chose." source Yahoo news



Comme toujours, les fonctionnaires européens sont adeptes du double langage. Ils savent merveilleusement jouer sur le sens des mots pour tromper leur monde. Il n'y a, en effet, aucun texte européen qui approuve le port du voile, mais il existe des injonctions européennes favorables à une totale liberté religieuse, menaçant les fondements même de la laïcité Turque ou française.

Cette politique fondée sur une totale liberté religieuse serait de bon aloi si elle n'avait pas, face à elle, des groupements religieux politisés, organisés et déterminés, soutenus par des états puissants(Arabie Saoudite, Iran), disposant ainsi d'énormes moyens financiers et logistiques.

Nos hommes politiques paraissent avoir oublié (problème de mémoire ? d'inculture ? d'aveuglement ?) les leçons de la seconde guerre mondiale et semblent vouloir refaire les même erreurs que leurs prédécesseurs. En effet, les évènements politiques des années 30 nous ont démontré que la tolérance et l'esprit d'équité ne peuvent rien contre le fanatisme et la volonté de domination. Blum, avec son pacifisme et sa politique d'apaisement, fut balayé en quelques semaines par un Hitler déterminé, qui ne s'embarrassa pas de pitié ou de tolérance.

Il est évident que Mr Blum put revenir aux affaires, plein de bonne conscience après la guerre ; il n'en reste pas moins qu'il porte (avec d'autres) une lourde responsabilité dans les crimes commis en France par les nazis, pour avoir été l'un des artisans de la défaite militaire de 1940. Comment ? Mais en refusant, par exemple, la création d'unités blindées qui auraient pu faire contrepoids à la puissance allemande. Pour quel motif ?
Mr Blum ne voulait pas, face à Hitler, d'une armée belliqueuse mais d'une armée pacifique !!! Heureusement pour lui (et beaucoup d'autres) qu'il y a eu Pétain pour porter le chapeau et faire oublier leur insondable (je ne trouve pas de mots...) bêtise ? stupidité ? incompétence ? irresponsabilité ? Et tant pis pour les milliers de morts français dont ils avaient la responsabilité : on a les gouvernants qu'on mérite, après tout !


Hélas pour nous, et contrairement à de Gaulle, Blum semble avoir fait école !

Merci donc à nos représentants "du peuple" de nous avoir mis, contre notre volonté, pour notre bien, pour le bien de la Démocratie (à l'insu des peuples), pour l'Europe de la paix, de la tolérance et de la félicité universelle, sur la voie de la libanisation (balkanisation, irakisation, cachemirisation, darfourisation...).

Puisqu'on ne peut plus compter sur les européens pour défendre leurs propres valeurs, espérons juste qu'un Islam dissociant le spirituel du politique (un islam virtuel en quelque sorte !) apparaisse un jour. Ou alors, que l'Islam modéré prenne le dessus, se contentant de voiler et de lapider modérément les femmes ; d'appliquer modérément la charia en coupant modérément la main des voleurs, en pendant modérément les homosexuels ou les femmes adultères et en égorgeant ou en coupant modérément la tête des apostats.

07.01.2008

Finkielkraut et l'obscur.

Nous, Européens du siècle nouveau, voulons vivre en modernes !Nous nous glorifions de cet adjectif : “ modernes ” !Les modernes, c’est-à-dire les généreux, les véridiques, les bons, les militants de la bonne société ! Les modernes, c’est-à-dire ceux qui ont su jeter dans les poubelles de l’histoire le passé et son fatras de traditions et de pesanteurs! Les modernes, c’est-à-dire cette fine fleur de l’histoire décrétant dépassé tout ce s’inscrit dans le registre du passé ! De quel dégâts cette prétention s’accompagne-t-elle ? Que perd-on en se soumettant à cette injonction : être moderne ? Mécontemporain, comme le fut Charles Péguy, dont l’ombre se prolonge sur toutes les pages de cet essai, le philosophe Alain Finkielkraut passe dans son nouveau livre au crible d’une analyse incomplaisante cette modernité dont nous confectionnons notre identité.



“ Du passé faisons table rase… ” est, depuis Galilée et Descartes dans le domaine de la pensée, depuis la Révolution française dans celui de la politique, la maxime des modernes. Si les révolutionnaires ont pu chanter ce programme dans les rues, si les politiques totalitaires se sont appliqués à le mettre en œuvre à grande échelle, la culture elle-même, pendant quelques siècles, en a fait son mot d’ordre. Un mot d’ordre éradicateur : jusqu’à la “ révolte mallarméenne ” en poésie, jusqu’aux avant-gardes littéraires, jusqu’au texte romanesque déclarant mort le roman. Ce monde a été pris par une maladie convulsive : celle du commencement radical. Souvenons-nous du Discours de la Méthode de Descartes, aux aurores de notre modernité ! C’est dans ce livre que voit le jour le tropisme au recommencement. Descartes veut y balayer tout ce que le collège lui a appris, afin de refonder radicalement (à partir des racines) l’édifice du savoir.

