15.07.2007
MIGRATIONS AFRICAINES ET VIOLENCES : Où est le danger ? Où est la vérité?
Aminata Dramane Traoré, Ancienne ministre (MALI), essayiste, Animatrice du FORAM
1. "C'est l'Afrique qui est en danger"
Avec la fin des élections législatives, la France a tourné l'une des pages les plus tumultueuses et les plus édifiantes de son histoire sans que, par ici, au Mali, au Cameroun, au Niger e tailleurs, dans ses anciennes colonies d'Afrique, nous ayons mesuré toute la gravité du tournant dont il s'agit pour nous.
Pour les cinq années à venir, elle est de droite, libérale etdécomplexée. Ainsi l'a voulu la majorité des Français et desFrançaises, dans le cadre d'un processus électoral où tout, ou presque tout, passe au peigne fin, sans tabou contrairement à nos démocraties balbutiantes où la transparence des urnes prime sur le débat de fond quant à notre sort dans un monde dit globalisé mais en réalité compartimenté, dont nous sommes le parent pauvre ainsi que le paria. C'est d'abord en cela que nous sommes en danger. Car, contrairement aux Français qui ont les moyens et la latitude de se battre pour leurs acquis sociaux, quelle que soit la force de la vague bleue, l'effet Tsunami est garanti pour nous, Africains, faute de contre-pouvoir et de système de défense.
Le changement générationnel que nous appelions, nous aussi, de tous nos vœux, avec la fin de l'ère Chirac, a bien eu lieu, sauf que notre continent est sacrifié sur l'hôtel du marché roi. N'entendez-vous pas au large des côtes de l'Atlantique et de la Méditerranée les cris des milliers de jeunes naufragés qui doivent ce destin cruel à la primauté des valeurs marchandes sur le droit à la vie. La droite française qui les revendique haut et fort n'est décomplexée que par rapport à l'enrichissement, ici et maintenant, aux crimes économiques du passé et à venir ainsi qu'au repli identitaire. Car pour aller vite, dans l'accumulation des richesses, il vaut mieux être entre soi, parler la même langue, pratiquer la même religion et avoir la même couleur de peau.
L'immigration zéro de l'extrême droite n'étant pas réalisable, à moins d'exterminer tous les non-blancs, l'immigration choisie fera l'affaire.
L'Afrique noire paie un tribut particulièrement lourd à cet ordre arrogant, sélectif, nécessairement autoritaire et violent. Pour rassurer une opinion publique française sous hypnose mais malgré tout consciente de ses valeurs de justice et de fraternité, on tâchera d'arroser la fermeté d'un zeste d'humanité. C'est ainsi que le ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du co-développement, Brice Hortefeux, s'est penché il y a quelques jours à Toulon, sur les dépouilles de dix-huit de ces milliers d'hommes, de femmes et d'enfants que la fermeté condamnent à voyager dans l'ombre. Il n'a pas pu s'empêcher de rappeler face à ces corps sans vie, qu'ils "étaient tous des candidats à l'immigration clandestine tentant de rejoindre illégalement les terres européennes".
Le mal dont nous sommes devenus malgré nous le symbole sera combattu avec une "fermeté" certaine quand il s'agit de nous, les Africains. Le ministère de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement, aurait tout aussi bien pu s'appeler "le ministère du tri et de la mise à distance des Africain(e)s que la droite libérale, juge inutiles à la France".
La plupart des passagers des vols d'Air France, vers les différentes capitales africaines, seraient de cet avis. Ceux du vol AF 796, le 26mai 2007ont assisté à l'une de ces scènes qui édifient quant au sort réservé aux humbles et aux laissés pour compte "On croit d'abord à une bagarre entre passagers. Certains veulent les séparer mais en sont vite dissuadés par les policiers qui se font alors connaître. S'ensuit une scène d'une grande violence : l'un des policiers pratique un étranglement sur le passager, l'autre lui assène de grands coups de poing dans le ventre. Ses hurlements se transformèrent en plaintes rauques. Cette tentative de maîtrise dure dix minutes, peut-être plus et suscite immédiatement chez les passagers un mouvement de protestationqui n'a aucun effet sur les violences en cours… Sous les huées des passagers, l'homme finit par être immobilisé et sanglé. Il perd connaissance, yeux révulsés, langue pendante, écume au lèvres…"
Et gare à ceux et celles qui ont le malheur de voir que leurs semblables souffrent, entendent leurs cris et réagissent. Une "notice d'information" du ministère de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire leur rappelle que la décision de reconduite d'un étranger est un acte légitime de l'Etat français. Ceux qui, à l'instar de Michel Dubois, n'écoutent que leur cœur et réagissent risquent d'être poursuivis. A la criminalisation des migrants s'ajoute celle de la solidarité et de la citoyenneté. A nous d'affronter seuls la peur et la honte des expulsions, c'est à dire la mise à distance et à l'index. Au fur et à mesure que les distances se rétrécissaient du fait des
progrès des moyens de transport et de communication, nous avions espéré que nous pourrions rencontrer les autres, nos semblables, et que entre Français et Maliens, Européens et Africains libérés de nos préjugés et de nos peurs, nous allions enfin nous apprivoiser mutuellement. C'est Antoine de Saint-Exupéry qui dit que si nous nous apprivoisons, nous aurons besoin l'un de l'autre. Il n'avait pas vu venir la mondialisation marchande et déshumanisante, dans laquelle tout se mesure en termes de taux de croissance et de PIB. C'est ainsi que l'ancien
ministre de l'Intérieur est venu nous notifier à Bamako que la France n'a pas économiquement besoin de l'Afrique.
De quel côté se situe donc le danger ? Du côté des morts, dont les 4 000 naufragés des dix derniers mois de 2006, ainsi que des dizaines de milliers de morts-vivants que sont les expulsés, ou du côté de la très riche et puissante Europe dont les membres, en l'occurrence la France, ont balisé eux-mêmes les voies migratoires en allant à la conquête des pays d'origine des "indésirables".
Les évènements dramatiques de Ceuta et Melilla en septembre/octobre 2005, suivis des émeutes des banlieues et de l'occupation du gymnase de Cachan par des « sans papiers », étaient de la part des "nouveaux damnés de la terre" autant de cris et de gestes de désespoir pour rappeler que si le monde est devenu dangereux, ce sont eux qui sont en péril. Mais la France ne semble pas avoir compris. Quant à l'Afrique des dirigeants politiques acquis au dogme néolibéral, elle s'est voilée la face et continue de se réfugier dans un silence coupable.
Les six grévistes de la faim de Cachan le soulignent dans leur lettre au Président de la République française, lorsqu'ils disent "Nous ne sommes ni des criminels, ni des profiteurs…Nous ne sommes pas dangereux, mais en danger".
2. Où est la vérité ?
Les puissants de ce monde voudraient, malgré tout, avoir le monopole de la vérité et de la justice. Les problèmes sont délibérément mal posés pour "légitimer les odieuses solutions qu'on leur apporte", faisait déjà remarquer Aimé Césaire dans son lumineux « Discours sur le colonialisme ».
Les électeurs(trices) français(e)s et européen(ne)s qui se laissent piéger par le spectre d'une invasion de leurs pays et, d'une manière générale, de l'Europe, par des migrants "illégaux", "clandestins", "sans papiers", seraient plus solidaires avec ceux-ci s'ils savaient que la mondialisation dont ils redoutent tant les méfaits est allée fort loin en Afrique dans la destruction de l'emploi, notamment celui des jeunes, du lien social et des écosystèmes.
Dans son appel "fraternel" à tous les Africains, le nouveau Président de la France qui se promet de nous "aider à vaincre la maladie, la famine, la pauvreté et à vivre en paix", commet la même erreur que lesautres dirigeants occidentaux. Ils s'interdisent de diagnostiquer les maux du continent à la lumière des conséquences de leurs propres appétits et convoitises de matières stratégiques. La crise du Darfour, pour laquelle la France se passionne tant avec son nouveau ministre des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, comme chef d'orchestre, ainsi que les flux migratoires africains dont elle préfère occulter les causes historiques et macro-économiques, souffrent de ce déficit théorique.
Du Biafra au Darfour, certains humanitaires privilégient la part de la destruction et de la souffrance humaine qui se laisse saisir et médiatiser. Ils taisent délibérément – dépendance financière oblige - les intérêts des nations riches et les enjeux géostratégiques qui, en lame de fond, déchirent le continent, attisent des rivalités et des conflits interethniques anciens ou nouveaux qui se seraient résorbés si la démocratie avait revêtu son sens véritable. Les prouesses des nouvelles technologies de l'information et de la communication n'aident en rien la maturité politique. Le vacarme mondial vise à cacher la vérité aux peuples. La sur médiatisation des famines et des guerres en Afrique à la veille des grand-messes de la communauté internationale est tout simplement indécente. Nous sommes offensés, ainsi que nos enfants au ventre ballonné, aux membres décharnés et aux regards écarquillés, comme surpris par l'horreur et l'hypocrisie qui caractérisent l'ordre du monde. Les images insupportables du Darfour,qui ont été largement diffusées pendant le dernier sommet du G8 à Heiligendamm (Allemagne), rappellent étrangement celles des victimes de la famine au Niger qui l'ont été tout autant en 2005, juste avant et pendant le sommet du même G8 à Gleneagles (Écosse). L'Afrique est assurément en danger lorsque la droite libérale et décomplexée rejoint, la main sur le coeur, le G8 en plaidant pour le Darfour alors que la chasse aux Noirs bat son plein au nom de l'immigration choisie.
L'Afrique n'est pas dans l'impasse pour avoir refusé de s'ouvrir à l'économie mondiale à laquelle sa participation en termes relatifs, est plus importante que celle des autres régions mais pour l'avoir subie depuis le commencement. Le scandaleux dossier des subventions américaines et européennes à leurs cotonculteurs et la manière dont l'Union Européenne veut arracher aux pays ACP des accords de partenariat économique qui les fragilisent prouve que pour gagner, les pays riches doivent tricher et sur toute la ligne.
Le FMI et la Banque mondiale se trompent sans arrêt de solutions et s'auto pardonnent; la France et les autres membres du club des riches font semblant de s'indigner devant les victimes du Darfour alors qu'il s'agit du contrôle du pétrole face à une Chine boulimique et décomplexée, elle-aussi, quant à la bonne gouvernance, selon les règles de l'Occident.
Pourquoi les mêmes puissances mondiales n'ont pas réagi avec le même compassion face aux millions de morts et de déplacés des guerres de la Région des Grands lacs? Et pourquoi ne viennent-ils pas immédiatement, avec les moyens financiers et technologiques requis au secours des centaines de millions de jeunes, qui d'un bout à l'autre du continent, sont éjectés des économies locales et nationales au nom de la rigueur et de la compétitivité. S'ils étaient sincères et cohérents dans ce qu'ils disent et font, les flux migratoires africains s'estomperaient.
La quasi-totalité des candidats africains à l'émigration légale et illégale, ne songeraient pas à quitter leurs pays si, au lieu des fausses annulations de dette du G8 et des conditionnalités, l'Afrique enregistrait des efforts substantiels sans chantage et sans ingérence aucune.
3. Que dire du fameux codéveloppement ?
Le codéveloppement peut être résumé dans les circonstances actuelles comme la touche d'humanité sur laquelle comptent les artisans de l'immigration choisie, à la fois pour freiner les départs, pour favoriser le retour de ceux qui se laissent convaincre, leur participation au développement de leurs pays d'origine. L'approche sécuritaire et l'approche développementaliste sont ainsi appelées à faire bon ménage. N'est-ce pas effarant de constater ainsi qu'un simple colmatage de brèches, assorti d'un accompagnement institutionnel plus ou moins probant, devienne, en l'absence d'un bilan rigoureux des résultats acquis, une porte de sortie à un drame humain d'une si grande ampleur? Je suis littéralement ahurie quand j'apprends qu'il s'agit d'étendre à tous les pays de l'Afrique subsaharienne, des projets du type de ceux qui sont mis en œuvre au Mali. Car, j'ai beau regarder autour de moi, je ne vois rien de pertinent et de convaincant, de natureà retenir les jeunes candidats au départ, ou les 1700 cobayes qui, depuis 1995, ont participé au codéveloppement. J'ai plutôtl'impression qu'il s'agit d'une tentative de détournement du projet migratoire de son objectif initial qui, pour la grande majorité des
migrants, est l'aide à leurs familles. La pertinence du concept tiendrait au fait que les migrants eux-mêmes se sont investis depuis les années 60 dans des actions de développement de leurs localités et pays d'origine.
Le codéveloppement serait un progrès parce qu'il innoverait en rentabilisant davantage l'argent des migrants par le truchement de l'investissement productif. Rien n'est moins certain tant que l'on n'aura pas desserré l'étau de la dette extérieure, des conditionnalités des bailleurs de fonds et dénoncé le caractère déloyal du commerce mondial. À qui les jeunes candidats à l'immigration ou des migrants de retour vendront-ils quand les marchés sont inondés de biens subventionnés venus d'Europe et d'ailleurs, auxquels il faut ajouter les produits chinois bon marché.
Si le codéveloppement n'est que leurre et la coopération au développement un pillage, la perspective d'expulser 25 000 personnes par an dans des pays ruinés par le système néolibéral est plus qu'inquiétante. Les pays riches sont certainement libres de se barricader et de ne pas accueillir la misère du monde pourvu qu'ils ne contribuent pas à la secréter et à l'aggraver en amont par leur comportement de prédation et de sabotage de processus de démocratisation.
Puissent les électeurs et électrices de France et des autres pays européens piégés par le discours alarmiste des combattants de l'immigration clandestine se souvenir, au moment de glisser leur bulletin dans l'urne, que l'ennemi africain - arabo-musulman et subsaharien - est une construction politique. Qu'ils se souviennent surtout que leur vote engage également notre destin.
Bamako, le 13 juin 2007
COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°572)
Vendredi 13/07/07
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RAG 34. Lovely34
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06.05.2007
Estimations à 20h00 : Un homme, une femme, une femme, un homme ?
Nicolas Sarkozy élu président de la République avec un score proche de : 53,06 %
Ségolène Royal : 46,94 %
La France a choisi : A DROITE TOUTE !
Les résultats très certainement connus dès avant 18h00 ce dimanche, les communes qui ont dans la couronne parisienne, majoritairement votées pour la candidate socialiste (60%), se sont vues envahir cet après-midi par des compagnies de CRS, par crainte d'incidents selon France Info (18h40-19h30).
Vous en aviez rêvé, la France bleue CRS est enfin là !
RAG 34. Lolo34 et les lolo's 34
20:05 Publié dans 002 RECONSTRUIRE LA GAUCHE : Devoir d'audace ! , 003 BATTRE LA DROITE : Contredanse hongroise , 007 POSITIVE PRECARITE ! , 01 Enfants Scolarisés Sans Papiers , 02 URGENCE LIBAN ! , 04 AFFAIRE Jean-Pascal COURAUD , 06 Grain de sable (courriels d'ATTAC). , 11 La lettre hebdo de René REVOL , Actualités , Associations , Auto/Moto , Bons plans , Bricolage/Jardinage , Chasse/Pêche , Coup de coeur/Coup de griffe , Cuisine/Gastronomie , Débat/Forum , Economie , Famille , Francophonie , Loisirs/Culture , Musique , Nature/Environnement , Photos/Dessins , Politique , Sport , Tauromachie , Traditions , Voyage/Tourisme , Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Le winner est SARKOZY !
05.03.2007
Le nouveau mur de l'argent : réalités de la globalisation financière
Notre hypothèse est que l´histoire monétaire et financière que la France a connue dans l´entre-deux guerres (avec les gouvernements du Cartel des gauches) est en train de se répéter, mais, cette fois-ci, dans une dimension autrement plus importante puisqu'elle se situe à l´échelle mondiale : un nouveau « mur de l´argent » est dressé depuis une dizaine d'années par les grandes banques internationales qui a pour résultat de contrer la volonté des politiques et notamment des gouvernements démocratiquement élus. C´est à l´architecture, la construction et les dangers de ce mur que se rapporte notre analyse.
Comment le processus de globalisation financière a-t-il pu aboutir à un tel résultat ?
Le coeur du processus, appuyé sur les argumentaires des théoriciens libéraux des années 60, a stratégiquement visé la libéralisation, de la tutelle des États, de deux prix de marché : le taux d´intérêt d´unepart (libéralisation interne), et le taux de change d´autre part (libéralisation externe). Ces bases ont donné aux épargnants, grâce
à des taux d´intérêt réels redevenus positifs, une place centrale dans le financement d´économies, dominées désormais par les marchés financiers.
Cette libéralisation a d´abord provoqué, durant les années 80 et au début des années 90 une montée vertigineuse de la finance directe au détriment du crédit bancaire traditionnel. Mais, l´instabilité des
prix propre à ce type de financement a engendré également une «innovation financière », dite foisonnante, mais destinée paradoxalement à couvrir, en réalité, les risques liés au
fonctionnement même de ces marchés. Il faut en effet se couvrir contre les variations intempestives des taux d´intérêt et des taux de change.
Le résultat ? Une démesure totale des transactions sur les marchésmonétaires et financiers qui tient à la place prise non seulement par la « marchéisation » du financement, mais surtout par le besoin de couverture engendré par ce financement, qui, lui-même, entraîne mécaniquement des comportements spéculatifs. Il faut alors proposer une évaluation précise de l´emprise de la finance globale sur l´économie réelle. Des tableaux inédits, exprimés dans une nouvelle unité de mesure (le tera-dollar, soit mille milliards de dollars), offrent une vision cohérente des flux financiers (capitaux) et des flux réels (biens et services) qui traversent désormais l´économie mondiale*. On sait qu´une façon de mesurer l´explosion de ces marchés est de constater le volume des liquidités qui transitent sur les marchés interbancaires : 1155 téra-dollars, à comparer, par exemple, sur la même période (l´année 2002), au volume des transactions sur biens et services de la planète entière : 32,4 téra-dollars.
Cette hypertrophie actuelle des transactions de la finance globalisée justifie de parler de « mur de l´argent ». Ce mur est certes fait de liquidités énormes qui transitent à l´intérieur des systèmes de règlement, ce qui les soumet à un risque systémique croissant. Mais surtout, il se bâtit sur des comportements d´acteurs dont la logique est celle de prélèvements de valeur sur l´activité économique : sur valeur actionnariale, coûts de transaction et plus values spéculatives sur produits dérivés, ainsi que surcoûts de financement en raison du niveau atteint par les taux d´intérêt réels. Une des conséquences les plus graves du poids croissant de cette finance nouvellement libéralisée est son impact considérable sur l´économie réelle. De nouvelles normes de gestion ont été ainsi imposées par les investisseurs financiers aux entreprises, transférant massivement les risques sur les salariés et sur les futurs retraités. Les principes de la nouvelle gouvernance des firmes sont là pour rappeler aux chefs d´entreprise que le profit pour l´actionnaire doit guider essentiellement leur action.
