« 2008-04-05 | Page d'accueil | 2008-04-07 »

06.04.2008

«Les inégalités salariales explosent, et on devrait rester silencieux?»






A la veille de l'euromanifestation des précaires et des salariés en Slovénie, John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, dénonce la flexibilité à tout crin et demande une hausse générale des salaires.

Propos recueillis par Christian Losson
LIBERATION.FR : vendredi 4 avril 2008


Des salariés et des précaires de toute l'Europe manifesteront demain à Ljubljana, en Slovénie, à l'appel de la Confédération européenne des syndicats (CES), qui regroupe toutes les grandes centrales européennes. Près de 40.000 personnes sont attendues pour dénoncer "la modération salariale comme seule variable d'ajustement". Rencontre avec John Monks, secrétaire général de la CES.
L’euromanifestation sonne-t-elle pour vous comme un appel au réveil syndical?
C’est déjà un appel aux ministres des Finances qui se réunissent la veille en Slovénie, un appel à faire entendre clairement et fortement notre voix sur des enjeux majeurs. A commencer par l’effondrement du pouvoir d’achat des travailleurs qui coincide avec l’explosion des profits des actionnaires et des grands patrons. Les inégalités salariales explosent, et l’on devrait rester silencieux? Il est intolérable, scandaleux, de voir que la part des salaires a fondu de plus de 3% dans les revenus nationaux en douze ans. Ils sont passés de 60% en 1995 à 57% en 2007.

Est-il plus difficile de faire entendre ce genre de revendications à l’heure où retentissent les sirènes de la rigueur?
Non, parce que cette tendance n’est pas liée aux conséquences de la crise des subprimes. Elle est lourde et continuelle depuis le début du millénaire; dans tous les pays européens, on assiste à un moins disant social: la montée des contrats précaires, des emplois à temps partiels, la révision du code du travail, le recul de l’âge de la retraite. Les trois quarts des nouveaux emplois en France sont sur des bases de contrats à durée déterminée. Et 6 millions d’Allemands sont payés à des salaires aux deux tiers plus bas que les salaires moyens. Les mauvais emplois succèdent aux bons jobs, cette tendance est endémique. La réalité, c’est que les employeurs ont fait passer le poids des risques sur leurs salariés, tout en s’enrichissant comme jamais. Celui qui paie, ce n’est plus l’actionnaire ou le boss, c’est le travailleur. Et ça, c’est nouveau.

La Banque centrale européenne estime que d’appeler à la hausse des salaires revient à mettre de l’huile sur le feu en ces temps inflationnistes...
Notre euromanifestation est la réponse à ce genre de discours monétariste, qui ne fait que promouvoir la modération salariale pendant que les hauts cadres de cette institution, à commencer par Jean-Claude Trichet, son président, jouissent de salaires stratosphériques. Pour la majorité des travailleurs européens, le quotidien, c’est la flambée des prix de l’énergie, le boom des prix des produits de première nécessité. Et bientôt, la hausse des services financiers que les banques, pressées de se refaire une santé après les dommages qu’elles se sont elles-mêmes infligées, ne vont pas manquer de répercuter sur leurs clients... Augmenter les salaires, c’est permettre une relance de la croissance par la consommation.

Pourquoi les réformes dites structurelles du marché du travail, les appels à la flexicurité ou la flexibilité se traduisent-elles par un nivellement par le bas des conditions de travail?
Tout dépend. La flexicurité danoise a permis de transformer cette économie en donnant de la sécurité à ceux qui perdaient leur emploi; c’est un bon modèle, il donne une sorte de police d’assurance aux travailleurs tout en conservant leur salaire. La flexibilité, en revanche, est souvent l’occasion de pousser les travailleurs dehors, ou de pousser les demandeurs d’emplois à trouver d’autres emplois moins qualifiés et/ou moins rémunérés.

