16.06.2008

DE VILLEPIN TRES LOIN DE LA POLITIQUE

Présent au Printemps, samedi soir, l’ancien Premier Ministre, Dominique de Villepin, s’est fait médiateur entre public et poésie, avec une lecture de poètes variés : de Césaire à Adonis, en passant par Paul Celan. Il nous raconte cette première expérience de la scène.

Montpellierplus : Quelles sont vos premières impressions après cet exercice qui vous est nouveau ?

Dominique de Villepin: C’est vraiment la vérité d’une rencontre. Choisir des poèmes de poètes qu’on aime et qui disent des choses difficiles qu’on ne pourrait pas dire nous-mêmes. Il y a ce sentiment d’être compris, de partager des paroles qui vivent en moi et qui m’aident. Lire de la poésie, c’est aussi contribuer à la faire voyager. Un peu comme poser des petits cailloux un peu partout et attendre qu’ils poussent. C’est l’occasion d’une découverte.

 

L’espace des "vagabondages" est un lieu à ciel ouvert, assez intime. Comment l’avez-vous ressenti ?

On est loin des foules et des tréteaux de la politique ! Le problème, c’était le silence. Il est difficile à occuper en politique, mais indispensable en poésie. J’ai eu la chance d’être accompagné. La musique met des notes, de la ponctuation, dans les silences.


Votre choix de poètes était à l’image du Printemps, résolument ouvert sur l’extérieur. Que pensez-vous de cette orientation du festival ?

C’est vraiment très bien. L’autre y est présent dans sa diversité. Mais cela implique d’accepter d’aller vers lui pour le connaître, alors qu’il est méconnu, qu’il fait peur.


Vous avez eu le temps de voir quelques spectacles?

J’ai vu les Gallois que j’ai trouvé absolument formidable, Torreton et Roumi aussi, avec mon ami Jean-Claude Carrière. Je pars demain, mais je reviendrai cet été. C’était trop court, mais le voyage était exceptionnel.

Recueilli par V. B.

12.06.2008

QUELQUES MINUTES AVEC PHILIPPE TORRETON

Philippe Torreton brûle les planches de l’Amphi d’O tout le week-end avec Dom Juan. L’homme est posé, charismatique, séduisant diront les dames. Avec assurance, sans attendre les questions, il nous parle du spectacle.
Monter la célèbre pièce de Molière, c’est un projet qu’il mûrit depuis près de vingt ans. « Ça n’était pas un but de guerre, mais j’y pensais déjà comme un metteur en scène : décors, costumes… », explique-t-il.

Dom Juan n’est ni Sade, ni Casanova et on lui prête souvent des choses qu’il ne dit pas. Le considérer comme un personnage mythique, « c’est mettre la charrue avant les bœufs ! ». L’intérêt de Torreton, qui signe ici sa première mise en scène, c’était de montrer « le parcours d’un individu probable qui s’appelle Dom Juan » avant tout. « Je voulais jouer son inconscience ». Car c’est quelqu’un qui ne nous dit jamais pourquoi il se conduit ainsi. « Sa vie est un coup d’état, mais en a-t-il vraiment conscience ? » C’est un personnage paradoxal, remuant. « Il a un côté balle de flipper ! » Quand la statue lui parle, il ne part pas en courant. « C’est ce qui m’a fait penser a de l’inconscience, voire de l’inconséquence ».

Molière a toujours écrit sur le manque d’intelligence du héros, mais c’est la seule pièce où la conséquence de ce défaut est la mort !
Torreton nous propose ainsi une autre manière d’envisager le personnage. Lui, donne tout à voir, fait tout rebondir, résonner. Mais c’est au public de penser Dom Juan.

 

04.06.2008

LE THEATRE FRANCAIS EST EN PANNE

A l’occasion de la 22e édition qui démarre demain, le directeur du Printemps des Comédiens, Daniel Bedos, nous parle de ce festival très éclectique…


Montpellierplus: Comment est né le Printemps ?

Daniel Bedos : Un jour Saumade (ndlr, ancien député et conseiller général) m’appelle : « Bedos, je veux te voir ! J’ai reçu le Château d’O et je ne sais pas quoi en faire. Invente-moi quelque chose ! » Alors, j’ai créé le Printemps des Comédiens (il rit). C’était aussi une réponse à Frêche : il fallait que nous aussi on ait un deuxième festival !

 

Qu’est-ce qui a changé dans le festival depuis les débuts ?