La combinatoire de ces différents prélèvements sur l´activité, et les transferts de risque qui y sont associés forme, en quelque sorte, le ciment de ce mur d´argent, ce que nous avons aussi appelé le nouveau paradigme de la finance globalisée. Celui-ci se caractérise, sur le plan financier, par l´émancipation de la liquidité de la tutelle des banques centrales. Pour le dire autrement, les Banques centrales sont, dans ce nouveau régime, contraintes d´alimenter les marchés monétaires et financiers de la liquidité dont ceux-ci ont continuellement besoin. Autant dire que ce suivisme leur fait perdre le pouvoir de régulation qui était le leur auparavant, et notamment leur pouvoir d´action sur la gamme des taux d´intérêt.
Ce nouveau régime d´accumulation se caractérise alors par des cycles récursifs qui se combinent à l´échelle internationale, ce qui le rend intrinsèquement instable : cycle financier provoqué par la prise de risque excessive des firmes sous la contrainte de la valeur actionnariale, et cycle récursif des produits dérivés, alimenté par les incertitudes de marché, elles-mêmes générant une bulle qui ne cesse de grossir.Cette instabilité est amplifiée, en outre, par des dérives spéculatives et mimétiques de certains investisseurs financiers. Ces comportements sont souvent à l´origine de graves dysfonctionnements, ou de crises monétaires et financières, à impact planétaire en raison des effets de contagion. Ces dérives actuelles trouvent en partie leur source dans des logiques spéculatives particulières, celles notamment de certains intervenants qui cherchent à manipuler les marchés à terme.
Finalement, lorsque l´on cherche à cerner les forces dirigeantes qui sont à l´oeuvre dans le nouveau régime d´accumulation, une réalité émerge fortement, depuis une dizaine d´années : le pouvoir devenu considérable des plus grandes banques internationales. Celles-ci sont le plus souvent à l´origine de l´innovation financière liée aux produits dérivés ; elles dominent le marché des swaps au point d´exercer un pouvoir de marché sur la formation de leur taux, taux qui sont aujourd´hui les taux référents de l´ensemble des marchés monétaires et financiers ; enfin, depuis peu, elles ont pris le contrôle des sociétés qui gèrent les fonds d´investissement pour le compte de tiers, qui sont à l´origine de la valeur actionnariale et, par conséquent, de la financiarisation de la gestion des firmes.
Depuis les années 1990, quelques dizaines de banques ont ainsi conquis le vrai pouvoir de régulation monétaire : ce sont elles désormais qui dictent effectivement l´évolution des taux d´intérêt, et non plus les banques centrales. En raison de leur petit nombre d´une part et de leurs profits financiers considérables d´autre part,
nous défendons l´idée que ces banques forment aujourd´hui un oligopole particulièrement puissant à l´échelle internationale. Reléguant les banques centrales au second plan, c´est-à-dire lescantonnant à de simples pourvoyeuses de la liquidité dont il a besoin, cet oligopole est le véritable régulateur des marchés
monétaires et financiers mondiaux. C´est lui qui est le maître d´ouvrage du mur de l´argent qui se bâtit sous nos yeux.
Cet oligopole n´est évidemment soumis ni à un contrôle politique, ni a fortiori à un contrôle démocratique. Tout juste est-il contraint par des règlements prudentiels de portée limitée et élaborés pragmatiquement a posteriori, ou encore par des normes issues d´une autorégulation professionnelle, une fois que les difficultés ou
les catastrophes ont été malheureusement constatées.
La question qui se trouve désormais posée est donc bien celle d´une régulation des activités de cette finance globalisée et de ce noyau oligopolistique. Comment produire les contre-pouvoirs efficaces face aux tentations hégémoniques de cette sphère et de ses principaux acteurs, dont le résultat est une croissance des inégalités et une instabilité chronique ?
Nous touchons avec cette dernière question, le contenu potentiellement explosif des rapports entre cette finance globalisée et la démocratie. On peut en faire le constat : d´un côté, des sociétés démocratiques en Europe, mais aussi un peu partout dans le monde, voient se succéder des majorités alternantes, avec
souvent des basculements forts, qui traduisent des mécontentements profonds (comme en atteste également
l´installation durable d´extrémismes nationalistes) ; on y dénonce l´absence de projets, ou lorsqu´il y en a un, celui-ci se borne à demander « l´accompagnement », jugé inévitable, de la mondialisation économique ; il faut par conséquent « s´adapter » à cette nouvelle donne par des « réformes indispensables ». De l´autre côté, une finance libéralisée et son noyau oligopolistique de plus en plus puissants, avec ses propres codes et ses propres
valeurs, ne rencontrent guère d´obstacles sur leur chemin. Certes, des bulles et des scandales émaillent son expansion ; mais, l´adaptation des règles prudentielles, l´adoption de chartes de bonne gouvernance, ou le renforcement des autorités de régulation ont pour objectif de pallier les erreurs de parcours qui sont jugées seulement regrettables. La question redoutable posée par cette expansion est donc en définitive de savoir si la finance globale n´exerce pas des effets dissolvants sur nos sociétés démocratiques.
En conclusion, il faut alors introduire une piste de réflexion pour une autre régulation de la finance globale. La réponse ne peut pas être seulement partielle comme, par exemple, la taxe Tobin. Celle- ci ne s´intéresse qu´aux flux de capitaux à court terme qui transitent sur le marché des changes, soit un compartiment très particulier de l´un des marchés de cette finance globale. À question globale, ne faut-il pas une réponse globale ? D´où notre proposition principale concernant une nouvelle architecture de régulation : la création, à
son sommet, d´un régulateur global, qui sera en capacité de faire face à cette finance internationale, non pas à travers un seul de ses compartiments, aussi important fût-il, mais conjointement à l´ensemble de ses activités. Les dernières pages de l'ouvrage que nous avons consacré à ce sujet* s'achèvent par un exposé précis de ce nouveau système, mais aussi par celui des résistances, plus que probables, qu'il rencontrera.
Essai sur la finance globalisée, Editions du Seuil, 2006
François Morin, professeur de sciences économiques - université de Toulouse 1, membre du Conseil de la Banque de France (1985-93). Cet article est un bref exposé de la thèse présentée dans le dernier ouvrage de F. Morin : Le nouveau mur de l'argent : essai sur la finance globalisée, Seuil, 2006.
ATTAC : Grain de sable
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19.01.2007
Une autre Afrique est possible !
7ème édition du FSM : une autre Afrique est possible !
La septième édition du FSM se déroulera du 20 au 25 janvier 2007 à Nairobi au Kenya (http://www.wsf2007.org). Plusieurs dizaines de milliers de Kenyans y sont attendus, et plusieurs milliers de délégués d'organisations du monde entier. Un millier d'activité y sont enregistrées dans un cadre autogéré similaire à celui de Porto Alegre en 2005. Une délégation d'Attac France, composée d'une vingtaine de personnes, y participera autour de sujets comme les taxations internationales, l'annulation de la dette, les alternatives au libre-échange,la situation africaine, le défi écologique, l'exclusion,la question féministe, le renforcement du mouvement altermondialiste... Convoqué pour la première fois en 2001 dans la ville brésilienne de Porto Alegre par des organisations civiques locales, le FSM s’y est tenu à
trois reprises avant de se déplacer à Mumbai, en Inde, en 2004, revenir à Porto Alegre en 2005, et s'organiser en 2006 en trois endroits : à Bamako au Mali ; à Caracas au Venezuela ; et au sein de la capitale économique du Pakistan, Karachi. Cette année, le FSM est à nouveau concentré en un seul lieu et c'est le continent africain qui est mis à l'honneur. L'enjeu est important : il s'agit d'approfondir et d'élargir le processus des Forums sociaux à toute l'Afrique et ainsi de rendre visibles les acteurs de la transformation sociale et démocratique sur ce continent ; renforcer le processus de convergences des mouvements sociaux à l'échelle mondiale ; poursuivre le travail d'élaboratoin d'alternatives à partir de l'orientation stratégique qui s'est progressivement imposée à travers les Forums et que rappelle Gus Massiah dans ce numéro du Grain de Sable : "à l'organisation des sociétés et du monde par l'ajustement au marché mondial et la subordination au marché mondial des capitaux, nous opposons l'organisation des sociétés et du monde autour du principe de l'accès aux droits pour tous".
Dans ce numéro
1. UN NOUVEAU CYCLE DES FORUMS SOCIAUX MONDIAUX
Le mouvement altermondialiste n’est pas en panne. Il est de bon ton d’annoncer son essoufflement, et pourtant il ne cesse de s’élargir et de s’approfondir. Elargissement géographique d’abord comme en témoigne les Forums sociaux mondiaux de Porto Alegre, Mumbaï et demain Nairobi ; le forum polycentrique de Bamako, Caracas et Karachi ; les forums continentaux et les forums nationaux dont celui des Etats-Unis en juin 2006 à Atlanta ; la cascade ininterrompue des forums locaux. Elargissement social avec les mouvements paysans dont les mouvements de sans-terre, les syndicats ouvriers, les No-Vox dont les Dalits, les comités de quartiers dégradés et de bidonvilles, les forums de migrants, la marche mondiale des femmes, les camps de jeunes. Elargissement thématique avec les forums thématiques comme ceux de l’éducation, de l’eau et les forums associés des autorités locales, des parlementaires, des juges, etc. (…)
par Gustave MASSIAH
2. DYNAMISME ET DEFIS DES MOUVEMENTS SOCIAUX DANS LE SUD
Comprendre les mouvements sociaux du Sud - les conditions de leur émergence, leurs stratégies et leurs portées - demande avant tout de porter l’attention sur la spécificité des contextes sociopolitiques,
institutionnels et économiques dans lesquels ils s’enracinent. La diversité des situations s’impose à l’observateur –quoi de commun entre le Venezuela « bolivarien » et les monarchies du Golfe ? –, au point que la tenue d’un discours général sur « les mouvements sociaux du Sud » semble difficile à concevoir. Reconnaissons cependant un grand trait commun aux pays du Sud, qui n’est pas sans conséquences sur l’évolution de leurs sociétés civiles : aucun d’eux n’échappe à deux tendances qui correspondent à deux discours forts de la communauté internationale -l’impératif démocratique d’une part et la libéralisation des marchés de l’autre. Bien sûr, commetoutes les tendances, celles-ci se déclinent etse combinent différemment d’un pays ou d’une région à l’autre, et sont objet de résistances et d’instrumentalisations diverses par les acteurs sociaux et institutionnels, internes et externes. (…)
Par François POLET
3. UNE RAME DE MÉTRO EN MOUVEMENT
Selon les grands médias, adeptes, comme les marchés financiers, de la prédiction créatrice (la fameuse self-fulfilling prophecy), ce que l’on appelle le mouvement altermondialiste serait entré dans une période de basses eaux. Pour se faire une opinion raisonnée sur la question, encore faudrait-il être en mesure de définir ce mouvement, de mettre au jour ses objectifs proclamés et ceux qu’il a atteints, et surtout de
réfléchir à la place qu’il sera conduit à occuper dans des contextes politiques nouveaux. Des contextes qu’il a d’ailleurs lui-même contribué à façonner. (…)
Par Bernard CASSEN
4. L’ENVIRONNEMENT, UN ENJEU MAJEUR POUR LES FORUMS SOCIAUX MONDIAUXParmi les neuf espaces proposés pour les activités du Forum de Nairobi, les documents préparatoires indiquent « l’accès universel aux biens communs et à la nature ».
C’est une vraie question car les forces économiques qui dominent le monde s’acharnent à accaparer la nature et les biens communs de l’Humanité, pour les transformer en champs de profit ; Le résultat de cet accaparement, c’est précisément le refus du libre accès à ces ressources et richesses ; les premières victimes en sont les peuples du Sud qui en dépendent directement pour leur subsistance. (…)
Par Jean CHESNEAUX
5. MANIFESTE NON GOUVERNEMENTAL EURO-AFRICAIN SUR LES MIGRATIONS, LES DROITS FONDAMENTAUX ET LA LIBERTE DE CIRCULATION
Nous, acteurs des sociétés civiles d’Afrique subsaharienne, d’Afrique du Nord et d’Europe, réunis en Conférence non gouvernementale euro-africaine les 30 juin et 1er juillet 2006 à Rabat, indignés par la guerre aux migrants qui s’amplifie d’année en année le long des côtes méditerranéennes et atlantiques, refusons la division de l’humanité entre ceux qui peuvent circuler librement sur la planète et ceux à qui cela est interdit, refusons également de vivre dans un monde aux frontières de plus en plus militarisées qui segmentent nos continents et veulent transformer chaque groupe de pays en forteresse. (…)
http://www.migreurop.org/article926.html
6. LES AFRICAINES DANS LE PIEGE DE LA PAUVRETE ET DES MALADIES
Un des principaux avatars de la féminisation de la pauvreté est la vulnérabilité des femmes africaines face à des fléaux comme le VIH Sida, affirme Mouhamadou Tidiane Kassé. Peu d’argent est investi sur la recherche médicale des pandémies qui affectent plus les femmes et les stratégies néo-libérales dénient à ces innocentes victimes l’un de leurs droits les plus élémentaires, à savoir l’accès à des soins de santé. Malheureusement, le mouvement altermondialiste n’a pas encore pu infléchir cette dynamique dictée d’en haut. (…)
Par Mouhamadou Tidiane KASSE
7. LA LUTTE POUR L’ANNULATION DE LA DETTE DANS UNE PERSPECTIVE HISTORIQUE
A l’échelle historique, la lutte internationale pour l’annulation de la dette des pays du Tiers Monde est assez récente : elle a à peine plus de vingt ans. Elle rejoint de grands combats et de grandes campagnes
internationales comme celle en faveur de l’abolition de l’esclavage (18e-19e siècles), celle en faveur de la journée de huit heures (à la base de la fête du 1er mai dès la fin du 19e siècle), celle pour le suffrage universel, celle pour l’égalité homme-femme, et j’en passe de nombreuses, tout aussi importantes, qui ont marqué et marquent encore la lutte des opprimés pour leur émancipation. (…)
Par Eric TOUSSAINT
COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°560)
Jeudi 18/01/07
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18:37 Publié dans 06 Grain de sable (courriels d'ATTAC). , Actualités , Economie , Francophonie , Nature/Environnement , Politique , Voyage/Tourisme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.08.2006
LE LIBRE-ECHANGISME SUR LA SELLETTE
La suspension sine die des négociations du cycle de Doha, dit « du développement », de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), annoncée à Genève le 24 juillet dernier par son directeur général, M. Pascal Lamy, est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle ?
Une très mauvaise nouvelle, à en croire les médias dominants qui versent des larmes de crocodile sur le sort des pays pauvres prétendument affectés par la non conclusion d'un accord qui aurait facilité l'accès de leurs productions aux marchés des pays riches.
Pour comprendre l'imposture de ce discours, il faut d'abord démonter ses présupposés :
- Le premier, qui fonde tous les autres, est que l'ouverture totale desmarchés, le libre-échangisme sans limites, serait bénéfique à tous, pays et populations pauvres et riches. Les pays non industrialisés, mais qui voudraient le devenir, auraient, nous dit-on, tout à gagner à abaisser leurs barrières tarifaires aux produits industriels et aux services fournis par des firmes transnationales du Nord dont la productivité est sans commune mesure avec celle des entreprises locales. Ce n'est pas seulement le simple bon sens qui invalide une telle allégation, c'est aussi l'expérience. Les pays les plus fréquemment cités comme des « success stories » en la matière (la Corée, Taïwan) ont fait exactement l¹inverse : ils ont bâti leur industrialisation sur la protection de leur marché intérieur, de manière à permettre à leurs industries naissantes de ne pas être étouffées dans l'oeuf.
- Le deuxième est qu'il existerait un marché mondial des produits agricoles. C'est faux : plus de 90 % des produits agricoles sont consommés sur place. Seuls moins de 10 % sont exportés, pour une bonne part dans des conditions en totale violation des principes libre-échangistes. Aussi bien l'Union européenne (UE), via la politique
agricole commune (PAC), que les Etats-Unis subventionnent massivement leurs exportations dans ce domaine, causant la ruine des petits producteurs des pays du Sud, en particulier des cotonniers d'Afrique de l'Ouest.
- Le troisième est la confusion délibérément entretenue quant à l'accès des produits agricoles des pays du Sud aux marchés développés. On nous présente cet accès comme un facteur de développement, d'où l'hypocrite
désignation du Cycle de Doha. De quel accès s'agit-il ? Non pas des produits de l'agriculture paysanne, destinés à la consommation familiale ou locale, mais bien de ceux de la grande agriculture productiviste, de l'agro-business. Cette dernière ne change pas de nature au motif qu'elle serait de nationalité brésilienne ou argentine, surtout quand on sait qu'elle est souvent entre les mains de transnationales américaines ou européennes implantées sur place.
- La quatrième est la référence constante des médias, notamment économiques et financiers, aux gouvernements des pays du Sud pour tenter de culpabiliser les opposants au libre-échange. Or nombre de ces
gouvernements, celui du Brésil en tête, lorsqu'ils s'expriment à l'OMC, sont les porte-parole non pas des intérêts de leurs petits paysans, mais de ceux de l'agro-business. Ces gouvernements réclament à juste titre la
suppression totale des subventions aux exportations, acquise pour 2013, mais, dans une logique strictement libérale, ils s'opposent aux revendications de sécurité et de souveraineté alimentaires, donc de protection aux importations, que défendent les organisations paysannes du Nord comme du Sud regroupées dans La Via Campesina.
Une fois effectués ces rappels, on peut analyser l'échec de Genève et en tirer quelques enseignements. Une « réussite » du Cycle de Doha supposait un compromis global entre l'UE et les Etats-Unis, d'une part, et les grands pays émergents (Brésil, Inde, etc.) d'autre part : les premiers supprimaient leurs subventions aux exportations agricoles, et les seconds abaissaient leurs barrières douanières aux importations de
produits industriels, ainsi qu¹aux fournisseurs de services (assurances, banques, notamment) par le biais de l'Accord général sur le commerce des services (AGCS). Dans tous les cas, il s'agissait essentiellement de
satisfaire les revendications des grandes firmes transnationales des secteurs en question, et nullement, comme le dit la propagande libérale, de défendre les consommateurs. Dès lors qu¹un accord ne pouvait être conclu sur l'agriculture, c'est l'ensemble du « deal » qui capotait. C'est ce qui s'est passé en raison de l'attitude intransigeante de Washington : à quelques mois des élections de novembre au Congrès - où les républicains craignent de perdre le contrôle des deux Chambres -, le gouvernement Bush ne pouvait se permettre de s'aliéner les suffrages des « farmers ». Le commissaire européen chargé du commerce, M. Peter Mandelson, était, lui, disposé à aller très loin, et même au-delà de son mandat de négociation, dans la réduction des tarifs douaniers sur les produits agricoles afin de favoriser la percée des transnationales européennes dans les pays «émergents ». Avec comme conséquence inévitable la disparition d'un nombre accru d'exploitations, et une concentration supplémentaire du secteur. Dans la plupart des pays membres (mais pas en France), ce
secteur « pèse » en effet beaucoup moins en termes politiques que les grands lobbies de l'industrie et des services.