Que pensez-vous des ouvriers de Renault en Roumanie qui se mettent en grève et auxquels le groupe répond en brandissant la menace de délocalisation hors d’Europe?
Le capital est mobile, et aucun mur de Berlin, aucune muraille de Chine ne peut l’arrêter. On a déroulé le tapis rouge pour des constructeurs de voitures japonais pour qu’ils s’installent en Europe. Les pays du Sud font la même chose avec les constructeurs européens. Les firmes n’ont plus la même allégeance que par le passé. En même temps, l’internationalisation du business, si elle entraîne des délocalisations, a aussi permis de créer des emplois, dont la France a plus bénéficié que d’autres. La mondialisation, ce n’est pas les Misérables, pas à sens unique, cela peut-être une chance. S’il y a partage équitable de la richesse et redistribution...

Le 5 octobre 2006, vous nous confiiez: "Nous sommes revenus au XIXe siècle, avant l'Etat providence". Partagez-vous toujours ce sentiment?
Je suis plus optimiste, paradoxalement. L’Etat providence résiste en Europe parce qu’il est populaire. De plus en plus de politiques en reconnaissent les vertus dans les politiques publiques de l’Etat. Peut-être parce qu’on est allé trop loin dans la démolition de ces vertus.

Priorité à Gauche

RAG 34. Les lolo's 34

23:50 Publié dans 007 POSITIVE PRECARITE ! , Actualités , Associations , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

JO PEKIN 2008 : "Sarko l'embrouille" (2 podcasts).





Pour un monde meilleur ?

Alors que Ramada Yade et Bernard Kouchner jouent "à la baballe" avec les mots de la déclaration officielle du Président Bling bling, qui n'excluait rien concernant sa participation ou non à la cérémonie d'ouverture, force est de constater comme le souligne, Robert Meynard, président de reporters sans frontières, que le passage lundi, de la flamme olympique à Paris, sera policièrement très fortement encadré.. Pas moins de cinq rangs de policiers sépareront le peuple, de l'accès et de la vue, du passage de la flamme olympique... C'est ça Paris ! C'est la France de Sarkozy !

Ecouter nos podcasts:

1. Conditions or not conditions ?




2. Une flamme sous haute surveillance





"Sans une presse libre, aucun combat ne peut être entendu"



RAG 34. Lolo34

23:50 Publié dans Actualités , Associations , Economie , Famille , Francophonie , Loisirs/Culture , Nature/Environnement , Politique , Sport , Web | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

La croissance n'empêche pas la précarité ni le creusement des inégalités

Pierre Larrouturou, économiste, porte parole de l'Union pour l'Europe sociale, a répondu aux questions des internautes de Libération sur les mécanismes et les dangers du libéralisme économique.
LIBERATION.FR : vendredi 7 décembre 2007

Foreverchanges: on voit très bien à la lecture de votre dernier ouvrage (1) que l'explosion de l'endettement privé est la réponse temporaire à une crise des débouchés due à la baisse des salaires réels. Pensez-vous que Sarkozy poursuivra en conscience une telle stratégie de facilitation du crédit à la consommation sous toutes ses formes?
Pierre Larrouturou: je montre en effet comment dans tous les pays occidentaux, le chômage et la précarité explosent, ce qui "plombe" la négociation sur les salaires: "si tu n'es pas content, va voir ailleurs"… De ce fait, ce qui va aux salaires dans le PIB recule un peu chaque année. Même le FMI est obligé de l'admettre: la part des salaires dans le PIB a baissé de 10 ou 11% dans la plupart des pays occidentaux. Les bénéfices explosent au profit des 1 ou 2% les plus riches. Une étude de BNP/Paribas montre que, aux USA, seuls les 5% les plus riches ont vu leurs revenus réels augmenter depuis 6 ans. Les autres 95% stagnent ou reculent. Mais, les 5% les plus riches ne peuvent pas faire 15 repas par jour, un tel niveau d'inégalité, aurait du plomber la croissance. C'est uniquement en poussant les "classes moyennes" et les "pauvres" à s'endetter qu'on peut assurer un haut niveau de consommation. La dette totale (hors secteur) financier dépasse les 230% du PIB aux USA. Sarkozy veut faire la même chose en France. Il l'a dit clairement pendant la campagne (je le cite dans mon livre) mais les Français seront sans doute moins ouverts à cette fuite en avant que les Américains.

