20.04.2008
Mondialisation : A toutes FAIMs utiles...
Aux pays riches d’assurer les pauvres
Analyse d'Esther Duflo économiste et professeur au Massachusetts Institute of Technology et à l’Ecole d’économie de Paris, publiée dans Libération.fr du 14 Avril 2008.
La semaine dernière, les émeutes violentes à Haïti, provoquées par la colère des habitants face à l’augmentation du prix des denrées alimentaires de base, ont mis la question des prix agricoles sur le devant de la scène.
D’autres incidents ont eu lieu en Indonésie, en Guinée, en Mauritanie, au Mexique, au Maroc, au Sénégal, au Cameroun en Ouzbékistan et au Yémen. Plusieurs gros producteurs de riz (Vietnam, Inde, Egypte) ont imposé de fortes limites sur les exportations de riz. Après plusieurs décades de stabilité des prix des denrées alimentaires, ceux-ci ont recommencé à augmenter à partir de 2005, et leur croissance en 2007 a été phénoménale. De mars 2007 à mars 2008, l’augmentation du prix mondial moyen a été de 30 % pour le maïs, 74 % pour le riz, 87 % pour le soja, et 130 % pour le blé.
Plusieurs raisons expliquent l’augmentation tendancielle des prix, dont la demande pour les biocarburants (qui consomment une partie non négligeable du maïs produit dans le monde) et l’accroissement et l’enrichissement de la population mondiale (en particulier l’augmentation de la demande de viande en Chine : paradoxalement, produire une calorie sous forme de viande requiert une quantité de céréales plus fortes que produire une calorie sous forme de céréale). Plusieurs facteurs de conjoncture contribuent aussi à expliquer le pic récent : les récoltes de blé ont été mauvaises dans plusieurs gros pays producteurs ; le riz souffre d’un parasite mystérieux au Vietnam ; les stocks de grains, maintenus par les gouvernements (comme l’Inde) pour stabiliser les prix, ont fortement diminué (ils sont à leurs plus bas niveaux depuis 1984). Les prix sont donc non seulement plus hauts en général, mais plus volatils (on s’attend d’ailleurs a une baisse du prix du riz après les récoltes en Indonésie et en Inde) ; même la crise financière joue un rôle : les produits alimentaires font figure de valeur refuge, ce qui contribué à la flambée. Zoellick (président de la Banque mondiale), Diouf (président de la FAO) et bien d’autres, s’inquiètent pour les pauvres. Zoellick a même brandi une miche de pain aux meetings annuels du FMI et de la Banque mondiale pour donner force à son argumentaire. La part de la nourriture dans le budget d’une famille qui vit avec moins de 1 dollar par jour (le seuil de pauvreté mondial) est entre 50 % et 77 % selon les pays, d’après les enquêtes-budget réalisées par la Banque mondiale, ce qui les rend très sensibles aux prix alimentaires.
Pourtant, il y a moins de deux ou trois ans, c’était les subventions agricoles des pays riches, et même l’aide alimentaire qui étaient critiquées : en maintenant les prix artificiellement bas, elles empêchaient les paysans africains de vendre leurs produits à bon prix, les laissant dans la pauvreté. Ces deux arguments peuvent paraître a priori contradictoires. Malheureusement, ils ne le sont pas. Une augmentation du prix des produits alimentaires bénéficie aux producteurs nets (ceux qui produisent plus qu’ils ne consomment), au détriment des consommateurs nets. Cela est vrai tant au niveau national qu’au niveau individuel. Au niveau national, la hausse des prix des céréales va améliorer la balance commerciale des pays exportateurs, et empirer celles des pays importateurs, dont l’Afrique subsaharienne. Au niveau individuel, les pauvres les plus touchés sont en milieu urbain, mais même en milieu rural, un certain nombre des plus pauvres sont en fait consommateurs nets de céréales. Une étude réalisée dans les années 1980 sur la Thaïlande avait montré que les ménages ruraux bénéficiaient en moyenne d’une augmentation du prix du riz, mais avec de fortes variations d’un ménage à l’autre. Ceux qui en bénéficiaient le plus étaient les ménages ni trop pauvres ni trop riches. Ainsi, quand le prix des céréales augmente, dans le court terme, certains des pauvres y gagnent, d’autres y perdent. A moyen terme, l’accroissement de la volatilité des prix est dommageable pour tous. Les familles pauvres des pays en développement font déjà face à d’énormes risques et ne bénéficient souvent d’aucune assurance contre ces risques, en dehors de leur propre épargne ou de la solidarité informelle. Une mauvaise période peut conduire à sacrifier l’éducation des enfants ou à laisser un enfant mourir d’une attaque de diarrhée. Une difficulté passagère laisse une trace permanente.