L'échec des négociations de l'OMC a été bien accueilli par le gouvernement français et par les mouvements paysans et altermondialistes, mais pas du tout pour les mêmes raisons. Le ministre de l'agriculture, M. Dominique Bussereau, pourra se prévaloir du maintien du statu quo auprès de ses amis de la Fédération nationale des syndicats d¹exploitants agricoles (FNSEA). Les seconds y voient un coupde frein à la généralisation de la logique du libre-échange. Car c'est bien de cela qu'il s'agit en dernière instance.
On objectera à juste titre que les Etats et ensembles d'Etats les plus puissants peuvent, par des traités bilatéraux, obtenir des Etats plus faibles ce qui leur a été refusé par des décisions multilatérales à l'OMC, et même davantage. Washington joue ouvertement cette carte, et l'UE s¹apprête à le faire également. La grande différence est que, dans ce dernier cas, les acteurs en présence sont bien identifiés et permettent des mobilisations populaires ciblées. Par exemple contre le traité de libre-échange signé, mais non encore ratifié, entre les Etats-Unis et le Pérou. Il est plus difficile de désigner clairementl'adversaire derrière un accord global à l'OMC.
La lutte contre l¹idéologie libre-échangiste, qui place l'expansion du commerce au-dessus de toutes les autres considérations - écologiques, sociales, de droits humains -, et qui a fait la preuve de ses ravages,
est progressivement en train de devenir une priorité pour les mouvements sociaux du monde entier, l'Amérique latine étant nettement en avance sur le reste du monde. Elle est évidemment combattue, bec et ongles, par les
économistes libéraux. Elle est cependant abordée avec beaucoup de réticence par certains de leurs collègues se réclamant de la gauche, et encore plus de l'extrême gauche : ils craignent l¹accusation, à leurs
yeux infamante, de velléités « protectionnistes » en contradiction, croient-ils, avec leur posture globale « internationaliste » et anti-étatique.
Cette confusion intellectuelle et politique les conduit à dénoncer le libre-échange - et comment pourraient-ils faire autrement -, mais à ne pas s'avancer sérieusement sur le terrain des alternatives. Comme s'il n'y avait pas à protéger des acquis de civilisation, des biens publics mondiaux, des populations paysannes, etc., tous laminés par une mondialisation libérale dont le libre-échange est le credo central.
LIRE : Le Monde diplomatique
Rassembler à Gauche 34. Les lolo's 34.
11:30 Publié dans 06 Grain de sable (courriels d'ATTAC). | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
11.08.2006
Ca tousse à l'OMC : SUSPENSION DES NEGOCIATIONS
UNE OUVERTURE POUR L'INSTAURATION DE REGLES COMMERCIALES DEDIEES AU DEVELOPPEMENT ET AUX DROITS
A l'OMC, les négociations viennent d'être interrompues sine die. Officiellement tout entier dédié "au développement", l'agenda de Doha n'aura pourtant jamais eu d'autre ambition que de parvenir à une libéralisation commerciale toujours plus grande. A aucun moment le contenu des accords n'a fait l'objet d' analyse d'impact en matière économique, écologique et social. Les représentants des Etats ont négocié en fonction des intérêts prioritaires de leurs firmes multinationales, de leurs lobbies productivistes, plutôt que des
impératifs d'amélioration des conditions de vie des plus pauvres et du respect des droits économiques, sociaux et culturels de tous les citoyens.
L'Union européenne a énergiquement promu cette libéralisation tout en masquant l'agressivité de ses exigences derrière un discours de solidarité avec les pays en développement. Elle n'a eu de cesse de promouvoir la libéralisation des services, d'obtenir un assouplissement des conditions d¹accès aux marchés non agricoles. Avec le soutien de la France, elle aura tout fait également pour défendre un système agro-productiviste, destructeur de la paysannerie familiale d¹Europe et du Sud. L'accès aux marchés du Sud grâce aux réductions drastiques des barrières tarifaires industrielles, ainsi que la conquête de nouvelles opportunités pour ses grandes firmes multinationales de services auront été ses premières priorités. La conquête de nouvelles opportunités pour
ses grandes firmes multinationales de services aura été la première priorité.
L'absence d'accord dans le cadre du cycle de Doha est une bonne nouvelle: elle est révélatrice de l¹impasse du modèle économique que promeut l'OMC depuis 1994. A nous maintenant d'en saisir l'opportunité pour conduire une remise en question profonde du modèle théorique associant mécaniquement croissance, commerceet développement, défendu par l'idéologie néo-libérale pour laquelle le libre-échange est le moteur essentiel.
Commission OMC-AGCS d'Attac France
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17:25 Publié dans 06 Grain de sable (courriels d'ATTAC). | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.07.2006
USA : L’OPPOSITION PREPARE L’OFFENSIVE A MESURE QUE LA CRISE DU FMI ET DE LA BANQUE MONDIALE S’AGGRAVE
WASHINGTON, le 24 avril: Les réunions de printemps de la Banque mondiale
et du Fonds Monétaire International se sont déroulées ce week-end avec
des cordons de policiers entourant les deux institutions au cœur de la
ville de Washington. Presqu’aucun manifestant n’était en vue.
Les choses se sont passées à l’intérieur, quelques pâtés de maisons plus
loin, à l’institut d’Etudes Politiques. L’opposition a mis la touche
finale à une campagne pour “destituer” les deux institutions. Pour les
70 militants venus de différentes parties du monde, présents lors de
cette rencontre de deux jours de préparation stratégique, l’absence
relative de manifestants dans la rue a été une déception. En fait, ils
savaient que les deux institutions traversaient la crise la plus
sérieuse depuis des années, une de celles qui constituaient une occasion
pour affaiblir leur emprise sur la direction de l’économie mondiale.
Une crise de légitimité au sein du FMI
La crise est encore plus aiguë au sein du Fonds Monétaire International.
D’après l’ancien cadre du FMI et de la Banque Mondiale, Dennis de Tray,
vice-président de l’Institut de Développement Mondial, le FMI ne s’est
jamais remis de la crise financière asiatique de 1997. “Il a dès lors
perdu sa légitimité” a-t-il déclaré lors d’un déjeuner-forum sponsorisé
par la Fondation Carnegie pour la Paix Internationale. Depuis cette
crise, des pays phares de l’Asie comme la Thaïlande, les Philippines, la
Chine et l’Inde ont restreint leurs nouveaux emprunts au FMI, ayant à
l’esprit les conséquences désastreuses des programmes de libéralisation
soutenus par le FMI que beaucoup de pays d’Asie avait adoptés, sous
instruction du Fonds, au début des années 90.
A la réticence des pays d’Asie de s’endetter davantage avec le Fonds
s’est ajouté un mouvement manifeste au sein des pays d’Amérique latine,
menés par le Brésil et l’Argentine, pour rembourser complètement le FMI
afin de prendre leur indépendance par rapport à une institution très
détestée dans la région.
Ce qui de fait constitue un boycott par ses plus grands emprunteurs
génère une crise budgétaire due au fait que les opérations du FMI,
depuis deux décennies, reposaient de plus en plus sur les intérêts
payés par ses clients les pays émergents plutôt que sur les
contributions des gouvernements des pays riches du Nord, qui se sont
déchargés du fardeau de contribuer au soutien de l’institution sur les
emprunteurs. Mais où le FMI trouvera-t-il des ressources, maintenant que
ses clients les pays-clés ont rompu leurs liens financiers ?
Prenant la parole au cours du même événement que de Tray, Ngaire Woods,
une experte de l’université d’Oxford sur le FMI et la Banque Mondiale, a
révélé que d'après les projections de la Banque Mondiale,
l’organisation verrait le paiement des charges et des intérêts réduits
de plus de la moitié, passant de 3,19 milliards de dollars en 2005 à
1,39 milliards en 2006, et encore de moitié en 2009, à 635 millions de
dollars, créant ce qu’elle décrit comme “une énorme pression sur le
budget de l’organisation”.
Problèmes à la banque
Bien qu’il n’y règne pas la même atmosphère de controverse et d’échec
qu’au FMI, des observateurs informés disent que la Banque Mondiale se
trouve également en crise. La Banque est en proie à une crise
budgétaire, d’après Woods : les recettes provenant des taxes et des
charges dues par les emprunteurs ont chuté de 8,1 milliards de dollars
en 2001 à 4,4 milliards de dollars en 2004.La Chine, l’Indonésie, le
Mexique, le Brésil et beaucoup de pays émergents s’adressent ailleurs
pour obtenir des prêts.
Toutefois, la crise budgétaire n’est qu’un aspect de la crise globale de
l’institution. De Tray, qui a été le cadre permanent du FMI à Hanoï et
le Représentant de la Banque Mondiale à Jakarta, affirme que les
politiques proposées comme remèdes par les économistes de la Banque sont
de plus en plus perçues comme inadéquates face aux difficultés
rencontrées par les pays en voie de développement. Il affirme que le
problème réside dans l’accent que met le secteur de recherche de la
Banque sur des techniques de fonctionnement économiques “de pointe”
d’après les standards académiques du monde occidental plutôt que sur des
connaissances qui seraient à la base de conseils politiques pratiques.
Plus de 10.000 personnes forment le personnel habituel de la Banque, la
majorité d’entre eux étant des économistes, et de Tray affirme “qu’il
n’y a pas de problème dans la Banque qu’un personnel réduit de 40% ne
pourrait résoudre”.
Woods appuie de Tray, écrivant dans un rapport récent que “la plainte la
plus répandue dans ce domaine est que le personnel du FMI et de la
Banque n’a aucune expérience sur les politiques à mener. Ayant obtenu
des doctorats en économie et en finances, le personnel est mal équipé
pour travailler dans les rouages complexes et chaotiques des systèmes
politiques dans lesquels ils sont plongés.”
Le mépris de la politique qui inhibe une grande partie du personnel dans
son rapport avec le monde des pays en voie de développement va souvent
de pair avec un aveuglement total sur le fait que des politiques plus
conséquentes que les politiques complexes des pays en voie de
développement ont une influence sur les politiques recommandées par la
Banque et le Fonds Monétaire.
Woods écrit que “Les politiques ont toujours eu une influence sur les
avis donnés par le FMI et la Banque”. “ Le premier accord formel entre
la Corée du Sud et le FMI, en 1997, était clairement assorti de
conditions ajoutées sous la houlette des Etats-Unis. Durant les années
90 en Russie, les pressions politiques du G7 ont forcé la Banque
mondiale à accorder des prêts, qui n’ont jamais été utilisés (mais pour
lesquels la Russie paie des intérêts), et poussé le FMI à fermer les
yeux sur les échecs dans l’atteinte de ses objectifs. Les projets de la
Banque Mondiale sont quelquefois guidés en sous-main par des accords en
amont sur des contrats passés entre de grandes firmes soutenues par des
gouvernements et des emprunteurs puissants”.
Comment cacher une crise
L’un des membres présents à la rencontre des organisations
non-gouvernementales à l’Institut d’Etudes Politiques était Robin Broad,
un professeur associé enseignant à l’Université américaine. Observatrice
de longue date de la Banque Mondiale, dont le livre “Une alliance
inégale : la Banque Mondiale et les Philippines” est considéré comme un
classique dans l’étude des relations de l’institution avec ses pays
clients, Broad affirme que la Banque Mondiale se trouve être davantage
en crise que le FMI mais que cela est moins perceptible par le public.
“Le FMI a réagi en se retranchant derrière ses quatre murs, renforçant
ainsi l’impression générale d’être en état de siège” a-t-elle déclaré.
“La Banque Mondiale a par contre impliqué le monde pour masquer sa crise
grandissante”.
Elle identifie trois phases dans la stratégie offensive de la Banque.
“D’abord, elle se met en avant en déclarant aux donateurs qu’elle est
l’institution la mieux placée pour accorder des prêts afin de mettre fin
à la pauvreté, en faveur de l’environnement, pour la lutte contre le
sida, ainsi qu’on le dit, alors que les faits prouvent que ce n’est pas
le cas. Deuxièmement, elle possède le département de recherche sur le
“développement” le plus grand du monde --avec une dotation d’environ 50
millions de dollars-- dont la principale raison d’être est de faire des
recherches soutenant des conclusions tirées à l’avance. Troisièmement,
elle abrite en son sein cet énorme département des affaires extérieures
doté d’un budget de 30 millions de dollars –une unité de relations
publiques qui alimente la presse avec des résultats de recherche
soi-disant objective qui promeut l’image d’une Banque omnisciente ».
“Mais cela ne peut pas durer”. conclut-elle. “A l’intérieur de la Banque
elle-même, tout le monde sait qu’elle en crise et qu’elle s’en sort
péniblement. Tôt ou tard la vérité finira par émerger si nous faisons
notre travail”.
La réaction à de nouvelles initiatives.
Au cours de la rencontre des ONG, la campagne contre la corruption menée
par le Président de la Banque Mondiale, Paul Wolfowitz, à grands
renforts de publicité a été rejetée car perçue comme une opération de
relations publiques destinée à renforcer la légitimité menacée de la
Banque. “Vous pouvez parler d’un hypocrite. Il était l’Ambassadeur des
Etats-Unis en Indonésie au milieu des années 80, alors que la corruption
impliquant des projets de la Banque Mondiale battait son plein, et il
n’a jamais rien fait contre cela.”, a déclaré Shalmali Guttal de
l’organisme Focus on the global South basé à Bangkok. “A peu près le
tiers de l’argent donné par la Banque Mondiale au gouvernement de
Suharto sur une période de trente ans, à partir du milieu des années 60
jusqu’au milieu des années 90, a fini dans les poches de l’entourage de
Suharto. Cela représentait 10 milliards des 30 milliards du programme de
prêt de la Banque Mondiale. En fait, Wolfowitz avait la réputation
d’être un grand ami du régime de Suharto.”
Le projet d’accroître le poids du vote des grands pays émergents comme la
Chine et le Brésil, de même que l’annonce qu’on soumettrait au vote de
“l’Initiative pour les Pays Très Endettés” - patronnée par la Banque -
le choix de nouveaux pays pauvres candidats à la réduction de la dette
ont rencontré un scepticisme profond. Le dernier était perçu comme une
opération de relations publiques destinée à consolider un programme
bancal alors que le premier était considéré comme une tentative
désespérée pour contrecarrer la tendance des pays en voie de
développement de se libérer de la dépendance des deux institutions.
La fin de toute réforme ?
Au cours de cette rencontre, on a peu parlé de réformer les politiques de
prêts et les programmes de projets du FMI et de la Banque Mondiale,
l’approche favorite de beaucoup des grandes ONG dans les années 90. Le
coordinateur de la campagne “50 ans, ça suffit!” Sameer Dossani a
exprimé les doutes des participants sur la viabilité d’une approche
réformatrice: “Nous avons critiqué les programmes d’ajustement
structurel, et ils sont venus avec des DSRP [Documents pour une
Stratégie de Réduction de la Pauvreté ].Nous avons demandé l’abolition
de la dette, et ils nous ont répondu avec l’Initiative Pour les Pays
Très Endettés. Avec ces initiatives vouées à l’échec, n’est-ce-pas le
moment de rechercher une approche différente” ?
La crise des deux institutions s’aggravant, les opposants entrevoient la
possibilité d’élaborer une stratégie plus radicale. “Nous nous étions
mis d’accord sur une stratégie pour enlever tout pouvoir à la Banque et
au Fonds Monétaire,” a déclaré Lidy Nacpil de Jubilee South, un
mouvement mondial exigeant l’annulation de la dette, en conclusion des
deux journées de rencontre. Au lieu de lier des conditions aux
opérations du FMI et de la Banque Mondiale pour réduire leurs effets
négatifs, la nouvelle approche identifierait les opérations les plus
vulnérables ou les divisions entre les deux institutions et mènerait des
campagnes mondiales pour leur fermeture avec comme objectif final de
réduire considérablement le pouvoir et l’influence des deux
institutions. “C’est comme lorsqu’on coupe les tentacules d’une
pieuvre,” a déclaré Dossani , “Vous commencez par les endroits les plus
fragiles, et puis vous continuez.”
Parmi les initiatives retenues pour la nouvelle campagne, des
mobilisations de masse et une Conférence internationale sur “Des
alternatives à la Banque Mondiale et au FMI” sont prévues pour
coïncider avec la Rencontre d’Automne entre la Banque Mondiale et le FMI
à Singapour, durant la troisième semaine de septembre.
Par Walden Bello, Professeur de Sociologie à l’Université des Philippines
et Directeur de l’organisme “Focus on the Global South” basé à Bangkok.
Traduction : Alexandre Papadopoulos et Anne De Moerlooze, Coorditrad
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01.07.2006
Brésil : le jour international de la femme, des paysannes manifestent contre les monocultures d'eucalyptus
Le jour international de la femme a été célébré d’une manière
inhabituelle au Brésil.
Le 8 mars dernier au petit matin, près de deux mille femmes agriculteurs appartenant à l’organisation Vía Campesina ont organisé une manifestation éclair dans les installations de l’entreprise de pâte Aracruz Celulose,dans la municipalité de Barra do Ribeiro, près de Porto Alegre. L’établissement Barba Negra est la principale unité de production de plants d’eucalyptus et de pin destinés à alimenter l’usine
de Guaíba de l’entreprise, et il possède même un laboratoire de clonage
de ces essences. L’expansion de la monoculture d’eucalyptus dans l’État de Rio Grande do Sul est en train de transformer la région en un « désert vert » improductif du point de vue de la souveraineté alimentaire. D’après
Christiane Gomes, coordinatrice nationale du MST, ces " déserts verts", qui occupent de grandes étendues de terre qui pourraient être utilisées pour la production d’aliments pour les familles qui attendent
la réforme agraire, font l’objet de critiques de plus en plus fortes dela part des mouvements sociaux. En outre, les plantations industrielles d’eucalyptus détériorent le sol et consomment beaucoup d’eau : chaque
pied d’eucalyptus consomme jusqu’à 30 litres d’eau par jour.