Paul: votre interview dans Libé a-t-elle provoqué des remous au sein du PS?
Depuis samedi, j'ai eu au contraire beaucoup d'encouragements venant de toutes les tendances du PS. Aucun commentaire à Solférino mais de plus en plus de militants ou d'élus me disent qu'ils partagent notre analyse sur la gravité de la crise, sur l'injustice de la politique de Sarkozy et sur l'urgence qu'il y a à remettre la gauche au travail. Le prochain "Grand forum de la rénovation" organisée par la direction du PS, consacré aux questions économiques, ne durera que 3 heures, et il ne tranchera rien. Ce n'est pas sérieux. Tous ceux qui veulent que le PS se mette vraiment au travail peuvent signer notre pétition. Que vous soyez au PS ou que vous n'y soyez pas, prenez une minute pour lire notre Appel, et signez-le si vous êtes d'accord.

Alf: la réforme Pécresse sur l'université permet de développer le financement de la Recherche par fond privé. On sait que ce seront les projets à court terme, aux applications immédiates, qui seront favorisés au détriment des projets à long terme. N'y a-t-il pas ici un problème quand on sait que la Recherche est l'un des moteurs de la croissance économique?
Le problème n'est pas seulement économique. Je montre dans mon livre qu'il faut relativiser le discours sur le lien entre Recherche et croissance. Le Japon est le pays qui consacre le plus à la Recherche, mais il est depuis 15 ans à la limite de la récession. Il y a plein de raisons non "économiques" d'investir dans la Recherche et, effectivement, ce gouvernement semble vouloir privilégier le court terme ou le rentable à coup sûr. Depuis quelques annnées, avec Alain Trautmann et quelques autres amis, nous plaidons pour la création d'un impôt européen sur les bénéfices qui permettraient de dégager des marges de manoeuvre financières importantes, pour financer la Recherche, (entre autres). Aujourd'hui, le taux d'impôt sur les bénéfices est de 40% aux USA contre 25% seulement en Europe (à cause du dumping qu'on observe depuis que l'Irlande est entrée dans l'Union). 15 points de différence entre le taux des USA et le taux européen… Aucun pays tout seul ne peut augmenter de 15 % son impôts sur les bénéfices mais rien ne nous empêche de créer un impôt européen pour taxer les bénéfices ou la spéculation monétaire.

Frank: notre façon de penser le monde et l'économie repose sur la croyance d'un "toujours plus". Or, on commence à percevoir l'impasse où nous mène ce raisonnement. Comment voyez-vous le processus qui nous permettra de passer de cette prise de conscience à l'action?
Cela fait 14 ans que j'essaye de montrer les limites de la croissance. Limites économiques (même aux USA, la croissance par tête a ralentie et on voit que la croissance n'empêche pas la précarité et le creusement des inégalités), limites anthropologiques (chacun de nous n'a qu'une vie et l'accumulation de biens matériels ne suffit pas au bonheur) et limites écologiques (faudra-t-il avoir complètement déréglé le climat pour que nos dirigeants mesurent la nécessité d'inventer un nouveau modèle? J'ai souvent l'impresssion que les citoyens sont plus en avance que les politiques dans la réflexion sur l'insuffisance de la croissance. Un des objectifs de l'Appel que nous venons de lancer pour que la gauche se mette vraiment au travail est justement de poser toutes ces questions sur la table et de prendre plusieurs mois, avec tous ceux qui voudront débattre, pour construire un nouveau modèle économique, écologique et social.
On a encore vu cette semaine les paradoxes de certains dirigeants du PS: on dit qu'il faut baissser la taxe sur l'essence mais dans 3 mois, on critiquera le gouvernement s'il n'y a pas une vraie Taxe carbone dans les conclusions du Grenelle de l'environnement. Ce n'est pas sérieux! Cela fait 20 ans que le PS n'a pas pris le temps de réfléchir en faisant le lien entre toutes les questions (salaires, chômage, retraites, énergie, Europe…) Il est vital pour l'avenir de notre société que la gauche se mette au boulot. Dans quelques mois, un grand nombre de Français vont comprendre que Sarkozy ne règle aucun problème et que sa politique va aggraver les inégalités (inégalités de revenus, inégalités dans l'accès aux soins…). Il est vital que la gauche dessine une vraie alternative.