Au-delà de l’aide d’urgence, il est essentiel de mettre en place une assurance efficace contre la variabilité du prix des produits alimentaires pour les plus pauvres. Les pays riches devraient s’y sentir d’autant plus obligés qu’ils portent largement la responsabilité de ces fluctuations.
RAG 34. Les lolo's 34
12:30 Publié dans 007 POSITIVE PRECARITE ! , Actualités , Associations , Cuisine/Gastronomie , Economie , Famille , Nature/Environnement , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
WEB : Internet se développe dans le monde, mais les inégalités demeurent
La proportion d’abonnés à l’Internet augmente plus vite dans les pays en développement que dans les pays développés. Mais les inégalités restent considérables.
La part d’abonnés à l’Internet dans les pays en développement a été multipliée par 2,3 entre 2002 et 2006, soit plus que dans les pays développés où elle a été multipliée par 1,4, selon la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (Cnuced). La palme revient toutefois aux pays en transition (les ex pays de l’Est) puisque le taux a été multiplié par quatre entre 2002 et 2006.
Cependant, cette progression en pourcentage s’applique à des niveaux très faibles dans les pays pauvres. Même en augmentant moins vite, les pays riches continuent à creuser l’écart. Au Sud, le pourcentage est passé de 4,2 % à 9,7 % et au Nord de 42 % à 58,2 %. Résultat : l’écart s’est creusé entre pays riches et pays pauvres, passant de 37,8 à 48,5 points.
Le dynamisme des pays en développement laisse plutôt optimiste quant à la réduction de la fracture numérique mondiale. Mais, l’inertie est forte et la tendance ne s’inverse que lentement. Le chemin à parcourir reste donc long.
L’accès aux nouvelles technologies constitue pour les pays les plus pauvres un enjeu essentiel en matière de dynamisme économique - notamment pour les PME - et pour la circulation de l’information au sein de la société. Ceci dit, pour la majorité des habitants des pays pauvres, l’accès Internet demeure un horizon bien lointain tant la préoccupation première est d’accéder aux biens et services de base (alimentation, eaux, transports, etc.).
Accès à internet selon le niveau de développement et les régions
Source : Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), 2007
le 15 avril 2008
RAG 34. Les lolo's 34
11:55 Publié dans 007 POSITIVE PRECARITE ! , 008 BlogoPolitis , Actualités , Associations , Economie , Loisirs/Culture , Politique , Sciences et technologie , Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
« L’information, c’est notre affaire »
Etats généraux pour le pluralisme, 17 mai 2008 – Où ? Quoi ? Comment ?
Le 3 octobre 2005, était lancé un appel à des Etats généraux pour une information et des médias pluralistes. Cet appel a été suivi notamment d’une Rencontre nationale des médias associatifs tenue à Marseille en mai 2006 et d’une première session des Etats généraux qui s’est déroulée le 30 septembre 200 et qui adopté une Déclaration finale : « Pour des médias soustraits à l’emprise des pouvoirs économiques et politiques
Publié ici même, avec la liste de ses signataires et de ses soutiens, « L’information, c’est notre affaire » est un appel à une nouvelle session. Vous trouverez ci-dessous les premières informations qui seront ultérieurement complétées, notamment sur l’ordre du jour et les modalités de participation.
« L’information, c’est notre affaire » Deuxième session des Etats généraux pour le pluralisme
Samedi 17 mai 2008, entre 9 et 18 heures
Bourse de travail de Paris, 3 rue du Château d’eau 75 010 Paris – Métro République
EN SAVOIR PLUS
RAG 34. Les lolo's 34
11:26 Publié dans 005 AGENDA , Actualités , Associations , Loisirs/Culture , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Sarkozy : Une impopularité sans précédent sous la vème
« Je veux être le président de l’augmentation du pouvoir d’achat. » (14 janvier 2007, porte de Versailles).
Un an après son élection, 79 % des français estiment que l'action de Nicolas Sarkozy et du gouvernement n'a pas permis d'améliorer la situation de la France et de leur pouvoir d'achat.
A l'inverse, 21% des sondés estiment que la politique menée depuis un an a permis d'améliorer la situation de la France et des Français, dont 4% "tout à fait" et 17% "plutôt".