L’entreprise Aracruz Celulose est celle qui possède la plus grande étendue de monocultures industrielles d’eucalyptus : plus de 250 000 hectares plantés lui appartiennent, dont 50 000 rien qu’à Rio Grande do Sul. Si l’on y ajoute les plantations de deux autres entreprises (Votorantim et Stora Enso), la superficie occupée dans cet État par les eucalyptus est de presque 250 000 hectares. Les usines d’Aracruz Celulose produisent 2,4 millions de tonnes par an de pâte blanchie, qui contaminent l’air et l’eau et portent atteinte à la santé humaine.
D’après Via Campesina, les plantations d’eucalyptus ne créent qu’un emploi par 185 hectares, tandis que la petite propriété en crée un à l’hectare. Pourtant, Aracruz Celulose est l’entreprise agro-industrielle qui reçoit
le plus d’argent public : près d’un milliard de dollars au cours des trois dernières années. « Si le désert vert continue de croître, l’eau pour boire et la terre pour produire des aliments manqueront bientôt. Nous ne pouvons pas comprendre qu’un gouvernement qui veut éliminer la faim puisse promouvoir le désert vert, au lieu d’investir dans la réforme agraire et l’agriculture paysanne », lit-on dans le manifeste de Vía Campesina
spécialement rédigé pour être remis aux participants à la 2e Conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (CIRADR) de la FAO.
C’est pour réagir contre ce processus que les femmes sont venues en 37 autobus jusqu’aux pépinières où l’entreprise produit les plants d’eucalyptus pour les gigantesques plantations industrielles qui
alimentent ses usines de pâte. À l’aube et en 20 minutes, le groupe a détruit plusieurs pépinières et environ 8 millions de plants d’eucalyptus ; il est retourné ensuite à Porto Alegre, où il a participé à la marche organisée par Vía Campesina pour célébrer le jour international de la femme. Avec les près de 1 500 personnes du campement de Via Campesina Brasil installé cette semaine à l’occasion de la CIRADR, les femmes ont parcouru cinq kilomètres jusqu’à l’endroit où avait lieu la conférence de la FAO, pour remettre aux représentants des 81 pays présents leur déclaration sur la réforme agraire et le développement rural. À leur arrivée, la Brigade militaire a essayé d’empêcher les femmes de s’approcher de l’entrée. Finalement, des représentants du ministère du
développement agraire et de la FAO ont réussi à obtenir que l’on permette l’entrée de 50 représentants. La ministre du Zimbabwe, qui présidait l’assemblée plénière, a interrompu la session pour céder la parole à deux militantes de Vía Campesina, qui ont lu le manifeste du mouvement.
« Nous nous opposons aux déserts verts, à ces énormes plantations d’eucalyptus, d’acacia et de pin pour l’élaboration de pâte, qui couvrent des milliers d’hectares au Brésil et en Amérique latine. Rien
que dans l’État de Rio Grande do Sul, il y a déjà 200 000 hectares d’eucalyptus. Là où le désert vert avance, la diversité biologique disparaît, les sols se détériorent et les fleuves se tarissent ; à cela s’ajoute la forte contamination provoquée par les usines de pâte, qui polluent l’air et l’eau et menacent la santé humaine », affirment les femmes dans le manifeste de Vía Campesina. D’autre part, elles ont manifesté leur solidarité avecles peuples indigènes dont les terres ont été envahies par Aracruz Celulose dans l’État d’Espírito Santo (voir le bulletin nº 102 du WRM).
Cette action a donné lieu à des protestations irritées de la part de divers organismes étatiques et à des réactions semblables des principaux médias et même de plusieurs organisations non gouvernementales.
Pourtant, quand Aracruz vole les terres des Tupinikim et Guarani et expulse ces derniers par la force, quand elle occupe des milliers d’hectares de sols productifs et les plante d’eucalyptus, quand ses
plantations épuisent les sources d’eau, quand ses usines de pâte contaminent les rivières, elle jouit de l’approbation du gouvernement et ne se heurte pas à l’opposition des médias ni des organisations qui
blâment aujourd’hui l’action des femmes de Vía Campesina. Or, il faudrait commencer par se demander qui a attaqué le premier.
Article fondé sur des informations tirées de : Mulheres da Via Campesina
ocupam fazenda da Aracruz no RS", Vía Campesina, 08/03/2006,
http://viacampesina.org/main_sp/index.php "As lágrimas da Aracruz e a
coragem das mulheres camponesas", Cristiano Navarro, Conselho
Indigenista Missionário,
http://www.cimi.org.br/ ?system=news&action;=read&id;=1800&eid;=259
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Avertissement. Les documents publiés n engagent pas l'association ATTAC sauf mention contraire. Ils peuvent représenter l opinion de groupes thématiques,de personnes ou d autres organisations. Il s agit avant tout de pouvoir profiter des expertises et des idées disponibles afin de construire, ensemble, cet autre monde possible, de nous réapproprier notre avenir.
Rassembler à Gauche 34. Les lolo's 34 (lio). (22.05.06)
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15.06.2006
Pourquoi l'Europe devrait rejeter le capitalisme de marché des USA
Le spectre du "capitalisme de Marché" anglo-américain a été à la base des manifestations des étudiants en mars et avril et avait déja motivé le rejet populaire de la constitution européenne en France il y a un an.
Les élections qui viennent de confirmer une fragile coalition de Centre-gauche en Italie ainsi que les récents conflits sociaux dans l'industrie allemande s'accompagnent de la même question : comment remodeler les économies nationales ou doit-on même les remodeler ?.
Les défenseurs du nouveau capitalisme modèle et du projet de mondialisation qui l'accompagne le présentent comme une nécessité historique, ayant ses racines dans le système économique classique et basé sur des lois irréfutables. Il s'agit tout simplement du progrès, disent-ils. Ceux qui ne se conforment pas aux règles du "Capitalisme de Marché Moderne" et ne lui offrent pas les sacrifices humains de pertes d'emplois et de baisse des conditions de vie que demande le Marché, tomberont dans le "bas-côté" de l'histoire.
C'est tout bonnement faux, en dépit du fait que ceux qui énoncent de tels aphorismes y croient indubitablement. Le nouveau modèle anglo-américain de capitalisme de marché, à la base de la dérégulation de l'industrie et de la privatisation des services publics dans les années 70 et de la mondialisation des marchés internationaux dans les années 90, ne doit son existence qu'à de libres décisions politiques et à des choix idéologiques qui étaient tout sauf inévitables. L'histoire pourrait, un jour, les présenter comme ayant été des choix pervers et socialement destructifs.
Les deux influences majeures de ce "Nouveau Capitalisme" étaient de nature académique à l'origine et le troisième, fort improbablement, un cas d'égoïsme idéalisé.
La première influence fût la Théorie du Monétarisme économique qui, en principe, excluait toute considération sociale dans les décisions économico-politiques. La politique économique des gouvernements devait n'être seulement qu'une réponse à un seul facteur objectivement déterminable : la masse monétaire disponible.
Le résultat de cette nouvelle théorie fût de "dés-humaniser" la politique économique, précédemment considérée comme ayant des liens étroits avec les considérations politiques, comme cela était le cas avec la tradition "Keynesianne" que le "Monétarisme" récusait. La deuxième influence était principalement politique, une réaction au Totalitarisme du 20ème siècle.
Le politologue et économiste autrichien Friedrich Hayek qui travaillait à Londres dans les années 30, commença par une critique de Keynes, mais par la suite élargit son argumentation jusqu'à présenter comme un principe que toute intervention de l'état dans la société, même dans le cadre d'une démocratie, ne pouvait mener qu'à la "Servitude" (dans "The Road to Serfdom" publié en 1944) .
L'intervention de l'état dans l'économie et la société menaçait la liberté de l'homme. Seul le libre marché garantissait efficacité économique et liberté humaine.
Hayek a eu une grande influence sur Margaret Thatcher.
La troisième influence était plutôt excentrique et importante aux USA. Il s'agissait de l'invention par une romancière russo-américaine, Ayn Raub, d'une "philosophie" de l'égoïsme héroïque et de la poursuite de l'intérêt personnel (contre le bas-peuple et les faibles) par des êtres supérieurs. Ses idées correspondaient aux aspirations d'étudiants influençables (Alan Greenspan était l'un d'entre-eux) et ces vues constituèrent une sorte de culte US des années 50 voire même une sorte de secte.
Voilà ce qui sous-tendait le changement de la culture d'entreprise américaine et du milieu des affaires US qui transforma une institution ayant une identité nationale et contrainte de ménager les intérêts des propriétaires, des employés et de la communauté en une société moderne mondialisée, effectivement contrôlée par ses dirigeants et vouée à un seul objectif : celui de produire des profits pour les actionnaires, tout en payant grassement bien entendu ses dirigeants.
Ce changement transforma le travail en un bien de consommation anonyme, mettant les travailleurs manuels, les employés et les cadres en concurrence avec une masse mondiale illimitée de personnel disponible (à moindre coût ndtr), avec pour résultats la précarité de l'emploi, une baisse ou tout du moins une stagnation des salaires, l'élimination ou la réduction des avantages sociaux et des retraites, accompagnées par la pression sociale destructrice de la diminution des conditions de vie.
Aux USA, le nouveau modèle de culture de l'entreprise a évolué vers une espèce de "capitalisme des copains", dans lequel les intérêts du business et du gouvernement sont étroitement liés de manière corrompue ; le système résistant à toute réforme du fait de la dépendance financière à l'argent versé par les deux principaux partis politiques.
Bien que fréquement décrit comme un pas en avant vers le développement d'une économie internationale nouvelle, le système politico-économique vers lequel ont évolué les USA s'est avéré une régression de bien des aspects cruciaux et s'est montré inéfficace et abusif en matière d'intérêt public.
L'Europe devrait rechercher une évolution sociale et économique selon ses propres critères. Elle est parfaitement capable d'y arriver dans la mesure où elle est une société industrielle moderne qui est statistiquement plus grande et plus riche que les Etats-Unis, et aussi moins prisonnière d'une idéologie obsolète et moins retranchée derrière des intérêts spéciaux, malgré ses problèmes avec le corporatisme des syndicats.
A plus long terme, si les Européens choisissaient un tel projet au lieu de se conformer à la "sagesse" courante en matière d'économie mondialisée, cela servirait les intérêts internationaux aussi bien que ceux de l'Union européenne. Cela pourrait même être utile aux USA dont le futur est maintenant menacé par les excès et erreurs économiques ainsi que par des ambitions politiques et militaires irréalisables.
Par William Pfaff (Publié dans l'International Herald Tribune des 29 et 30 Avril 2006)
Traduction : Stan Gir et Anne De Moerlooze, traducteurs bénévoles de Coorditrad
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04.05.2006
CONTRAT UNIQUE : UN CPE À VIE
La flexibilité de l’emploi améliore-t-elle l’emploi ? Rien de robuste ne
permet de l’affirmer. L’OCDE elle-même [1] indique que « dans
l’ensemble, les travaux théoriques n’apportent pas de réponses tranchées
quant aux effets de la protection de l’emploi sur le chômage et l’emploi
». La flexibilité de l’emploi rend les embauches et les ruptures plus
fréquentes. Chacun a plus de chance de sortir du chômage mais aussi de
s’y retrouver. Mais cette flexibilité ne permet pas en elle-même de
réduire le chômage. La Suède ou la Norvège n’ont-elles pas une
protection de l’emploi rigoureuse avec un taux de chômage faible et une
faible part de chômeurs de longue durée ?
En dépit de ces réfutations, les libéraux abondent dans le sens de la
flexibilité généralisée de l’emploi. Le thème de la flexicurité qui
légitime dans son intitulé même l’idée que cette flexibilité doit être
considérée comme « la » norme est une véritable « aubaine argumentative
» pour eux. Ainsi, le rapport Cahuc et Kramarz (2004) n’hésite pas à
retenir le terme de sécurité sociale professionnelle, ce qui explique
d’ailleurs le ralliement de Nicolas Sarkozy, commanditaire de ce rapport
avec Jean-Louis Borloo, à cette notion avancée par la CGT. Sa principale
proposition est de créer un contrat de travail unique à contraintes
allégées en supprimant, pour l’ensemble des salariés, les règles
juridiques qui entourent le licenciement économique. Ne subsisteraient
que des indemnités de licenciement croissantes avec l’ancienneté. « Le
CPE pour tous, toute la vie durant », telle est, au fond, la logique
retenue.
La justification théorique est qu’un « prix », en l’occurrence une
indemnité de licenciement, vaut toujours mieux qu’une règle juridique.
On est bien en présence d’une appréhension purement libérale du droit.
Ce à quoi on peut opposer que si le droit du travail peut être une
contrainte, c’est même sa raison d’être, il est aussi une « ressource »
à l’origine de substantielles économies. Le Code du travail peut ainsi
être lu comme un ensemble de règles, le plus souvent appliquées comme «
allant de soi », qui stabilise la relation entre l’employeur et les
salariés, leur épargne de coûteuses négociations et conflits et favorise
la coopération sans laquelle aucune production n’est possible. Que
serait la relation entre un employeur et un salarié s’ils devaient
discuter et négocier tous les termes de leur relation (salaire, horaires
de travail, congés, conditions de travail, etc.) ? Pour l’imaginer, il
suffit de penser à ce que serait le trafic routier, si à chaque
carrefour, en lieu et place de feux de signalisation, les agents
individuels devaient négocier entre eux un « prix » pour céder le
passage.
Jusqu’à présent les libéraux plaidaient plutôt en faveur des contrats
atypiques (CDD, intérim, etc.). Comment interpréter le tournant en
faveur du contrat unique ? L’explication est simple : face au CDI, les
libéraux plaide pour la diversification. Une fois celle-ci acquise, ils
prennent prétexte de la segmentation ainsi introduite pour justifier une
fusion des contrats dans le cadre d’un CDI unique rendu plus flexible
encore que le CDD. Partant de là, l’étape suivante est facile à
imaginer. On peut parier que si le contrat unique est introduit, moult
travaux ne manqueront d’apparaître pour pointer le coût « pénalisant
pour l’emploi » de la seule « règle » qui existera alors : les dites
indemnités. La même grosse ficelle existe dans les dispositifs de «
sécurisation » envisagée par les libéraux pour faire contrepoids à la
flexibilité sans limite offerte aux entreprises. Le rapport de Virville
(2004) est une véritable perle de ce point de vue. L’une de ses sections
s’intitule « Sécuriser la relation de travail et favoriser le
développement de l’emploi ». Or, c’est dans celle-ci que l’on trouve
deux de ses propositions les plus radicales : le contrat de projet dont
la durée peut excéder 18 mois et le développement du travail indépendant.
Que nous dit le rapport Cahuc et Kramarz en matière de sécurité apportée
aux travailleurs ? Il se prononce pour une réduction drastique des
allocations d’assurance chômage qui dépassent un certain plafond, ce qui
permettrait de « réaliser des économies substantielles ». Il plaide pour
un « profilage » systématique des chômeurs, réalisé par des opérateurs
privés. Il se prononce enfin et surtout pour une « conditionnalité
accrue » des allocations. Les chômeurs « s’ils veulent continuer à
bénéficier de l’indemnité chômage » doivent accepter « une activité à
temps partiel » (stage ou emploi d’utilité collective). Le un workfare
en guise de sécurité sociale professionnelle donc.
Note :
[1] Dans Perspective de l’emploi, 2004.
Par Christophe Ramaux, membre du Conseil scientifique d’Attac
Tribune paru dans Politis du 20 avril 2006
COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°551)
Mercredi 3/05/06
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Rassembler à Gauche 34. Lolo34.
07:45 Publié dans 06 Grain de sable (courriels d'ATTAC). | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
10.02.2006
CPE, CNE, OMC, DIRECTIVE BOLKESTEIN : MÊME COMBAT !
CNE, CPE : La précarité et la peur du chômage sont volontairement
entretenues
- Contrats de travail résiliables à tout moment, sans préavis ni motif :
Contrat nouvelle embauche pour les petites entreprises (CNE), Contrat
premier emploi pour les jeunes (CPE). Et après ? Grain de sable, Courriel d'information d'ATTAC n°541./..
COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°541)
Mercredi 8/02/06
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Le 14 février 2006, la directive Bolkestein sera donc examinée par le
Parlement européen, à Strasbourg, avec de forts risques d'être adoptée.
Plusieurs initiatives sont organisées par les forces syndicales, notamment
la CES, et par les mouvements sociaux et altermondialistes :
o le SAMEDI 11 FEVRIER VERS 14H à STRASBOURG : manifestation unitaire
o le MARDI 14 FEVRIER à STRASBOURG : initiative de la CES (avec
participation d'une délégation de mouvements sociaux et altermondialistes)
La mobilisation contre la directive Bolkestein est essentielle. En
particulier par la participation à la manifestation de Strasbourg le 11
février. Celle-ci peut influer sur la décision parlementaire du 14.
Celles et ceux qui ne pourront pas se déplacer sont invités à participer aux
initiatives locales organisées notamment par les comités locaux d'Attac.
______________________________
1.- CPE, CNE, OMC, DIRECTIVE BOLKESTEIN : MÊME COMBAT !
CNE, CPE : La précarité et la peur du chômage sont volontairement
entretenues
- Contrats de travail résiliables à tout moment, sans préavis ni motif :
Contrat nouvelle embauche pour les petites entreprises (CNE), Contrat
premier emploi pour les jeunes (CPE), Š et après ?
2.- LA VERITABLE SIGNIFICATION DE HONG-KONG : LE BRESIL ET L'INDE ENTRENT
DANS LA COUR DES GRANDS
Ce qui était en jeu à Hong-Kong, c'était la survie institutionnelle de
l'Organisation Mondiale du Commerce. Après l¹échec des deux conférences
ministérielles de Seattle et de Cancun, un troisième fiasco aurait
sérieusement nuit à la survie de l'OMC en tant que principe moteur de la
libéralisation du commerce mondial. Il fallait un accord, et on est parvenu
à un accord. Comment, pourquoi, et qui en sont les acteurs, c¹est toute
l¹histoire de ce qui s¹est passé à Hong-Kong.
Par Walden Bello Directeur exécutif de Focus on the Global South, Institut
de recherche, d¹analyse et de conseil basé à Bangkok.
Traduction : Jean-Philippe Spector et Jean-Pierre Renard, traducteurs
bénévoles de Coorditrad. ([email protected])
______________________________
1.- CPE, CNE, OMC, DIRECTIVE BOLKESTEIN : MÊME COMBAT !
CNE, CPE : La précarité et la peur du chômage sont volontairement
entretenues
- Contrats de travail résiliables à tout moment, sans préavis ni motif :
Contrat nouvelle embauche pour les petites entreprises (CNE), Contrat
premier emploi pour les jeunes (CPE), Et après ?