Comaloga: on nous dit partout que l'on ne peut rien changer dans la marche du monde actuel et que le capitalisme néolibéral l'a emporté sur toutes les autres considérations. Par quoi la gauche devrait-elle commencer pour retrouve sa force?
Le néolibéralisme ne l'a emporté que parce que, dans bien des pays, les forces de gauche ne se sont pas données les moyens de construire une alternative. Sur le fond, le néolibéralisme nous amène dans le mur. La question des subprimes a permis de montrer la fragilité de la croisssance américaine (sans l'immigration et sans l'augmentation de la dette, les USA auraient une croissance plus faible que l'Europe).
La crise écologique est manifeste… Le besoin de nouvelles régulations est de plus en plus évident. Je ne crois pas du tout que le néolibéralisme ait gagné la partie de façon définitive. Dans mon livre, je fais 20 propositions pour sortir de la crise, aussi bien des outils pour changer nos échanges avec la Chine, qu'un Traité social européen qui empêcherait le dumping entre Etats membres. Je fais des propositions concrètes pour financer la Recherche, pour tripler le Plan Borloo en matière de logement, des propositions pour investir dans l'intellec dès les premières années de la vie. Des propositions pour sortir du chômage… Et je ne suis pas le seul, évidemment, à faire des porpositions.
C'est pour cela que je suis en colère contre l'équipe qui dirige le PS. On a laissé le pouvoir à Sarkozy parce qu'on avait un projet assez médiocre alors que jamais les élus locaux, les militants, les associations ou les universitaires n'ont apporté autant de matière pour construire une alternative au libéralisme. C'est comme les morceaux d'un puzzle qu'il faut rassembler, hiérarchiser. En quelques mois, si la gauche se met au travail, nous pourrions avoir un projet absolument génial.

Anaïs: nous savons que l'Union Européenne s'est construite essentiellement en se concentrant sur des aspects économiques, prônant bien souvent une libéralisation; selon vous comment l'Europe, notamment dans un souci de démocratisation, devrait-elle orienter ses politiques, et en particulier sa politique économique?
Anaïs, pendant longtemps l'Europe a été un espace de coopération et de régulation, et non de dérégulation. L'Union Charbon-Acier, crée par Schuman, était clairement une idée de régulation. Les quotas laitiers créés en 1984 étaient une forte régulation. Au début des années 1990, Jacques Delors demandait que l'on crée un impôt européen pour donner plus de ressources à l'Europe et que l'Europe puisse avoir des politiques keynésiennes. Ce n'est que depuis 10 ou 15 ans qu'un virage très libéral a été pris.
Il y a 4 ans, Bolkesteein proposait de supprimer l'impôt sur les bénéfices dans tous les Etats membres. C'était une idée délirante et personne à Bruxelles n'a demandé à Bolkestein de démissionner. C'est dire si les idées libérales ont avancé depuis 15 ans. En même temps, la gravité de la crise sociale commence à faire bouger les choses. Depuis 1999, avec quelques amis, nous militons pour la négociation d'un vrai traité social, avec des critères de convergence social, la reconnaissance des services publics… En 1999, on nous prenait pour des charlots. En 2003, nous avons eu le soutien de Jacques Delors, José Bové, Rocard, di Rupo, Gutteres, et Romano Prodi nous a reçu officiellement a Bruxelles. Cette année, pour les 50 ans du traité de Rome, aussi bien Romano Pordi que Angela Merkel ont dit qu'il fallait négocier un traité social. Hélas Sarkozy a voulu boucler (bacler) la négociation en quelques jours, mais la question reste sur la table. C'est un des 3 points qui sont dans notre pétition. Nous demandons que dès février 2008, le PS invite les socialistes et les "forces de progrès" des 27 états membres pour relancer l'idée d'un Traité social européen (et d'un impot européen sur les bénéfices).

