13.04.2008

Me Pierrat: voyage au pays des nouveaux censeurs

Par Hubert Artus A l'occasion de la sortie du "Livre noir de la censure", état des lieux de la question proposé par un homme qui -pour partie- en vit. VOIR LES VIDEOS

Emmanuel Pierrat est une figure en vue de l’édition parisienne. Avocat au barreau de Paris, cet homme né en 1968 est spécialiste du droit de la presse et de la communication. Aussi plaide-t-il régulièrement des affaires de "censure" (Houellebecq, Skorecki, ou encore la plainte de l’Opus Dei contre "Camino 999 " que nous révélions ici il y a un an).

Passionné de littérature et d’histoire des mœurs, il est aussi directeur de collections de "curiosa" (entendez livres tendancieux, en général érotiques), auteur d’essais sur la question ("Le sexe et la loi") et romancier.

Le sujet est vaste. "Le livre noir de la censure" en délimite très précisément les contours. Les dangers. Ces dangers, nous vous les présentons ici, dans la version longue de l’entretien en vidéo, où ils sont défrichés:

Le chéquier, premier agent de la censure

Pierrat a dirigé l’ouvrage collectif, travaillant avec une équipe de dix juristes, philosophes, essayistes et journalistes. Le livre n'y va pas par quatre chemins: la censure est omniprésente.

Dans la forme "connue" de la censure, les poursuites étaient diligentées par le pouvoir politique. De nos jours, ce dernier ne se hasarde plus à une telle intervention, trop risquée dans la civilisation des sondages. Ce sont des associations qui ont repris le flambeau, des "ligues de vertu", des organisations qui, pour Pierrat, sont des "cache-sexes" qui militent pour leur propre vision du monde et des mœurs. Désormais "privatisée", la censure étend son territoire et son influence. Elle prend de nouveaux habits. Et change sa garde-robe selon les cas. Pierrat pointe particulièrement deux entités:

-Les "ligues de vertu et de morale" tout d’abord. "De tous bords", ajoute-t-il. Le danger? "Chaque procès qu’ils intentent a un coût: frais d’avocats, dommages et intérêts. Des répercutions plus redoutables que le cachot."

-Les entreprises. Auparavant, elles se contentaient de couper les budgets publicitaires des médias trop agressifs, par trop dénonciateurs. Aujourd’hui, elles attaquent en justice. "Leur puissance de feu est colossale au regard du potentiel de contre-attaque des éditeurs, journalistes, écrivains."

Regroupés en conglomérats financiers et boursiers, gouvernés par des magnats, les mastodontes de l’industrie possèdent la majeure partie du secteur mondial de l’information. N’hésitant pas à couper ce qui dépasse, ce qui dénonce, quand un journaliste s’approche trop des amis au pouvoir… Mais ces géants boursiers possèdent aussi le secteur de l’édition et sont donc à même d’intervenir a priori sur le contenu… (Voir la vidéo)

Google, deuxième agent mondial de la censure

Parmi les sujets abordés dans "Le livre noir de la censure": les nouvelles technologies. Un chapitre composé par Florent Latrive, qui travaille pour le site Web du journal Libération. Pour lui, Internet est "un média hippie et militaire" à même d’être le pire ennemi de la censure:

"Non seulement l’Internet semble vider de sa substance l’idée même de la censure, mais il transforme la moindre mise à l’index en véritable teaser pour le discours interdit."

Dans son chapitre, Latrive n’oublie pas la Chine: "Le régime de filtrage chinois est l’exemple le plus sophistiqué de son genre dans le monde." Et de pointer le rôle de Yahoo, Google ou Microsoft dans l’épuration de Tien An Men sur les moteurs de recherche chinois, ou encore dans les poursuites contre la bloggeuse Lian Yue ou le dissident Shi Tao. Comme l'explique Pierrat, Google a pactisé avec le pouvoir chinois pour obtenir le marché des JO. L'arme du célèbre moteur de rechecrhe: le référencement, le nerf de la guerre sur le Net. Un référencement partiellement biaisé par l’argent: plus on aligne, mieux on peut etre référencé. (Voir la vidéo)

Photoshop et le réel: les nouveaux censeurs

Centre névralgique du contrôle des psychés: les mœurs. Alibi systématique: la jeunesse. Les lois sur les publications à destination de la jeunesse pleuvent, au motif que si des adultes peuvent avoir accès à des oeuvres sulfureuses, nos enfants aussi peuvent les voir.

Ce principe de précaution ne se contente pas d’attaquer la vie quotidienne. Il s’agit, à présent, de rendre la fiction identique au réel, en tout point. Le triomphe du droit sur l’imaginaire. Dans le monde actuel, quand un personnage commet un meurtre sordide, mieux vaut pour l’auteur de roman qu’il ait mis son casque en enfourchant sa moto. Dans les films d’aujourd’hui, les personnages ne fument plus; et on convoque Photoshop pour ôter sa clope à Lucky Luke dans les rééditions de ses aventures, on enlève la cigarette des lèvres de Malraux, on casse sa pipe une seconde fois à Jean-Paul Sartre…

L’avocat, qui a défendu des artistes suspectés d’outrage aux bonnes moeurs (Houellebecq, Bénier-Bürckel, Skorecki) s’avoue fasciné par "ce mouvement général qui tend à rendre les personnages de fiction responsables". Pour autant, il avoue se trouver face à un paradoxe: le défenseur des outragés ne veut pas de codes qui, seul moyen de lutte, créeraient des cases spécifiques à la littérature et aux romans.

On se rappelle que le dernier Garde des Sceaux français à être intervenu dans le champ fictionnel est Dominique Perben, dans la loi Perben II de mars 2004. Qu’évoque à l’avocat Pierrat son actuelle ministre de tutelle, Rachida Dati? (Voir la vidéo)

VOIR LES VIDEOS

Ne croyez surtout pas que "Le livre noir de la censure" vous plonge dans une société orwelienne: ce portrait de nos censeurs est un balayage divertissant autant qu’alarmant de nos moeurs. C’est, surtout, un manuel de responsabilisation démocratique.

► "Le livre noir de la censure" par Emmanuel Pierrat, Magaly Lhotel (avocate), Florent Latrive (journaliste), Sophie Viaris de Lesegno (avocate), Aurélie Chavagnon (avocate), Geoffroy de Lagasnerie (enseignant), Caroline Fourest (essayiste, journaliste, rédactrice en chef de la revue ProChoix), Fiametta Venner (politologue), Béatrice Chapaux (magistrale belge), Guillaume sauvage (avocat) et Flore Masure (avocate) sous la direction d’Emmanuel Pierrat (Le Seuil, 351 pp., 21,50€).

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11.02.2008

Les enseignements de « Mai 68 : Histoire sans fin »

Les enseignements de « Mai 68 : Histoire sans fin »
Jean Claude Gawsewitch éditeur, novembre 2007
mercredi 6 février 2008 par Ernest Simon


Plutôt que de résumer « Mai 68 : Histoire sans fin » de G. Filoche, cet article tire les enseignements politiques de cet ouvrage.
Les biographies politiques rencontrent deux publics : celui qui a vécu les évènements et y retrouve ses combats, et celui qui cherche à comprendre les évènements passés pour en tirer des conclusions politiques pour l’avenir. « Mai 68 : Histoire sans fin » n’échappe pas à la règle : l’ouvrage ravira la génération née en politique avec 68. C’est aussi un instrument précieux pour les générations suivantes qui peuvent bénéficier des enseignements politiques que l’auteur tire de son expérience militante.

L’importance de la démocratie
Le respect des règles démocratiques est forcément lié à tout programme socialiste. La démocratie n’est pas une technique, ni un supplément d’âme, mais un droit et un ensemble de droits. Elle conditionne le parti, le syndicat, le pouvoir quel qu’il soit, c’est une méthode d’action, une pédagogie et une garantie essentielle, une protection, une surveillance, un échange. Elle doit être méticuleuse, définie jusque dans ses détails : « la procédure est sœur jumelle de la liberté » disait le jeune Marx.

S’adresser pédagogiquement aux salariés
La praxis est la traduction de cette pratique démocratique : il faut partir des besoins immédiats et y insuffler la perspective politique. Inutile de crier à « la révolution » quand on n’a qu’une minute pour parler, ça ne déclenche rien ni n’éduque personne. Il faut partir des besoins élémentaires puis, une fois le mouvement lancé, introduire le maximum d’histoire, de politique, de stratégie, d’ambition pour l’avenir, de programme de transformation sociale. Les masses en mouvement sont alors une force matérielle formidable, d’une lucidité à laquelle les dirigeants ont intérêt à répondre rapidement.

Un syndicalisme indépendant mais pas neutre
Dans cette lutte, le syndicat est un outil précieux des salariés. Diviser le mouvement syndical sur des a priori idéologiques est néfaste et toujours favorable au final aux gouvernements bourgeois. Il faut développer et non pas contourner les syndicats. Tout salarié y a sa place quelles que soient ses opinions philosophiques, politiques ou religieuses. Mais le syndicalisme n’est pas apolitique : tous les courants d’idées peuvent y être présents s’ils se respectent entre eux et jouent le jeu de la démocratie syndicale. Le syndicat doit être indépendant mais pas neutre.

Les mouvements sociaux et les rapports de force de long terme
Dans toute crise sociale, il y a des moments charnières : d’abord des tests, des attentes, une montée en puissance, puis, lorsque le pouvoir est directement en jeu, soit il existe une réponse ferme et déterminée des syndicats, de la gauche, qui pèse alors de façon décisive pour la victoire, soit l’ancien pouvoir chancelant se ressaisit, il reçoit l’appui des forces conservatrices qui reprennent espoir, il manoeuvre et l’emporte, renversant la situation aussi vite et profondément que possible. Entre ces termes, c’est une véritable thérapie collective, la conscience de millions de personnes évolue, s’enhardit : il n’y a plus de fatalité. De tout cela, il reste des acquis profonds. Si 68 est devenu incontournable dans la vie politique française, c’est que la bourgeoisie, le patronat, la droite a compris que la classe salariale, en dépit des freins syndicaux et politiques d’alors, pouvait se mettre puissamment en marche. Les rapports de force en furent durablement marqués et l’exception du modèle social issu de l’après-guerre se vit confortée. Depuis, les gouvernements cherchent à éviter de passer en force, ils guettent les soubresauts, traitent avec prudence les mobilisations de la jeunesse, ne prennent pas trop de front les revendications sociales. D’ailleurs, mai 81 n’est-ce pas la traduction politique et institutionnelle différée de Mai 68 ?

Savoir pour qui on se bat, avec qui
Il faut enfin savoir distinguer son camp. Les attaques incessantes contre le PS sont contre-productives : sa continuité historique, théorique, organisationnelle, ses liens avec le mouvement syndical et social, et sa place dans les mouvements sociaux, en font bel et bien un parti de gauche. Il est aujourd’hui, malgré ses détracteurs, et ses grandes faiblesses, l’instrument de la gauche, des salariés pour exprimer leur mécontentement et leurs aspirations. Plutôt que d’être à la marge, il faut donc être au cœur de la gauche et peser tant que possible pour infléchir la ligne du PS. Il faut pour cela associer tous les partis de gauche. Sans unité de la gauche, rien de grand ne s’est jamais fait. Et il n’y a rien de pire que de nouer des alliances contre nature (avec le centre, c’est-à-dire avec un pan de la droite). Au final, il est impératif de savoir distinguer son camp, qu’il faut unir, de celui de l’adversaire, que l’on combat d’autant mieux que l’on est rassemblé et attentif à ses légitimes sensibilités.

Ernest Simon

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07:36 Publié dans 002 RECONSTRUIRE LA GAUCHE : Devoir d'audace ! , 009 LIRE , Actualités , Associations , Loisirs/Culture , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

24.12.2007

Julien GRACQ : Une personnalité discrète, à l'opposée du Président Blingbling, alias Sarkozy

L'écrivain Julien Gracq est mort


PARIS (Reuters) - Auteur discret et peu sensible aux honneurs, l'écrivain Julien Gracq est mort samedi à l'âge de 97 ans à Angers, dans le Maine-et-Loire.

Il avait refusé en 1951 le prix Goncourt pour "Le rivage des Syrtes" et se définissait comme une "survivance folklorique" en raison de son hostilité à l'évolution du monde de l'édition.

"J'ignore non seulement l'ordinateur, le CD-Rom et le traitement de texte, mais même la machine à écrire, le livre de poche, et, d'une façon générale, les voies et moyens de promotion modernes qui font prospérer les ouvrages de belles-lettres", écrivait-il dans le Monde des livres daté du 5 février 2000.

De nombreuses personnalités politiques et culturelles ont salué la mémoire de l'un des plus grands écrivains français du XXe siècle, qui a construit "une pensée originale et une oeuvre puissante."

De son vrai nom Louis Poirier, Julien Gracq vivait retiré dans son village natal, Saint-Florent-le-Vieil, près d'Angers, et menait une vie "très éloignée des cercles littéraires et des parades mondaines", selon son éditeur, José Corti.

Né le 27 juillet 1910, il était cependant entré de son vivant, en 1989, dans la prestigieuse collection de Gallimard, la Pléiade.

Jamais édité en poche, il est resté fidèle à des tirages limités qui ne l'ont pas empêché de jouir d'un grand prestige dans le monde des lettres.

"C'était un homme qu'une fiche signalétique n'aurait pu définir que comme moyen en tout. Il n'y a en effet rien de commun entre l'homme et l'oeuvre ; entre le Gracq réservé que l'on rencontre, le professeur froid dont les élèves disent qu'il ne se déride jamais mais fait d'excellents cours et l'écrivain qui a miraculeusement peint les enchantements d'Argol, les féeries de la forêt des Ardennes, les magies de la mer des Syrtes ; qui nous a rendu sensible le poids écrasant du Destin, et qui est le vrai Gracq ; celui que l'on tiendra un jour pour l'un des plus grands écrivains de notre époque", disait José Corti.

"AU CHÂTEAU D'ARGOL"

Les bords de Loire et le pensionnat ont marqué l'enfance de Julien Gracq, qui a fréquenté un lycée de Nantes, le célèbre lycée Henri-IV à Paris puis l'École normale supérieure et l'École libre des sciences politiques.

Agrégé d'histoire, Julien Gracq commence sa double activité en 1937. D'une part, il entreprend son premier livre, "Au château d'Argol", et, de l'autre, il commence à enseigner, successivement aux lycées de Quimper, Nantes, Amiens, et se stabilise au lycée Claude-Bernard à Paris à partir de 1947, jusqu'à sa retraite en 1970.

En 1939, après avoir rencontré André Breton, il devient un compagnon de route du surréalisme, dont il s'éloigne cependant assez vite.

Il était professeur sous son vrai nom, Louis Poirier, et écrivain sous le pseudonyme de Julien Gracq, qui a bâti continûment une oeuvre de romancier, de poète, de nouvelliste, de dramaturge et d'essayiste. Dix-huit livres ont été publiés chez José Corti.

Julien Gracq a publié son premier roman, "Au château d'Argol", à compte d'auteur après avoir essuyé un refus de Gallimard.

"L'ouvrage passe inaperçu et les ventes se totalisent à 150 exemplaires. Mais quelques esprits et non des moindres sont de ses rares lecteurs. Outre Edmond Jaloux et Thierry Maulnier, ...André Breton lui-même à qui Gracq a adressé l'ouvrage", écrit sa maison d'édition.

Julien Gracq aimait le travail à l'ancienne réalisé par José Corti, à savoir des feuillets non massicotés que le lecteur se doit d'ouvrir au coupe-papier.

Pour Michel Tournier, il était "le plus grand écrivain français vivant" après avoir dominé pendant cinquante ans les lettres françaises.

"C'est dans ses romans et ses notes de voyages qu'il donne toute sa mesure. On ne peut jamais oublier le professeur de géographie qu'il fut professionnellement. Mais quand le professeur Louis Poirier devient l'écrivain Julien Gracq, il s'impose comme le plus grand paysagiste que nous ayons", écrivait-il.