Le projet de Descartes, dans la traîne duquel tout les modernes se meuvent, ne se comprend pas sans la mathématisation du monde. Galilée est le père de l’autre fondement de la modernité, le primat du scientifique conçu comme mathématique. Il est le héraut de la prise de pouvoir par la “ pensée calculante ” aux dépens de la “ pensée méditante ”. Le présupposé de Galilée, “ la nature est un livre écrit en langage mathématique ”, expression la plus précise qui soit de l’esprit de la modernité, réaménage le statut de la littérature. Le monde en est désenchanté, les elfes et fées sont chassées de la nature, la littérature perd son statut privilégié de voie d’accès à la vérité. La formule de Galilée renvoie la littérature à l’inessentiel ; “ et tout le reste est littérature ” devient la note de bas de page accompagnant la science, la technique, la politique modernes. Ainsi, l’impulsion venue de Galilée a-t-elle fait table rase de la littérature ! L’avant-garde, recroquevillant, dans la foulée de Mallarmé, la littérature sur “ le texte ” n’a fait qu’avaliser cette mise à l’écart de la littérature. Par ailleurs, la passion de l’avant-garde est précisément le recommencement, la table rase : l’activité de l’écrivain faisant écho alors à “ la passion révolutionnaire ”. A quoi conduit l’énoncé de Galilée ? A quoi conduit la méthode de Descartes ? A quoi conduit la mathésis universalis, commune au fond à Descartes et à Galilée ? Finkielkraut répond : à “ la dissolution de tout espace commun entre le physicien et le poète ”.

Reprenons la question de Heidegger : “ pourquoi des poètes en temps de détresse ? ”. La réflexion de Finkielkraut peut prolonger la question du Maître de Messkirch. Dans notre siècle nouveau, la poésie n’a plus de place. Déjà Joë Bousquet voyait dans la poésie “ ce qu’il y a de plus perdu dans le monde ”. On ne lit plus de poésie, les voix poétiques sont devenues des voix confidentielles. Finkielkraut indexe cette situation de détresse comme une suite de la volonté de puissance ouverte par le Discours de la Méthode de Descartes. Pour l’inventeur du cogito en effet, la science et la philosophie n’existent que pour être au service de la puissance humaine, que “ pour nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ”. De fait, le langage aussi est mis au service de cette insatiable volonté de puissance. La considération moderne du langage a changé en effet celui-ci en outil technique. L’usage dominant est, pour reprendre un concept heideggérien sur lequel Finkielkraut s’appuie, l’arraisonnement. Le langage sert, aux hommes contemporains, à arraisonner la nature, les objets, les sujets, les êtres. A arraisonner leur propre intimité par le biais de la psychologie comme science. Le passage du langage dans l’ordre de l’arraisonnement rend la poésie inaudible, ou illisible. Quelle barbarie quand on renvoie Ronsard à la joliesse ! Dans la poésie – y compris, insiste Finkielkraut, dans le Ronsard évoquant la forêt de Gastine, “ bûcheron, arrête un peu le bras… ” - le langage accueille le monde, la nature. Il y a un abîme entre le langage-arraisonnement et le langage-accueil. “ Là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve ” affirmait Hölderlin ; autrement dit, dans la poésie se cache peut-être aussi le salut, dans la mesure où le poète refuse d’abandonner la vérité au nombre et au concept.

Qu’est-ce donc que le monde moderne ? Un monde pris par la passion du recommencement et de l’illimité. Le sport peut sans conteste passer pour le modèle de ces passions ; Finkielkraut voit dans le sport “ l’activité paradigmatique où l’homme moderne prend conscience de sa vocation ”. Quelle vocation ? Ne cesser de recommencer, ne cesser d’aller plus loin, ne cesser d’enjamber l’infini. Le sport traduit l’un des grands aspects de la modernité, ignoré de toutes les autres civilisations : le refus de la limite, l’amour pour l’illimité. Ce refus de la limite est le combustible de la volonté de puissance qui s’est appliquée, à travers le langage et la science, à arraisonner le monde.

La véritable alternative est entre moderne et tragique plutôt qu’entre moderne et ancien. Le moderne en effet exige une cause, aussi explicative que consolante, pour tout événement, même le plus terrible; il ne peut supporter la tragédie sans cause qui, souvent, vient foudroyer l’existence. Il exige des causes, et il réclame des coupables à accuser – il importe qu’il y ait des coupables, même pour les catastrophes naturelles ! Le monde moderne criminalise la mort elle-même. La mort est à la fois coupable, et donnée par un coupable. L’accident n’est plus pensé, il est refusé par principe : il n’y a pas, aux yeux des modernes, d’accidents, il n’y a que des responsables et des coupables. Le sens du tragique surgit dès lors qu’on accepte qu’un funeste événement est sans cause. La modernité évacue le tragique, parce que tout événement doit être transformé en information consommable : la relation par les médias des événements s’accompagne de la recherche interminable de causes et de coupables rassurants. Même les tremblements de terre devraient avoir des coupables. L’information est impuissante à rester sur l’énigme béante du malheur inassignable.