Valère: vous dites que la mondialisation n'est pas responsable de la crise sociale et économique que traverse l'Europe. En même temps vous dites que la Chine devra payer des montants compensatoires à l'Europe. N'y-a-t-il pas une contradiction?
Pour le moment, la mondialisation n'est pas coupable: je montre dans mon livre que la balance commerciale de la France est excédentaire hors Europe (malgré le prix du pétrole et le dumping chinois) et la production industrielle réalisée sur le territoire national continue d'augmenter un peu chaque année. Donc nos 3 millions de chômeurs et nos millions de précaires ne s'expliquent pas par une hémorragie d'activité vers la Chine. Ceci étant, vu l'évolution des coûts salariaux en Chine (Cf. Libération de samedi dernier, ou Cf. courbe dans mon livre), si l'Europe ne fait rien, la situation va vite se dégrader. Voilà pourquoi je propose que l'Europe négocie avec la Chine un système de Montants compensatoires qui incite, aide et "oblige" la Chine à respecter d'ici 5 ans les règles du jeu sociales et environnementales qu'elle avait (officiellement) acceptées avant d'adhérer à l'OMC.

Marianne: vous maintenez que 4 jours de travail par semaine, seraient suffisants pour faire fonctionner l'économie, pourtant on voit où nous a mené les 35 heures?
On vit depuis 30 ans une vraie révolution. Grâce aux robots, aux ordinateurs, la productivité a été multipliée par 7. C'est colossal. Du coup, on produit plus avec moins de travail. Quoi qu'en dise Sarkozy, la question n'est pas "Pour ou contre la RTT"? mais plutôt Quelle RTT? Aux USA, il y a tellement de petits boulots que la durée moyenne du travail (sans compter les chômeurs) est tombée à 33,7 heures (voir courbe au début de mon livre). Aux Pays bas, le pays d'Europe où il y a le moins de chômage, le temps partiel est tellement développé que la durée moyenne est tombée en dessous de 30 heures. Au Japon, 32% des salariés sont à temps partiel. La question n'est pas "Pour ou contre la RTT" mais quelle RTT? RTT précarité, RTT imposée par le marché, avec des millions de précaires et, pour ceux qui ont un vrai boulot, un stress de plus en plus intenable? ou RTT bien négociée, un vrai emploi et un vrai salaire pour le plus grand nombre et une qualité de vie nouvelle.
400 entreprises sont déjà passées à 4 jours. A partir de ces 400 pionniers, on estime qu'un mouvement général vers les 4 jours (avec le financement que nous proposons) pourrait créer 1,6 millions d'emplois. Si on créait 1,6 millions d'emplois, si on divisait par 2 le chômage, la négociation sur les salaires serait sans doute plus équilibrée et la part des salaires dans le PIB remonterait un peu. Si l'UMP et le Medef sont tellement hostiles à la semaine de 4 jours, n'est-ce pas parce que c'est le moyen le plus puissant de rééquilibrer le partage salaires/bénéfices?