"J'aime chez Gracq son attention profonde aux paysages et aux topographies, à ce qu'on peut appeler 'l'esprit des lieux'. Je retrouve chez lui certaines sensations que j'ai ressenties sans être capable de les formuler et qu'il a fixées, lui, avec son doigté et sa sensibilité d'acupuncteur", disait Patrick Modiano.

Gérard Bon

RAG 34. Lovely34

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11.11.2007

Tu n'en reviendras pas : "Mourir à Verdun"

Seuls deux "poilus" de la Première guerre mondiale sont encore en vie.

Louis de Cazenave est seul survivant français de la terrible bataille du Chemin des Dames. Il continue de vivre, à 110 ans, dans sa petite maison de Brioude, dans le centre de la France. Et, à quelques jours des cérémonies du 11 novembre célébrant l'Armistice, le vieil homme se tient à l'écart des honneurs, bien que l'ancien président Jacques Chirac lui eut promis en 2005 des obsèques nationales.

Un seul autre "Poilu", plus jeune de quelques semaines, est encore en vie: à bientôt 110 ans, Lazare Ponticelli, devrait participer dimanche à la célébration de l'Armistice dans sa commune du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), pour "porter le souvenir" de ses camarades morts au front. Ce Franco-Italien, dont la vie s'apparente à un roman, à toujours tenu à participer à cette commémoration, qu'il considère comme un devoir: "Pendant la guerre, un camarade m'a dit +Si je meurs, vous penserez à moi+, et je n'ai jamais oublié".

Soucieux de témoigner - ce qu'il a fait en racontant la guerre de 1914-1918 dans les écoles -, Lazare Ponticelli est fier de raconter son parcours. Celui d'un petit Italien parti tout seul de son village natal, près de Bettola (nord de l'Italie), à 9 ans et demi, pour fuir la misère et gagner le "paradis" - la France. Il vit à avec sa mère et ses frères à Nogent-sur-Marne, où réside à l'époque une importante communauté italienne.

D'après agence AFP.

Extrait d'un Documentaire "Mourir à Verdun"

Léo Ferré dans "Tu n'en reviendras pas"




Extrait du poème d'Aragon "La guerre et ce qui s'ensuivit (Merci Daniela-Lucie)

Tu n'en reviendras pas toi qui courais les filles
Jeune homme dont j'ai vu battre le cœur à nu
Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille

Qu'un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l'ancien Légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux

On part Dieu sait pour où Ça tient du mauvais rêve
On glissera le long de la ligne de feu
Quelque part ça commence à n'être plus du jeu
Les bonshommes là-bas attendent la relève

Roule au loin roule le train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et fléchissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur

Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées

Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit
Déjà vous n'êtes plus qu'un nom d'or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s'efface
Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri

RAG 34. Les lolo's 34

08:53 Publié dans 009 LIRE , Actualités , Associations , Musique , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note

22.10.2007

Le déserteur : Monsieur le Président, je vous fais une lettre...

Boris Vian
Le déserteur


Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurai pas d'armes
Et qu'ils pourront tirer


Nota:
La version initiale des 2 derniers vers était:
"que je tiendrai une arme ,
et que je sais tirer ..."
Boris Vian a accepté la modification de son ami Mouloudji
pour conserver le côté pacifiste de la chanson !

Paroles: Boris Vian. Musique: Boris Vian & Harold Berg 1954
autres interprètes: Serge Reggiani, Richard Anthony, Claude Vinci, Les Sunlights
note: voir aussi la version par Mouloudji


Voici le texte de la dernière lettre du jeune résistant communiste Guy Môquet, fusillé par les Allemands le 22 octobre 1941.

Extrait de l'original de la lettre écrite au crayon par Guy Môquet (photo Daniau/AFP) clicker sur pour agrandir.


"Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !

J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui, je l'escompte, sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme. 17 ans et demi, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.

Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, je vous embrasse de tout mon cœur d'enfant. Courage !

Votre Guy qui vous aime"



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16:40 Publié dans 009 LIRE , Actualités , Associations , Musique , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : BORIS VIAN

09.10.2007

Salvador DALI, FRANCO, HITLER, ETAIENT-ILS DES CONS ?

Je pose cette question parce-que je suis un con imprudent qui a oublié d'être lâche. Lolo34.

Il ya peu le webmestre d'un blog humoristique s'insurgeait qu'un adjoint au Maire chargé de la Culture ait pu oser qualifier de con le peintre Salvador Dali, créateur au xxème siècle d'oeuvres remarquables, empreintes d'un indéniable et immense talent.

Comme l'a brillamment montré l'excellent film "Dîner de cons" nous sommes systématiquement toujours le con de quelqu'un d'autre. A contrario des antibiotiques, c'est automatique!

Aussi chaque fois, et c'est assez habituel dès qu'on m'habille avec ce terme, je recherche généralement sans à priori le sens exact que mon interlocuteur à voulu lui attribuer. Bref, je cherche à comprendre en quoi j'ai peu-être pu lui être désagréable ou lui faire défaut.

Pour revenir au sujet de mon billet, à l'époque donc, sans vélléité aucune envers cet humoriste, je lui faisait part de mon regret que ses "bons mots" ne fissent qu'effleurer la surface du propos d'Henri Talvat.
Dans sa démarche moqueuse, il ne s'agissait somme toute ni plus ni moins que d'une simple injure, à retourner illico presto à son auteur. Après tout pourquoi pas ? Mais,

Humour juste "ravageur" ou procédé matois pour occulter de fait le sens profond de la phrase d'Henri Talvat ?

NOTRE SUJET :

Ce que j'ai cru comprendre dans le propos de Henri Talvat reproduit sur le blog de l'humoriste comme suit :

Un gros sont de clôche à Montpellier !

* Dans le midi-libre de hier la frêch 'attitude
Un adjoint à la culture insulte un génie!

TALVATmidilibre.jpg


conclusion: on a pas besoin d'attendre Pâques pour écouter les sons de cloches !

voir sa figure cliquez ici ça vaut le detour!

* paru hier dans le Midi libre ? le 16 ou 17 septembre 2007 ? (NDLR).

Les sens possibles que j'ai perçu dans la phrase d'Henri Talvat

- Deux propositions, 2 points de vue :

1. Salvador Dali était-il faciste? Par Mohamed RACHIDI
Artiste Peintre

2. Salvador Dali était un faciste ! Par Vicente NAVARRO (Vicente Navarro est l'auteur de l'économie politique des inégalités sociales : Conséquences pour la santé et la qualité de la vie. Il enseigne à l'université de Johns Hopkins).

3. Henri Talvat cite aussi :

medium_GARCIALORCA.jpgFederico García Lorca, poète, dramaturge, peintre, pianiste et compositeur espagnol.
Durant la Guerre civile en 1936, il quitta Madrid pour Grenade, même si il était conscient qu'il allait vers une mort presque certaine dans une ville réputée pour avoir l'oligarchie la plus conservatrice d'Andalousie. Il y fut fusillé le 19 août 36 à l'âge de 37 ans par des rebelles anti-républicains et son corps fut jeté dans une fosse commune à Víznar. Le régime de Franco décida l'interdiction totale de ses œuvres jusqu'en 1953.
Source : Wikipédia


I. Salvador Dali, Etait-il Fasciste?

medium_DaliFabiosansoni.2.jpgSalvador Dali ou Avida Dollars comme l’appelait André Breton par allusion à son amour excessif pour l’argent, était il fasciste?

Un jugement difficile à admettre quand on sait que le surréalisme, mouvement auquel appartenait le peintre catalan, défendait la cause communiste et luttait contre toutes les formes de la dictature. Toutefois l’excentricité de Dali et sa mégalomanie le rapprochent plus des figures symboliques du totalitarisme que des surréalistes humanistes. Ses réactions vis- à- vis des grands évènements qui ont marqué le siècle dernier (montée du fascisme, deuxième guerre mondiale, guerre civile espagnole…) reflètent ses positions très subjectives qui ne cadrent point avec la philosophie prônée par les adeptes du surréalisme. Trois toiles de l’artiste catalan laissent voir ses positions anti-humanitaristes et constituent le témoignage d’un peintre qui confond surréalisme et folie des grandeurs. Il s’agit des oeuvres suivantes: Construction molle avec haricots bouillis, Prémonition de la guerre civile qui date de 1936; l’énigme de Hitler Réalisé en 1938 et Visage de la guerre datant de 1940.

1-Dali hanté par la guerre civile
Face à cet évènement historique, on ne peut pas parler pour Dali d'une réaction mais plutôt d'une prophétie. En effet le peintre catalan a été hanté par la guerre d'Espagne comme en témoigne le titre de son tableau :" Prémonition de la guerre civile" de 1936 et dont il a écrit dans sa «vie secrète» "le pressentiment de la guerre civile me hantait. Peintre de paroxysmes viscéraux, six mois avant la guerre d'Espagne je terminais prémonition de la guerre civile espagnole, garnie avec des haricots secs bouillis où un grand corps humain grouillait de bras et de jambes qui s'étranglent mutuellement dans le délire. Le titre dont j'ai baptisé ce tableau : prémonition de la guerre civile six mois avant qu'elle éclate, reste en plein dans les prophéties daliniennes"1

Le tableau en question est l'une des plus fantastiques et effrayantes compositions du peintre: au-dessus d'une terre aride, ravagée et sur fond d'un ciel envahi d'une fumée apocalyptique, un gigantesque corps humain se déchire lui-même, s'écartèle, s'étrangle, grimace de douleur et de folie. Une main monstrueuse écrase un sein. Des doigts, un pied, une langue se convulsent. Quelques haricots posés à terre comme autant de petites crottes. C'est clair, ce corps n'est autre que l'incarnation du peuple espagnol qui s'entretue. Mais on ne peut pas parler de l'attitude de Dali face à cette guerre sans évoquer son rapport avec les deux belligérants: les franquistes et les anarchistes, et son choix politique. S'agissant de ce dernier point, Dali affirme dans ses «entretiens» qu'il a toujours été adversaire de toute affiliation. "je suis le seul surréaliste qui ait toujours refusé de participer à quelque organisation que ce soit, jamais je ne me suis engagé"2. Toutefois, il a manifesté une certaine sympathie à l'égard de Franco, et a même accepté la décoration qu'il lui a accordée: La Croix d'Isabelle la catholique. Cette décoration, dit-il "a au moins l'avantage de me créer des difficultés. Ceux qui s'engagent sont des domestiques. Moi voulant être un seigneur, je ne demande pas que de me voir couvrir de médailles de toutes sortes"3. Quant à la mort de son ami le poète Frédérico Garcia Lorca, fusillé par les franquistes, Dali l'a qualifiée de mort courageuse "je trouvais que pour F.G.L. c'était la plus belle façon de mourir, occis par la guerre civile."4

Il en ressort que la position de Dali vis-à-vis de la guerre d'Espagne se démarque totalement de celle des surréalistes qui ont soutenu les adversaires de Franco. Dali, lui, avait une préférence pour les régimes qui maintenaient une élite, les hiérarchies... etc. Comme les monarchies et les régimes totalitaires et a, par conséquent, des sympathies franquistes. Il dit à ce propos: "J'ai commencé ma vie en trahissant d'une façon très spectaculaire ma classe d'origine qui est la bourgeoisie pour ensuite proclamer toujours les vertus de l'aristocratie et de la monarchie"5

2-Dali «Hitlériste»?
Le deuxième volet de ce dossier concerne la réaction de Dali face à la montée du fascisme et du nazisme. Le tableau représentatif de cette attitude est l'énigme d’Hitler datant de 1939. Le mot énigme reflète cette aura de mystère dont Hitler a été entouré à l'époque. Pour Dali le téléphone qui figure dans le tableau est annonciateur de nouvelles.

Mais cet intérêt accordé par Dali à Hitler n'est pas d'ordre politique, il est paranoïaque, apolitique et érotique par essence:

"J'étais fasciné par le dos tendre et dodu d'Hitler toujours si sanglé dans son uniforme. Chaque fois que je commençais à peindre la bretelle de cuir qui, partant de sa ceinture passait sur son épaule opposée, la mollesse de cette chair Hitlérienne comprimée sous la tunique militaire créait en moi un état d'extase gustatif laiteux, nutritif et wagnérien qui faisait violemment battre mon coeur... je considérais Hitler comme un masochiste intégral possédé par l'idée fixe de déclencher une guerre pour la perdre ensuite héroïquement."6

Et Dali d'insister sur la nécessité de comprendre Hitler dans le cadre de l'activité paranoïaque critique qu'il définit comme étant une méthode spontanée de connaissance irrationnelle fondée sur l'association interprétative critique des phénomènes délirants. Le peintre catalan est allé jusqu'à reprocher aux communistes de sous-estimer, dans sa signification et dans son impact sur les masses, "la révolution hitlérienne." Cet intérêt croissant de Dali pour Hitler va être compris par les membres du groupe surréaliste comme une défense du nazisme. Breton, chef du mouvement, qui voulait que ce courant soit au service de la cause du prolétariat n'a pas accepté "l'hitlérisme" de Dali et a décidé de l’excommunier en 1934. Mais cette exclusion a été écartée lorsque Dali accepta de signer une déclaration selon laquelle il n’était pas l'ennemi du prolétariat.

3-Dali et la deuxième Guerre Mondiale
Le tableau qui traduit l'attitude de Dali face à la guerre est sans doute " visages de la guerre"datant de 1940-1941. Un tableau qui s'inscrit dans la thématique de l'épouvante et l'effroi qui caractérise la peinture de Dali. Un visage gigantesque plein de serpents telle une tête de Méduse occupe toute la toile. Mais c'est un visage dont les yeux et la bouche sont remplis de crânes. Une mise en abyme qui met en exergue le nombre infini des victimes de la guerre. Dali en est totalement conscient et imprégné, les deux moteurs les plus violents qui font fonctionner le cerveau artistique de Dali sont la libido et l'angoisse de mort " pas une seule minute dans ma vie ne se passe sans que le spectre de la mort ne m'accompagne dans la moindre de mes plus subtiles et capricieuses fantaisies"

Mais Dali aime les guerres comme il l'a dit dans ses «entretiens». "Personnellement, le péril jaune me plaît beaucoup. Il sera l'enjeu d'une guerre, et j'aime beaucoup les guerres." Car pour ce surréaliste la mort des autres constitue une source de plaisir et de jouissance. "Désormais je dégusterai avec une saveur particulière la moindre sardine, si en même temps je songe à tous mes amis qui sont morts de préférence fusillés ou martyrisés... Dès leur mort, ils commencent à travailler pour le divin Dali" 7. Ainsi, loin de dénoncer l'atrocité de la guerre et son horreur, Dali se contente de la représenter telle qu'il la voit, une figure de la mort qui le persécute et qui le divinise.

Face aux événements historiques qui ont secoué l’humanité lors du vingtième siècle, Dali a donc adopté des positions aussi excentriques que sa personne. Son idéologie se ressource dans la parano-critique qu’il a inventée. Il ne se souciait point de la mobilisation idéologique entreprise par ses amis surréalistes en faveur du socialisme et des classes démunies. Seul comptait pour l’extravagant Dali la mise en exergue de son MOI et de sa grandeur. Une mégalomanie sans borne qui légitime à ses yeux la dictature de Hitler et le carnage occasionné par la guerre.

"La différence entre les surréalistes et moi c'est que moi je suis surréaliste" Cette déclaration résume la relation qu'entretenait le peintre avec les surréalistes. Lui qui proclamait bien haut qu’il trouvait la politique anecdotique et misérable, leur contestait le qualificatif de surréalistes à cause de leur engagement en faveur du prolétariat. Une telle action met en question la primauté de l'inconscient, du moi, et de la paranoïa- critique qui restent, pour Dali, les sources essentielles pour toute oeuvre surréaliste.

Mohamed Rachidi
Artiste Peintre

NOTES

1- Cité par Gilles Neret in Dali, Taschen, 1994, pp.44-45

2- Alain Bosquet : Entretiens avec Salvador Dali, 1996, Paris, p.14

3- Ibidem.