Quels chemins explorer pour sortir, s’il est possible, de la nuit ? Peut-on trouver l’indication d’un au-delà de la modernité ? Outre la poésie, conservatoire d’un éventuel salut, qui serait salut du monde en tant qu’expérience par le biais du langage, quelles perspectives existent ? Finkielkraut prend au sérieux l’émergence du principe de précaution et l’heuristique de la peur, conceptualisée par Hans Jonas. Au total, il s’agit de “ sauver l’obscur ”. Certains revendiquent pour la nuit – celle du ciel étoilé que Kant connaissait encore – le statut de patrimoine de l’humanité. L’obscur qui est en nous, l’obscur qui est dans le monde – dont la littérature seule, à la différence du nombre et du concept, peut dire la vérité. La vérité a besoin de l’obscur comme d’une caverne sombre où se terrer et d’où sortir pour paraître dans le langage. Mais, le fanatisme contemporain de la transparence, de la pleine lumière, tue le sombre et l’obscur. Rien, ne doit se soustraire à l’éclairage, aux sunlights, toute ombre doit être chassée ; le monde sans ombres sera le monde moderne accompli.



Péguy l’avait noté : le monde moderne est “ un monde qui fait le malin ”. Finkielkraut approfondit cette intuition péguiste. Le monde qui ne s’en laisse pas compter ! On le sait depuis quelques années : nul ne décrypte avec autant de lucide liberté ce “ monde qui fait le malin ” qu’Alain Finkielkraut. Nulle voix ne fait entendre avec autant de courage ce qui n’a plus de voix dans notre monde, parce que tenu pour dépassé, “ pas malin ”. L’obscur trouve un commencement de salut entre les pages de cet ouvrage. En effet, avec Nous autres modernes, Alain Finkielkraut fait présent à son époque d’un grand et beau livre, sombre et lumineux comme un ciel de nuit parsemé d’étoiles !

Par Robert Redeker publié sur son site

Ce texte, sous une version légèrement différente (titrée "L'exigence de sauver l'obscur"), est paru dans L'Arche en novembre 2005.

01.01.2008

BONNE ANNEE



et meilleurs voeux

31.12.2007

Réflexions sur le discours de Mr Sarkozy au palais de Latran

Réflexions sur le discours de Mr Sarkozy au palais de Latran



Une fois n'est pas coutume, je suis d'accord avec notre Président.


Oui, la religion chrétienne est un des fondements de notre civilisation. Non, le rappeler n'est pas une entorse à la laïcité. Il a eu le courage de rappeler des vérités de bon sens, ce qui, à notre époque, relève de l'exploit pour un homme politique. Il a su faire une synthèse historique équilibrée entre l'héritage chrétien et l'héritage révolutionnaire.


Comme disait Marc Bloch : «Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. Peu importe l'orientation de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l'enthousiasme collectif suffit à les condamner».

Je partage également les doutes de Mr Sarkozy quant à la capacité de l'espèce humaine à vivre en société sans transcendance. Nous ne sommes plus en 1905 ; la poussière des grandes tragédies du XXème siècle commence à retomber, laissant entrevoir les charniers d'une Europe désenchantée.



Le fait que les chrétiens furent persécutés sous le régime soviétique ou qu'ils furent moins perméables aux idéologies nazi ou communiste (je précise : en Allemagne) démontre que la religion chrétienne est une "idéologie" à dimension humaine, et qu'elle a toujours permis de tempérer l'instinct auto-destructeur propre à l'espèce humaine (ce que Bernanos appelait "le péché originel). (1)



Et puis il y a eu Bernanos, ce grand chrétien, l'une des rares consciences humanistes et anti-totalitaires des années 50, alors que la majorité des athées et des agnostiques louait l'ogre communiste.



Arrêtons donc de faire comme si le XXème siècle n'avait jamais eu lieu.


Oui, le Président est le représentant de tous les français, des morts comme des vivants. Ce discours fut donc un émouvant hommage à celles et ceux qui nous ont précédés.

Je regrette hélas que ces belles paroles soient en contradiction avec les actes de Mr Sarkozy. En effet, pourquoi glorifier les valeurs chrétiennes lorsqu'on se fait le chantre de l'ouverture des magasins le dimanche (dies dominicus « jour du Seigneur » : jour sacré pour un chrétien) ; quand on fait l'apologie de l'argent et du business (Jésus chassant les marchands du temple) ou bien lorsqu'on s'affiche ostensiblement avec le milliardaire Bolloré ("Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu").

On retrouve donc, aujourd'hui encore, la ligne de fracture qui a toujours divisé le monde chrétien : ce conflit entre la parole libératrice, émancipatrice et humaniste du Christ et celle des puissants, prompts à instrumentaliser son message afin de soumettre le peuple et en tirer profit.