Paul: pourquoi le PS ne partage-t-il pas votre opinion: à savoir qu'il faut instaurer un rapport de force entre le travail et le capital?
Comment pouvez-vous dire que le PS ne partage pas cet avis? Sur cette question comme sur beaucoup d'autres, le PS n'a rien tranché depuis 20 ans. Mais je suis persuadé qu'un très grand nombre de militants et d'élus sont OK avec mon analyse. Je raconte dans mon livre comment Eric Besson, qui présidait la Commission économie, a tout fait pour qu'elle ne travaille pas. L'enjeu maintenant est de sortir de cette panne et d'entamer un vrai travail de reconstruction intellectuelle et politique. Si vous regarder la liste des premiers signataires de notre Appel, vous verrez qu'il y a des élus de tous les courants. J'ai bon espoir que nous parvenions à remettre le PS au travail. Sur les questions sociales, sur l'environnement, sur l'Europe… Sarkozy espère que 2008 sera une année noire pour la gauche. Il espère que la gauche va se diviser sur le minitraité européen en février, puis qu'on va se diviser en mai, pour l'anniversaire de mai 68, puis que le Congrès du PS sera un nouveau Congrès de Rennes… Nous, au contraire, nous voulons que 2008 soit une année de renaissance. Que toute la gauche travaille pendant quelques mois pour adopter un nouveau projet, à la hauteur des attentes. Et ensuite, il nous faudra faire des milliers de débats aux 4 coins du pays pour convaincre nos concitoyens qu'une nouvelle gauche est née, avec un nouveau projet.
Les idées de droite passsent bien à la télé: en 30 secondes, le "chacun doit travailler plus et les immigrés doivent repartir chez eux" ça passe très bien. La droite joue sur les peurs et ne fait jamais apppel ni à l'intelligence ni à la conscience des citoyens. Son message parle au cerveau reptilien. En 30 secondes, ça passe à la télé. Les idées de gauche sont plus complexes. il faut du temps pour les expliquer. Voilà pourquoi il ne faut pas que la gauche attende 2011 pour adopter son projet. Mettons nous au travail début 2008. On aura un nouveau projet en juin 2008 et ensuite on commence une grande campagne d'explication. Et en plus je dois conclure. S'il vous plait, ne restez pas spectateurs. Aidez nous à reveiller la direction du PS; Aidez nous à remettre la gauche au travail.

(1) Le livre noir du libéralisme, Pierre Larrouturou, aux Editions du Rocher, 18 euros.

RAG 34. Les lolo's 34

23:49 Publié dans 001 Congrès PS 2008 , 002 RECONSTRUIRE LA GAUCHE : Devoir d'audace ! , 007 POSITIVE PRECARITE ! , Actualités , Associations , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

Otan en emporte... : «Si la France devient le caniche des USA, elle disparaîtra»





Sarkozy, déjà un logiciel de retard ?






Pour Emmanuel Todd, le renforcement des troupes françaises en Afghanistan est une erreur diplomatique et stratégique, et dessine les contours d'une idéologie extrême-droitière à l'échelle mondiale.

Au Sommet de l'Otan, mercredi 2 avril, George Bush s'est dit «très heureux» du soutien de la France en Afghanistan. Mais la veille, à l'Assemblée, la première grande décision stratégique de Nicolas Sarkozy de renforcer les contingents français engagés dans le conflit afghan mettait le feu aux poudres. Les socialistes, de François Hollande à Lionel Jospin, d'Hubert Vérine à Ségolène Royal, s'opposent unanimement à une politique d'alignement sur les Etats-Unis. Ils mettent en avant l'enlisement du conflit afghan, son coût humain et dénoncent le «tournant atlantiste» de la politique française. Pour l'historien et démographe Emmanuel Todd, les dangers de cette politique sont encore plus graves. L'auteur de Après l'empire juge que cette partie est perdue d'avance et qu'elle participe d'une idéologie extrême-droitière naissante.