4- Ibid.p.50

5- Alain Bosquet : Entretiens avec Salvador Dali, 1996, Paris, p.14

6- Gilles Neret. Dali, Taschen 1994. p.60

7- Alain Bosquet : Entretiens avec Salvador Dali, 1996, Paris, p.45

http://www.maghrebarts.ma/artsplastiques/art/031027.html

II. Salvador Dali était un faciste !

The Jackboot of Dada
Salvador Dali, Fascist
By VICENTE NAVARRO

The year 2004, the centenary of Dali's birth, has been proclaimed "the year of Dali" in many countries. Led by the Spanish establishment, with the King at the helm, there has been an international mobilization in the artistic community to pay homage to Dali. But this movement has been silent on a rather crucial item of Dali's biography: his active and belligerent support for Spain's fascist regime, one of the most repressive dictatorial regimes in Europe during the twentieth century.

For every political assassination carried out by Mussolini's fascist regime, there were 10,000 such assassinations by the Franco regime. More than 200,000 people were killed or died in concentration camps between 1939 (when Franco defeated the Spanish Republic, with the military assistance of Hitler and Mussolini) and 1945 (the end of World War II, an anti-fascist war, in Europe). And 30,000 people remain desaparecidos in Spain; no one knows where their bodies are. The Aznar government (Bush's strongest ally in continental Europe) has ignored the instructions of the U.N. Human Rights Agency to help families find the bodies of their loved ones. And the Spanish Supreme Court, appointed by the Aznar government, has even refused to change the legal status of those who, assassinated by the Franco regime because of their struggle for liberty and freedom, remain "criminals."

Now the Spanish establishment, with the assistance of the Catalan establishment, wants to mobilize international support for their painter, Dali, portraying him as a "rebel," an "anti-establishment figure" who stood up to the dominant forces of art. They compare Dali with Picasso. A minor literary figure in Catalonia, Baltasar Porcel (chairman of the Dali year commission), has even said that if Picasso, "who was a Stalinist" (Porcel's term), can receive international acclaim, then Dali, who admittedly supported fascism in Spain, should receive his own homage." Drawing this equivalency between Dali and Picasso is profoundly offensive to all those who remember Picasso's active support for the democratic forces of Spain and who regard his "Guernica" (painted at the request of the Spanish republican government) as an international symbol of the fight against fascism and the Franco regime.

Dali supported the fascist coup by Franco; he applauded the brutal repression by that regime, to the point of congratulating the dictator for his actions aimed "at clearing Spain of destructive forces" (Dali's words). He sent telegrams to Franco, praising him for signing death warrants for political prisoners. The brutality of Franco's regime lasted to his last day. The year he died, 1975, he signed the death sentences of four political prisoners. Dali sent Franco a telegram congratulating him. He had to leave his refuge in Port Lligat because the local people wanted to lynch him. He declared himself an admirer of the founder of the fascist party, Jose Antonio Primo de Rivera. He used fascist terminology and discourse, presenting himself as a devout servant of the Spanish Church and its teaching--which at that time was celebrating Queen Isabella for having the foresight to expel the Jews from Spain and which had explicitly referred to Hitler's program to exterminate the Jews as the best solution to the Jewish question. Fully aware of the fate of those who were persecuted by Franco's Gestapo, Dali denounced Bunuel and many others, causing them enormous pain and suffering.

None of these events are recorded in the official Dali biography and few people outside Spain know of them. It is difficult to find a more despicable person than Dali. He never changed his opinions. Only when the dictatorship was ending, collapsing under the weight of its enormous corruption, did he become an ardent defender of the monarchy. And when things did not come out in this way, he died.

Dali also visited the U.S. frequently. He referred to Cardinal Spellman as one of the greatest Americans. And while in the U.S., he named names to the FBI of all the friends he had betrayed. In 1942, he used all his influence to have Buñuel fired from the Museum of Modern Art in New York, where Buñuel worked after having to leave Spain following Franco's victory. Dali denounced Buñuel as a communist and an atheist, and it seems that under pressure from the Archbishop of New York, Buñuel had to leave for Mexico, where he remained for most of his life. In his frequent visits to New York, Dali made a point of praying in St. Patrick's Cathedral for the health of Franco, announcing at many press conferences his unconditional loyalty to Franco's regime.

Quite a record, yet mostly unknown or ignored by his many fans in the art world.

Vicente Navarro 6/7 décembre 2003.

Traduire le texte avec google (approx translation) : CLICKER ICI

"C'est Sorj Chalandon dans Libé qui rapporte cette répartie de Catherine Millet, connue pour sa vie sexuelle mais aussi pour être la rédactrice en chef de Art press et son ouvrage de référence sur l'art contemporain en France. À Polac qui lui reproche dans son bouquin sur Dali d'"escamotez trop le côté de la star vieillissante et réac qui admirait Franco" elle répond : «sur le franquisme, moi, très franchement, je pense qu'il valait mieux être franquiste avec Dali que communiste à la manière d'Aragon, par exemple, voyez ? C'était un franquisme véniel. Oui, il est allé déjeuner une fois chez Franco, point à la ligne».".

Si Dali ne s'était contenté que d'être véniel, juste pour un simple repas chez le caudillo, ça se saurait !


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25.09.2007

Ils ont choisi de partir ensemble

Hier le philosophe André Gorz et sa femme se sont suicidés. Il avait créé le Nouvel Observateur avec Jean Daniel . Figure de la philosophie des années 70 , il a écrit de nombreux essais dont "Lettre à D., histoire d'un amour" (éd. Galilée).

LA VIE DES IDEES (7/10 Nicolas Demorand France Inter)

Ecouter (durée 2 mns 28)

Libération : André Gorz, dernière lettre à D.

André Gorz. Wikipédia.

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12.09.2007

Après la défaite : En quête de Gauche (vidéo)

Le dernier livre de Jean-Luc Mélenchon : "En quête de gauche" est un livre-événement pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent analyser lucidement la situation de la Gauche aujourd’hui et contribuer à reconstruire la Gauche de demain.

En exclusivité, l'entretien vidéo en avant-première accordé par Jean-Luc Mélenchon à l'équipe Web de PRS.



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30.08.2007

POESIE : découvrir, écouter, lire Léo Ferré - L'espoir (1974)

http://www.leo-ferre.com

"Et qu'ont-ils à rentrer chaque année les artistes?..."

Chèr(e)s ami(e)s et camarades, en cette difficile rentrée écrasée par la "realpolitik", pour adoucir votre retour à Sarkoland, nous vous offrons ce lundi matin un peu de poésie vitamine.


GUERNICA. P. Picasso, 1937, musée du Prado, Madrid, Espagne.
(vue partielle).


Photo RIGAUDIN : Léo au théâtre de la Mer à Sète 1977

L'ESPOIR
1974


Dans le ventre des Espagnoles
Il y a des armes toutes prêtes toutes prêtes
Et qui attendent

Des oiseaux finlandais vêtus de habanera
Des Vikings aux couteaux tranchant la manzanilla
Des flamenches de Suède brunes comme la cendre
Des guitares désencordées et qui se pendent
Des amants exilés dans les cloches qui sonnent
La Mort qui se promène au bras de Barcelone
Des taureaux traversés qui traversent l'Histoire
Des soleils fatigués qui les regardent boire
Un Orient de misère à la jota engloutie
Les parfums de l'Islam crevant d'Andalousie
Des pavés de flamenco aux gestes anarchiques
Les rythmes du jazz-band pour les paralytiques
Les tam-tams de l'Afrique à portée de guitare
De l'eau fraîche et de l'ombre à jurer pour y croire
Une rue de Madrid avec des fleurs fanées
Un fusil de trente-six qui revient s'y mêler

Dans le ventre des Espagnoles
Il y a des armes toutes prêtes toutes prêtes
Et qui attendent

Un accord de guitare au moment où l'on passe
Un passeur langoureux avant le coup de grâce
La bouteille à la mer dans un drugstore indien
Un habit de lumière dans l'ombre du chagrin
La fureur pensionnée qui se croit dans la rue
Des chansons caraïbes qu'on a perdues de vue
Des cigales fuyant le bruit des castagnettes
Toutes les Amériques au fond d'une cassette
Exécutées à l'aube avec la stéréo
Le silence permis au-delà de Franco
Des ailes de moulin plantées sur les maisons
Don Quichotte qui passe à la télévision
Une chaîne en couleur pour avaler tout ça
Le sang avec la veine d'avoir la corrida
Et cent mille danseurs sur la place publique
Pour que Christophe Colomb découvre la Musique

Dans le ventre d'une Espagnole
Il y a l'Espoir qui se gonfle et qui gonfle
Et qui attend... Et qui attend...

MANUEL DE FALLA *

* Manuel de Falla sur wikipédia

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25.08.2007

Economie : Ne laissons pas Keynes aux émules du libéralisme !

"Quand une idée simple prend corps, il y a une révolution" (Ch. Péguy, Note conjointe sur M. Descartes)

Non à l'économie casino ! Plutôt que de baisser les impôts des plus riches il est préférable d’augmenter les salaires de ceux qui travaillent !

Par Simon Thouzeau

L'article en PDF

L’idée simple de Keynes est d’opérer une véritable réflexion sur la pertinence de l’enseignement qu’il a reçu en économie. Keynes n’est pas un révolutionnaire, il a pourtant révolutionné la théorie économique.

Qui est Keynes ?

Né à Cambridge en 1883 (année de la mort de Marx), John Maynard Keynes est issu d’une famille de la moyenne bourgeoisie intellectuelle. Son père est professeur de logique et d’économie à Cambridge et sa mère devint la première femme maire de Cambridge. Élève brillant, Keynes fréquente des peintres, des écrivains (Virginia Woolf), des philosophes. Ce cercle d’amis se caractérise par un certain anticonformisme, ces jeunes se veulent moralement et sexuellement "libérés".

Ce n’est qu’en 1905 que Keynes commence véritablement à s’intéresser à l’économie en suivant les cours de Marshall (économiste classique). Les premières recherches de Keynes le conduisent à travailler sur les probabilités. Nommé au Trésor au début de la guerre 14-18, Keynes s’illustre par la rédaction de Conséquences économiques de la paix (1919), où il soutient l’incapacité de l’Allemagne à payer les réparations exigées par le traité de Versailles et annonce une catastrophe sociale et politique comme suite logique d’un tel traité.

Keynes est, dans la vie qu’il mène ou dans les idées qu’il défend, cependant encore très imprégné d’idées libérales classiques. Pour mener un train de vie élevé, il se lance dans la spéculation mais se trouve en 1920 pratiquement ruiné.

C’est au cours des années 20 puis des années 30 que sa pensée évolue progressivement au contact de l’analyse monétaire (1930 : Traité sur la monnaie). C’est en 1936 qu’il produit son œuvre majeure : la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie. Il s’agit pour lui d’essayer de comprendre et de trouver des réponses à la crise économique de l’époque. Il préconise pour cela notamment la relance par des investissements étatiques. Reconnu comme un économiste majeur, bien que critiqué, Keynes, qui est fait Baron, participe dans les années 40 à l’élaboration du système dit de Bretton Woods. Il décède en 1946.

Keynes : politiquement libéral…

Si Keynes est politiquement un libéral (en 1928 il contribue à la rédaction du programme économique du parti libéral), c’est un libéral "conscient". Keynes s’inscrit dans une tradition qui fait de l’essor des activités économiques un moyen de stabiliser l’ordre social.

La conception que Keynes a de la nature humaine est celle d’un libéral classique puisqu’il considère que l’instinct de lucre de l’individu est un élément essentiel du fonctionnement de nos sociétés. Le doux commerce apaiserait les mœurs : "la possibilité de gagner de l’argent et de constituer une fortune peut canaliser certains penchants dangereux de la nature humaine dans une voie où ils sont relativement inoffensifs (...) Il vaut mieux que l’homme exerce son despotisme sur son compte en banque que sur ses concitoyens". La violence des entreprises accompagnant l’impérialisme et la colonisation du début du XX ne semble pas avoir sauté aux yeux du bourgeois qu’est Keynes.

Keynes dénigre Marx sans pour autant produire de véritable argumentation. Il méprise le socialisme doctrinaire qui serait le "résidu poussiéreux" d’un projet dépassé depuis longtemps traitant de problèmes aujourd’hui passés et analysés par un homme il y a plus d’un siècle. "La lutte des classes, écrit-il, me trouvera du côté de la bourgeoisie instruite". Pourtant les réflexions de Keynes peuvent alimenter une critique économique anti-libérale, car s’il est socialement et politiquement libéral, économiquement c’est une autre histoire. Ainsi il considère qu’il n’est "nullement vrai que les individus possèdent un droit imprescriptible à une "liberté naturelle" dans leur activité économique. Il n’existe nulle "convention" qui puisse conférer un privilège éternel à ceux qui possèdent déjà ou à ceux qui deviennent des possédants" (in La Fin du laissez-faire). Pour Keynes "le problème politique de l’humanité consiste à combiner trois choses : l’efficacité économique, la justice sociale et la liberté politique".

… mais économiquement c’est une autre histoire

Keynes remet d’abord la "science" économique à sa place. "Il ne faut pas exagérer l’importance du problème économique, il ne faut pas sacrifier à ses nécessités supposées d’autres affaires, d’une portée plus grande et plus permanente". Si les libéraux de tout temps justifient leur comportement irresponsable par les lois naturelles de l’économie (la loi du marché…), Keynes pense au contraire que "l’économie est essentiellement une science morale et non pas une science naturelle, c’est-à-dire qu’elle utilise l’introspection et les jugements de valeur". Aussi quand les libéraux tentent de nous faire croire que les marchés financiers constituent le plus performant des systèmes (transparence, vérité des prix), on peut leur rétorquer en s’appuyant sur Keynes que la bourse s’appuie d’abord sur des croyances, des "conventions", un système de valeurs qui fait dire à un moment que Enron est la plus grande des entreprises puis deux mois plus tard que c’est la honte du capitalisme.

Keynes, critique de l’économie et des économistes "J’accuse la théorie économique classique d’être en elle-même une de ces jolies techniques raffinées qui prétendent traiter du présent en faisant abstraction du fait que nous savons très peu sur l’avenir". Pour Keynes l’avenir n’est pas déterminé, rien n’est inéluctable. Keynes est incisif et il y a bien en lui une volonté d’aménager réellement le capitalisme et le système de valeurs dont il est porteur. Keynes ne se limite pas à l’idée de gestion ou d’accompagnement. "Nous devons inventer une nouvelle morale pour un nouvel âge. En même temps nous devons, si nous voulons apporter quelque chose de neuf, apparaître iconoclastes, dangereux, dérangeants, voire désobéissants envers ceux qui nous ont engendrés" (in Suis-je libéral ?)

Intérêt personnel/ intérêt collectif

Keynes se distingue nettement de la doctrine de la "main invisible" (Adam Smith & Cie…) selon laquelle ce sont les intérêts privés qui réalisent naturellement l’intérêt général. "Le monde n’est pas ainsi fait que les intérêts privés et collectifs coïncident nécessairement (…) on ne saurait déduire des principes de l’économie politique que l’intérêt personnel dûment éclairé œuvre toujours au service de l’intérêt général (…) l’expérience ne confirme pas que des individus sont toujours moins clairvoyants lorsqu’ils sont réunis en une unité sociale que lorsqu’ils agissent isolément".

Si Keynes justifie une certaine dose d’inégalité pour stimuler l’activité économique, il conclut cependant que "pour stimuler ces activités et satisfaire ces penchants [à l’enrichissement personnel], il n’est pas nécessaire que la partie se joue avec des mises aussi élevées qu’aujourd’hui. Avec des mises beaucoup plus faibles le jeu serait tout aussi efficace dès lors que les joueurs en auraient pris l’habitude".

Keynes stigmatise par ailleurs les inégalités de la société de son époque : « on peut justifier par des raisons sociales et psychologiques de notables inégalités dans les revenus et les fortunes, mais non une amplitude aussi grande qu’à l’heure actuelle »

Qu’est-ce qu’une « relance keynésienne » ?