Discours du Président de la République dans la salle de la Signature du Palais du Latran ou le discours chrétien d'un pharisien.

(1) ce qui n'empêcha pas les curés de bénir les fusils des pelotons d'exécution pendant la guerre d'Espagne.

20.12.2007

La pipolepolitique ou le syndrome de la propagande glauque


Les nouvelles formes médiatiques ont repris les techniques insidieuses de la propagande commerciale et politique dont le but n’est pas d’informer, mais de rendre les masses de (télé) spectateurs et de consommateurs avides d’émotions fortes. La raison citoyenne est disloquée et pervertie. La magie virtuelle de l’image a rendu possible la fausse proximité des « grands de ce monde » et des figures populaires. Curieusement, la démocratie « pipole », dont l’intention est la proximité interactive renvoie à un paradoxe sadomasochiste : vous pouvez regarder, mais jamais vous rapprocher !

Certes, toutes les époques ont promu des images à faire rêver et à fabriquer des sentiments. Or, le monde « pipole » n’est plus la presse à sensation, non plus un lieu à la mode où se croisent des individus bariolés, encore moins des salons d’empire, mais une attitude d’exhibition permanente partagée par diverses couches de l’élite médiatique. Chez les politiques, cela se manifeste à la fois dans leur volonté de se draper d’une fausse participation et d’une apparente spontanéité, jusqu’au point de sacrifier leur vie privée.

Il est vrai que les élites « pipole » sont traquées par les médias, lorsqu’elles jouissent d’une grande renommée. Mais, personne n’est dupe. Ce sont les bruits à répétition évoqués par les médias qui permettent de devenir médiatique ou d’entretenir une notoriété. Utiliser les images (ambiguës) ou les paroles (petites phrases) exacerbent le désir des « aficionados » et la volonté de patrons de presse ou de télévision pour vendre du papier et des images. C’est que se produit la transaction entre l’exhibitionnisme des acteurs et le voyeurisme des citoyens de salon.

La différence avec le passé n’est pas de nature, mais de degré. Or, il y a un élément nouveau : la tendance à dévoiler sa propre intimité et celle des autres. Les rubriques confidentielles d’information dans la presse « sérieuse » marquent un tournant dans le traitement de la rumeur. Le monde « pipole » de « gauche » s’est décomplexé, et la pudeur disparaît. Se montrer sur tous les plateaux de télévision, à la une des journaux à sensation, ou se faire une place sous la forme de blogs personnels, n’est pas simplement une adaptation à la culture narcissique, mais une manière d’exister dans le milieu volatil et velléitaire de la comédie humaine du pouvoir virtuel. Ici, la marchandisation de l’image, sous la forme de spectacle, rappelle le mariage cruel du ridicule et du risible. Certes, nous sommes loin de la brutale férocité du cirque romain, mais la mise à mort, bien que symbolique, est proche.


Le politique demeure au centre de cette mutation technologique et psychologique. Les médias n’ont plus besoin de l’opinion des citoyens pour « informer ». Il leur suffit d’affirmer une pseudo-communication et une volonté masquée de persuader. L’acte politique est devenu un drôle de mélange mi-vaudeville et mi-divertissement. Les médias ont chassé les lieux de la rationalité politique pour les muter en propagande. De ce fait, la dernière campagne présidentielle en est un lamentable exemple. Le candidat M. Sarkozy affiche ses invités de marque : Hallyday, Sevran, Reno, Doc Gynéco. Mme Royal exhibe l’adhésion des femmes, d’Arianne Mnouchkine à Jeanne Moreau, en passant par Emmanuelle Béart et des écrivains médiatiques, BHL en tête. Voilà qu’une nouvelle forme de politique est née : la « pipolepolitique ».

Pour aller à l’essentiel, retenons les éléments suivants du syndrome de la « pipolepolitique » :
- La présence d’un cercle vicieux : le pouvoir politique utilise le pouvoir des médias et vice-versa.
- La puissance du pouvoir médiatique est la seule à ne pas connaître un véritable contre-pouvoir.
- Les medias fabriquent certains politiques et intellectuels qui ressemblent des saltimbanques médiatiques affamés de notoriété et d’estime qui sautent régulièrement de plateaux en plateaux.
- Les professionnels des médias forment une honorable famille : journalistes, présentateurs, animateurs, chroniqueurs et experts en communication.
- La « pipolepolitique » est le fruit avarié des liaisons dangereuses entre le monde politique et la société médiatique.
- La présence à l’écran d’une poignée de personnages habituellement invités aux émissions de télévision ou les journaux nationaux donne l’impression d’une démocratie clanique et d’une réalité immobile dans un espace-temps révolu.
- La perception « pipole » de ces personnages crée l’effet de consanguinité visuelle, indépendamment de l’événement et de la qualité des uns et des autres.
- L’attitude « pipole » est faite — généralement — de bons sentiments et de valeurs abstraites, très rarement en relation avec les questions et les problèmes de fond qui ponctuent la crise sociétale.