Marianne2.fr : Le renforcement des troupes en Afghanistan vous paraît-il justifié ?
Emmanuel Todd : Je peux tout imaginer de Nicolas Sarkozy, même qu'il ne sache pas ou est l'Afghanistan. Mais je ne peux pas imaginer que les gens qui l'entourent ignorent ce que tout le monde anglo-saxon sait, à savoir que cette guerre est perdue.

Pour vous, cette guerre est sans espoir ?
L'organisation sociale des Pachtounes est faite pour la guerre, tout comme celle des clans somaliens : la guerre est l'état normal de ces sociétés, ce n'est donc pas un problème dans la durée. A partir du moment où les belligérants sont alimentés par des fournitures d'armes régulières venant de l'extérieur, il est évident que ces système sociaux vont venir à bout de quelques milliers d'hommes venus de loin et difficilement approvisionnés. On peut se demander, à la limite, si ça va se terminer par un Dien-Bien-Phû ou par un retrait paisible.

Du point de vue du gouvernement, il semble pourtant qu'il y ait des enjeux à ce conflit…
E.Todd : Pourquoi ceux qui nous gouvernent veulent-ils participer à une guerre perdue ? Voilà la vraie question. Et là, comme dans les débats sur la réintégration pleine et entière de la France à l'Otan, on touche au symbolique. Cette manœuvre a pour objectif de réaffirmer un lien avec l'Amérique. Je n'appellerai pas ça du néo-atlantisme. L'atlantisme était le lien de l'Europe occidentale avec les Etats-Unis à une époque où ils portaient les valeurs démocratiques face au totalitarisme soviétique. Ce n'était pas du goût des gaullistes, mais dans le contexte, cela pouvait se justifier. Aujourd'hui, l'Amérique est le pays du fric, du néo-libéralisme et des inégalités. Et ce qui se profile derrière cette nouvelle association, c'est de l'occidentalisme. C'est un lien fondé sur une nouvelle idéologie, une idéologie qui se construit dans le conflit avec l'islamisme.

Mais la France n'a-t-elle pas intérêt, pour des raisons de politique «réaliste», à s'associer avec les Etats-Unis plutôt que de rester repliée sur elle-même ?
La France n'a pas les moyens de s'engager en Afghanistan, c'est déjà un objectif démesuré pour les Etats-Unis. La France est une puissance moyenne et l'Amérique une puissance déclinante. Paris existait terriblement à l'époque de Villepin : après son discours à l'ONU contre l'engagement de la France en Irak, nous rayonnions! Mais sous Nicolas Sarkozy, il arrive à la France ce qui est advenu de l'Angleterre sous Tony Blair : si l'on devient le caniche des Etats-Unis, on disparaît. Si on s'aligne, si on perd son indépendance, on disparaît. De Gaulle l'avait compris : la France n'existe à l'échelle mondiale, ne peut justifier son siège au conseil de sécurité de l'Onu et sa possession de l'arme nucléaire, que lorsqu'elle représente un acteur autonome. Le monde n'a rien à faire de la France de Sarkozy.

La lutte contre le terrorisme légitime aussi l'engagement du gouvernement dans ce conflit.
Les occidentalistes se pensent en situation de légitime défense. Le terrorisme existe, il devrait être contré par le contre-espionnage et par des forces policières, mais sûrement pas par des guerres à l'étranger. La première attaque contre l'Afghanistan était légitime, il s'agissait de déloger Ben Laden; d'ailleurs, les Russes nous y avaient aidé. Mais l'irakisation de l'Afghanistan participe d'une agression du monde musulman par le monde occidental. L'occidentalisme est une doctrine d'extrême droite en émergence. La France va être du côté du mal : en exposant des troupes françaises et en participant aux bombardements de la population civile afghane. Et, grâce à Sarkozy, nous risquons même ce qu'ont subi la Grande-Bretagne et l'Espagne à la suite de la guerre en Irak.