Il est d’usage de considérer que les politiques économiques menées après 1945 sont des politiques de relance keynésienne dans la mesure où l’Etat relance l’économie en injectant des liquidités dans l’économie sous la forme de politiques de grands travaux, de dépenses d’investissement. Cette politique de relance s’appuie sur un effet multiplicateur (le "multiplicateur keynésien") qui est le mécanisme par lequel une dépense nouvelle de l’Etat engendre une hausse de la production supérieure à la dépense initiale [Capul/Garnier, Dictionnaire d’Economie]. Du fait de l’ouverture de nos économies dans les années 70, le multiplicateur a perdu de son efficacité*. Ainsi quand la France relance en 1981, une partie des investissements profite aux pays étrangers car les Français ont plus d’argent à dépenser et le système économique national peine à faire face à la demande. Pourtant toute relance keynésienne n’est pas forcément vouée à l’échec. L’Europe étant économiquement fermé (à 80 %) - c’est-à-dire que l’essentiel de son commerce est constitué de ventes et d’achats à l’intérieure de la zone Europe-, il est possible, sans subir de fuite notable de capitaux, d’opérer une relance économique au niveau européen. Mais l’économique ne se coordonne pas sans intervention du politique et c’est justement ce qui manque à l’Europe.

Inflation ?

Oui mais une relance entraîne nécessairement, à long terme, de l’inflation rétorquent les libéraux. Heureusement ce n’est pas si simple. Les libéraux commettent deux erreurs : premièrement l’inflation (modérée) n’est pas forcément un fléau mais peut permettre à une économie de s’ajuster ; deuxièmement il n’y a inflation après une relance économique que si l’ensemble des moyens de production ont été utilisés ( capital et travail, c’est-à-dire machines et travailleurs). En effet, relancer alors que les entreprises ne peuvent produire plus entraîne une hausse des prix (les consommateurs sont plus riches mais il y a toujours autant de produits d’où la hausse des prix). Conclusion lorsque les libéraux disent qu’à long terme une relance entraîne de l’inflation, cette affirmation est vraie et d’une banalité affligeante car il arrive bien un moment où à force de soutenir la relance l’ensemble des moyens de production sont effectivement utilisés. Ce long terme cela correspond chez des gens comme Milton Friedman (économiste libéral de l’école de Chicago) à une dizaine d’années - c’est-à-dire que de façon continue l’Etat soutiendrait l’économie pendant plus de dix ans ! Comme le dit Keynes « à long terme nous sommes tous morts ». Il faut d’abord se soucier du présent et du futur proche et non pas s’inquiéter du taux d’inflation que l’on risquerait de connaître dans 30 ans !

Keynes est ici intéressant dans la mesure où il distingue la « véritable inflation » (quand tous les facteurs de production sont utilisés) et la « semi-inflation ». Cette dernière apparaît de façon modérée au début d’une relance. Les entreprises qui ne sont pas sûres que la croissance sera de longue durée peuvent préférer hausser leurs prix plutôt que de se compliquer à engager du personnel et faire des investissements qui à l’avenir ne seront pas forcément rentabilisés. Pour ne pas casser la croissance qui redémarre il faut donc accepter cette semi-inflation : progressivement les conventions changent, la croyance en une conjoncture positive relance progressivement le système économique. Hausser les taux d’intérêts comme le fait la BCE à chaque fois que l’inflation apparaît c’est casser tout espoir de croissance…

Non à « l’économie casino »

Keynes s’illustre enfin par sa critique des marchés financiers : il parle à ce propos « d’économie casino » (Marx dénonçait quant à lui le « capital fictif »). Keynes s’attaque aux rentiers, cette catégorie de personnes qui n’investissent pas réellement et captent les richesses créées. Il parle « d’euthanasier les rentiers » car ce sont eux qui paralysent l’économie, freinent les investissements productifs et volent une partie du « surproduit social » (ça c’est plutôt du Marx). Keynes constate que le développement des marchés financiers s’accompagne de la spéculation et c’est pour lutter contre ce fléau que l’ancien spéculateur repenti de Cambridge propose la mise en place d’une taxe sur les capitaux (comme quoi l’idée n’est pas nouvelle).

Oui à une meilleure répartition des richesses !

"Les vices marquants du monde économique dans lequel nous vivons sont l’incapacité à assurer le plein emploi et le caractère arbitraire et inéquitable de la répartition de la fortune et des revenus" disait Keynes. Selon lui, en situation de sous emploi ce n’est pas l’épargne des riches qui permettra de relancer l’économie mais une redistribution vers les ménages les plus pauvres qui ont une plus forte propension à consommer (l’argent reçu servira à améliorer le quotidien et sera donc dépensé- et non pas épargné- ce qui est profitable pour l’économie).

Conclusion : plutôt que de baisser les impôts des plus riches il est préférable d’augmenter les salaires de ceux qui travaillent !

Simon Thouzeau. Mercredi 3 septembre 2003

* Il ne faut pas oublier que l’ouverture des économies, même si elle correspond à une évolution constante au fil des siècles, n’a pas été toujours continue. Ainsi l’entre deux-guerre fut une période de repli des échanges internationaux. Ce n’est qu’en 1973 que l’on retrouve le même degré d’ouverture des économies qu’en 1913.

Sources : pour les citations de Keynes, cet article s’appuie essentiellement sur le livre de P. Combemale Introduction à Keynes (La Découverte, Repères). Ce livre est clair et très intéressant mais nécessite quelques connaissances en économie pour apprécier pleinement la richesse de l’analyse keynésienne.

RAG 34. Les lolo's 34

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12.08.2007

Étranges étrangers écrit par Jacques Prévert



Étranges étrangers

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays lointains
cobayes des colonies
Doux petits musiciens
soleils adolescents de la porte d'Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d'Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Pans
ébouillanteurs des bêtes trouvés mortes sur pied au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manoeuvres désoeuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finisterre
rescapés de Franco
et déportés de Franco et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre la liberté des autres
Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d'une petite mer
où peu vous vous baignez

Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille botte à cigares et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé la prise de la Bastille le quatorze juillet

Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés

Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés de jolis dragonsd'or
Faits de papier plié

Enfants trop tôt grandis et si vite en ailés
qui donnez aujourd'hui de retour au pas
le visage dans la terre
et des bombes Incendiaires labourant vos rizières

On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos

Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vIvez
même si vous mourez.

Jacques Prévert

RAG 34. Lolo34

09:19 Publié dans 009 LIRE , Actualités , Loisirs/Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : Etranges étrangers, Jacques PREVERT

06.08.2007

Au moins 1 Français sur 3 est pauvre ou précaire

Les prix qui s'envolent, les salaires en rade ... le débat a ressurgi dans la campagne. A la mesure de la "gravité du problème", selon l'économiste Pierre Concialdi (économiste à l'Institut de recherches économiques et sociales (Ires), organisme proche des organisations syndicales. Prochain livre: Non à la précarité, Ed Mango).Libération.fr, 29 mars 2007.

Pourquoi la question du pouvoir d'achat s'est-elle imposée dans la campagne ?

Il n'est pas étonnant de voir resurgir ce débat, compte tenu de la gravité du problème. C'était déjà la revendication majeure des salariés dans les manifestations du printemps 2005. Après presque trente années de vaches maigres, la situation est devenue critique pour de très nombreux salariés, vulnérables au moindre coup dur. Aujourd'hui, on peut estimer qu'au moins un Français sur trois est pauvre ou précaire.

Les salaires sont-ils trop bas ?

Depuis la fin des années 70, les salaires ont été mis à la portion congrue. Le pouvoir d'achat du salaire net a baissé ou stagné une année sur trois. En moyenne, la hausse a été de 0,4 à 0,5 % par an. Cela n'a même pas permis de rémunérer la hausse du niveau moyen de qualification. Le pouvoir d'achat du revenu moyen par ménage a aussi très peu augmenté (+ 0,5 % par an). De plus, cette faible hausse a été concentrée sur deux périodes (1987-1990 et 1997-2002), en dehors desquelles le pouvoir d'achat des ménages a baissé ou stagné, comme depuis 2002. Les inégalités entre salariés et ménages se sont creusées. La sécurité économique passe par les revenus de la propriété : ils représentent l'équivalent de près de la moitié de la masse des salaires nets, contre un quart en 1978.

Assiste-t-on au développement d'une catégorie de travailleurs pauvres ?

Depuis 25 ans, il y a eu une explosion des bas salaires : aujourd'hui, plus d'un salarié sur 6 est à bas salaire (soit environ 90 % du Smic net à temps complet). Et, dans ces bas salaires, la proportion de très bas salaires (environ deux tiers du Smic) a pratiquement doublé. Cela a nourri le développement de la pauvreté laborieuse. Mais ce phénomène traduit un mouvement plus profond de dévalorisation du travail : les revenus de la propriété ont explosé depuis la fin des années 80, et la plupart des salariés n'en ont guère vu la couleur. Mais il ne faut pas oublier qu'aujourd'hui 6,5 millions de Français vivent avec les minima sociaux, dont le niveau a régressé depuis 25 ans par rapport au niveau de vie moyen...

Comment jugez-vous la proposition de Nicolas Sarkozy qui propose de «travailler plus pour gagner plus» ?

Quand des millions de personnes sont au chômage ou en sous-emploi, tout le monde comprend que c'est une supercherie. L'arithmétique élémentaire qui sous-tend ce slogan signifie implicitement qu'il n'y a pas d'autre moyen pour les salariés que de travailler plus pour gagner plus. En clair, la croissance et les gains de productivité ne sont pas pour eux. C'est un projet socialement insoutenable et économiquement inefficace.

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29.07.2007

Lire : Mitterrand l'africain ?

medium_mitterrandlaficain.jpgLa complexité des relations franco-africaines ne cesse de donner le tournis à bon nombre d'observateurs. S'intéressant au sinueux parcours africain de l'ancien président de la République française, en l'occurence François Mitterrand, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, à travers la vie politique de cet illustre personnage, décortique avec minutie les réseaux mis en place par Jacques Foccart et entretenus par quelques africanistes de gauche ; il nage dans les eaux troubles de la Françafrique pour mieux expliquer la puissance des lobbies qui imposent la continuité dans les rapports entre la France et l'Afrique.
À l'heure où l'actualité africaine est entre autres dominée par les conflits, l'exode de nombreux jeunes, la lente "colonisation" de ce continent par la Chine, d'aucuns ne cessent de se demander si, après François Mitterrand et Jacques Chirac, la France du XXIe siècle sera encore africaine ou ne le sera plus.
Cet ouvrage donne quelques pistes très utiles à la compréhension des futures relations franco-africaines. On y évoque également un lien de près de quarante-cinq ans entre un homme - que d’aucuns qualifient de "mythe errant" - et tout un continent, des méandres et des écueils qui ont enseveli des tas de secrets dans des marigots africains...

Titre : Mitterrand l'Africain ?
Editeur : Les Editions de l'Egrégore (http://www.editions-egregore.com)
Parution : 9 octobre 2007
Pagination : 256 pages
ISBN : 978-2-916335-03-2
Format : 14x22,5 cm
Prix : 18 euros

medium_koko.jpgL'auteur :
Membre du Bureau fédéral du Parti Socialiste de Paris et président du club de réflexion Enjeux Socialistes et Républicains, Gaspard-Hubert Lonsi Koko reste fidèle à ses engagements humanistes. Après Un nouvel élan socialiste et Le demandeur d’asile, il poursuit la réflexion sur les rapports Nord-Sud avec Mitterrand l’Africain ?
Site personnel : http://www.lonsi-koko.net

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10.05.2007

Histoire : Descendants d'esclaves, ils se souviennent

Crédit Photo : DR
Ultima se souvient que ses parents lui parlaient de l’esclavage qu’avait connu son arrière grand-père, pour en évoquer la dureté et l’inciter à être plus obéissante.

Alors que la France commémore jeudi l'abolition de l'esclavage il y a 159 ans, un site Internet donne la parole aux descendants d'esclaves en Martinique.

Forcément, les souvenirs sont lointains. Ils évoquent d'une manière plus ou moins claire une grand-mère ou un grand oncle nés sous l'esclavage. 159 ans après l'abolition, ces descendants en Martinique racontent ce que leur aïeul a directement vécu. Ces témoignages qui pourraient figurer dans un livre d'histoire sont l'initiative du journaliste de RFO Serge Bilé. Avec un cameraman, il sillonne la Martinique depuis plus d'un mois à la recherche de ces témoins indirects. De ces histoires transmises de génération en génération. Pour le moment, ils en ont rencontrés une trentaine, une trentaine de récits qui figurent sur un site Internet : "Paroles d'esclavage".

"J'ai voulu donner la parole aux 'anciens' ; pour que leurs témoignages uniques servent à l'Histoire", raconte Serge Bilé. Certains ont refusé, ne voulant simplement pas en parler ; d'autres n'étaient pas au courant de l'histoire de leur famille parce que ça a longtemps été tabou.

"Il voulait faire marron"

Le premier de ces témoignages est celui de Léopold Zami. Né en 1913, il a connu son arrière-grand-mère qui était esclave. Le vieil homme, les yeux embués se souvient du récit de son aïeule. Sa traversée sur le bateau négrier, attachée dans des cales ; le travail dans les plantations de cannes et de manioc... La brutalité à tout bout de champs. Mireille Gallot, 86 ans évoque avec pétulance "Ti-tine", son arrière grand-mère qui fut esclave et qui préféra, même après l'abolition, rester chez son maître jusqu'à sa mort.

"Le père de mon grand-père était esclave" commence Germaine Guitteau qui se souvient du récit de sa mère. Il voulait s'échapper, il voulait faire marron comme on dit, alors on l'a tué. Ensuite la vieille dame née en 1914 évoque un autre de ses ancêtres à la peau très noire et qui était rejeté par sa belle-mère une mulâtresse. Le réalisateur ne va pas s'arrêter là, après la Martinique, il se rendra en Guadeloupe, en Guyane, à la Réunion. En quête d'autres souvenirs précieux pour l'Histoire. A la veille de l'abolition de l'esclavage, -le 27 avril 1848, date officielle avec le décret de Victor Schoelcher-, la France comptait quelque 250.000 esclaves dans ses îles.

Amélie Gautier

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07.05.2007

Bilan de l'ouragan droitier

Livre. Les raisons de la hausse des valeurs de la droite en Europe, brillamment décortiquées.
Bilan de l'ouragan droitier
Par Renaud DELY
QUOTIDIEN : samedi 24 février 2007
A droite toute Eric Dupin, Fayard, 239 pp. , 18 €.

Bienvenue dans un monde de droite ! Tout le monde peut bien gloser sur ses bourdes, gaffes et erreurs, Ségolène Royal n'est pas pour grand-chose dans la frêle santé de son camp dans les sondages. La situation de la gauche est beaucoup plus grave : si elle est en mauvaise posture à deux mois de l'échéance présidentielle, c'est qu'elle n'est plus de son temps.
L'époque est de droite. Longtemps, l'homme de gauche a bombé le torse. Convaincu d'évoluer dans le sens de l'histoire, il cédait même volontiers à une forme de surenchère qui le grimait en révolutionnaire du verbe. Non seulement, il était bien vu d'être de gauche, mais encore fallait-il ne pas être de n'importe quelle gauche. C'est l'époque où il valait mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron, perdre avec Mendès France que gérer avec Guy Mollet, rêver avec Cohn-Bendit rue Gay-Lussac plutôt que manifester à Charléty avec Mitterrand. Les intellectuels savaient dans quel camp se situer, les «cultureux» s'entassaient en rangs serrés dans les comités de soutien et la gauche avait conquis les esprits bien avant de gagner dans les urnes.
Puis les vents ont tourné, les clivages se sont brouillés. L'effondrement des idéologies, les dégâts causés par la mondialisation ou, tout bonnement, l'échec de la gauche confrontée aux réalités du pouvoir nous a fait basculer dans une nouvelle ère. L'homme de gauche s'est retrouvé condamné à tenter de sauver ce qui pouvait l'être d'un univers dont le cours lui échappait. Il s'est mis à incarner la résistance, le statu quo, le conservatisme, quand la droite s'emparait du talisman du mouvement. Offensive nourrie, comme l'analyse Eric Dupin, par la véritable révolution idéologique conduite par les néoconservateurs américains.
A lire ce brillant essai, on se dit qu'il faudrait un miracle pour que Ségolène Royal l'emporte. Car les valeurs de la droite sont à la hausse. En France, un homme a puissamment contribué à la «décomplexer» , c'est Nicolas Sarkozy, devenu, selon Eric Dupin, «l'unificateur» des «trois droites» chères à René Rémond (orléaniste, légitimiste, bonapartiste), traditions qu'il a unifiées en une synthèse qui lui est propre. Une mixture qui se nourrit des relents «néocons» venus d'outre-Atlantique, et qui mélange tentation communautariste, penchant pour l' «ordre religieux» , substitution du concept anglo-saxon d'équité au pilier tricolore de l'égalité républicaine, et exaltation de l'effort au détriment de la solidarité repeinte en assistanat.
Selon Eric Dupin, cet ouragan droitier est si puissant qu'il a déstabilisé les gauches européennes en les poussant à se droitiser. Sur fond de procès de mai 68, de retour de la règle tous azimuts, et de conversion, contrainte forcée, aux mérites de l'économie de marché, la gauche française a rallié un mélange de libéralisme et d'autoritarisme incarné par la figure de Ségolène Royal. En ce sens, sa désignation comme candidate apparaît comme un vrai tremblement de terre dans l'histoire du PS. «Elle a triomphé là où Michel Rocard a échoué dans les années 70 : grâce à une stratégie de contournement du parti par l'opinion» , écrit Dupin. Le problème, c'est que Rocard a échoué là où Mitterrand a réussi : gagner une élection présidentielle.