Par conséquent, la politique « pipole » cache les nombreuses turpitudes et zones d’ombre d’un système de manipulation de l’opinion de plus en plus insidieux. Inutile d’exhumer les affaires « pipole » de ces dernières années pour affirmer qu’il s’agit d’un symptôme de la crise sociétale. En effet, le mélange des genres cultivé par les médias n’est qu’une des conséquences de l’ambiguïté morale et intellectuelle de notre temps. La profondeur de l’opacité du système médiatique se mesure par le contrôle du texte et de l’image par ceux qui jouissent et possèdent les medias. Les techniques de publicité et de marketing ne sont que les outils qui rendent moins visibles les grosses ficelles du vrai pouvoir.

La conséquence de la « pipolisation » de la politique est double : d’une part, transformer les élus en saltimbanques et crédibiliser l’illégitimité des institutions. La présence des élus dans les émissions de variété, sous prétexte de la sortie d’un ouvrage, dont le contenu est généralement médiocre, n’a nullement le but d’apporter une connaissance et une argumentation rationnelle nouvelle, mais de produire un effet publicitaire : se montrer physiquement pour vendre une image. La raison est pathétique : les « représentants de la nation » se trouvent frappés d’un complexe d’anonymat paradoxal : le personnel politique est de moins en moins reconnu par la population. Combien d’hommes ou de femmes politiques sont réellement identifiés par le grand public ? Ils sont très peu nombreux. Mais cela n’est pas le plus grave. Le vrai drame de la démocratie des médias est de vider les lieux républicains de discussion et de délibération, rendus obsolètes. La tentation de transformer l’agora télévisuelle en Parlement est un aveu implicite d’impuissance et de cynisme, dont les journalistes et les politiques sont moitié coupables et moitié victimes, sans parler de la connivence irresponsable des citoyens.

Comment ne pas conclure donc à l’inanité du système politique et de son personnel ?

Pourtant, certains « experts-chercheurs » en communication, à l’amoralité de mercenaires, affirment au nom de la science que face à la « solitude interactive » qui surplombe les médias, la résistance et l’intelligence des individus-citoyens suffisent pour maintenir les institutions démocratiques. Or, les certitudes de ces « scientifiques », certitudes imprégnées d’un optimisme opportuniste et d’une soumission moutonnière, se sont cassées les dents à maintes reprises. Faut-il rappeler que dans les situations de crises sociétales la raison est impuissante devant la force de l’émotion et le ressentiment des masses ? La puissance manipulatrice des médias est devenue le moyen le plus efficace pour entretenir le conformisme et le statu-quo, mais seulement jusqu’à un certain point au delà duquel une rupture radicale se révèle nécessaire. Faire appel honteusement à une soi-disant « intelligence démocratique » est le meilleur moyen de précipiter les masses dans le piège des mouvements autoritaires et des chefs charismatiques.

En somme, la vision « pipole » de la gouvernance est la forme la plus perverse de la propagande « glauque ». C’est une tentative d’escamoter la réalité à coup de trucages et de paillettes, utilisant les formes inconscientes de la persuasion qui détruisent logique et rationalité. Le dessein n’est plus d’argumenter, mais de séduire pour mieux réduire. Car le propre de tout machiavélisme — même au nom de la démocratie — est de détourner ses moyens légitimes. C’est dans ce contexte que les journalistes et les politiques portent une lourde responsabilité. Les animateurs des émissions de divertissement, devenus les chiens de garde du cirque cathodique, abaissent non seulement la fonction politique, mais contribuent à étouffer la critique de fond sur le système et l’économie de marche qui règle — en dernière analyse — non seulement la vie politique, mais la vie tout court des citoyens.

Cette propagande glauque est particulièrement insidieuse dans les démocraties dites libérales. Car, contrairement à la persuasion classique, où celui qui argumente est visible et possède une claire conscience de ses buts, ici l’ambiguïté règne de manière totale. C’est là que la sélection de l’information, par les agences et les journalistes, joue un rôle non négligeable dans la déformation de la réalité politique. Ainsi, lorsque la politique est « pipolisée » l’effet glauque attendu est justement la dévalorisation de la culture républicaine et le sacrifice du collectif au nom de l’individu cathodique, pour le plus grand bonheur d’un petit nombre. Principe oligarchique donc, à l’heure de la mondialisation.

Alexandre DORNA
Cahiers de psychologie politique
publié le dimanche 25 novembre 2007 sur revue républicaine


A lire également cet article : Cette nouvelle Eglise qui gouverne la France.