- Harmonisation par le bas des conditions
de travail et de vie dans toute l¹Europe : augmentation de la durée légale
du travail, pression sur les salaires, destruction des services publics.
Ces outils, mis en place par les néolibéraux, visent à mettre au pas les
salariés ; à étouffer dans l¹¦uf toute tentative de défense individuelle et
collective des droits.
Bolkestein : La mise en concurrence des salariés ignore les frontières
- En Europe, menace de la directive Bolkestein (voir au verso), et projet de
constitutionnaliser le néolibéralisme (TCE).
- À l¹échelle mondiale, mise en concurrence de tous contre tous contenue
dans les accords passés à l¹Organisation mondiale du commerce (OMC) sur le
commerce des services, sur le commerce des produits agricoles, etc.
Ces politiques, mises en oeuvre par les mêmes néolibéraux, visent à
développer le pouvoir et les profits des firmes transnationales ; à réduire
le pouvoir politique aux plans local et national ; à anéantir les
résistances en faveur des droits sociaux.
DIRECTIVE BOLKESTEIN ?
Faisons barrage à ce projet ultralibéral !
Manifestation européenne
Strasbourg, samedi 11 février
Extraits du texte unitaire
Le projet de « directive sur les services dans le marché intérieur » doit
être débattu en première lecture au Parlement européen le mardi 14 février à
Strasbourg. Ce texte est une incitation à la concurrence entre les
Etats et les peuples. Il organise le dumping social, une moindre protection
des consommateurs, une remise en cause de la culture, un abaissement des
normes environnementales et de santé publique.
Ce projet sera débattu au Parlement européen, puis transmis au Conseil de
l'Union européenne où siègent les différents gouvernements de l'Union.
Le président de la République française, qui avait pourtant annoncé que ce
projet était enterré, est aujourd'hui mis devant ses responsabilités. Il
doit tenir ses engagements et agir pour que cette directive ne voit pas le
jour. Nous appelons les citoyens à l¹interpeller pour que cette promesse
soit tenue.
La mobilisation des peuples d'Europe est aujourd'hui indispensable. Aussi
nous appelons à une journée de mobilisation européenne, le samedi 11
février, qui se traduira notamment par une manifestation à Strasbourg.
Contre le projet de directive Bolkestein, nous pouvons gagner !
Premiers signataires :
Alter-Ecolo ; Alternative citoyenne ; Attac ; Cactus/La Gauche ; CGT
Spectacle ; Confédération paysanne ; Coordination des groupes de femmes
Egalité ; Fédération nationale des collectifs de défense et de développement
des services publics ; Fondation Copernic ; Forces militantes ; FSU ; Gauche
Républicaine ; LCR ; Les Alternatifs ; Marches européennes/Euromarches ;
MARS ; MJS ; MRC ; PCF ; PCOF ; PRS ; Rénover maintenant ; Réseau Féministe
Rupture ; Résistance 7ème Art ; UFAL ; Union syndicale Solidaires ; URFIG ;
VAMOS !
Ce sont nos gouvernements qui décident de la mise au pas des salariés par la
précarité, qui
organisent leur propre soumission et celle de leurs peuples par la mise en
place du néolibéralisme mondial et européen.
Avec Attac, venez participer à la construction d¹un autre projet collectif,
libéré de la toute puissance des marchés financiers et de la soumission aux
entreprises transnationales.
Pour les droits des salariés !
Pour une harmonisation sociale et environnementale européenne ambitieuse,
au service de toutes les femmes et de tous les hommes.
______________________________
2.- LA VERITABLE SIGNIFICATION DE HONG-KONG : LE BRESIL ET L'INDE ENTRENT
DANS LA COUR DES GRANDS
Ce qui était en jeu à Hong-Kong, c'était la survie institutionnelle de
l'Organisation Mondiale du Commerce. Après l¹échec des deux conférences
ministérielles de Seattle et de Cancun, un troisième fiasco aurait
sérieusement nuit à la survie de l'OMC en tant que principe moteur de la
libéralisation du commerce mondial. Il fallait un accord, et on est parvenu
à un accord. Comment, pourquoi, et qui en sont les acteurs, c¹est toute
l¹histoire de ce qui s¹est passé à Hong-Kong.
Un accord qui n¹est pas anodin
Certains comptes-rendus ont qualifié l¹accord de Hong-Kong d' « accord
minimal », qui aurait surtout pour fonction de maintenir l'OMC à flot. C'est
loin d'être le cas. Des concessions substantielles ont été arrachées aux
pays en développement, qui n¹ont pratiquement rien reçu en échange.
S¹agissant de l¹Accès aux Marchés Non Agricoles(AMNA), il a été stipulé une
« formule suisse » (NDT : mécanisme d'abaissement des barrières douanières
très précis, déjà présent dans les accords de 1993) qui entraînera des
baisses proportionnellement plus importantes aux droits de douane les plus
élevés. Cela pénalisera surtout les pays en développement puisque, pour
renforcer leurs secteurs industriels et supplanter les importations, ils
appliquent sur les produits industriels des droits de douane plus élevés que
ceux des pays développés.
La procédure de négociation « plurilatérale » spécifiée dans le texte
concernant les services perd la souplesse de la démarche offre-demande qui a
marqué les négociations de l'Accord Général sur le Commerce des Services
(AGCS). .Cette procédure introduit une contrainte qui va enfermer de
nombreux pays en voie de développement dans des négociations sectorielles
conçues pour faire voler en éclats les services essentiels.
Ce que les pays du Sud ont obtenu en échange, c¹est principalement une
échéance pour l'élimination progressive et définitive des subventions à
l'exportation dans l'agriculture. Cela laisse néanmoins pratiquement intact
le dispositif de subventions agricoles dans l'Union européenne et aux
Etats-Unis. Même s¹il est formellement prévu de supprimer les subventions à
l¹exportation, d'autres formes de soutien aux exportations permettront à
l'Union Européenne, par exemple, de continuer à les subventionner à hauteur
de 55 milliards d'euros après 2013.
En somme, c'est un accord de poids, mais qui va surtout peser sur les pays
en voie de développement.
Les grandes lignes de l'accord étaient déjà manifestes avant Hong-Kong, et
de nombreux pays en voie de développement s'étaient rendus à la conférence
ministérielle avec la ferme intention de s'y opposer. Et il y a bien eu
plusieurs évènements, tels que la formation du G 110 par le G33 le 16
décembre, le G90, et la réunion de l'ACP (Asie Caraïbes Pacifique), qui
laissaient penser que ces pays pouvaient encore s¹unir pour faire échouer
l'accord imminent. Pourtant, en fin de compte, les gouvernements des pays en
voie de développement ont cédé, car beaucoup d'entre eux n¹étaient guidés
que par la crainte de se retrouver accusés de porter la responsabilité de la
faillite de l¹organisation. Même Cuba et le Venezuela se bornèrent à
manifester des réserves concernant le texte sur les services lors de la
session de clôture de la conférence ministérielle, le 18 décembre au soir.
Les faiseurs d¹accord
La défaite des pays en développement a été due, non pas à l¹absence de
meneurs, mais plutôt au fait que les meneurs les ont entraînés dans une
direction contraire à leurs intérêts. Le fiasco de Hong-Kong s¹explique par
le rôle joué par le Brésil et l'Inde, les chefs du célèbre groupe des 20.
Le Brésil et l'Inde étaient déjà prêts à accepter l¹accord avant de venir à
Hong-Kong. L¹essentiel pour le Brésil était que l'Union Européenne précise
une échéance pour la suppression des subventions aux exportations de
produits agricoles, et c'était un point dont les négociateurs brésiliens et
beaucoup d'autres attendaient l'annonce par l'Union Européenne à la
conférence ministérielle, même si, pour des raisons tactiques, les Européens
ne devaient le dévoiler qu'au dernier moment. En venant à Hong-Kong, le
Brésil était disposé à accepter la formule de la Suisse concernant l'AMNA,
ainsi que la démarche plurilatérale concernant les services. L'Inde, pour sa
part, était arrivée à Hong-Kong avec des positions connues de tous. Elle
accepterait la démarche plurilatérale dans la négociation sur les services
ainsi que la formule suisse pour l'AMNA, et s'alignerait sur le Brésil pour
les questions agricoles. La seule question que beaucoup se posaient était de
savoir si l'Inde ferait pression sur les pays développés pour qu'ils fassent
des concessions sur le mode 4 de l'AGCS, c'est-à-dire pour que les
Etats-Unis et l¹Union Européenne acceptent l¹immigration d'un plus grand
nombre de personnes qualifiées issues des pays en voie de développement. En
fin de compte, elle décida de ne pas insister auprès de Washington sur ce
sujet.
La récompense
L¹accord final se traduira-t-il par un bénéfice net pour le Brésil et l'Inde
? On peut en débattre, mais à supposer qu¹il se solde par une perte nette,
celle-ci serait vraisemblablement plus faible que pour les pays les moins
avancés. Cependant, le principal bénéfice pour le Brésil et l'Inde ne se
trouve pas dans l'impact de l'accord sur leurs économies, mais dans le rôle
actif qu¹ils jouent désormais dans la redistribution du pouvoir au sein de
l'OMC.
Avec l'émergence du G20 lors de la conférence ministérielle de Cancun en
2003, l'Union européenne et les Etats-Unis prirent conscience que la vieille
structure de pouvoir et de prise de décision à l'OMC avait fait son temps.
L'élite devait s'ouvrir à de nouveaux joueurs. Le cercle du pouvoir devait
s'agrandir pour remettre l'organisation d'aplomb et en ordre de marche.
L'invitation lancée par l¹Union Européenne et les Etats-Unis au Brésil et à
l'Inde pour qu'ils fassent partie, aux côtés de l'Australie, des « Five
Interested Parties » (FIPs, ou Cinq Parties Intéressées), était une étape
essentielle dans cette direction, et c'est l'accord entre les FIPs qui a mis
fin à l'impasse sur les négociations agricoles, et qui, dans la foulée, a
conduit à l'Accord Cadre lors de la réunion du Conseil Général en juillet
2004.
Lors de la préparation de la réunion ministérielle de Hong-Kong, on a vu
s¹affirmer le nouveau rôle du Brésil et de l¹Inde en tant que répartiteurs
du pouvoir entre monde développé et pays en développement, comme en témoigne
la création d¹un nouveau groupe informel connu sous le nom de « New Quad »
(Nouvelle Quadripartite). Cette formation, qui comprend l¹Union Européenne,
les Etats-Unis, le Brésil et l¹Inde a joué un rôle décisif en élaborant
l¹ordre du jour et l¹orientation des négociations. A Hong-Kong, son
principal objectif était de sauver l¹OMC. Et le rôle du Brésil et de l¹Inde
était de forcer les pays en voie de développement à consentir à un accord
déséquilibré qui rendrait cela possible, et cela malgré les réticences de
l¹Union européenne et des Etats-Unis à faire de substantielles concessions
dans l¹agriculture. L¹annonce de cette acceptation constituerait la preuve
que le Brésil et l¹Inde sont des acteurs « responsables » au plan mondial.
C¹était le prix à payer pour être membre à part entière de la nouvelle
structure de décision, ainsi élargie.
Les deux gouvernements durent exercer beaucoup de pressions, avant et
pendant Hong-Kong, et mettre en jeu leur réputation de leaders des pays en
voie de développement, mais, malgré les réticences, ils parvinrent à faire
accepter ce mauvais accord par tous. C¹était un exploit, qui impliquait :
- d¹obliger:les pays les moins avancés à accepter un « paquet du
développement » consistant essentiellement en une disposition pleine
d¹équivoque sur l¹entrée sans droits de douane ni quotas de leurs produits
sur les marchés des pays développés, ainsi qu¹un accord intitulé de manière
trompeuse « aide contre commerce ». Cet accord portait notamment sur des
prêts et leur permettrait de rendre leurs régulations économiques cohérentes
avec les règles de l¹OMC, en augmentant leur endettement par la même
occasion.
- de faire les yeux doux aux producteurs de coton d¹Afrique de l¹Ouest pour
qu¹ils acceptent un accord dont la finalité essentielle était de donner aux
Etats-Unis une année de plus avant d¹éliminer les subventions aux
exportations qu¹ils auraient dû supprimer il y a un an et demi, en
conformité avec une décision de l¹OMC. Un accord qui faisait fi des demandes
des Africains de compenser les énormes dommages que ces subventions avaient
infligés à leurs économies ;
- d¹amadouer les pays (Indonésie, Philippines, Afrique du Sud, Venezuela et
Cuba) qui faisaient des difficultés lors des négociations sur les services
afin qu¹ils abandonnent leur opposition à l¹Annexe C de l¹avant-projet de
déclaration, laquelle prescrivait des négociations plurilatérales,
- de neutraliser les membres les plus mécontents du « AMNA 11 » (dont le
Brésil et l¹Inde faisaient eux-mêmes partie) qui voulaient conditionner
l¹accélération de la libéralisation des droits de douane dans l¹industrie et
la pêche, demandée par le Nord, à des concessions que feraient le Nord sur
l¹agriculture.
Un Club d¹admiration mutuelle
La conférence de presse finale du G20, le 18 décembre en fin d¹après-midi, a
été remarquable pour son manque de contenu et son insignifiance. Comme pour
couper court à de difficiles questions sur le texte ministériel et la valeur
de l¹accord pour les pays en voie de développement, le ministre brésilien
des Affaires Etrangères, Celso Amorim, ne cessait de répéter « Nous avons
une date », faisant ainsi allusion à l¹élimination définitive des
subventions aux exportations en 2013. Puis Amorim et le ministre indien du
Commerce et de l¹Industrie, Kamal Nath, s¹adonnèrent à de grandes
démonstrations d¹amitié et à de mutuelles congratulations pour le bon boulot
qu¹ils avaient fait en aboutissant à un accord qui protégeait les intérêts
des pays en voie de développement. Puis, alors qu¹une grande partie de
l¹assistance se préparait à poser des questions, Amorim mit fin
précipitamment à la conférence de presse et quitta rapidement la salle avec
Kamal Nath, soi-disant pour se rendre à une autre réunion, mais de toute
évidence pour ne pas subir un feu de questions de la part de journalistes
sceptiques et de représentants d¹ONG.
A la session de clôture de la sixième conférence ministérielle, Pascal Lamy,
le directeur général, déclara : « l¹équilibre du pouvoir a penché en faveur
des pays en voie de développement ». L¹affirmation n¹était pas totalement
cynique ni erronée. Elle comportait un brin de vérité : l¹Inde et le Brésil,
les grands chefs du monde en développement, appartenaient désormais au club
des grands de l¹OMC.
Paradoxe
Il est paradoxal que le G20, dont la création avait captivé l¹imagination
des pays en développement lors de la conférence ministérielle de Cancun,
soit finalement devenu la rampe de lancement de l¹intégration de l¹Inde et
du Brésil au sein de la structure de direction de l¹OMC. Mais c¹est loin
d¹être une exception dans l¹histoire. Vilfredo Pareto, le penseur italien,
disait de l¹histoire qu¹elle était « le cimetière des aristocraties » qui
résistaient à l¹évolution des relations de pouvoir. Pour Pareto, les élites
qui réussissent le mieux sont celles qui, face aux meneurs des insurrections
qui veulent les chasser du pouvoir, parviennent à les récupérer en
élargissant l¹élite dirigeante tout en conservant la structure du système.
Bien que divisés sur l¹agriculture, l¹Union Européenne et les Etats-Unis
avaient pour priorité commune, depuis l¹échec de Cancun, la survie de l¹OMC,
et, à Hong-Kong, ils menèrent avec succès une stratégie de récupération qui
arracha la victoire au c¦ur même de la déroute.
Avant les événements de Hong-Kong, les cas récents de récupération les plus
marquants concernaient le gouvernement du Président Luis Inacio da Silva au
Brésil, mené par le Parti des Travailleurs, et le gouvernement de coalition
de l¹Inde, mené par le Congrès. Tous deux sont arrivés au pouvoir avec des
programmes anti-libéraux. Mais une fois en place, tous deux sont devenus les
stabilisateurs les plus efficaces des politiques néolibérales, tous deux ont
reçu le soutien du Fonds Monétaire International, du lobby transnational des
entreprises, et de Washington. Il n¹est pas exagéré de supposer qu¹il existe
un lien entre l¹action nationale de ces gouvernements et leur performance
sur la scène internationale à Hong-Kong.
Par Walden Bello Directeur exécutif de Focus on the Global South, Institut
de recherche, d¹analyse et de conseil basé à Bangkok.
Traduction : Jean-Philippe Spector et Jean-Pierre Renard, traducteurs
bénévoles de Coorditrad. ([email protected])
_____________________________
[email protected] est l'adresse du secrétariat de l'équipe des
traducteurs internationaux qui nous font bénéficier bénévolement de leurs
compétences. Vous aussi vous pouvez participer. Il suffit de contacter
coorditrad en précisant votre (ou vos) langue maternelle, les langues depuis
lesquelles vous pouvez traduire et votre niveau de compétence. Le travail de
traduction est basé sur le volontariat et ne vous engage pas à répondre à
toutes les demandes. Vous travaillez à votre rythme et en fonction de vos
centres d'intérêt.
Le Courriel d'information a été mis au point par l'équipe du Grain de sable.
Reproduction autorisée sous couvert de la mention
Courriel d'information ATTAC - http://attac.org/
Avertissement. Les documents publiés n'engagent pas l'association ATTAC sauf mention contraire. Ils peuvent représenter l opinion de groupes thématiques,de personnes ou d autres organisations. Il s agit avant tout de pouvoir profiter des expertises et des idées disponibles afin de construire, ensemble, cet autre monde possible, de nous réapproprier notre avenir.
Lolo 34 Rassembler à Gauche 34.
18:20 Publié dans 06 Grain de sable (courriels d'ATTAC). | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.01.2006
Grain de sable: la newsletter d'ATTAC
A quelle sauce seront-nous mangés?
COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°540)
FSM 2006 - BAMAKO - CARACAS - KARACHI.
vendredi 27/01/06
Merci de faire circuler et de diffuser largement.
Le Courriel est reçu aujourd'hui par 52990 abonnés
1.- APPEL DU CONSENSUS DE BAMAKO
La veille de l'ouverture du Forum social mondial de Bamako, le 18 janvier, une Journée consacrée au 50e anniversaire de Bandung a été organisée dans cette ville. Il en est sorti l' « Appel de Bamako » soumis à la signature des organisations. Ce texte est l'occasion, pour les adhérents et les différentes composantes d'Attac, de poursuivre les débats engagés.
2.- DE RETOUR DE BAMAKO
Voici au retour quelques impressions d'un événement très riche et très instructif. FSM « polycentrique » parce que, vous le savez, il est éclaté cette année entre Bamako, Caracas et, au mois de mars, Karachi. En 2007, ce sera de nouveau le FSM tout court, organisé par les pays de l'Afrique de l'Est (Kenya, Tanzanie, Ouganda, etc. anglophones) et se tiendra à Nairobi.