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23.04.2007

Comment Eric BESSON peut-il se regarder en face ?

Eric BESSON vient de rejoindre l'équipe de Sarkozy et sera chargé d'animer le pôle de gauche : Mission débaucher les intellectuels, les artistes, etc, fidèles au vote de la gauche socialiste.

Eric BESSON a écrit un ouvrage qui s’intitule « Les inquiétantes ruptures de Nicolas Sarkozy », paru le 10 janvier 2007 et toujours disponible sur Internet : http://hebdo.parti-socialiste.fr/2007/01/10/347/

En voici trois extraits :

1-

« Ce que cet ouvrage cherche à démontrer est que non seulement, ne lui en déplaise, Nicolas Sarkozy est bien « libéral, atlantiste et communautariste » mais qu’il est devenu une sorte de filiale française de la Bush Cie, un néo conservateur américain à passeport français. »

2-

« Ce « sarko-show » est une arme de dissimulation massive, car celui qui ne cesse de prétendre vouloir « être jugé sur ses résultats » n’a pas son pareil pour masquer les piètres bilans de son action. »

3-

« C’est une évidence. Nicolas Sarkozy ne croit pas au « modèle républicain » d’intégration. De ses lacunes ou de ses échecs –malheureusement incontestables– il veut profiter pour non pas réformer ce « modèle », pour le rendre plus efficace, mais pour le démanteler. On verra plus loin, citations précises à l’appui, en dépit de ses dénégations récentes que le modèle que le patron de l’UMP a en tête est communautariste et confessionnel. »

Comment Eric BESSON peut-il se regarder en face ?

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15.04.2007

Décès de René Rémond

Le Parti socialiste salue la mémoire de René Rémond, éminent historien et grande figure de la science politique.

Son métier d’enseignant dans les plus grandes universités, ses multiples activités, ses ouvrages et les nombreuses responsabilités qui lui ont été confiées ont fait de lui une personnalité majeure de la pensée Française du XXème siècle.

Communiqué du Parti socialiste

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08:35 Publié dans 009 LIRE , Actualités , Loisirs/Culture , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : René REMOND

10.04.2007

2/2 Nicolas Sarkozy est-il eugéniste ?

Les dernières déclarations quasi eugénistes et "glaçantes" de Nicolas Sarkozy lors d'un entretien avec Michel Onfray pour Philosophie Magazine, nous ont rappelé le siècle dernier où l'on croyait pouvoir améliorer une hypothétique race aryenne et plus "souriant" avant l'ére de la génétique, à l'héridité de l'alcoolisme. Lire ou relire L'assomoir d'Emile Zola.
Ces dernières déclarations nous assomment et nous font plus que jamais prendre conscience de la vraie nature et de la dangerosité du candidat de l'UMP, si il devait demain nous présider.

Au delà, nous avons choisi de vous proposer quelques extraits tirés de l'encyclopédie libre Wikipédia qui explique ce qu'est l'eugénisme.

Bonne lecture !

Rappel : Les déclarations de N.Sarkozy :

N. S. : Je ne suis pas d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense.

Eugénisme Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

L'eugénisme désigne la volonté d'améliorer l'espèce humaine. Ce souhait, qui existe depuis l'antiquité peut se traduire par une politique volontariste d'éradication des caractères jugés handicapants ou de favorisation des caractères jugés « bénéfiques ».

On peut distinguer l'eugénisme, pratique humaine, sociale et collective, de la préoccupation individuelle généralisée (chez l'homme et chez les animaux) d'assurer à ses enfants le « meilleur » co-reproducteur (quoique « meilleur » puisse signifier : taille des cornes, couleurs des plumes, ou étendue du patrimoine ou de la culture, etc.), ainsi que de la pratique qui consiste à favoriser le plus prometteur de ses enfants. Ces stratégies ne se préoccupent pas du devenir de l'espèce humaine, mais seulement de l'avenir de ses propres enfants ou de sa famille. Néanmoins, les méthodes et les buts, une fois sommés sur l'ensemble des individus, sont bien les mêmes.

Geoffrey Miller, dans son livre The mating mind, explique même pourquoi l'adultère, chez les humains comme chez les animaux vivant théoriquement en couple, représente un élément essentiel d'amélioration d'une espèce.

L'eugénisme plus strict qui serait régi par une société pose de sérieuses questions éthiques car il implique une sélection portant nécessairement une part de subjectivité et une part de contrainte (ne serait-ce qu'envers les individus écartés, ou à l'égard des individus incités à se reproduire, voire à se reproduire avec telle personne et nulle autre).

En outre, l'histoire du XXe siècle a fourni des exemples de graves dérives morales associées aux politiques eugéniques.

Interprétations de l'eugénisme

La conception darwinienne n'a pas été reçue de la même façon dans tous les pays. Ainsi la France, par exemple, est restée longtemps réticente aux idées darwiniennes car marquée par le lamarckisme et influencée par la position de l'Église Catholique.

La théorie de Lamarck est réfutée depuis la découverte de la génétique. Il est cependant intéressant de la rappeler :

pour Lamarck, le moteur de l'évolution reposait surtout sur l'hérédité de caractères acquis, favorisant la descendance d'individus ayant fait l'effort de s'adapter. Selon Lamarck, l'amélioration des races humaines passe par conséquent par l'amélioration des conditions de vie, de façon à ce que la modification de son environnement améliore à terme la qualité de l'homme futur. Cet eugénisme là - qui fut aussi raciste parfois - a constitué la position eugéniste dominante en France, ainsi qu'une incitation - hélas ici bien inutile, puisque les caractères acquis ne se transmettent pas - à la pratique du sport.
pour Darwin, le moteur de l'évolution reposait sur la sélection naturelle éliminant les individus les moins adaptés à la survie et ne favorisant que les plus aptes à la reproduction (y compris dans le fait de séduire un partenaire et de prendre soin de la progéniture) ; prudent, toutefois, Darwin expliqua aussi dans L'Origine des espèces que sa théorie restait compatible avec une éventuelle transmission de caractères acquis.

De bonnes intentions, des moyens discutables, un but incertain

Selon ses défenseurs l'eugénisme visait à assurer une humanité plus adaptée, donc en principe plus heureuse. Ce n'est donc pas sa fin en elle-même qui a été critiquable, mais bien souvent les moyens choisis. Si le diabète, l'hémophilie et d'autres maladies héréditaires venaient à être éliminées par thérapie génique, tout le monde en serait ravi ; cette forme d'eugénisme ne pose pas les difficultés de sa variante du XIXe et XXe siècles, périodes où les moyens utilisés avaient dépassé les bornes autorisées par nos propres valeurs .

Mais quid de l'orientation à choisir, même par des moyens licites ?

Au XVIIIe siècle, on aurait pu vouloir favoriser l'émergence d'hommes robustes capables surtout d'une grande endurance pour devenir portefaix ou travailleurs de force. Au XIXe, la machine à vapeur avait déjà commencé à faire à ce type d'hommes une concurrence si bon marché qu'elle les transforma progressivement en chômeurs : ils étaient déjà sur ce point devenus non-concurrentiels et condamnés à se reconvertir ou à mourir de faim. L'eugénisme aurait ici augmenté le nombre des inadaptés.
Le XIXe siècle aurait favorisé sans doute l'apparition d'un autre type d'humain : l'employé aux écritures à la mode de Dickens, capable d'additionner douze heures par jour de longues colonnes de chiffres sans se fatiguer ni se tromper. Quel emploi la deuxième moitié du XXe siècle, où un ordinateur faisait le même travail pour juste quelques centimes et en un temps bien plus court, aurait-elle pu trouver pour un type d'homme n'ayant que ces qualités-là à offrir ? L'eugénisme aurait là encore augmenté le nombre des inadaptés.
Et dans les deux cas en moins de six générations.

« Nous devons éviter que nos jolis objectifs deviennent les geôliers de nos enfants », disait Myron Tribus (« We should ensure that our goals do not become their gaols », avec un jeu de mots entre goals/buts et gaols/geoles ).

Bien plus que les moyens employés, qui peuvent dans certains cas être irréprochables, c'est probablement là que se trouve la principale impasse de l'eugénisme. Même lorsque celui-ci s'attache à autre chose qu'à la simple élimination - en observant une stricte éthique - des maladies héréditaires. Car, dans certains cas particuliers, ce qui est une maladie peut être, aussi, un facteur de survie : que l'on repense par exemple à la célèbre anémie falciforme, maladie héréditaire qui permet de résister au paludisme.

La variété et le nombre (la biodiversité) représentent autant d'opportunités possibles d'adaptation des systèmes vivants à des conditions futures inconnues, et donc à la survie de l'espèce. L'élimination systèmatique de tous les caractères jugés handicapants ou superflus à un moment donné pourrait parfaitement abréger la durée de vie d'une lignée... Les sélectionneurs de races animales, qui le savent, prennent soin de conserver (sous forme de paillettes de sperme congelées, par exemple, ou sous forme d'information : c'est l'un des enjeux du séquençage génétique) les caractères que par ailleurs ils éliminent dans les animaux de production. Ils savent qu'un demi-siècle peut s'intéresser à la seule quantité, et par exemple le demi-siècle suivant au contraire à des qualités gustatives, etc.

Mais grâce à cet exemple, on peut considérer qu'il suffirait de conserver certains caractères, tout en les supprimant de l'humanité présente, pour les réintroduire à l'avenir si le besoin s'en faisait sentir. Une telle pratique eugénique permettrait à l'humanité de maîtriser son adaptabilité et son évolution. Les auteurs de science-fiction et de politique-fiction s'interrogent néanmoins sur le sens que les eugénistes donnent au mot « bénéfique » : pour les individus, ou simplement pour l'État ? (voir Le meilleur des mondes).

Position de différents pays sur l'eugénisme

Droit français

La question de l'eugénisme est traité par le code pénal, dans le Sous-titre II du Titre I du Livre II, intitulée « Des crimes contre l'espèce humaine » :

Article L 214-1 : « Le fait de mettre en œuvre une pratique eugénique tendant à l’organisation de la sélection des personnes est puni de trente ans de réclusion criminelle et de 7 500 000 euros d’amende ».
Article L 214-3 : « Cette peine est portée à la réclusion criminelle à perpétuité et de 7 500 000 euros d’amende lorsqu’elles sont commises en bande organisée »
À l'Assemblée nationale, le scrutin n°167 sur l’ensemble du projet de loi relatif à la bioéthique, a été adopté avec modifications en deuxième lecture séance du mardi 8 juin 2004 (310 votants, 304 suffrages exprimés, 187 pour, 117 contre).

Cependant, aussi claire qu'elle paraisse, la position française est en pratique bien plus ambiguë, si on considère les obligations de dépistage (visites prénatales obligatoires) et les facilités légales ainsi que l'encouragement à l'avortement lorsque l'enfant à naître présente des malformations : il s'agit manifestement de pratiques eugénistes, qui ne posent pas de problèmes sociaux.

Lire l'intégralité de l'article Wikipédia

Notre note précédente : 1/2 Nicolas Sarkozy et Michel Onfray - CONFIDENCES ENTRE ENNEMIS





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12:53 Publié dans 003 BATTRE LA DROITE : Contredanse hongroise , 009 LIRE , Actualités , Associations , Famille , Loisirs/Culture , Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : EUGENISME, SARKOZY

1/2 Nicolas Sarkozy et Michel Onfray - CONFIDENCES ENTRE ENNEMIS




D'un côté, un philosophe athée, antilibéral, hédoniste et libertaire. De l'autre, un candidat à la présidentielle n'hésitant pas à remettre en cause la loi sur la séparation de l'Église et de l'État, un ministre de l'Intérieur rêvant au rétablissement de l'autorité. À notre initiative, les deux hommes se sont rencontrés. On s'attendait à un choc frontal, il a été question de la croyance, du mal, de la liberté, de la transgression.
Propos recueillis par Alexandre Lacroix et Nicolas Truong / Photographies de Frédéric Poletti

Voici un court extrait du dialogue publié intégralement (sur 8 pages) dans Philosophie magazine n°8. Il s'agit de la fin du premier entretien entre les deux hommes (qui se sont ensuite revus pour prolonger la discussion). Après une première demi-heure extrêmement tendue, la conversation a pris une tournure existentielle, et deux visions de l'homme s'opposent.

(...)

Nicolas Sarkozy : Je me suis rendu récemment à la prison pour femmes de Rennes. J'ai demandé à rencontrer une détenue qui purgeait une lourde peine. Cette femme-là m'a parue tout à fait normale. Si on lui avait dit dans sa jeunesse qu'un jour, elle tuerait son mari, elle aurait protesté : « Mais ça va pas, non ! » Et pourtant, elle l'a fait.

Michel Onfray : Qu'en concluez-vous ?

N. S. : Que l'être humain peut être dangereux. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons tant besoin de la culture, de la civilisation. Il n'y a pas d'un côté des individus dangereux et de l'autre des innocents. Non, chaque homme est en lui-même porteur de beaucoup d'innocence et de dangers.

M. O. : Je ne suis pas rousseauiste et ne soutiendrais pas que l'homme est naturellement bon. À mon sens, on ne naît ni bon ni mauvais.
On le devient, car ce sont les circonstances qui fabriquent l'homme.

N. S. : Mais que faites-vous de nos choix, de la liberté de chacun ?

M. O. : Je ne leur donnerais pas une importance exagérée. Il y a beaucoup de choses que nous ne choisissons pas. Vous n'avez pas choisi votre sexualité parmi plusieurs formules, par exemple. Un pédophile non plus. Il n'a pas décidé un beau matin, parmi toutes les orientations sexuelles possibles, d'être attiré par les enfants. Pour autant, on ne naît pas homosexuel, ni hétérosexuel, ni pédophile. Je pense que nous sommes façonnés, non pas par nos gènes, mais par notre environnement, par les conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons.

N. S. : Je ne suis pas d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense.

M. O. : Puisque notre entrevue touche à sa fin, je voudrais vous offrir quelques cadeaux utiles avant que nous nous quittions.

[Michel Onfray tend à Nicolas Sarkozy ses
quatre paquets.]

N. S. [amusé] : Vous croyez que ma situation est si grave ?

[Nicolas Sarkozy déballe ses livres tandis que Michel Onfray commente ses choix.]