10.12.2007

Un 'double coup d'Etat'

La constitutionnaliste Anne-Marie Le Pourhiet persiste et signe : la relance par la voie parlementaire du processus constitutionnel européen malgré le "non" référendaire relève du double "coup d'Etat", à la fois formel et matériel : "Jamais aucun politiste, aucun constitutionnaliste ne pourrait affirmer qu'en votant pour le candidat Sarkozy les Français auraient ratifié par avance le traité de Lisbonne, c'est une aberration intellectuelle". Le Professeur Anne-Marie Le Pourhiet n'hésite pas à qualifier juridiquement l'opération de Lisbonne : "On ne peut pas nier que le fait de bafouer la volonté populaire et de chercher à tromper les citoyens en leur présentant comme un traité « simplifié » la copie conforme de celui qu'ils ont rejeté, constitue un manquement grave aux devoirs d'un chef d'Etat démocratique manifestement incompatible avec la probité qu'implique son mandat."


Tribune de Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit constitutionnel
Un 'double coup d'Etat'


Dans l'article intitulé « Haute trahison », que j'ai publié le 9 octobre 2007 sur le site www.marianne2.fr, j'ai qualifié de « coup d'Etat » le fait, pour le président de la République, de faire ratifier par voie parlementaire un « traité modificatif » en réalité identique à 90% au traité établissant une constitution pour l'Europe pourtant rejeté par les Français lors du référendum du 29 mai 2005. On m'a dit « Tu vas fort ! » mais puisque Pierre Lefranc reprend le terme en appuyant, l'onction gaullienne m'est accordée, donc je persiste et je signe.

1° Qu'est-ce qu'un coup d'Etat ? On utilise le plus souvent ce terme pour désigner une prise de pouvoir illégitime tendant à renverser un gouvernement établi ou, à l'inverse, le maintien de force au pouvoir d'un individu ou d'une équipe qui a perdu les élections. Dans tous les cas, c'est le refus de s'incliner devant le verdict des urnes, conformément à l'ordre constitutionnel établi, qui conduit à la qualification de coup d'Etat. Dans d'autres cas c'est une violation grave d'un principe constitutionnel majeur, généralement aussi destinée à renverser le régime, qui est ainsi qualifiée. Par exemple, lorsque Louis-Napoléon Bonaparte, n'ayant pu obtenir le vote d'une révision constitutionnelle pour proroger son mandat, dissout l'Assemblée le 2 décembre 1851 alors que la Constitution de 1848 ne permet pas la dissolution, il commet évidemment un coup d'Etat. C'est d'ailleurs aussi à partir d'accusations d'inconstitutionnalités répétées que François Mitterrand a qualifié la pratique gaullienne du régime de la Vème République de « coup d'Etat permanent ».

Or, de quoi s'agit-il dans notre affaire de traité « modificatif » européen sinon, précisément, de refuser ostensiblement de d'incliner devant le verdict des urnes rendu tout à fait régulièrement et massivement le 29 mai 2005 en vertu d'un référendum organisé dans le strict respect des formes constitutionnelles ?

Sans doute la Constitution de 1958 n'interdit-elle pas expressément, comme la Constitution californienne, de modifier ou abroger une loi référendaire par une loi parlementaire. Mais il y a des principes supérieurs de notre texte constitutionnel dont cette règle découle implicitement : « La France est une république (…) démocratique. (…) Son principe est : gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. (…) La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum ». Il va sans dire que les mandataires n'ont pas le droit moral de violer la volonté directement et clairement exprimée par les mandants. Le Conseil constitutionnel lui-même, en se déclarant incompétent pour contrôler les lois référendaires qui sont «l'expression directe de la souveraineté nationale» reconnaît que la loi référendaire est d'une essence supérieure à la loi parlementaire et que l'on ne peut les mettre sur le même plan.

Logiquement d'ailleurs, à quoi servirait-il de soumettre un projet de loi au peuple si le parlement pouvait aussitôt ignorer et piétiner la volonté populaire ? En réalité, nous sommes en face d'un double coup d'Etat, formel et matériel. Formel parce que l'on nous fait passer par voie parlementaire un traité refusé par voie référendaire, matériel parce que l'objet de cette procédure, le traité de Lisbonne, comme son prédécesseur, abandonne le gouvernement démocratique de la France à la gouvernance technocratique de l'Europe. Le verdict apparaîtra dans la décision du Conseil constitutionnel qui ne pourra pas dire autre chose de ce traité que ce qu'il a dit du précédent dans sa décision de 2004 : le texte porte atteinte aux « conditions essentielles d'exercice de la souveraineté nationale » et ne pourra être ratifié qu'après révision constitutionnelle. C'est le peuple français que l'on dépouille ainsi de la maîtrise de son destin, et le Dictionnaire constitutionnel (PUF, 1992) parle aussi de coup d'Etat lorsque les autorités légitimes abandonnent le pouvoir à des institutions sans titre pour l'exercer, l'armée par exemple ou … la commission européenne. On appelle cela un « coup d'Etat par consentement mutuel ».