On peut distinguer trois périodes. Tout d’abord la période "on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre". Au début, j’ai fait jouer Galabru, des artistes connus, pour faire venir du monde. Et quand le public a été conquis, j’ai enchaîné sur "on va s’ouvrir au nouveau cirque". Et depuis une dizaine d’années, on ouvre le Printemps aux étrangers.

 

Pourquoi cette envie d’ouverture vers l’extérieur?

L’art, le théâtre français, est en panne. Il faut nourrir notre culture, l’aider à avancer. C’est pour cela que le métissage culturel prend toute son importance aujourd’hui. Cette année, on accueille du théâtre masqué balinais. C’est l’équivalent de notre tragédie grecque<TH>! Je suis très attaché à cette idée de circulation des cultures, de compréhension mutuelle de l’autre. Nous sommes un peu le parc de la Villette méditerranéen<TH>!

 

Comment s’est passé votre travail sur Taman Sari, qui ouvre le Printemps ?

Je procède toujours de la même manière. Je fais un travail de repérage dans le pays. Là, je rencontre et sélectionne les artistes. Je travaille ensuite avec eux dans leur pays, deux fois trois semaines. La troisième phase, c’est l’inscription de leur travail dans le Domaine d’O. Et puis, on ne traite pas un spectacle indonésien comme un spectacle africain. L’un est exubérant, l’autre très intériorisé. En Indonésie, la culture est sacralisée : elle est imbibée de bouddhisme, du respect des divinités.

 

Ainsi, vous partez tous les ans à la découverte d’un pays, d’une culture. Comment les choisissez-vous ?

Au hasard des rencontres. Pour 2009, je passe trois semaines en Tanzanie. Quelqu’un m’a parlé de l’Afrique du Sud, la culture zoulou, ça m’a emballé ! Et puis je marche avec le réseau Conti (NDLR organisme aux initiatives solidaires chargé de faciliter les échanges artistiques et promouvoir les cultures). Mais je fonctionne surtout au feeling. J’ai un nez redoutablement efficace !

08.04.2008

ANNULATION AU PRINTEMPS DES COMEDIENS

Proche de Robert Ménard*, Daniel Bedos, le directeur du festival Le Printemps des Comédiens, n’est pourtant pas d’accord avec le dirigeant de "Reporters sans Frontières".Il vient d’annuler un spectacle avec des Tibétains dans le cadre du prochain festival.
Pourquoi avoir reporté Safran ?
Car les conditions de présentation d’un tel cérémonial ne sont pas réunies. C’est un théatre sacré qui s’est réfugié dans les monastères bouddhistes. Pour faire sortir des artistes tibétains, il faut l’accord des autorités chinoises qui m’ont demandées si je pouvais garantir le calme et l’absence de manifestation hostile autour de cet accueil. Je leur ai dit "non". Nous avons donc pris la décision d’en reparler après les Jeux Olympiques.
Que pensez-vous des manifestations qui se sont déroulés à Paris ?
Moi, je n’aurais pas manifesté. Je respecte ceux qui utilisent l’opportunité des JO pour défendre la cause Tibétaine, où il y a occupation d’un pays par un autre. Mais nous ce qui nous importe, c’est de montrer des cultures en très grande difficulté par rapport au Tibet. Je ne pense pas que les manifestations vont améliorer leur sort. Je pense même que c’est tout le contraire qui va se passer.
Qui sont vos interlocuteurs en Chine ?
Je travaille depuis plus d’une dizaine d’années avec l’association du Peuple Chinois pour l’Amitié avec l’étranger, qui dépend du Ministère des affaires étrangères. C’est un peu l’équivalent de "Culture France’. Pour faire sortir des artistes indépendants de Chine, il faut leur accord. Je n’y peux rien, on peut le regretter, mais c’est comme ça.
Vous ne craignez pas que cette annulation ternisse l’image du festival ?
Si j’avais maintenu le spectacle et que celui-ci soit perturbé, on m’aurait reproché ma collaboration avec les Chinois. J’ai reporté la présentation. Quelques uns me reprochent de trahir mon engagement vis-à-vis des cultures minoritaires. Alors que faire ? J’ai pris cette décision en conscience et en accord avec mon conseil d’administration. Mais je ne me vois pas m’interposer entre les manifestants et des artistes, ce n’est pas mon métier.
* Daniel Bedos avait crée avec Robert Ménard une radio pirate dans les années 70 à Béziers, leur valant une garde à vue.