M. O. : Totem et Tabou, je vous l'offre parce que Sigmund Freud y traite du meurtre du père et de l'exercice du pouvoir dans la horde. L'Antéchrist de Friedrich Nietzsche, pour la question de la religion, la critique radicale de la morale chrétienne à vous qui, parfois, allez à la messe en famille. Michel Foucault, c'est une lecture que je recommande plus particulièrement au ministre de l'Intérieur, adepte des solutions disciplinaires. Dans Surveiller et punir, Michel Foucault analyse le rôle du système carcéral et de l'emprisonnement, puis de leur relation avec la norme libérale. Pierre-Joseph Proudhon, enfin, car il montre qu'on peut ne pas être libéral sans pour autant être communiste.

N. S. : Ai-je prétendu une chose pareille ?

M. O. [se référant à ses notes] : Oui, dans votre livre Témoignage, page 237 : « Le communisme, l'autre mot de l'antilibéralisme ».

N. S. : Vous, vous êtes communiste ?

M. O. : Ni communiste ni libéral. Je pense qu'il y a des options, notamment libertaires, de gestion du capital qui sont intéressantes et qui reposent sur la coopération, la mutualité,
le contrat, la fédération ou les crédits populaires. Proudhon est un auteur qu'on lit peu aujourd'hui, et souvent mal.

N. S. : Donc, ça vous intéresse, la complexité ?

M. O. : Bien sûr ! Il vaut mieux qu'on finisse sur un
éloge de la complexité que sur le braquage idéologique
de la première demie-heure...

(...)

Philosophie Magazine

RAG 34. Les lolo's 34.

12:25 Publié dans 002 RECONSTRUIRE LA GAUCHE : Devoir d'audace ! , 003 BATTRE LA DROITE : Contredanse hongroise , 009 LIRE , Actualités , Loisirs/Culture , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Michel Onfray, SARKOZY

02.04.2007

Lire, découvrir 3/3 Il y a partout des cons bordés d’oiseaux Comme des lettres cheminant en parchemin. Léo Ferré

Words... words... words...

Et qu’ont-ils à rentrer chaque année les Artistes ?
J’avais sur le futur des mains de cordonnier
Chaussant les astres de mes peaux ensemellées
La conscience dans le spider je mets les voiles
Et quarante millions de mètres de tailleur
Prenaient la taille à la putain de Galilée
La terre a bu le coup et penche du Tropique
Elle reste agrippée à mon temps cellulaire
Je déchargeais des tombereaux de souvenirs
Nous étions une histoire et n’avions rien à dire
Moi je prendrai la quatrième dimension
Pour trisser dans l’azur mes jambes migratrices
Le mur instantané que je dresse à la Chine
Mao c’était le nom de ce Viking flamand
Le tissu d’esquimau vieillit beaucoup plus vite
Des plaies sur des grabats du Chili à Lisbonne
S’exténuaient en équations de cicatrices
Le malade concret et l’interne distrait
Sont allés boire un pot au Café de la Morgue
Des vieillards le chéquier à la main à la banque
Faisaient des virements de testicules abstraits
L’embryon vaginé derviche dans le manque
Un pavot est venu l’asperger cette nuit
Mon berceau féodal et mes couilles gothiques
Des faux-nez des trognons des tissus ajoutés
Fondaient sous les sunlights de l’Opéra Comique
La Standard Oil prend du bidon et du gin fizz
La fièvre est descendue ce soir à Mexico
O ce parfum diapré dans la nuit des cigales
Dans une discothèque on a mis des barreaux
Les fenêtres s’en vont de la gorge et du squale
Ça sent la perfection dans ces rues amputées
Saint-Denis c’est un saint au derrière doublé
La fièvre est descendue ce soir dans un bordel
Et fallait voir comment ça soufflait dans la cale
Il y a partout des cons bordés d’oiseaux
Comme des lettres cheminant en parchemin
Nightingale O chansons crevées à minuit trente
J’ai le concile dans la main qui se lamente
Devant le mur à faire un peu des oraisons
La Folie m’a tenu la main à sa culotte
On eût dit de la mer s’en allant pour de bon
Viens petit dévêts-toi prends du large et jouis
Je sais des paravents comme un zoom d’espérance

Que font-ils ? Qui sont-ils ?
Ces gens qu’on tient en laisse
Dans les ports au shopping
Au bordel à la messe ?
Et ces mômes qu’on pourrait
S’carrer entre deux trains
Histoire de leur montrer
Qu’on a du face-à-main...
Ils ont voté Ils ont voté
Comme on prend un barbiturique
Et ils ont mis la République
Au fond d’un vase à reposer
Les experts ont analysé
Ce qu’il y avait au fond du vase
Il n’y avait rien qu’un peu de vase

Et qu’ont-ils à rentrer chaque année les Artistes ?
J’avais sur le futur des mains de cordonnier
Chaussant les astres de mes peaux ensemellées
La conscience dans le spider je mets les voiles...

SHAKESPEARE AUSSI ETAIT UN TERRORISTE
" Words... words... words... " disait-il

Videla ?
En français : BUDELLE, tripes
En italien : BUDELLA, tripes

En argentin ?
Allez-y voir !

DE QUOI DEGUEULER...
Vraiment


Publié le 28 février 2007 par torpedo

Une vidéo de Léo Ferré

RAG 34. Les lolo's 34

12:46 Publié dans 009 LIRE , Actualités , Associations , Loisirs/Culture , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : POESIE, Léo FERRE

31.03.2007

Lire, découvrir (2/2) : "La priorité à gauche, permettez !" Léo Ferré.

(Léo Ferré Montpellier Zénith 1989)

Il n'y a plus rien

Ecoute, écoute... Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure, avec
le sable qui se remonte un peu, comme les vieilles putes qui remontent leur peau, qui tirent la couverture.

Immobile... L'immobilité, ça dérange le siècle. C'est un peu le sourire de la vitesse, et ça sourit pas lerche, la vitesse,
en ces temps.

Les amants de la mer s'en vont en Bretagne ou à Tahiti...
C'est vraiment con, les amants.

(Paul Gauguin : D'où venons-nous? Qui sommes nous? Où allons nous ? 1898.)

IL n'y a plus rien

Camarade maudit, camarade misère...
Misère, c'était le nom de ma chienne qui n'avait que trois pattes.
L'autre, le destin la lui avait mise de côté pour les olympiades de la bouffe et des culs semestriels qu'elle accrochait
dans les buissons pour y aller de sa progéniture.
Elle est partie, Misère, dans des cahots, quelque part dans la nuit des chiens.
Camarade tranquille, camarade prospère,
Quand tu rentreras chez toi
Pourquoi chez toi ?
Quand tu rentreras dans ta boîte, rue d'Alésia ou du Faubourg
Si tu trouves quelqu'un qui dort dans ton lit,
Si tu y trouves quelqu'un qui dort
Alors va-t-en, dans le matin clairet
Seul
Te marie pas
Si c'est ta femme qui est là, réveille-la de sa mort imagée

Fous-lui une baffe, comme à une qui aurait une syncope ou une crise de nerfs...
Tu pourras lui dire :"T'as pas honte de t'assumer comme ça dans ta liquide sénescence.
Dis, t'as pas honte ? Alors qu'il y a quatre-vingt-dix mille espèces de fleurs ?
Espèce de conne !
Et barre-toi !
Divorce-la
Te marie pas !
Tu peux tout faire :
T'empaqueter dans le désordre, pour l'honneur, pour la conservation du titre...

Le désordre, c'est l'ordre moins le pouvoir !

Il n'y a plus rien

Je suis un nègre blanc qui mange du cirage
Parce qu'il se fait chier à être blanc, ce nègre,
Il en a marre qu'on lui dise : " Sale blanc !"

A Marseille, la sardine qui bouche le Port
Etait bourrée d'héroïne
Et les hommes-grenouilles n'en sont pas revenus...
Libérez les sardines
Et y'aura plus de mareyeurs !

Si tu savais ce que je sais
On te montrerait du doigt dans la rue
Alors il vaut mieux que tu ne saches rien
Comme ça, au moins, tu es peinard, anonyme, Citoyen !

Tu as droit, Citoyen, au minimum décent
A la publicité des enzymes et du charme
Au trafic des dollars et aux traficants d'armes
Qui traînent les journaux dans la boue et le sang
Tu as droit à ce bruit de la mer qui descend
Et si tu veux la prendre elle te fera du charme
Avec le vent au cul et des sextants d'alarme
Et la mer reviendra sans toi si tu es méchant

Les mots... toujours les mots, bien sûr !
Citoyens ! Aux armes !
Aux pépées, Citoyens ! A l'Amour, Citoyens !
Nous entrerons dans la carrière quand nous aurons cassé la gueule à nos ainés !
Les préfectures sont des monuments en airain... un coup d'aile d'oiseau ne les entame même pas... C'est vous dire !

Nous ne sommes même plus des juifs allemands
Nous ne sommes plus rien

Il n'y a plus rien

Des futals bien coupés sur lesquels lorgnent les gosses, certes !
Des poitrines occupées
Des ventres vacants
Arrange-toi avec ça !

Le sourire de ceux qui font chauffer leur gamelle sur les plages reconverties et démoustiquées
C'est-à-dire en enfer, là où Dieu met ses lunettes noires pour ne pas risquer d'être reconnu par ses admirateurs
Dieu est une idole, aussi !
Sous les pavés il n'y a plus la plage
Il y a l'enfer et la Sécurité
Notre vraie vie n'est pas ailleurs, elle est ici
Nous sommes au monde, on nous l'a assez dit
N'en déplaise à la littérature

Les mots, nous leur mettons des masques, un bâillon sur la tronche
A l'encyclopédie, les mots !
Et nous partons avec nos cris !
Et voilà !

Il n'y a plus rien... plus, plus rien

Je suis un chien ?
Perhaps !
Je suis un rat
Rien

Avec le coeur battant jusqu'à la dernière battue

Nous arrivons avec nos accessoires pour faire le ménage dans la tête des gens :
"Apprends donc à te coucher tout nu !
"Fous en l'air tes pantoufles !
"Renverse tes chaises !
"Mange debout !
" Assois-toi sur des tonnes d'inconvenances et montre-toi à la fenêtre en gueulant des gueulantes de principe

Si jamais tu t'aperçois que ta révolte s'encroûte et devient une habituelle révolte, alors,
Sors
Marche
Crève
Baise
Aime enfin les arbres, les bêtes et détourne-toi du conforme et de l'inconforme
Lâche ces notions, si ce sont des notions
Rien ne vaut la peine de rien

Il n'y a plus rien... plus, plus rien

Invente des formules de nuit: CLN... C'est la nuit !
Même au soleil, surtout au soleil, c'est la nuit
Tu peux crever... Les gens ne retiendront même pas une de leur inspiration.
Ils canaliseront sur toi leur air vicié en des regrets éternels puant le certificat d'études et le cathéchisme ombilical.
C'est vraiment dégueulasse
Ils te tairont, les gens.
Les gens taisent l'autre, toujours.
Regarde, à table, quand ils mangent...
Ils s'engouffrent dans l'innomé
Ils se dépassent eux-mêmes et s'en vont vers l'ordure et le rot ponctuel !

La ponctuation de l'absurde, c'est bien ce renversement des réacteurs abdominaux, comme à l'atterrissage : on rote
et on arrête le massacre.
Sur les pistes de l'inconscient, il y a des balises baveuses toujours un peu se souvenant du frichti, de l'organe, du repu.

Mes plus beaux souvenirs sont d'une autre planète
Où les bouchers vendaient de l'homme à la criée

Moi, je suis de la race ferroviaire qui regarde passer les vaches
Si on ne mangeait pas les vaches, les moutons et les restes
Nous ne connaîtrions ni les vaches, ni les moutons, ni les restes...
Au bout du compte, on nous élève pour nous becqueter
Alors, becquetons !
Côte à l'os pour deux personnes, tu connais ?

Heureusement il y a le lit : un parking !
Tu viens, mon amour ?
Et puis, c'est comme à la roulette : on mise, on mise...
Si la roulette n'avait qu'un trou, on nous ferait miser quand même
D'ailleurs, c'est ce qu'on fait !
Je comprends les joueurs : ils ont trente-cinq chances de ne pas se faire mettre...
Et ils mettent, ils mettent...
Le drame, dans le couple, c'est qu'on est deux
Et qu'il n'y a qu'un trou dans la roulette...

Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir

Te marie pas
Ne vote pas
Sinon t'es coincé

Elle était belle comme la révolte
Nous l'avions dans les yeux,
dans les bras dans nos futals
Elle s'appelait l'imagination


Elle dormait comme une morte, elle était comme morte
Elle sommeillait
On l'enterra de mémoire

Dans le cocktail Molotov, il faut mettre du Martini, mon petit !

Transbahutez vos idées comme de la drogue... Tu risques rien à la frontière
Rien dans les mains
Rien dans les poches

Tout dans la tronche !

- Vous n'avez rien à déclarer ?
- Non.
- Comment vous nommez-vous ?
- Karl Marx.
- Allez, passez !

Nous partîmes... Nous étions une poignée...
Nous nous retrouverons bientôt démunis, seuls, avec nos projets d'imagination dans le passé
Ecoutez-les... Ecoutez-les...
Ca rape comme le vin nouveau
Nous partîmes... Nous étions une poignée
Bientôt ça débordera sur les trottoirs
La parlotte ça n'est pas un détonateur suffisant
Le silence armé, c'est bien, mais il faut bien fermer sa gueule...
Toutes des concierges !
Ecoutez-les...

Il n'y a plus rien

Si les morts se levaient ?
Hein ?

Nous étions combien ?
Ca ira !

La tristesse, toujours la tristesse...

Ils chantaient, ils chantaient...
Dans les rues...

Te marie pas Ceux de San Francisco, de Paris, de Milan
Et ceux de Mexico
Bras dessus bras dessous
Bien accrochés au rêve

Ne vote pas

Ố DC8 des Pélicans
Cigognes qui partent à l'heure
Labrador Lèvres des bisons
J'invente en bas des rennes bleus
En habit rouge du couchant
Je vais à l'Ouest de ma mémoire
Vers la Clarté vers la Clarté

Je m'éclaire la Nuit dans le noir de mes nerfs
Dans l'or de mes cheveux j'ai mis cent mille watts
Des circuits sont en panne dans le fond de ma viande
J'imagine le téléphone dans une lande
Celle où nous nous voyons moi et moi
Dans cette brume obscène au crépuscule teint
Je ne suis qu'un voyant embarrassé de signes
Mes circuits déconnectent
Je ne suis qu'un binaire

Mon fils, il faut lever le camp comme lève la pâte
Il est tôt Lève-toi Prends du vin pour la route
Dégaine-toi du rêve anxieux des biens assis
Roule Roule mon fils vers l'étoile idéale
Tu te rencontreras Tu te reconnaîtras
Ton dessin devant toi, tu rentreras dedans
La mue ça ses fait à l'envers dans ce monde inventif
Tu reprendras ta voix de fille et chanteras Demain
Retourne tes yeux au-dedans de toi
Quand tu auras passé le mur du mur
Quand tu auras autrepassé ta vision
Alors tu verras rien

Il n'y a plus rien

Que les pères et les mères
Que ceux qui t'ont fait
Que ceux qui ont fait tous les autres
Que les "monsieur"
Que les "madame"
Que les "assis" dans les velours glacés, soumis, mollasses
Que ces horribles magasins bipèdes et roulants
Qui portent tout en devanture
Tous ceux-là à qui tu pourras dire :

Monsieur !
Madame !

Laissez donc ces gens-là tranquilles
Ces courbettes imaginées que vous leur inventez
Ces désespoirs soumis
Toute cette tristesse qui se lève le matin à heure fixe pour aller gagner VOS sous,
Avec les poumons resserrés
Les mains grandies par l'outrage et les bonnes moeurs
Les yeux défaits par les veilles soucieuses...
Et vous comptez vos sous ?
Pardon.... LEURS sous !

Ce qui vous déshonore
C'est la propreté administrative, écologique dont vous tirez orgueil
Dans vos salles de bains climatisées
Dans vos bidets déserts
En vos miroirs menteurs...