2° Les auteurs de coups d'Etat ont tous un point commun, celui de tenter de camoufler le caractère illégitime de leur acte par des mensonges et dissimulations. Et nous sommes servis depuis quelques mois en la matière. On nous a d'abord annoncé un mini-traité simplifié qui ne reprendrait que les dispositions de la Constitution européenne « n'ayant pas fait l'objet de contestations ».

A notre connaissance les Français n'ont eu à se prononcer, par un « oui » ou un « non » global, que sur l'ensemble du traité. Celui-ci ne leur a pas été proposé par tranches comme c'est le cas dans certains référendums à questions multiples. Nous avons dit «non» à tout le traité et, effectivement, on a constaté pendant la campagne que toutes les dispositions étaient contestées par les uns ou les autres. Certains s'offusquaient principalement des symboles fédéraux, d'autres de la charte des droits fondamentaux, d'autres du principe de concurrence libre et non faussée, d'autres encore de la primauté ou de l'extension de la règle de la majorité, chacun avait quelque chose à redire à une ou plusieurs dispositions. On pouvait sans doute apercevoir que le non de gauche était plus sensible au recul de l'Etat providence et celui de droite à celui de l'Etat régalien, mais tout, dans ce traité a été contesté. On ne voit donc pas comment le président de la République pourrait se permettre de prétendre que nous aurions en réalité accepté les trois quarts de ce texte, c'est un mensonge éhonté.

On nous assène aussi qu'en élisant le candidat Sarkozy les Français auraient validé par avance la ratification parlementaire du mini-traité annoncé. C'est un comble ! D'une part ce n'est pas du tout un mini-traité que l'on nous sert mais 90% du précédent, d'autre part confondre une question référendaire et un programme électoral est une énormité politique et constitutionnelle. Jamais aucun électeur n'approuve l'intégralité du programme d'une candidat ou d'une liste, il choisit celui dont le programme est globalement le plus proche de sa sensibilité ou, simplement, celui qui lui déplaît le moins. Prétendre que les électeurs auraient approuvé sans nuances l'intégralité du programme sarkozyste est d'autant plus malhonnête que les principaux candidats étaient tous favorables au fédéralisme européen et qu'on ne voit pas quelle alternative se serait offerte aux électeurs. Jamais aucun politiste, aucun constitutionnaliste ne pourrait affirmer qu'en votant pour le candidat Sarkozy les Français auraient ratifié par avance le traité de Lisbonne, c'est une aberration intellectuelle.

Mais c'est aussi une injure que de sous-entendre que les Français seraient assez sots et inconstants pour approuver en mai 2007 un traité constitutionnel qu'ils ont refusé en mai 2005. On nous prend pour des écervelés.

3° Alors puisque double coup d'Etat il y a donc bien, quelle peut en être la sanction ? Lorsque le maire d'une commune pioche dans les caisses publiques pour se construire une piscine nous nous tournons naturellement vers le Code pénal pour chercher comment cela s'appelle et comment c'est puni. Quand un président de la République viole les droits du peuple en accompagnant sa forfaiture de moult tromperies, on doit naturellement se tourner vers la Constitution pour voir comment cela se nomme et quelle en est la sanction.

Les juristes s'accordaient autrefois à considérer que le crime de haute trahison était constitué en cas d'atteinte grave à la démocratie ou à la séparation des pouvoirs. Dissoudre l'assemblée dans des conditions illicites, recourir irrégulièrement aux pouvoirs de crise ou encore ignorer effrontément les résultats d'un référendum constituent assurément des actes de haute trahison. Aux Etats-Unis, où le pouvoir judiciaire est plus sacré que chez nous, ce sont, par exemple, les obstructions à la justice ou le parjure qui peuvent justifier la destitution du président.

La notion symbolique de haute trahison a cependant été effacée de notre Constitution par la révision du 23 février 2007 qui lui a substitué l'expression affadie et plus banale de «manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat» (voir Anne-Marie Le Pourhiet, Manuel de droit constitutionnel, Economica, 2007).

Bien qu'il soit difficile de cerner cette notion insignifiante, on ne peut pas nier que le fait de bafouer la volonté populaire et de chercher à tromper les citoyens en leur présentant comme un traité « simplifié » la copie conforme de celui qu'ils ont rejeté, constitue un manquement grave aux devoirs d'un chef d'Etat démocratique manifestement incompatible avec la probité qu'implique son mandat.

C'est donc par une opération très classique de qualification juridique des faits que l'on peut conclure, sans forcer, à la possible mise en cause de la responsabilité du président de la République par le parlement réuni en Haute Cour. Au lieu de quoi nos parlementaires vont sans doute plutôt choisir de se faire complices du coup d'Etat en s'empressant de réviser la Constitution française et de ratifier le traité de Lisbonne.

Le rapport du comité Balladur sur les institutions, remis sur sa demande au président de la République est intitulé, sans rire, « Une Vème République plus démocratique »… Au moment même où ce président s'apprête à s'asseoir sur la volonté du peuple français, à tel point qu'on ne voit plus ce qui distingue notre pays d'une république bananière, le titre de ce rapport prend des allures de provocation.