Vous parlez des attentats de Londres et de Madrid qui ont eu lieu suite à l'engagement de nos voisins en Irak. Mais là, il ne s'agit que d'envoyer quelques centaines d'hommes dans un pays où la France a déjà des troupes…
Mais justement ! Rappeler leur faible nombre, comme le fait le gouvernement, c'est avouer qu'il s'agit bien d'une action symbolique ! Les quelques bateaux qu'on va mettre dans le golfe persique vont faire rire les Iraniens. Mais nous nous positionnons dans une construction idéologique, contre le monde musulman. Cette posture est d'ailleurs très cohérente avec le sarkozysme en politique intérieure.

Vous pensez que Nicolas Sarkozy est dans une logique de guerre avec le monde musulman ?
Ce qui a fait son succès dès le premier tour de l'élection présidentielle, c'est le ralliement d'une partie des électeurs du Front national. Il a pu avoir lieu à cause des émeutes en banlieues, qui ont été un facteur de traumatisme. Mais c'est Sarkozy, ministre de l'Intérieur, qui a provoqué cet évènement. Dans la logique du sarkozysme, il y a la combinaison d'une incapacité à affronter les vrais problèmes et à désigner des boucs émissaires. C'est classique : quand une société est en crise, elle a le choix entre résoudre ses problèmes économiques et ses pathologies sociales, ou créer des bouc-émissaires. Sarkozy recherche toujours un ennemi, il est dans l'agression. Cela s'observe même dans son comportement ordinaire avec les habitants de banlieue ou les marins pêcheurs.

En s'impliquant plus en Afghanistan, la France participe donc à déclencher un clash des civilisations?
L'analyse d'Huntington sur le clash des civilisations est fausse, mais un gouvernement peut essayer de la rendre vraie. Je pense que les gens qui nous gouvernent seront tenus pour responsables de ce qu'ils font. La guerre, c'est la pédagogie du mal. Les peuples en paix pensent sainement. On entre parfois en guerre pour de bonnes raisons, mais peu à peu, on glisse insensiblement dans la violence pour la violence. C'est ce qui aurait pu arriver en Espagne, si les Espagnols avaient mal réagi aux attentats : ils auraient pu s'enfoncer dans le conflit des civilisations. Je crois que cette stratégie conflictuelle va échouer aussi en France. La recherche de bouc-émissaires, l'émergence d'une idéologie islamophobe et hostile aux enfants d'immigrés… ce n'est pas dans la nature de la France. Au final, les Français préfèrent toujours décapiter les nobles que les étrangers.

Interview réalisée par Anna Borrel - marianne.fr du 3 Avril 2008.

RAG 34. Les lolo's 34

23:49 Publié dans Actualités , Associations , Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

Nicolas Sarkozy confond réforme et régression de l’Etat

4 avril 2008
54cbde8bcaf1c9b0e005a19416ebdf47.jpgInvité de RTL, Laurent Fabius a dénoncé la démarche idéologique "ultralibérale" qui s’apprête à annoncer un train de mesures visant à faire des économies dans les dépenses publiques. "J’ai l’impression qu’on confond réforme de l’Etat, nécessaire, et régression de l’Etat qui serait mauvaise", a dit le socialiste. "Il écope en fermant partout les service de l’Etat. C’est extrêmement concret : cela veut dire des professeurs en moins, des infirmières en moins, des policiers en moins, plus de difficultés pour les collectivités locales et je pense que cela va se traduire par un tour de vis supplémentaire très durement vécu et probablement pas efficace", a ajouté l’ancien Premier ministre.
7a9194c616b56dbafcbc31da66e967c4.gif Ecouter l'entretien

3629ee7ea16358bc10eb7cc5090470f7.pngRAG 34. Les lolo's 34

23:48 Publié dans 002 RECONSTRUIRE LA GAUCHE : Devoir d'audace ! , 004 Laurent FABIUS 2008 , Actualités , Associations , Economie , Famille , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note