Vous faites mentir les miroirs
Vous êtes puissants au point de vous refléter tels que vous êtes
Cravatés
Envisonnés
Empapaoutés de morgue et d'ennui dans l'eau verte qui descend
des montagnes et que vous vous êtes arrangés pour soumettre
A un point donné
A heure fixe
Pour vos narcissiques partouzes.
Vous vous regardez et vous ne pouvez même plus vous reconnaître
Tellement vous êtes beaux
Et vous comptez vos sous
En long
En large
En marge
De ces salaires que vous lâchez avec précision
Avec parcimonie
J'allais dire "en douce" comme ces aquilons avant-coureurs et qui
racontent les exploits du bol alimentaire, avec cet apparat vengeur
et nivellateur qui empêche toute identification...
Je veux dire que pour exploiter votre prochain, vous êtes les
champions de l'anonymat.

Les révolutions ? Parlons-en !
Je veux parler des révolutions qu'on peut encore montrer
Parce qu'elles vous servent,
Parce qu'elles vous ont toujours servis,
Ces révolutions de "l'histoire",
Parce que les "histoires" ça vous amuse, avant de vous interesser,
Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit qu'il s'en prépare une autre.
Lorsque quelque chose d'inédit vous choque et vous gêne,
Vous vous arrangez la veille, toujours la veille, pour retenir une place
Dans un palace d'exilés, entouré du prestige des déracinés.
Les racines profondes de ce pays, c'est Vous, paraît-il,
Et quand on vous transbahute d'un "désordre de la rue", comme vous dites,
à un "ordre nouveau" comme ils disent, vous vous faites greffer au retour et on vous salue.

Depuis deux cent ans, vous prenez des billets pour les révolutions.
Vous seriez même tentés d'y apporter votre petit panier,
Pour n'en pas perdre une miette, n'est-ce-pas ?
Et les "vauriens" qui vous amusent, ces "vauriens" qui vous dérangent aussi,
on les enveloppe dans un fait divers pendant que vous enveloppez les "vôtres" dans un drapeau.

Vous vous croyez toujours, vous autres, dans un haras !
La race ça vous tient debout dans ce monde que vous avez assis.
Vous avez le style du pouvoir
Vous en arrivez même à vous parler à vous-mêmes
Comme si vous parliez à vos subordonnés,
De peur de quitter votre stature, vos boursouflures, de peur qu'on vous montre du doigt,
dans les corridors de l'ennui, et qu'on se dise : "Tiens, il baisse, il va finir par se plier, par ramper"
Soyez tranquilles ! Pour la reptation, vous êtes imbattables ; seulement, vous ne vous la concédez
que dans la métaphore... Vous voulez bien vous allonger mais avec de l'allure,
Cette "allure" que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière,
Et quand on sait ce qu'a pu vous coûter de silences aigres,
De renvois mal aiguillés
De demi-sourires séchés comme des larmes,
Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer
votre visage,
Je me demande comment et pourquoi la Nature met
Tant d'entêtement,
Tant d'adresse
Et tant d'indifférence biologique
A faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères,
Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaires
Jusqu'aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire,
Dans votre grand monde,
A la coupe des bien-pensants.

Moi, je suis un bâtard.
Nous sommes tous des bâtards.
Ce qui nous sépare, aujourd'hui, c'est que votre bâtardise à vous est sanctionnée par le code civil
Sur lequel, avec votre permission, je me plais à cracher, avant de prendre congé.
Soyez tranquilles, Vous ne risquez Rien

Il n'y a plus rien

Et ce rien, on vous le laisse !
Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez,
Nous, on peut pas.
Un jour, dans dix mille ans,
Quand vous ne serez plus là,
Nous aurons TOUT
Rien de vous
Tout de nous
Nous aurons eu le temps d'inventer la Vie, la Beauté, la Jeunesse,
Les Larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles,
Le sourire des bêtes enfin détraquées,
La priorité à Gauche, permettez !

Nous ne mourrons plus de rien
Nous vivrons de tout

Et les microbes de la connerie que nous n'aurez pas manqué de nous léguer, montant
De vos fumures
De vos livres engrangés dans vos silothèques
De vos documents publics
De vos réglements d'administration pénitenciaire
De vos décrets
De vos prières, même,
Tous ces microbes...
Soyez tranquilles,
Nous aurons déjà des machines pour les révoquer

NOUS AURONS TOUT

Dans dix mille ans.

Note sur le même thème

RAG 34. Lovely34

15:50 Publié dans 003 BATTRE LA DROITE : Contredanse hongroise , 009 LIRE , Actualités , Associations , Loisirs/Culture , Musique , Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Léo FERRE, POESIE, RAG 34

Lire, découvrir : (1/2) "Poète... vos papiers!", préface de Léo Ferré 1956

La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore. Cela arrange bien des esthètes que François Villon ait été un voyou. On ne prend les mots qu'avec des gants: à "menstruel" on préfère "périodique", et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires ou du codex. Le snobisme scolaire qui consiste à n'employer en poésie que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baise-main. Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baise-main qui fait la tendresse. Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, c'est la poésie qui illustre le mot.

L'alexandrin est un moule à pieds. On n'admet pas qu'il soit mal chaussé, traînant dans la rue des semelles ajourées de musique. La poésie contemporaine qui fait de la prose en le sachant, brandit le spectre de l'alexandrin comme une forme pressurée et intouchable. Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes: ce sont des dactylographes. Le vers est musique; le vers sans musique est littérature. Le poème en prose c'est de la prose poétique. Le vers libre n'est plus le vers puisque le propre du vers est de n'être point libre. La syntaxe du vers est une syntaxe harmonique - toutes licences comprises. Il n'y a point de fautes d'harmonie en art; il n'y a que des fautes de goût. L'harmonie peut s'apprendre à l'école. Le goût est le sourire de l'âme; il y a des âmes qui ont un vilain rictus, c'est ce qui fait le mauvais goût. Le Concerto de Bela Bartok vaut celui de Beethoven. Qu'importe si l'alexandrin de Bartok a les pieds mal chaussés, puisqu'il nous traîne dans les étoiles! La Lumière d'où qu'elle vienne EST la Lumière...

En France, la poésie est concentrationnaire. Elle n'a d'yeux que pour les fleurs; le contexte d'humus et de fermentation qui fait la vie n'est pas dans le texte. On a rogné les ailes à l'albatros en lui laissant juste ce qu'il faut de moignons pour s'ébattre dans la basse-cour littéraire. Le poète est devenu son propre réducteur d'ailes, il s'habille en confection avec du kapok dans le style et de la fibranne dans l'idée, il habite le palier au-dessus du reportage hebdomadaire. Il n'y a plus rien à attendre du poète muselé, accroupi et content dans notre monde, il n'y a plus rien à espérer de l'homme parqué, fiché et souriant à l'aventure du vedettariat.
Le poète d'aujourd'hui doit être d'une caste, d'un parti ou du Tout-Paris.
Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé. Enfin, pour être poète, je veux dire reconnu, il faut "aller à la ligne". Le poète n'a plus rien à dire, il s'est lui-même sabordé depuis qu'il a soumis le vers français aux diktats de l'hermétisme et de l'écriture dite "automatique". L'écriture automatique ne donne pas le talent. Le poète automatique est devenu un cruciverbiste dont le chemin de croix est un damier avec des chicanes et des clôtures: le five o'clock de l'abstraction collective.

La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n'est pas finie; elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche. Il faut que l'oeil écoute le chant de l'imprimerie, il faut qu'il en soit de la poésie lue comme de la lecture des sous-titres sur une bande filmée: le vers écrit ne doit être que la version originale d'une photographie, d'un tableau, d'une sculpture.
Dès que le vers est libre, l'oeil est égaré, il ne lit plus qu'à plat; le relief est absent comme est absente la musique. "Enfin Malherbe vint..." et Boileau avec lui... et toutes les écoles, et toutes les communautés, et tous les phalanstères de l'imbécillité! L'embrigadement est un signe des temps, de notre temps. Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes. Les sociétés littéraires sont encore la Société. La pensée mise en commun est une pensée commune. Du jour où l'abstraction, voire l'arbitraire, a remplacé la sensibilité, de ce jour-là date, non pas la décadence qui est encore de l'amour, mais la faillite de l'Art. Les poètes, exsangues, n'ont plus que du papier chiffon, les musiciens que des portées vides ou dodécaphoniques - ce qui revient au même, les peintres du fusain à bille. L'art abstrait est une ordure magique où viennent picorer les amateurs de salons louches qui ne reconnaîtront jamais Van Gogh dans la rue... Car enfin, le divin Mozart n'est divin qu'en ce bicentenaire!
Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes. Qu'importe! Aujourd'hui le catalogue Koechel est devenu le Bottin de tout musicologue qui a fait au moins une fois le voyage à Salzbourg! L'art est anonyme et n'aspire qu'à se dépouiller de ses contacts charnels. L'art n'est pas un bureau d'anthropométrie. Les tables des matières ne s'embarrassent jamais de fiches signalétiques... On sait que Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes, que Beethoven était sourd, que Ravel avait une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique, qu'il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok, on sait que Rutebeuf avait faim, que Villon volait pour manger, que Baudelaire eut de lancinants soucis de blanchisseuse: cela ne représente rien qui ne soit qu'anecdotique. La lumière ne se fait que sur les tombes.

Avec nos avions qui dament le pion au soleil, avec nos magnétophones qui se souviennent de "ces voix qui se sont tues", avec nos âmes en rade au milieu des rues, nous sommes au bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande, à regarder passer les révolutions. Le seul droit qui reste à la poésie est de faire parler les pierres, frémir les drapeaux malades, s'accoupler les pensées secrètes.

Nous vivons une époque épique qui a commencé avec la machine à vapeur et qui se termine par la désintégration de l'atome. L'énergie enfermée dans la formule relativiste nous donnera demain la salle de bains portative et une monnaie à piles qui reléguera l'or dans la mémoire des westerns... La poésie devra-t-elle s'alimenter aux accumulateurs nucléaires et mettre l'âme humaine et son désarroi dans un herbier?
Nous vivons une époque épique et nous n'avons plus rien d'épique. A New York le dentifrice chlorophylle fait un paté de néon dans la forêt des gratte-ciel. On vend la musique comme on vend le savon à barbe. Le progrès, c'est la culture en pilules. Pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu'à en trouver la formule. Tout est prêt: les capitaux, la publicité, la clientèle. Qui donc inventera le désespoir?
Dans notre siècle il faut être médiocre, c'est la seule chance qu'on ait de ne point gêner autrui. L'artiste est à descendre, sans délai, comme un oiseau perdu le premier jour de la chasse. Il n'y a plus de chasse gardée, tous les jours sont bons. Aucune complaisance, la société se défend. Il faut s'appeler Claudel ou Jean de Létraz, il faut être incompréhensible ou vulgaire, lyrique ou populaire, il n'y a pas de milieu, il n'y a que des variantes. Dès qu'une idée saine voit le jour, elle est aussitôt happée et mise en compote, et son auteur est traité d'anarchiste.

Divine Anarchie, adorable Anarchie, tu n'es pas un système, un parti, une référence, mais un état d'âme. Tu es la seule invention de l'homme, et sa solitude, et ce qui lui reste de liberté. Tu es l'avoine du poète.
A vos plumes poètes, la poésie crie au secours, le mot Anarchie est inscrit sur le front de ses anges noirs; ne leur coupez pas les ailes! La violence est l'apanage du muscle, les oiseaux dans leurs cris de détresse empruntent à la violence musicale. Les plus beaux chants sont des chants de revendication. Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations. A l'école de la poésie, on n'apprend pas: on se bat.
Place à la poésie, hommes traqués! Mettez des tapis sous ses pas meurtris, accordez vos cordes cassées à son diapason lunaire, donnez-lui un bol de riz, un verre d'eau, un sourire, ouvrez les portes sur ce no man's land où les chiens n'ont plus de muselière, les chevaux de licol, ni les hommes de salaires.
N'oubliez jamais que le rire n'est pas le propre de l'homme, mais qu'il est le propre de la Société. L'homme seul ne rit pas; il lui arrive quelquefois de pleurer.
N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres.
Je voudrais que ces quelques vers constituent un manifeste du désespoir, je voudrais que ces quelques vers constituent pour les hommes libres qui demeurent mes frères un manifeste de l'espoir.

À la page des textes de Léo ferré

14:39 Publié dans 003 BATTRE LA DROITE : Contredanse hongroise , 009 LIRE , Actualités , Associations , Loisirs/Culture , Musique , Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Léo FERRE, POESIE, RAG 34

* La sixième quoi ? Comment dites-vous ? De quoi parlez-vous ?

Je regrette d’avoir fait de l’humour à propos de la déclaration de Ségolène Royal sur sa liberté à retrouver. Je viens de comprendre de quoi elle parlait réellement. Ce que je prenais pour une parano de Julien Dray vient de m’éclater à la figure avec l’étouffement en trois jours par l’appareil le plus classique du parti de l’engagement de la candidate en faveur de la sixième république. Je commence par dire combien j’adhère profondément à la décision de Ségolène Royal de s’engager sur ce thème. La refondation républicaine de la France est en effet une nécessité. Des esprits superficiels pensent qu’il s’agit seulement d’une question institutionnelle. Bien sûr ça l’est. Et ce n’est pas rien. Dans un pays ou la loi, les institutions, les élus sont autant méprisés qu’ils le sont dans le notre, ce ressourcement général de la norme suprême dans le bain du suffrage universel est un impératif. Du moins l’est-il si l’on veut de nouveau que le consentement à l’ordre, essentiel en démocratie ne soit pas seulement une affaire de peur du gendarme ou de routine résignée et contrainte. Mais c’est aussi une question sociale de bien des façons. D’abord parce que c’est l’occasion d’énoncer les droits que se garantissent mutuellement les citoyens. Nombre de ces droits sont des droits sociaux.

* Ceux qui veulent approfondir la question pourront se reporter à l'ouvrage "Quelle 6ème République ?" que vient d'éditer "Le Temps des cerises". J'y explique la nécessité d'une constituante pour la France et pour l'Europe. Vous pourrez aussi y lire la position de François Hollande, comme celle des autres partis de gauche.

Lire la suite

RAG 34. Lolo34

08:15 Publié dans 002 RECONSTRUIRE LA GAUCHE : Devoir d'audace ! , 009 LIRE , Actualités , Associations , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : MELENCHON, RAG 34

19.03.2007

1907-2007 Vigne et civilisation (2)

medium_vigne.jpgDans le cadre du centenaire de la révolte vigneronne en Languedoc-Roussillon de 1907, le réseau des médiathèques organise des conférences, des expositions, des projections...
Programme "Vigne et civilisation 1907-2007"

Médiathèque centrale Emile Zola :

- Jeudi 22 mars : l'économie ; conférence de Jean Clavel
- Jeudi 19 avril : la Révolte ; rencontre avec Jean Sagnes et Claude Ecken à l'occasion de la sortie de "1907, la Révolte du Midi de A à Z" et de la BD "1907, la longue marche des vignerons" (éd. Adacom).

L'économie : conférence de Jean Clavel

medium_clavel.jpgJean Clavel nous invite à réfléchir à l'avenir de ce vignoble, il développe une prospective s'appuyant sur l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et sur les nouveaux moyens de communication (Internet).
"Je suis né en 1934 d'une famille de vignerons depuis de nombreuses générations, originaire des Corbières par ma mère et du Bittérois par mon père.
J'ai consacré 40 ans de ma vie professionnelle et des heures indéterminées de ma vie personnelle à la renaissance de la notoriété et de l'image des vins du Languedoc. J'ai milité dans les années 60 aux Jeunes Agriculteurs , tout en travaillant à la production. Autodidacte, j'ai suivi la formation IFOCAP à Paris, (institut de formation des cadres paysans) et j'ai servi la mutation de l'agriculture et de la viticulture de la région dans diverses structures professionnelles.
J'ai assuré la direction du syndicat des Coteaux du Languedoc de 1976 à 1993 pour en faire le moteur de la transformation qualitative des vins de la région.
J'ai tenté de faire prendre conscience a des générations de vignerons que le vin est un bien culturel,symbolique,qu'il est un lubrifiant social enraciné dans une histoire millénaire et que seule sa qualité incontestable, adaptée à l'attente du laeder d'opinion et du consommateur permet la réussite commerciale. J'ai convaincu les publicistes, les agents de communication, que le vin n'est pas un produit agro-alimentaire banal, qu'on ne peut le présenter et le vendre comme une vulgaire lessive. J'ai lutté contre le laxisme et la facilité que les subventions de l'Etat et de la Communauté Européenne entretenaient chez de nombreux viticulteurs et certains de leurs responsables.
Nous pouvons dire, maintenant, que ce combat est gagné et que la notoriété et l'image des vins de qualité du Languedoc est reconnue internationalement, même si cette reconnaissance tarde à venir en France, la domination culturelle et de la communication parisienne s'exerçant d'une façon hégémonique dans notre pays."
Jean Clavel est également président du Syndicat des vignerons des Grés de Montpellier.
Son dernier livre "Le 21è siècle des vins du Languedoc - Du Monde Greco-Romain à Internet", (éd. Causse), nous propose, à l'aube du troisième millénaire, un bilan de l'activité du vignoble languedocien, vieux de déjà 2500 ans : son histoire, son expansion sont analysées de point de vue économique et évènementiel.
Une réflexion, également sur l'avenir de ce vignoble alors que les modes de consommation et de communication sont déjà façonnés par les nouvelles donnes des marchés mondiaux via Internet.