05.12.2007

Alain Finfielkraut : le dernier homme publique sensé ?

30.11.2007

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Villiers le Bel : Vaillant franchit la ligne jaune




mercredi 28 novembre 2007.


C’est quand « la droite est au pouvoir que ces drames arrivent ». En commentant ainsi les violences qui ont frappé Villiers-le-Bel depuis dimanche dernier, Daniel Vaillant a commis une double erreur. Premièrement, ni la droite ni Nicolas Sarkozy n’ont le monopole des troubles en banlieue : le PS gouvernait quand Vaulx-en-Velin s’embrasa en 1990. Deuxièmement, l’ancien ministre jospiniste de l’Intérieur, largement responsable de la défaite de son mentor à la présidentielle de 2002, aurait pu éviter de donner dans la polémique politicienne. Loin sans doute des intentions du maire du XVIIIe arrondissement de Paris, de tels propos justifient le déferlement de violence et cautionnent la haine des émeutiers envers l’Etat. Ils amènent à penser que les socialistes jouent la carte électorale du communautarisme plutôt que celle de la République. Voilà qui rappelle les déclarations ambigues de Ségolène Royal, à quelques heures du second tour de la présidentielle, sur les menaces d’émeutes urbaines en cas de victoire sarkoziste. Dommage pour les élus socialistes qui avaient fermement condamné les violences !

source Revue républicaine publié le 28 11 2007

04.01.2007

Traité de Lisbonne : un plat réchauffé !

L’avis du Conseil constitutionnel rendu le 20 décembre établit que le traité de Lisbonne et le TCE sont presque identiques.

Marianne2.fr. — Quelle est la portée de la décision rendue par le Conseil constitutionnel sur le traité de Lisbonne ce jeudi 20 décembre ?

Anne-Marie Le Pourhiet. — Quand on met côte à côte les conclusions de décembre 2007 sur le traité de Lisbonne et celles de novembre 2004 sur le traité constitutionnel (TCE), on est bien en peine de voir les différences ! Il s’agit pratiquement de la même décision, et le texte publié le 20 décembre fait clairement référence à celui que le Conseil constitutionnel avait rendu sur le TCE. Dans le 12e point, qui porte sur les droits fondamentaux, le conseil note même que « hormis les changements de numérotation » la Charte est la même ! Il y a quelques modifications, comme sur le droit de la famille, qui connaît de nouvelles restrictions pour l’intervention des parlements nationaux. Mais dans l’analyse qui est celle des clauses affectant l’exercice de la souveraineté, il n’y a rien de neuf. Le Conseil n’a pas vocation à statuer sur la procédure de validation par voie parlementaire.

M. — La Constitution que révisera le Congrès pour adopter le traité de Lisbonne. Un Comité national pour un référendum (CNR) s’est constitué : étant donné le constat d’identité dressé par le Conseil constitutionnel entre le traité de Lisbonne et le TCE, les parlementaires qui y ont adhéré pourraient-ils obtenir l’annulation de la validation par l’Assemblée nationale ?

A.-M. L. P. — Selon la Constitution, soixante députés ou soixante sénateurs peuvent saisir le Conseil constitutionnel. Ils peuvent déférer la loi qui autorise la ratification du traité de Lisbonne en plaidant que l’adoption par voie parlementaire d’un texte qui reprend l’essentiel d’un traité rejeté par le peuple est contraire au principe démocratique consacré par la Constitution. Il n’y pas dans la Constitution français, comme dans celle de la Californie, de interdisant expressément de modifier une loi référendaire par une loi parlementaire. Le Conseil constitutionnel ne consacre pas non plus dans sa jurisprudence, comme le fait la Cour constitutionnelle italienne, la nécessité d’un nouveau référendum pour contourner la volonté populaire. Le Conseil rejeterait probablement la requête mais, pour les partisans du référendum, ce serait un baroud d’honneur.

M. — François Fillon a donné dans un entretien au Monde un résumé de la réforme Balladur sur les institutions : qu’en est-il de l’option référendaire dans cette révision ?

A.-M. L. P. — Le caractère anti-démocratique de la démarche européenne du gouvernement se confirme, puisque l’avant-projet de révision constitutionnel, préparé par François Fillon, prévoit de ne plus rendre le référendum obligatoire pour les futurs élargissements de l’Union. Cette obligation avait été ajouté par l’article 88.5 modifié en 2005 par Jacques Chirac à l’occasion du TCE. Alors que le rapport du « comité Balladur » voulait une « cinquième république plus démocratique », on nous sert, en réalité, une confiscation supplémentaire du pouvoir du peuple.

Anne-Marie Le Pourhiet : « La décision du Conseil constitutionnel sur le traité de Lisbonne confirme celle sur le TCE »

Article publié sur Marianne.fr mercredi 26 décembre 2007