Le sondage a été réalisé les 17 et 18 avril auprès d'un échantillon de 956 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
Lire notre note précédente : Groupe d’observation des engagements non tenus de Nicolas Sarkozy
RAG 34. Lolo34
09:53 Publié dans 003 BATTRE LA DROITE : Contredanse hongroise , 007 POSITIVE PRECARITE ! , Actualités , Associations , Economie , Famille , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
Germaine Tillon : Décès d'une grande résistante, pionnière de l'ethnologie.
Crédits : AFP/Archives - Stephane de Sakutin
"Ce qui m'a rendue lucide c'est l'ethnographie. Elle m'a rendue dès le départ respectueuse de la culture des autres", expliquait à la fin de sa vie l'ethnologue de renom Germaine Tillon.
NOUVELOBS.COM.
Voici un portrait de l'ethnologue Germaine Tillion, décédée samedi 19 avril à Saint-Mandé (Val-de-Marne).Grande résistante, intellectuelle indépendante, cette femme inclassable, aux engagements radicaux, a été une pionnière de l'ethnologie dans les années 30.
"Il était une fois l'ethnographie"
Née le 30 mai 1907 à Allègre (Haute-Loire) dans une famille d'intellectuels catholiques, père bourguignon, mère auvergnate, elle est l'élève de Marcel Mauss, sociologue et ethnologue, qui transmet à ses étudiants une éthique de l'enquête et une méthode de travail non dogmatique.
En 1934, l'apprentie-ethnographe part enquêter sur le terrain dans le massif montagneux des Aurès (sud-est algérien), se déplaçant à cheval, accompagnée d'un mulet portant son matériel. Pour mener ses observations sur la population berbère chaouia, elle campe seule dans les douars les plus pauvres, à 70 km de la première route. Elle effectuera quatre missions jusqu'en 1940.
Ses cahiers de notes et manuscrits de thèse, emportés à Ravensbrück après son arrestation en 1942, seront perdus au camp. L'ethnologue publiera néanmoins en 1966 "Le Harem et les cousins", son livre majeur, un essai sur le mariage endogame des femmes au Maghreb, considéré comme pionnier.
Plus tard, elle rassemblera ses souvenirs dans un livre à la fois drôle et savant, "Il était une fois l'ethnographie" (2000).
"Réseau du Musée de l'Homme"
Dès son retour de mission en juin 1940, Germaine Tillion, révulsée par le discours du maréchal Pétain annonçant l'armistice, co-fonde le "Réseau du Musée de l'Homme", le tout premier mouvement de Résistance.
Dénoncée, elle est arrêtée en 1942, détenue à Fresnes, puis déportée à Ravensbrück où sa mère Emilie, qui la rejoindra, ne survivra pas. Ce violent chagrin, Germaine Tillion le portera toute sa vie.
Au camp, elle reste ethnographe, s'employant à disséquer "l'incroyable société" où elle est plongée. Auteur en 1946 d'un des premiers témoignages sur la condition de déportée ("A la recherche de la vérité"), l'ethnologue l'avait actualisé en 1973 puis 1988 sous le titre "Ravensbrück", soulignant notamment les finalités économiques du phénomène concentrationnaire.
Avec Geneviève De Gaulle et Anise Postel-Vinay, elle se fait "l'animatrice d'une sorte d'opération survie", réussissant à écrire, cachée dans une caisse, une opérette cocasse sur l'enfer des prisonnières, pour distraire ses compagnes. "Le Verfügbar aux enfers" sera publié en 2005 et créé en juin 2007 au Théâtre du Châtelet à Paris.
"Les ennemis complémentaires"
En 1955, l'ethnologue renoue avec l'Algérie à la demande du gouvernement Pierre Mendès France, empêtré dans la crise algérienne.
Elle crée les Centres sociaux pour les ruraux musulmans déplacés dont elle dénonce la "clochardisation" ("L'Algérie en 1957"), analyse les dysfonctionnements de la société coloniale ("Les ennemis complémentaires"), enquête sur la torture et les lieux de détention.
En 1957, en pleine bataille d'Alger, elle réussit à obtenir pour quelques semaines l'arrêt des attentats, après une rencontre secrète avec le chef militaire de la région d'Alger Yacef Saadi.
A la fin de sa vie, cette petite femme ronde, au regard aigu et au franc-parler, reçoit de très nombreux hommages. Jean Lacouture lui consacre une biographie ("Le Témoignage est un combat"). Une école de Saint-Mandé (Val-de-Marne) où elle résidait porte son nom et celui de sa mère.
Elle était une des rares femmes à porter la Grand'Croix de la Légion d'honneur.
Merci Germaine !
RAG 34. Lolo34
09:50 Publié dans Actualités , Associations , Loisirs/Culture , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