Par Susan George, vice-présidente d'Attac France
http://www.tni.org/george
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1.- APPEL DU CONSENSUS DE BAMAKO
La veille de l'ouverture du Forum social mondial de Bamako, le 18 janvier, une Journée consacrée au 50e anniversaire de Bandung a été organisée dans cette ville. Il en est sorti l'« Appel de Bamako » soumis à la signature des organisations. Ce texte est l'occasion, pour les adhérents et les différentes composantes d'Attac, de poursuivre les débats engagés.
En 1954, Nehru veut soutenir les décolonisations en Afrique, lutter contre les difficultés économiques des nouveaux pays et les conséquences de la guerre. Il propose une conférence internationale visant à organiser un troisième pôle à côté des deux blocs soviétique et américain. La conférence se tient à Bandung, en Indonésie, en avril 1955. La conférence réunit 29 pays : 23 d'Asie, 2 du Moyen-Orient et 4 d'Afrique (aucun d'Amérique du Sud). Des représentants de l'Afrique française du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie) sont invités. C'est "L'internationale des pauvres" (Nasser). La conférence proclame l'existence politique du Tiers-Monde.
Elle décide aussi :
- Condamnation du colonialisme mais aussi de toute forme d'impérialisme.
- Condamnation de l'impérialisme comme contraire à la charte des Nations Unies.
- Appel lancé aux peuples encore colonisés pour qu'ils luttent pour leur indépendance.
- Condamnation de l'Apartheid en Afrique du Sud et du racisme en général au nom la déclaration Universelle des Droits de l'Homme (ONU, 1948).
- Condamnation implicite de la politique d'Israël en Palestine.
- Condamnation de la guerre d'Algérie et de la présence des français en Afrique du Nord.
- Recherche de la voie pacifique, de la négociation, comme moyen privilégié de la décolonisation.
- Non-ingérence dans les affaires intérieures d'un État.
- Non-alignement par rapport à l'un ou l'autre bloc (refus de s'appuyer sur Moscou ou sur les États-Unis). C'est le principe du neutralisme au nom de la coexistence pacifique.
La conférence de Bandung marque l'émergence du "Tiers Monde" (expression d'Alfred Sauvy). La conférence de Bandung marque aussi la naissance d'un "troisième bloc" à côté du monde soviétique et du monde pro-occidental. Elle encourage la décolonisation de l'Afrique. Mais la conférence échoue à fédérer les nations présentes autour d'une cause commune. Le Tiers-Monde est divisé :
- Les non-alignés : seuls l'Égypte de Nasser et l'Inde de Nehru se prononcent pour un non-alignement.
- Les pro-occidentaux (Pakistan, Turquie).
- Les pro-soviétiques (Vietnam Nord et Chine).
L' « Appel de Bamako »
Plusieurs membres d'Attac-France ont animé des ateliers, participé à des tables rondes ou rédigé des comptes rendus pendant cette journée à Bamako : Bernard Cassen, Gus Massiah, Jacques Nikonoff, Ignacio Ramonet. Susan George était également présente.
Si le vocabulaire utilisé dans ce texte (voir ci-dessous) peut parfois surprendre par son côté un peu daté, il contient néanmoins de grandes avancées en matière d'alternatives. Que l'on approuve certaines de ces alternatives ou que l'on en désapprouve d'autres, la matière soumise au débat est considérable. Toutes les composantes d'Attac sont concernées : les adhérents à titre individuel ; les comités locaux ; le conseil d'administration qui devra se prononcer ; le conseil scientifique ; divers groupes de travail et commissions du CA (libre-échange ; manifeste, commission Europe ; orientations...). Aucun délai n'est fixé pour la signature, nous avons donc le temps de débattre.
Jacques Nikonoff
Appel de Bamako
I.- INTRODUCTION
L'expérience de plus de 5 années de convergences mondiales des résistances au néolibéralisme a permis de créer une nouvelle conscience collective. Les Forums sociaux mondiaux, thématiques, continentaux et nationaux et l'Assemblée des mouvements sociaux en furent les principaux artisans. Réunis à Bamako le 18 janvier 2006, veille de l'ouverture du Forum social mondial polycentrique, les participants à cette Journée consacrée au 50e anniversaire de Bandung ont exprimé leur préoccupation de définir d'autres objectifs du développement, de créer un équilibre des sociétés abolissant l'exploitation de classe, de genre, de race et de caste et de tracer la voie d'un nouveau rapport de forces entre le Sud et le Nord.
L'appel de Bamako se veut une contribution à l'émergence d'un nouveau sujet populaire historique et à consolidation des acquis de ces rencontres : le principe du droit à la vie pour tous ; les grandes orientations d'un vivre ensemble dans la paix, la justice et la diversité ; les manières de réaliser ces objectifs au plan local et à l'échelle de l'humanité.
Pour qu'un sujet historique naisse - populaire, pluriel et multipolaire - il faut définir et promouvoir des alternatives capables de mobiliser des forces sociales et politiques. La transformation radicale du système capitaliste en est l'objectif. Sa destruction de la planète et de millions d'êtres humains, la culture individualiste de consommation qui l'accompagne et le nourrit et son imposition par des forces impérialistes, ne sont plus acceptables, car il y va de la vie même de l'humanité. De telles alternatives doivent s'appuyer sur la longue tradition des résistances populaires et prendre aussi en compte les petits pas indispensables à la vie quotidienne des victimes.
L'Appel de Bamako, construit autour de grands thèmes discutés en commissions, affirme la volonté de :
- construire l'internationalisme des peuples du Sud et du Nord face aux ravages engendrés par la dictature des marchés financiers et par le déploiement mondialisé incontrôlé des transnationales ;
- construire la solidarité des peuples d'Asie, d'Afrique, d'Europe et des Amériques face aux défis du développement au XXIe siècle ;
- construire un consensus politique, économique et culturel alternatif à la mondialisation néo-libérale et militarisée et à l'hégémonisme des Etats-Unis et de leurs alliés.
II.- LES PRINCIPES
1.- Construire un monde fondé sur la solidarité des êtres humains et des peuples
Notre époque est dominée par l'imposition de la concurrence entre les travailleurs, les nations et les peuples. Pourtant le principe de la solidarité a rempli dans l'histoire des fonctions autrement plus constructives pour l'organisation efficace des productions matérielles et intellectuelles. Nous voulons donner à ce principe la place qui lui revient et relativiser celle de la concurrence.
2.- Construire un monde fondé sur l'affirmation pleine et entière des citoyens et l'égalité des sexes
Le citoyen doit devenir le responsable en dernier ressort de la gestion de tous les aspects de la vie sociale, politique, économique, culturelle. C'est la condition d'une démocratisation authentique. A défaut, l'être humain est réduit aux statuts juxtaposés de porteur d'une force de travail, de spectateur impuissant face aux décisions des pouvoirs, de consommateur encouragé aux pires gaspillages. L'affirmation, en droit et en fait, de l'égalité absolue des sexes est une part intégrante de la démocratie authentique. L'une des conditions de cette dernière est l'éradication de toutes les formes avouées ou sournoises du patriarcat.
3.- Construire une civilisation universelle offrant à la diversité dans tous les domaines son plein potentiel de déploiement créateur
Pour le néo-libéralisme, l'affirmation de l'individu - non pas du citoyen - permettrait l'épanouissement des meilleures qualités humaines. L'isolement insupportable que la compétence impose à cet individu dans le système capitaliste produit son antidote illusoire : l'enfermement dans les ghettos de prétendues identités communautaires, le plus souvent de type para-ethnique et/ou parareligieux. Nous voulons construire une civilisation universelle qui regarde l'avenir sans nostalgie passéiste. Dans cette construction, la diversité politique citoyenne, et celle des différences culturelles et politiques des nations et des peuples, devient le moyen de donner aux individus des capacités renforcées de déploiement créateur.
4.- Construire la socialisation par la démocratie
Les politiques néolibérales veulent imposer un seul mode de socialisation par le marché, dont pourtant les effets destructeurs pour la majorité des êtres humains n'ont plus à être démontrés. Le monde que nous voulons conçoit la socialisation comme le produit principal d'une démocratisation sans rivages. Dans ce cadre, où le marché a sa place, mais pas toute la place, l'économie et la finance doivent être mises au service d'un projet de société et non pas être soumis unilatéralement aux exigences d'un déploiement incontrôlé des initiatives du capital dominant qui favorise les intérêts particuliers d'une infime minorité. La démocratie radicale que nous voulons promouvoir restitue tous ses droits à l'imaginaire inventif de l'innovation politique. Elle fonde la vie sociale sur la diversité inlassablement produite et reproduite, et non sur le consensus manipulé qui efface les débats de fond et enferme les dissidents dans des ghettos.
5.- Construire un monde fondé sur la reconnaissance du statut non marchand de la nature et des ressources de la Planète, des terres agricoles
Le modèle capitaliste néo-libéral assigne l'objectif de soumettre tous les aspects de la vie sociale, presque sans exception, au statut de marchandise. La privatisation et la marchandisation à outrance entraînent des effets dévastateurs sans précédents : la destruction de la biodiversité, la menace écologique, le gaspillage des ressources renouvelables ou non (pétrole et eau en particulier), l'anéantissement des sociétés paysannes menacées d'expulsions massives de leurs terres. Tous ces domaines doivent être gérés comme autant de biens communs de l'humanité. Dans ces domaines, la décision ne relève pas du marché pour l'essentiel, mais des pouvoirs politiques des nations et des peuples.
6.- Construire un monde fondé sur la reconnaissance du statut non marchand des produits culturels et des connaissances scientifiques, de l'éducation et de la santé
Les politiques néolibérales conduisent à la marchandisation des produits culturels et à la privatisation des grands services sociaux, notamment de l'éducation et de la santé. Cette option entraîne la production en masse de produits para-culturels de basse qualité, la soumission de la recherche aux priorités exclusives de la rentabilité à court terme, la dégradation - voire l'exclusion - de l'éducation et de la santé pour les classes populaires. Le renouvellement et l'élargissement des services publics doivent être guidés par l'objectif de renforcer la satisfaction des besoins et les droits essentiels à l'éducation, la santé et l'alimentation.
7.- Promouvoir des politiques qui associent étroitement la démocratisation sans limite définie à l'avance, le progrès social et l'affirmation de l'autonomie des nations et des peuples
Les politiques néo-libérales nient les exigences spécifiques du progrès social - qu'on prétend produit spontanément par l'expansion des marchés - comme de l'autonomie des nations et des peuples, nécessaire à la correction des inégalités. Dans ces conditions, la démocratie est vidée de tout contenu effectif, vulnérabilisée et fragilisée à l'extrême. Affirmer l'objectif d'une démocratie authentique exige de donner au progrès social sa place déterminante dans la gestion de tous les aspects de la vie sociale, politique, économique et culturelle. La diversité des nations et des peuples, produite par l'histoire, dans ses aspects positifs comme dans les inégalités qui l'accompagnent, exige l'affirmation de leur autonomie. Il n'existe pas de recette unique dans les domaines politique ou économique qui permettrait de faire l'impasse sur cette autonomie. L'objectif de l'égalité à construire passe par la diversité des moyens à mettre en ¦uvre.
8.- Affirmer la solidarité des peuples du Nord et du Sud dans la construction d'un internationalisme sur une base anti-impérialiste
La solidarité de tous les peuples - du Nord et du Sud - dans la construction de la civilisation universelle ne peut être fondée ni sur l'assistance ni sur l'affirmation qu'étant tous embarqués sur la planète, il serait possible de négliger les conflits d'intérêts opposant les différentes classes et nations constituant le monde réel. Cette solidarité passe par le dépassement des lois et valeurs du capitalisme et de l'impérialisme qui lui est inhérent. Les organisations régionales de la mondialisation alternative doivent s'inscrire dans la perspective du renforcement de l'autonomie et de la solidarité des nations et des peuples sur les cinq continents. Cette perspective contraste avec celle des modèles dominants actuels de régionalisation, conçus comme autant de blocs constitutifs de la mondialisation néo-libérale. Cinquante ans après Bandung, l'Appel de Bamako exprime aussi l'exigence d'un Bandung des peuples du Sud, victimes du déploiement de la mondialisation capitaliste réellement
existante, de la reconstruction d'un front du Sud capable de mettre en échec l'impérialisme des puissances économiques dominantes et l'hégémonisme militaire des Etats-Unis. Ce front anti-impérialiste n'oppose pas les peuples du Sud à ceux du Nord. Au contraire, il constitue le socle de la construction d'un internationalisme global les associant tous dans la construction d'une civilisation commune dans sa diversité.
III.- OBJECTIFS A LONG TERME ET PROPOSITIONS POUR L'ACTION IMMEDIATE
Pour passer de la conscience collective à la construction d'acteurs collectifs, populaires, pluriels et multipolaires, il a toujours été nécessaire d'identifier des thèmes précis pour formuler des stratégies et propositions concrètes. Ces thèmes de l'Appel de Bamako couvrent les 10 domaines suivants, en fonction d'objectifs à long terme et de propositions d'action immédiate.
Ces thèmes de l'Appel de Bamako, présentés plus en détail ci-dessous, se recoupent, sans toutefois se recouvrir totalement, les interconnexions entre eux étant multiples. Ils couvrent les dix domaines suivants, en fonction d'objectifs à long terme et de propositions d'action immédiate : l'organisation politique de la mondialisation ; l'organisation économique du système mondial ; l'avenir des sociétés paysannes ; la construction du front uni des travailleurs ; les régionalisations au service des peuples ; la gestion démocratique des sociétés ; l'égalité des sexes ; la gestion des ressources de la planète ; la gestion démocratique des médias et de la diversité culturelle ; la démocratisation des organisations internationales.
L'appel de Bamako est une invitation à toutes les organisations de lutte représentatives des vastes majorités que constituent les classes travailleuses et les exclus du système capitaliste néo-libéral, ainsi qu'à toutes les personnes et forces politiques qui adhèrent à ces principes, d'¦uvrer ensemble pour parvenir à la mise en ¦uvre effective de ces objectifs.
PROPOSITIONS DE L'APPEL DE BAMAKO
La constitution de synergies et de solidarités au-delà des frontières géographiques et sectorielles est la seule manière d'agir dans un monde globalisé et de déboucher sur des alternatives. Des groupes de travail continueront au cours de cette année d'approfondir et de concrétiser les thèmes abordés ci-dessous, pour à nouveau faire le point lors d'une nouvelle rencontre et de proposer des priorités stratégiques d'action.
1.- Pour un système mondial multipolaire fondé sur la paix, le droit et la négociation
Pour penser un système mondial multipolaire authentique qui rejette le contrôle de la planète par les Etats-Unis d'Amérique et garantisse l'ensemble des droits des citoyens et des peuples à disposer de leurs destinées, il est nécessaire :
1) de renforcer le mouvement de contestation contre la guerre et les occupations militaires, ainsi que la solidarité avec les peuples en lutte dans les points chauds de la planète. A cet égard, il serait très important que la manifestation mondiale contre la guerre en Irak et la présence militaire de l'Afghanistan prévue les 18 et 19 mars 2006, soit articulée avec :
- l'interdiction de l'usage et de la fabrication des armes nucléaires et la destruction de tous les arsenaux existants ;
- le démantèlement de toutes les bases militaires hors du territoire national, notamment celle de Guantanamo ;
- la fermeture immédiate de toutes les prisons de la CIA.
2) de refuser les interventions de l'OTAN hors d'Europe et d'exiger que les partenaires européens se dissocient des guerres préventives états-uniennes, tout en engageant une campagne destinée à sa dissolution.
3) de réaffirmer la solidarité avec le peuple de Palestine qui symbolise la résistance à l'apartheid mondial exprimé par le mur établissant la fracture entre « civilisation » et « barbarie ». A cet effet, le renforcement des campagnes pour exiger la démolition du mur de la honte et le retrait des troupes israéliennes des territoires occupés apparaît comme prioritaire.
4) d'élargir les campagnes de solidarité avec le Venezuela et la Bolivie, en tant que lieux de construction d'alternatives au néo-libéralisme et d'artisans d'une intégration latino-américaine.
Au-delà de ces campagnes, pourraient être envisagés :
- la constitution d'un réseau de chercheurs, travaillant en liaison étroite avec des associations de militants agissant au niveau local, à la construction de bases de données actualisées et exhaustives relatives aux bases militaires des Etats-Unis et de l'OTAN. Une information précise sur ces questions militaires et stratégiques permettrait d'accroître l'efficacité des campagnes menées pour leur démantèlement ;
- la création d'un Observatoire « Imperialism Watch » qui dénoncerait non seulement les guerres et leur propagande, mais aussi toutes les man¦uvres et pressions, économiques et autres, exercées sur les peuples ;
- la création d'un réseau anti-impérialiste mondial qui coordonnerait l'ensemble des mobilisations à travers la planète.
2.- Pour une réorganisation économique du système mondial
Dans la perspective d'une stratégie d'action pour transformer le système économique mondial, il est nécessaire de :
1) renforcer les campagnes de protestation contre les règles actuelles de fonctionnement de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) et pour la définition de règles alternatives (pour la sortie de l'OMC de l'agriculture, des services, de la propriété intellectuelle...).
2) créer des groupes de travail, en relation avec les associations et mouvements sociaux ayant déjà entrepris ce travail de longue date, pour établir, de la manière la plus sérieuse et exhaustive que possible, un état des lieux des propositions de mesures alternatives dans les domaines économiques les plus fondamentaux :
- l'organisation des transferts de capitaux et de technologies ;
- la proposition de régulations (« codes d'investissements » par exemple) précisant les droits des nations et des travailleurs ;
- l'organisation du système monétaire : contrôle des flux de capitaux (en particulier spéculatifs), suppression des paradis fiscaux, édification de systèmes régionaux de gestion des changes et leur articulation dans un système mondial rénové (remise en question du FMI et de la Banque mondiale,
- retour au principe de la primauté du droit des nations à définir leur système économique, abolition des entraves imposées par les décisions non négociées des organisations internationales...) ;
- l'élaboration d'une véritable législation concernant les dettes extérieures (exiger des Etats des audits permettant d'identifier les dettes odieuses) et le renforcement de la mobilisation, à très court terme, pour l'annulation de dette du Tiers Monde ;
- les réformes des services sociaux et de leur financement : éducation, santé, recherche, retraites...
3) créer des groupes de chercheurs spécialisés pour suivre les évolutions des mouvements de capitaux et des mécanismes de dépendance du capital financier national vis-à-vis du capital financier international.
4) créer des groupes de travail, avec site Internet et groupes de discussions, par pays et région, pour l'étude des structures de propriété du capital et des mécanismes de fonctionnement du capitalisme dans chaque pays et dans ses rapports avec le système financier international.
5) créer des lieux de formation de journalistes pour les informer sur les mécanismes complexes de la mondialisation néo-libérale.
6) mettre en contact, sous la forme de sites Internet connectés, les différentes associations d'économistes progressistes et militants engagés dans la recherche d'alternatives à la mondialisation néo-libérale dans chaque région du monde (Asie, Afrique, Amérique latine, Océanie, Europe, Amérique du Nord).
3.- Pour des régionalisations au service des peuples et qui renforcent le Sud dans les négociations globales
Partant du constat que le libre-échange, en favorisant les plus forts, est l'ennemi de l'intégration régionale et que cette dernière ne peut pas être réalisée selon ses règles, il est nécessaire de dégager les conditions d'une coopération alternative au sein de chaque grande région, comme aussi celles du renouveau de la Tricontinentale, en liaison étroite avec l'action des mouvements sociaux.
- En Amérique latine, face aux agressions des multinationales, les travailleurs ont inscrit la question de l'intégration régionale dans une perspective nouvelle, fondée sur des avantages coopératifs, et non plus sur des avantages comparatifs. Tel est le cas des expériences alternatives de coopération au Sud en matières de pétrole (Petrocaribe), de réduction de la dette (rachat de dettes entre pays du Sud) ou d'éducation et de santé (médecins cubains), par exemple. Ce sont des principes politiques qui doivent fonder cette coopération destinée à favoriser la croissance et la solidarité dans tous les pays, et non plus les règles imposées par l'OMC.
- En Afrique, l'aspiration à l'unité est très présente, de même que la conscience de l'impossibilité d'une résistance ou d'un développement isolés face aux pressions de la mondialisation néo-libérale. Les institutions d'intégration, nombreuses, y sont cependant inefficaces, et les plus actives sont celles héritées des périodes de la colonisation et de l'apartheid. L'Union africaine et son programme économique et social (NEPAD) n'intègrent aucune idée de résistance collective. C'est dans ce contexte que les sociétés civiles doivent prendre conscience la nécessité de dépasser leurs divisions. Pour les pays nord-africains des pourtours méditerranéens, les accords Euro-Méditerranée constituent un exemple supplémentaire de régionalisation menée aux dépends du Sud.
- En Asie, pour faire face à la mondialisation néo-libérale, et malgré les difficultés, des initiatives populaires pour une autre intégration régionale, réunissant nombre d'organisations des sociétés civiles, d'ONG, etc., se sont mis en marche dans la plupart des pays, aboutissant notamment à l'élaboration d'une charte populaire visant au renforcement de la coopération dans les échanges.
En conséquence, il paraît opportun de recommander, au-delà de l'intensification des campagnes contre les guerres et les menaces de guerres, les propositions suivantes :
1) pour l'Amérique latine : élargir les campagnes de soutien à l'ALBA, pour mettre définitivement en échec la stratégie états-unienne de l'ALCA, promouvoir l'indépendance et le développement dans la justice et l'équité entre les peuples et construire une intégration fondée sur la coopération et la solidarité qui sache s'adapter aux spécificités de ces derniers ; mobiliser les mouvements sociaux pour un élargissement et un approfondissement des processus d'intégration alternative, de type Petrocaribe ou Telesur ; promouvoir les échanges répondant à une logique coopérative ; et renforcer les articulations des actions organisations sociales et politiques pour mettre en ¦uvre ces recommandations.
2) pour l'Afrique : sensibiliser les mouvements des sociétés civiles sur la nécessité de formuler des propositions alternatives dans les initiatives africaines ; prendre en compte la nécessité d'articuler les actions entreprises aux niveaux régional et national ; lancer des campagnes pour la paix pour mettre fin aux conflits existants ou prévenir les risques de nouveaux conflits ; se départir de conceptions de l'intégration, fondée sur la race ou la culture.
3) pour l'Asie : contrecarrer l'expansion et la compétition du capital entre pays et renforcer la solidarité entre classes laborieuses des différents pays ; promouvoir le circuit local entre production et consommation ; promouvoir les sciences pour la reconstruction rurale.
Pour être efficace, la coopération entre pays du Sud doit exprimer la solidarité des peuples et des gouvernements qui résistent au néo-libéralisme et cherchent des alternatives dans la perspective d'un système mondial multipolaire.
4.- Pour la gestion démocratique des ressources naturelles de la planète
Le concept de « ressources naturelles » doit être subordonné à celui du vivant, et donc du droit à la vie, afin d'arrêter la dévastation et la déprédation de la planète. Il s'agit donc d'un principe vital et non d'une simple gestion des ressources naturelles. Ces dernières ne peuvent être utilisées au-delà de leur capacité de renouvellement, en les ajustant selon chaque pays. Des critères de leur utilisation doivent être définis pour garantir le développement et préserver la biodiversité et les écosystèmes. Il faut donc encourager le développement de substituts aux ressources non renouvelables. La marchandisation de la vie (commodification of life) se traduit par des guerres pour le pétrole, l'eau, etc. L'agrobusiness privilégie la culture de rente sur la culture de subsistance tout en imposant des modalités techniques qui produisent dépendances et destruction de l'environnement (contrats d'exploitation pour imposer certains matériels, engrais et semences comme les OGM).
Concrètement, deux niveaux d'actions sur l'environnement doivent être combinées : micro et macro. Au niveau macro, qui concerne les États, il serait souhaitable qu'un cadre interétatique de concertation multilatéral ait des moyens d'actions et de pression politique sur les États pour prendre des mesures globales. Le niveau micro concerne quant à lui les actions locales ou régionales, où la société civile a un rôle important à jouer, notamment pour diffuser l'information et changer les pratiques afin d'économiser les ressources et protéger l'environnement. Le niveau local doit être renforcé, les décisions étant trop souvent pensées au seul niveau macro.
Les actions suivantes pourraient en résulter :
1) constituer un tribunal international chargé de juger les crimes écologiques : les pays du Nord et leurs relais locaux pourraient alors être condamnés à payer des réparations aux pays du Sud (dettes écologiques) ;
2) rendre illégaux les contrats imposant une dépendance entre agriculteurs et fournisseurs de semences, et qui conduisent à l'esclavage technologique et à la destruction de la biodiversité ;
3) abolir les « droits à polluer » (pollution rights) et leur marché et obliger les pays riches à diminuer leur taux de production de dioxyde de carbone (5,6 tonnes par an et par personne pour les États-Unis) pour permettre aux pays pauvres (0,7 tonnes par an et par personne pour les pays hors G8) de s'industrialiser ;
4) interdire que les grands barrages, dans la mesure où ils sont vraiment nécessaires, soient construits sans compensation pour les populations déplacées (réfugiés économiques);
5) protéger les ressources biologiques et génétiques des brevets du Nord et qui appauvrissent les pays du Sud, qui constituent un vol de type colonial ;
6) combattre la privatisation de l'eau, telle que promue par la Banque Mondiale, même sous sa forme de partenariat privé-public (PPP, private-public partnership) et garantir une quantité minimum d'eau par personne dans le respect du rythme de renouvellement des nappes phréatiques ;
7) créer un Observatoire de l'Environnement (Ecologic Watch) susceptible de dénoncer et de réagir aux agressions caractérisées contre l'environnement.
5.- Pour un avenir meilleur des agricultures paysannes
Dans le domaine de l'agriculture paysanne, il existe d'abord des objectifs à moyen et long termes, liés à la souveraineté alimentaire et qui se situent à la fois aux niveaux national, international, multilatéral (celui de l'OMC) et bilatéral (Accords de partenariat économique [APE], négociés entre les pays ACP et l'Union européenne). Ensuite, au niveau national, cela concerne aussi bien la politique des prix et marchés agricoles que la politique des structures, l'accès des agriculteurs aux moyens de production et d'abord à la terre. A très court terme, en 2006, il s'agit de faire échouer la finalisation du Doha Round, ce qui facilitera le refus de conclure les Accords de partenariat économique. A cet effet, les propositions portent sur deux axes : les moyens pour imposer la souveraineté alimentaire à moyen terme, et comme préalable la mise en échec du Doha Round et les Accords de partenariat économique.
1) Propositions pour imposer la souveraineté alimentaire :
La souveraineté alimentaire est le droit qui doit être reconnu à chaque État (ou groupe d'États) de définir sa politique agricole intérieure et le type d'insertion qu'il souhaite dans le marché mondial, avec le droit de se protéger efficacement à l'importation et de subventionner ses agriculteurs à condition de s'interdire toute exportation de produits agricoles à un prix inférieur au coût de production total moyen sans subventions directes ou indirectes (en amont ou en aval). Elle est le bras de levier devant permettre à tous les pays de recouvrer leur souveraineté nationale dans tous les domaines. C'est aussi un outil de promotion de la démocratie puisqu'elle nécessite d'impliquer fortement les différents acteurs des filières agroalimentaires à la définition de ses objectifs et moyens, en commençant par les agriculteurs familiaux. Elle implique donc des actions de régulation aux niveaux national, sous-régional et international.
- Au niveau national :
Les États doivent garantir l'accès des exploitations paysannes aux ressources productives, et d'abord à la terre. Il faut arrêter de promouvoir l'agriculture d'agrobusiness avec accaparement de terres par les bourgeoisies nationales (dont fonctionnaires) et les firmes transnationales au détriment des exploitations paysannes. Cela implique de faciliter les investissements des exploitations familiales et de transformer les produits locaux pour les rendre plus attractifs aux consommateurs. L'accès à la terre de tous les paysans du monde doit être reconnu comme un droit fondamental. Sa mise en ¦uvre exige des réformes adéquates des systèmes fonciers et parfois des réformes agraires.
Pour faire partager l'objectif de la souveraineté alimentaire aux consommateurs urbains - condition indispensable pour que les gouvernements s'y engagent -, trois types d'actions sont à mener :
- encadrer l'action des commerçants qui pénalise les agriculteurs et consommateurs.
- faire des campagnes de sensibilisation des consommateurs sur le tort immense fait à l'agriculture et à toute l'économie par la dépendance des produits importés, qui sont pratiquement les seuls vendus, par exemple dans les supermarchés d'Afrique de l'Ouest.
- relever progressivement les prix agricoles par la hausse des droits à l'importation pour ne pas pénaliser les consommateurs au pouvoir d'achat très limité. Cela doit s'accompagner de la distribution à ceux-ci de coupons d'achat au prix ancien des produits alimentaires locaux, à l'image de ce qui se fait aux États-Unis, en Inde et au Brésil, et cela en attendant que les gains de productivité des agriculteurs aient fait baisser leurs coûts de production unitaires, leur permettant de baisser leurs prix de vente aux consommateurs.
- Au niveau sous-régional :
Pour que les États puissent recouvrer leur pleine souveraineté, et d'abord la souveraineté alimentaire, l'intégration politique régionale s'avère incontournable pour les petits pays du Sud. A cet effet, il faut réformer les institutions régionales actuelles, notamment, en Afrique, l'UEMOA et la CEDEAO, trop dépendantes de ces diverses méga-puissances.
- Au niveau international :
Faire pression pour que les Nations unies reconnaissent la souveraineté alimentaire comme un droit fondamental des États indispensable pour mettre en ¦uvre le droit à l'alimentation défini par la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1996. A ce niveau, quatre instruments de régulation des échanges agricoles internationaux sont à instaurer pour rendre la souveraineté alimentaire effective :
- Une protection efficace à l'importation, c'est-à-dire fondée sur des prélèvements variables garantissant un prix d'entrée fixe de manière à garantir des prix agricoles intérieurs minima sécurisant les investissements des agriculteurs et les prêts des banques, les droits de douane étant insuffisamment protecteurs face à des prix mondiaux fortement fluctuants, fluctuation aggravée par celle des taux de change.
- L'élimination de toutes les formes de dumping, en interdisant toute exportation au dessous du coût de production total moyen du pays sans subventions directes ou indirectes.
- Des mécanismes de coordination internationale de la maîtrise de l'offre, de manière à éviter des surproductions structurelles et à minimiser les surproductions conjoncturelles qui font s'effondrer les prix agricoles.
- La nécessité de sortir l'agriculture de l'OMC en confiant la régulation internationale des échanges agricoles à une institution des Nations Unies qui pourrait être la FAO. En particulier en réformant son organisation sur le modèle tripartite de l'OIT (Organisation internationale du travail), ce qui associerait à la régulation les représentants des syndicats agricoles (FIPA et Via Campesina) à côté de représentants des firmes agroalimentaires (qui agissent déjà dans l'ombre sur les gouvernements négociant à l'OMC) et des États.
2) Propositions à court terme pour mettre en échec le Doha Round et les Accords de partenariat économique :
Un enseignement majeur de la Conférence ministérielle de l'OMC à Hong Kong est que le Brésil et l'Inde, et avec eux le G-20, se sont distancés des intérêts des populations du Tiers Monde et se sont révélés des promoteurs les plus déterminés de la mondialisation néo-libérale. Puisque le Doha Round est un « paquet global » (single undertaking), il y a moyen de le mettre en échec. La société civile internationale, et d'abord les organisations paysannes du Nord et du Sud, pourront dans une campagne médiatique, montrer que ces subventions (particulièrement de la « boîte verte »), sont un instrument de dumping bien plus considérable que les subventions explicites à l'exportation, et le seront encore plus à partir de 2014 lorsque les premières auront été éliminées.
6.- Pour la construction du front uni des travailleurs
Deux des armes principales entre les mains de travailleurs sont le droit de vote et le droit de constituer des syndicats. La démocratie et les syndicats, jusqu'à présent, ont été construits principalement sur une base nationale. Cependant, la mondialisation néo-libérale est un défi pour les travailleurs du monde entier et le capitalisme mondialisé ne peut être affronté uniquement au niveau national. Aujourd'hui, la tache est double : renforcer le niveau national et simultanément mondialiser la démocratie et réorganiser une classe ouvrière mondiale.
Le chômage massif et le caractère croissant du travail informel sont une autre raison majeure pour repenser les organisations existantes des classes travailleuses. Une stratégie mondiale du travail doit considérer non seulement la situation des ouvriers au travail munis de contrats stables. L'emploi hors des secteurs formels concerne une partie croissante des travailleurs, même dans les pays industrialisés. Dans la plupart des pays du Sud, les travailleurs du secteur non formel - travailleurs avec des emplois temporaires, travailleurs des secteurs informels ; auto-emplois, les chômeurs, les vendeurs de rue, ceux qui vendent leurs propres services -, forment ensemble la majorité des classes travailleuses. Ces groupes sont en croissance dans la plupart des pays du Sud à cause d'un chômage élevé et du double processus, d'une part la raréfaction et l'informalisation des emplois garantis et d'autre part l'exode rural continu. La tâche la plus importante sera pour les travailleurs hors du
secteur formel de s'organiser et pour les syndicats traditionnels de s'ouvrir afin de réaliser une action commune.
Les syndicats traditionnels éprouvent des difficultés à répondre à ce défi. Toutes les organisations des travailleurs hors secteurs formels ne seront pas nécessairement des syndicats, ou organisations similaires et les syndicats traditionnels devront aussi se transformer. De nouvelles perspectives de construire ensemble, fondés sur des liens horizontaux et le respect mutuel, doivent se développer entre les syndicats traditionnels et les nouveaux mouvements sociaux. A cet effet, les propositions suivantes sont soumises à considération :
1) Une ouverture des syndicats vers une collaboration avec les autres mouvements sociaux sans essayer de les subordonner à la structure syndicale traditionnelle ou à un parti politique spécifique.
2) La constitution de structures syndicales effectivement transnationales afin de faire face aux employeurs transnationaux. Ces structures syndicales devraient avoir en même temps une capacité de négociation et un mandat d'organiser des actions communes au-delà des frontières nationales. A cet effet, un pas important serait d'organiser des structures syndicales fortes au sein de certaines transnationales. Ces dernières possèdent un réseau de production complexe et sont souvent très sensibles à toute rupture dans les chaînes de production et de distribution, ce qui indique vulnérabilité. Quelques succès dans les combats contre les transnationales pourraient avoir un impact réel sur les rapports de forces mondiaux entre capital et travail.
3) Le développement technologique et le changement structurel sont nécessaires pour améliorer les conditions de vie et éradiquer la pauvreté, mais les relocalisations de production ne sont pas aujourd'hui réalisées dans l'intérêt des travailleurs, sinon selon une logique exclusive de profit. Il est nécessaire de promouvoir une amélioration graduelle des salaires et des conditions de travail, une production locale croissant avec la demande locale et un système de négociation pour les relocalisations en tant qu'alternatives à la logique du profit et du libre-échange. Ces relocalisations pourraient faire partie de négociation transnationales, afin d'éviter que les travailleurs des différents pays soient forcés d'entrer en concurrence les uns avec les autres dans une lutte implacable.
4) Considérer les droits des travailleurs migrants comme une préoccupation de base pour les syndicats en assurant que la solidarité entre travailleurs ne soit pas liée à leur origine nationale. En effet, la ségrégation et la discrimination, que ce soit sur des bases ethniques ou autres, sont des menaces pour la solidarité de la classe travailleuse.
5) Veiller à ce que l'organisation transnationale future de la classe travailleuse ne soit pas conçue comme une structure unique, hiérarchique et pyramidale, mais bien comme une variété de différents types d'organisations, et une structure en réseau avec de nombreux liens horizontaux.
6) Promouvoir un front du travail réorganisé dans des structures couvrant aussi les travailleurs hors du secteur formel dans le monde entier, capable en action coordonnée d'affronter efficacement le capitalisme mondialisé.
Seul un tel mouvement global mondial et renouvelé des travailleurs, agissant ensemble avec d'autres mouvements sociaux pourra transformer le monde présent et créer un ordre mondial fondé sur la solidarité plutôt que sur la concurrence.
7.- Pour une démocratisation des sociétés devant permettre un plein développement humain
Les forces progressistes doivent se réapproprier le concept de démocratie, car une société alternative, socialiste, doit être pleinement démocratique. La démocratie ne se décrète pas d'en haut. Elle est un processus de transformation culturelle, car les personnes se transforment au travers de leurs propres pratiques. Il est donc indispensable que les acteurs des mouvements populaires et des gouvernements de gauche ou progressistes comprennent qu'il faut créer des espaces d'une réelle participation tant au niveau des lieux de travail qu'à celui des lieux géographiques de vie. Sans la transformation des personnes en acteurs protagonistes de leur histoire, on ne pourra point résoudre les problèmes des peuples : santé, alimentation, éducation, logement.... La chute des pays socialistes d'Europe de l'Est a beaucoup à voir avec cette absence de participation. Les citoyens de ces pays n'étaient plus guère motivés à défendre des régimes où ils étaient des observateurs et non des acteurs.
La lutte pour la démocratie doit aussi être liée à la lutte pour l'éradication de la pauvreté et de toutes les formes d'exclusion. En effet, si l'on veut résoudre ces problèmes, il faut que le peuple devienne le sujet du pouvoir. Cela implique la lutte contre la logique de profit du capital et de mettre en place, dans les espaces que l'on peut conquérir, une logique différente, humaniste et solidaire. Car, la seule affirmation de la nécessité d'une société alternative ne suffit plus et il est donc nécessaire de proposer des initiatives populaires qui soient des alternatives au capitalisme et qui cherchent à briser la logique marchande et les rapports que cette dynamique impose.
Mais il s'agit aussi d'organiser des luttes qui ne se réduisent pas à de simples revendications économiques, même si ces dernières sont nécessaires, et qui proposent un projet social alternatif, incluant de réels niveaux de pouvoir et de démocratie, dépassant les formes actuelles de la démocratie représentative, parlementaire, électoraliste. Il est donc nécessaire de lutter pour un nouveau type de démocratie, venant d'en bas, pour ceux d'en bas, par le biais des gouvernements locaux, des communautés rurales, des fronts de travailleurs, des citoyens... Cette pratique démocratique, solidaire, sera la meilleure manière d'attirer de nouveaux secteurs sociaux dans une lutte pour la société alternative pleinement démocratique.
Afin de concrétiser les principes énoncés, les grandes lignes suivantes sont proposées :
- Inscrire la démocratie dans l'ensemble des conditions qui caractérisent les mouvements d'émancipation et de libération, dans leur dimension individuelle et collective.
- Reconnaître que l'échec du soviétisme et des régimes issus de la décolonisation résultent en grande partie de leur déni des libertés et de leur sous-estimation de la démocratie. L'élaboration d'alternatives doit intégrer ce constat et donner une place prééminente à la construction démocratique.
- Contester le double discours des puissances dominantes promptes à donner des leçons de démocratie. Le cynisme de l'impérialisme américain est particulièrement insupportable alors qu'ils se manifestent comme fauteurs de guerres, de tortures, de violations de libertés. Pour autant, cela ne saurait servir de prétexte à limiter les libertés et l'exercice de la démocratie.
- Récuser la conception dominante de la démocratie avancée par les Etats-Unis et les puissances occidentales. La démocratie ne peut être définie comme l'acceptation des règles du marché et la subordination au marché mondial, d'élections pluralistes contrôlées de l'extérieur et d'une idéologie réductrice des droits de l'homme. Ce type de démocratie consiste à imposer l'expansion de la marchandisation en la liant arbitrairement à l'importance reconnue des élections libres et du respect des droits. On ne fait pas alors que restreindre la démocratie, on en pervertit le sens.
- Reconnaître qu'il existe une forte dialectique entre démocratie politique et démocratie sociale, car une démocratie politique est incomplète et ne peut durer si persistent les inégalités et l'exploitation et l'injustice sociale. Une démocratie sociale ne peut progresser sans lutte contre l'oppression et les discriminations, tout en rappelant qu'aucune politique sociale ne peut justifier l'absence de libertés et le non-respect des droits fondamentaux.
- Affirmer que la démocratie nécessite une participation effective et croissante de la population, des producteurs et des habitants. Celle-ci implique une transparence dans les processus de décision et dans les responsabilités et elle n'annule pas l'importance de la démocratie représentative. Au contraire, elle la complète et l'approfondit.
- Puisque la démocratie doit faciliter la lutte contre la pauvreté, les inégalités, les injustices et les discriminations, elle doit laisser une place stratégique aux pauvres et aux opprimés, à leurs luttes et à leurs mouvements. Dans ce sens la démocratie dans le fonctionnement de ces mouvements concourre à leur pérennité et à leurs succès.
- La démocratie dans le mouvement altermondialiste est une indication de l'importance que le mouvement accorde à la démocratie dans ses orientations. Elle implique un renouvellement de la culture politique et de la culture d'organisation, une attention particulière accordée à la question de l'autorité et de la hiérarchie. A cet effet, une des propositions d'action immédiate est de mener une campagne pour que les mouvements d'éducation populaire fassent une place importante à l'éducation citoyenne et à l'éducation à la démocratie et que cette dimension soit présente dans l'enseignement. Rappelons, en effet, que le mouvement altermondialiste est porteur d'un projet foncièrement démocratique. Il revendique l'accès pour tous aux droits fondamentaux. Il s'agit des droits civils et politiques et notamment des droits à la libre organisation et à la libre expression qui sont les fondements des libertés démocratiques. Il revendique aussi les droits économiques, sociaux, culturels et environne
mentaux qui sont les fondements de la démocratie sociale. Il revendique enfin les droits collectifs et les droits des peuples à lutter contre l'oppression et contre les violences qui leurs sont imposées. Il s'agit là de la définition d'un programme de mise en ¦uvre de la démocratie.
- Le mouvement altermondialiste reconnaît aussi l'importance des services publics comme un des moyens essentiels de garantir l'accès aux droits pour tous et l'égalité des droits. Il défend les luttes des travailleurs et des usagers des services publics. Il met en avant les propositions issues des mouvements de défense des services publics, et notamment des services d'éducation et de santé. Par exemple pour la santé l'accès à une liste de médicaments gratuits et le refus des monopoles, de la dictature des brevets et de la prétention à breveter le vivant.
- La lutte pour la démocratie doit tenir compte des différents niveaux d'intervention suivant les espaces. Nous en retiendrons cinq : l'entreprise, la démocratie locale, la démocratie nationale, les grandes régions, la démocratie mondiale. Pour chacun de ces niveaux, à titre d'illustration, une action peut être proposée. Le choix des priorités résultera du débat stratégique.
1) La démocratie dans l'entreprise est une revendication majeure. Elle implique la reconnaissance du pouvoir des travailleurs, des usagers et des collectivités publiques territoriales et nationales. Elle nécessité le refus de la dictature des actionnaires et de la logique destructrice du capital financier. Elle débouche sur le contrôle des décisions, et notamment des délocalisations. La mise en valeur des formes innovantes d'auto-organisation et de mutualisation est une des manières de revendiquer la pluralité des formes de production et de refuser la fausse évidence de l'efficacité de l'entreprise capitaliste privée. Le mouvement pour la responsabilité sociale et environnementale des entreprises présente un grand intérêt, malgré les risques de récupération, à condition de déboucher sur des normes publiques contraignantes dans le droit international.
2) La démocratie locale répond à la demande de proximité et de participation. Elle repose sur des institutions locales qui doivent garantir les services publics et qui augurent d'une alternative au néo-libéralisme préférant le niveau local et la satisfaction des besoins à l'ajustement de toute la société au marché mondial. Elle permet de renouveler la citoyenneté, notamment à travers celle de résidence et de ses conséquences en termes de droits de vote.
3) La démocratie nationale reste l'échelon stratégique. Les questions des identités, des frontières, du respect des droits des minorités, de la légitimité des institutions participent aux fondements de la souveraineté populaire. Les politiques publiques peuvent être des espaces d'affrontement contre le néo-libéralisme. La redistribution des richesses fondée sur la fiscalité est à défendre et à étendre. Des mesures comme le revenu minimum et la couverture sociale fondée sur la solidarité entre générations ne sont pas réservées au pays riches, mais découlent des conditions du partage entre rémunérations du travail et profits spécifiques à chaque société.
4) Les grandes régions peuvent être aussi bien des vecteurs de la mondialisation néo-libérale, comme dans l'Union Européenne, que des contre-tendances et des lieux de résistance, comme le montre les évolutions du Mercosur et la mise en échec de l'ALCA. De ce point de vue, les forums sociaux continentaux ont des enjeux considérables.
5) La démocratie mondiale est une perspective de réponse à la mondialisation néo-libérale. Dans la situation actuelle, les mobilisations prioritaires portées par le mouvement altermondialiste sont : l'annulation de la dette, la remise en cause fondamentale de l'OMC, la suppression des paradis fiscaux, la taxation internationale et tout particulièrement celle du capital financier (transferts de capitaux, profits des firmes transnationales, écotaxes...), une réforme radicale des institutions financières internationales (avec notamment le principe un pays, une voix), la réforme des Nations unies dans le respect des droits des peuples et le refus de la guerre préventive.
Il serait donc nécessaire de : se doter d'un Observatoire de la Démocratie, qui soit en mesure de résister à l'hégémonie des pays dominants, au premier rang desquels les États-Unis, et à leur discours fallacieux sur la démocratie ; encourager le contrôle citoyen ; promouvoir les formes démocratiques inventées et mises en ¦uvre par les mouvements sociaux et citoyens.
8.- Pour l'éradication de toutes les formes d'oppression, d'exploitation et d'aliénation des femmes
Les formes du patriarcat sont multiples, comme ses liens avec l'impérialisme et le néo-libéralisme. Il est important et nécessaire d'en analyser l'impact sur les femmes. Le concept de patriarcat se réfère à la domination du père/patriarche et a servi à décrire un modèle familial dominé par les hommes ayant autorité sur tous les autres membres de la famille. Le modèle n'est certes pas universel, nombre de sociétés africaines ayant été matrilinéaires ou à régime dualiste, avec des lignages paternels et utérins qui ont leurs rôles pour l'individu. Ce système patriarcal s'est étendu avec l'essor des religions abrahamiques et des idéologies et législations coloniales. Aujourd'hui, le patriarcat désigne surtout la domination masculine, l'inégalité entre les sexes au détriment des femmes et leurs multiples formes de subordination. La famille qui socialise l'enfant reste le lieu premier de la « domestication » des filles et des femmes. Cette hiérarchisation des sexes est d'autant plus marqué
e qu'elle est soutenue par des normes culturelles et des valeurs religieuses menant à l'appropriation des capacités productives et reproductives des femmes. L'État renforce ce pouvoir patriarcal avec ses politiques et ses codes de la famille. Des discriminations persistent dans les relations au sein de la sphère familiale, dans l'éducation, dans l'accès aux ressources naturelles, matérielles et financières, à l'emploi, dans la participation au pouvoir politique, etc. Malgré une avancée sensible des droits des femmes, la domination masculine s'inscrit encore durablement avec
la « masculinisation » des institutions que reproduisent les organisations néo-libérales.
L'analyse des rapports entre patriarcat et impérialisme et le bilan, mitigé, des luttes des femmes contre ces systèmes amène à proposer plusieurs actions :
1) Rompre avec la marginalisation de la question des femmes, qui aboutit à un apartheid politique et scientifique. La question du genre étant transversale, elle doit être prise en compte dans toutes les recommandations.
2) Poursuivre le lobbying des organisations de la société civile et de la classe politique, de façon à renforcer l'alliance entre organisations féministes et forces progressistes et inscrire dans leur agenda le plaidoyer en faveur des femmes, comprenant :
- la lutte contre l'image de leur position d'infériorité dans les discours sociaux, politiques, culturels et religieux de la société globale ;
- le développement de l'éducation et de la formation des femmes afin de briser l'internalisation de cette position d'infériorité;
- la diffusion d'une meilleure conscience de leurs rôles actifs dans la société ;
- l'incitation des hommes à s'interroger sur cette domination masculine pour en déconstruire les mécanismes ;
- le renforcement des dispositions juridiques pour une égalité effective entre les sexes ;
- l'accroissement de leur représentation dans les institutions (parité).
3) Rendre visible l'histoire des femmes, leurs actions individuelles et collectives, notamment :
- le projet d'attribution du prix Nobel de la Paix 2005 à Mille femmes, institution mise sur pied par des associations de Hong Kong ;
- la campagne de Women say no to war contre la guerre en Irak ;
- diverses campagnes sur des sujets d'actualité ou des projets de société.
4) Promouvoir le droit fondamental des femmes à disposer de leur corps physique et mental, à contrôler elles-mêmes les décisions relatives à leur choix de vie : éducation, emploi, activités diverses, mais aussi sexualité et fécondité (droit à la contraception, choix de la fécondité, droit d'avortement...), le corps des femmes étant le site d'oppressions et de violences de toutes natures.
5) Soutenir la réflexion théorique, à partir des expériences féminines, pour aller à l'encontre de la domination masculine, et renforcer les perspectives des femmes sur diverses questions affectant la société afin d'ouvrir de nouveaux horizons pour la recherche et l'action, en matières notamment de population, dans le prolongement de la Conférence du Caire sur la population (1994), ou d'environnement, à la suite du Sommet de la terre à Rio de Janeiro (1992), au cours duquel les femmes ont exigé le droit de vivre dans un environnement sain.
6) Développer les bases de données et un portail Internet sur les rapports entre les femmes et l'impérialisme et le néo-libéralisme.
9.- Pour la gestion démocratique des médias et de la diversité culturelle
1) Pour le droit à l'éducation :
En amont du droit à la culture, du droit à l'information et du droit d'informer, se pose le problème fondamental du droit à l'éducation. Ce droit, s'il est officiellement reconnu partout, reste sans effectivité dans de nombreux pays, et tout particulièrement pour les filles. C'est donc une tâche prioritaire pour tous les mouvements sociaux que de faire pression sur les gouvernements pour qu'ils remplissent leurs obligations les plus élémentaires dans ce domaine.
2) Pour le droit à l'information et le droit d'informer :
- Initiatives en direction des grands médias
Le droit à l'information et le droit d'informer entrent en contradiction avec la logique générale du système médiatique. Par sa concentration croissante à l'échelle mondiale, il est en effet non seulement partie prenante directe, et bénéficiaire des mécanismes de la mondialisation néo-libérale, mais également vecteur de son idéologie. Il faut donc lutter pied à pied pour mettre des grains de sable dans cette entreprise de « formatage » des esprits, qui prétend faire accepter comme inévitable et même souhaitable l'ordre néo-libéral. A cette fin, des campagnes doivent être lancées dans chaque pays, dans le cadre d'une coordination internationale :
- pour des initiatives législatives visant à lutter contre la concentration des médias ;
- pour des initiatives législatives visant à garantir l'autonomie des rédactions par rapport aux actionnaires et propriétaires, en encourageant, là où elles n'existent pas, la création de sociétés de journalistes, et en leur donnant des pouvoirs réels ;
- pour l'éducation à la critique des médias dans le système scolaire et dans les organisations populaires.
- Favoriser les médias alternatifs
Les médias alternatifs et à but non lucratif, sous toutes leurs formes (papier, radio, télévision, Internet), jouent déjà un rôle important pour une information pluraliste et non soumise aux diktats de la finance et des multinationales. C'est pourquoi il faut exiger des gouvernements que ces médias bénéficient de conditions réglementaires et fiscales privilégiées. Un Observatoire des Médias alternatifs pourrait identifier les législations les plus avancées existant actuellement dans le monde. A l'instar de ce que font les propriétaires et directeurs des grands médias, il serait utile d'organiser chaque année une rencontre des responsables des médias alternatifs du monde entier, éventuellement dans le cadre du processus des Forums sociaux mondiaux.
- Ne pas laisser le monopole des images du monde aux télévisions du Nord. Les grandes chaînes de télévision internationale du Nord, comme CNN, ont longtemps bénéficié d'un monopole de fait et donné une vision du monde correspondant aux intérêts des puissances dominantes. Dans le monde arabe, la création d'Al-Jazeera a permis, avec un grand professionnalisme, de rompre avec la vision unilatérale des conflits du Proche-Orient. Le récent lancement de Telesur permet à l'Amérique latine de ne plus se voir seulement à travers le prisme des médias nord-américains. La création d'une chaîne africaine répond à un besoin identique, et tous les efforts doivent être déployés pour qu'elle voie le jour.
3) Pour le droit de s'exprimer dans sa langue :
Pour toutes les élites off-shore de la planète, l'usage de l'anglais est le premier des signes de reconnaissance. Il existe un lien logique entre la soumission volontaire ou résignée à l'hyper-puissance états-unienne et l'adoption de sa langue comme unique outil de communication internationale. Or le chinois, les langues romanes - si l'on promeut l'intercompréhension au sein de la grande famille qu'elles forment - et demain l'arabe ont tout autant vocation à jouer parallèlement ce rôle. C'est affaire de volonté politique. Pour lutter contre le « tout-anglais », les mesures suivantes devraient être encouragées :
- Se donner comme objectif, dans les systèmes éducatifs, et quand les conditions le permettent, d'enseigner deux langues étrangères (et pas seulement l'anglais) pour des compétences actives et passives (comprendre, parler, lire, écrire) et une ou deux autres langues pour des compétences passives (lire et comprendre oralement).
- Mettre en pratique, dans les systèmes éducatifs, les méthodes d'intercompréhension des langues romanes (espagnol, catalan, français, italien, portugais, roumain qui sont langues officielles dans 60 pays). C'est quand chacun parle sa langue et comprend celle de son interlocuteur que la communication est la plus efficace.
- Dans le cas spécifique de l'Afrique, faire de l'enseignement et de la promotion des langues nationales une priorité politique de l'Union africaine.
Créer un fonds international de soutien à la traduction du maximum de documents dans les langues des pays à faibles ressources, en particulier pour qu'elles soient présentes sur Internet.
10.- Pour la démocratisation des organisations internationales et l'institutionnalisation d'un ordre international multipolaire
Les Nations unies constituent une institution des peuples, qui représente à ce titre un acquis. Mais il s'agit aussi d'un lieu de rapport de forces entre États, dont l'impact peut s'avérer ambivalent, voire négatif, dans le cas de certains peuples ou en certaines circonstances. Des transformations sont donc nécessaires, dans la mesure où l'hégémonie des pays les plus puissants a pour effet l'instrumentalisation à leur profit de l'ONU. Il est par conséquent proposé les initiatives suivantes :
1) Démocratiser l'espace que signifie les Nations unies ;
2) Initier les « réformes » de l'institution de l'ONU dans le but de limiter les inégalités de rapports de forces entre États ;
3) Agir sur les gouvernements qui constituent l'ONU, et pour cela, constituer dans chaque pays un Observatoire qui permette une transparence de l'action des gouvernements au sein des Nations unies, des organismes spécialisés et des instances créées à Bretton Woods (FMI, Banque mondiale, OMC) ;
4) Refinancer les organisations spécialisées telles que la FAO ou l'OMS, pour éviter leur dépendance vis-à-vis d'entreprises transnationales ;
5) Assurer une présence étendue et effective des mouvements sociaux et des organisations non gouvernementales au sein des institutions internationales ;
6) Promouvoir des Cours internationales de Justice, notamment concernant les crimes économiques, en évitant qu'elles soient instrumentalisées par les puissances dominantes, et, dans le même temps, constituer des tribunaux d'opini
19:40 Publié dans 06 Grain de sable (courriels d'ATTAC). | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