Retrouvez le programme des commémorations (Béziers...) sur le blog de Jean Clavel : 1907 la révolte vigneronne

Lire notre note précédente : Révolte vigneronne 1907 : Gloire au 17 ème !

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14:42 Publié dans 009 LIRE , Actualités , Associations , Economie , Famille , Loisirs/Culture , Nature/Environnement , Politique , Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

13.03.2007

Le pacte présidentiel : 100 propositions pour que ça change fort !


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Le pacte présidentiel : 100 mesures en musique (clip vidéo 12 mns)


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12.03.2007

La politique industrielle des Etats-Unis : la main visible de l’Etat

Une légende bien établie en Europe attribue aux seules forces du marché l’exceptionnel dynamisme de l’économie américaine au cours des 20 dernières années. En réalité, cette dernière semble davantage résulter de la « main visible de l’Etat » que celle, réputée invisible - et pour cause... - du marché.

1. Les instruments de la politique industrielle des Etats-Unis
A. La tradition du « Buy American » dans les commandes publiques


La politique industrielle américaine s’appuie traditionnellement sur le levier des commandes publiques. Dès 1933, le « Buy American Act » prévoit, pour tous les marchés publics, que la moitié des biens achetés soient fabriqués ou assemblés sur le sol américain. En raison de la signature par les Etats-Unis de l’ « accord plurilatéral sur les marchés publics » (1994), la portée de cette loi a été restreinte et celle-ci ne s’applique plus que pour les marchés inférieurs à 7 millions d’euros. Elle reste néanmoins très présente dans les mentalités et les élus américains restent très attentifs au lieu de production des biens faisant l’objet de commandes publiques. Un conseiller économique de l’Union européenne à Washington, cité par la presse, explique ainsi(Le Parisien, 26 octobre 2006) : « Les entrepreneurs européens se plaignent souvent du protectionnisme aux Etats-Unis (...) Même quand les produits étrangers sont moins chers et plus performants, le gouvernement américain préfère souvent les sociétés locales ».

B. Un fort soutien aux PME dans l’accès aux marchés publics
Lors de la signature de l’accord de l’OMC sur les marchés publics, les Etats-Unis sont parvenus à sauvegarder une partie de leur arsenal de promotion de l’ « achat public américain », à travers une loi de 1953, le « Small Business Act », devenue « Small Business Developpement Innovation Act » en 1982. Ce texte vise à assurer aux PME (moins de 500 personnes) une part minimale dans les marchés publics, soit directement, soit indirectement. Les objectifs minimaux sont d’accorder aux PME 23% des contrats directs et 40% de la sous-traitance. Pour cela, les marchés inférieurs à un montant de 100.000 dollars ou ceux auxquels 2 PME au moins peuvent répondresont réservés aux PME ; par ailleurs, les entreprises qui se voient attribuer des marchés publics d’un montant supérieur à 1 million de dollars doivent s’engager à en sous-traiter une partie aux PME.

Il est à souligner qu’une administration spécifique (sous la forme d’une agence : Small Business Administration, 150 agents) est chargée de faire appliquer cette loi.

Les résultats de cette politique sont spectaculaires : les sources disponibles montrent que les PME américaines décrocheraient environ 40% des marchés publics (soit environ 100 milliards de dollars par an), contre 11% en moyenne en France et 5% en Europe. L’Europe, qui n’avait pas fait valoir de réglementation de cette nature lors de la signature de l’accord sur les marchés publics n’a aujourd’hui pas l’autorisation de mettre en œuvre un tel régime, alors même que le total des commandes publiques au sein de l’Union atteint aujourd’hui 1500 milliards d’euros. Malgré les demandes répétées de la part de plusieurs Etats-membres et de nombreuses PME innovantes, la Commission n’a pas repris à son compte l’objet d’égaliser les droits des PME européennes avec ceux des américaines.

Pour mettre en évidence l’intérêt de cette démarche, il convient de rappeler que les PME américaines ont contribué, pendant les années 1990, à 75% de la croissance de l’emploi ; dans cet ensemble, les entreprises de moins de vingt personnes ont contribué à 50% des emplois créés. Un grand nombre de ces PME réussissent à se transformer en grandes entreprises : parmi les 1000 plus grandes entreprises mondiales, on compte 9% d’américaines créées après 1980, contre seulement 5% d’européennes.

C. Une politique de la concurrence moins dogmatique qu’en Europe
La politique de la concurrence ne revêt pas le même visage selon qu’elle est conduite d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique. Deux différences essentielles doivent être pointées :

1. Il n’existe pas aux Etats-Unis de politique visant à limiter l’attribution ou le niveau des aides d’Etat ; la seule limitation juridique aux aides d’Etat est celle qui résulte de l’application du droit de l’OMC, moins contraignant que celui que se donne l’Union européenne. A l’inverse, le contrôle strict des aides d’Etat par la Commission européenne peut constituer un handicap compétitif pour les entreprises européennes. Ainsi, l’aide versée en 2003 à Alstom a nécessité d’importantes contreparties de la part de l’entreprise (cessions de filiales) alors que ses concurrents extra-européens peuvent bénéficier d’aides comparables sans avoir à envisager une quelconque contrepartie ;

2. Les autorités américaines de la concurrence sont moins hostiles que leurs homologues européennes à la constitution de « champions nationaux ». Plusieurs exemples récents montrent qu’elles ont pu laisser se constituer (Microsoft) - ou se reconstituer (ATT) - des géants dont la taille leur permet d’imposer leurs normes au reste du monde. A l’inverse, la commissaire européenne à la concurrence, Mme Kroes, récuse régulièrement le concept de « champions européens ». En agissant de la sorte, l’Europe se prive d’un instrument de puissance : les grandes entreprises exportent non seulement des produits, mais également des normes de comportement et un modèle de société.

D. Une large utilisation des subventions pour stimuler l’effort de R et D

Une partie importante de l’aide aux entreprises passe par des subventions destinées à soutenir l’effort de recherche dans des domaines liés - de façon parfois lointaine - avec la défense, la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme. C’est notamment grâce à des crédits publics destinés à la sécurité intérieure qu’ont été financés les réseaux Wi-Fi (accessibles à tous gratuitement : ménages, PME...) dans plusieurs villes américaines, comme Philadelphie. De même, les enjeux de santé publique font l’objet d’une forte mobilisation : face à la grippe aviaire, le Congrès a voté plus de 7 milliards de dollars de crédits pour subventionner l’industrie des vaccins aux Etats-Unis (industrie qui, par ailleurs, affichait un net retard par rapport à sa concurrente européenne...).

E. La régulation des OPA

La loi américaine permettant de bloquer des OPA contraires aux intérêts stratégiques du pays a été votée au début des années 1980. Dans la mesure où les « intérêts stratégiques » ainsi protégés font l’objet d’une définition floue, son utilisation est aisée : elle a notamment été mise à contribution pour refuser la prise de contrôle de la société Unocal (7ème compagnie pétrolière américaine) par un investisseur chinois, ou encore le rachat de six ports américains par une compagnie publique de Dubaï. Les société américaines peuvent utiliser des « pilules empoisonnées » destinées à décourager les OPA hostiles (il s’agit le plus souvent de bons de souscription en actions dont la distribution aux actionnaires permet de diluer la part de l’assaillant dans le capital de la société cible).

La France ne s’est dotée d’un dispositif de ce type qu’en 2006. Une différence notable subsiste : aux Etats-Unis, les instruments de défense face à une OPA sont créés sur décision du conseil d’administration. En France, ce pouvoir est dévolu aux actionnaires, ce qui en rend la mise en œuvre plus lourde et l’efficacité plus incertaine.

2. Les résultats de la politique industrielle américaine
La portée des dispositifs énumérés ne doit pas être surestimée : ils ne permettent pas de traiter toutes les difficultés et les Etats-Unis connaissent, comme l’Europe, le phénomène des délocalisations et la désindustrialisation. Toutefois, l’efficacité du soutien public à l’innovation apparaît sans ambiguïté ; dans ce domaine, le volontarisme de l’Etat - qui tranche avec l’idéologie du « laissez faire » qui prévaut aujourd’hui à l’échelon européen - se traduit par des résultats positifs, dont les plus notables sont rappelés ci-dessous :

les dépenses de R et D sont de 2,7% du PIB aux Etats-Unis, contre 2,2% en France et 1,9% en moyenne en Europe. En valeur absolue, le total des dépenses de recherche aux Etats-Unis est supérieur de 260 milliards de dollars à celui de l’Europe, soit une somme représentant plus de trente fois le budget communautaire annuel consacré à la recherche !

le nombre de chercheurs pour 10.000 actifs est de 81 aux Etats-Unis, de 60 en France et de 49 en Europe ; dans le seul secteur des entreprises, toujours pour 10.000 actifs, il est de 70 aux Etats-Unis, de 30 en France et de 25 en Europe ; les dépense de recherche des PME américaines sont huit fois supérieures à celles des PME européennes !

les dépenses pour l’enseignement supérieur représentent 2,7% du PIB aux Etats-Unis contre 1,1% en France et en Europe. La population américaine des 25-64 ans compte 37% de diplômés du supérieur, contre 23% en France et 24% en Europe.

Conclusion

Si le différentiel de croissance entre l’Europe et les Etats-Unis devait persister sur la tendance des dix dernières années, la richesse européenne par habitant en 2030 ne représenterait plus que 50% de celle des Etats-Unis. Malgré une population supérieure à celle des Etats-Unis, l’Europe ne pourrait pas faire contrepoids à la puissance américaine.

Pour tous ceux qui croient que l’Europe doit jouer un rôle dans le monde, un sursaut est urgent. Pour cela, il est nécessaire de sortir de l’incantation (les objectifs de Lisbonne, sans moyens correspondants), de renouer avec un volontarisme économique et politique qui est à l’origine de la construction européenne (CECA ou Euratom) et surtout de renoncer à un « laissez faire » que les autres économies, à commencer par les Etats-Unis, se gardent bien d’appliquer à elles-mêmes.

A lire pour en savoir plus : Alain Villemeur, La croissance américaine ou la main de l’Etat, Paris, Seuil, 2007.

Le site web de Laurent Fabius

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10.03.2007

"Ma France laïque" Peut-on continuer à vivre ensemble et comment?

Sophia Chikirou
publie "Ma France laïque"


Peut-on continuer à vivre ensemble et comment?

Pour Sophia Chikirou, cette question l'emporte sur toutes les autres: ne pas y répondre ou la contourner reviendrait à priver la politique de son sens. De son parcours, qu'elle juge semblable à celui de millions de Français issus de différentes vagues de migration et d'immigration qu'a connues la France, elle tire la conviction que la République est une chance.

De son expérience militante et associative, elle nous livre un regard franc, sans concession, qui n'épargne pas même sa propre famille politique dont certaines pratiques, qu'elle dénonce, encouragent le communautarisme.

Son analyse stimulante et ses solutions pertinentes couvrent ce qu'elle estime être le champ de la laïcité: un principe qui ne se résume pas à la loi de séparation des Eglises et de l'Etat (1905) mais qui concerne au plus haut degré le quotidien des Français, à la ville, au travail, à l'école et leur rapport à la politique.

Parce que la laïcité a permis à Sophia Chikirou d'être la femme émancipée qu'elle est aujourd'hui, elle veut, pour tous les autres, que ce principe d'organisation de la vie connaisse un retour de flamme et porte les espérances de la jeunesse.

Avec la participation de Mohammed Abdi, Claude Bartolone, Gaston Kelman, Henri Pena-Ruiz, Alain Seksig, Antoine Sfeir.

Ma France laïque

14,90€ - 230 pages

Editions La Martinière

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14:37 Publié dans 009 LIRE , Actualités , Associations , Famille , Loisirs/Culture , Politique , Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

07.03.2007

Décès hier du sociologue et philosophe Jean BAUDRILLARD

clicker sur pour agrandir la photo (Jean Baudrillard 1996)
Jean Baudrillard au-delà du réel
Le sexe, le langage, les signes, la marchandise, la guerre ... Rien n'a échappé aux analyses paradoxales du sociologue, mort hier à 77 ans.
Par Robert MAGGIORI
QUOTIDIEN : mercredi 7 mars 2007
Jean Baudrillard, c'était la curiosité même. Il ne ratait rien, pas un livre, pas un article, pas un geste, pas un paysage, une exposition, un film, une expression sur un visage, une posture, un habit, un foulard, un logo, une ombre, un écran de télévision, un bec de gaz, le macadam mouillé par la pluie, une pièce de théâtre ( Camille Claudel, jouée par Charles Gonzales au Lucernaire lui donnera la plus grande émotion de sa vie), un conflit politique, une guerre. Il semblait errer, vagabonder d'un pas nonchalant, effleurer du regard toute chose, et toujours prêt à sourire de tout, bonhomme.

En réalité, il fixait les choses. Comme on fixe parfois ces images curieuses, de formes géométriques entremêlées, qui soudain laissent voir autre chose ­ un monstre, deux corps enlacés, la barbe de Freud... ­ que ce qu'elles étaient censées donner à voir. Il pensait que la théorie «ne peut être que cela : un piège tendu dans l'espoir que la réalité sera assez naïve pour s'y laisser prendre». Aussi en plaçait-il partout, des «pièges». Mais, en attendant que la réalité vienne s'y faire capturer, et se traduise en «prises», en concepts, il se servait de ses yeux, de ses mains, de ses oreilles, pour tenter de prendre, voir ou entendre ce qui fuit sans cesse, éphémère et sidérant, ce qui est à peine audible, la cacophonie «de ce qui arrive» sans ordre ni plan, le brouhaha du monde. «Il faut fouiller le ciel», disait-il, comme pour capter cette lumière venue d'astres morts depuis longtemps, où ces «événements tellement lointains, métaphysiquement lointains» qui, «n'éveillant plus qu'une légère phosphorescence sur les écrans», doivent être agrandis comme une photographie pour être «vus», au risque, évidemment, d'acquérir une «réalité» qui n'est pas la leur.

«Il faut faire de la théorie un crime parfait»
Jean Baudrillard aura été le sociologue des «événements étranges». Pour les capter, «il faut faire de la théorie elle-même une chose étrange. Il faut faire de la théorie un crime parfait, ou un attracteur étrange». C'est ce que Baudrillard a fait, en usant de tous les styles et toutes les formes d'écriture, du paralogisme au paradoxe, de la parodie à l'aporie, de la provocation à l'ironie, et en devenant le penseur des missions impossibles ­ y compris en faisant s'autodétruire sa pensée dès qu'elle se systématisait ­, le vigile, parfois cynique, de la pensée vigilante, attentif à capturer «la dernière lueur qu'envoie la réalité avant de disparaître», ou, reconnaissait-il, le tenant d'une «analyse irréaliste des événements irréels».
Germaniste de formation, la sociologie de Jean Baudrillard ­ il riait, lorsqu'on évoquait «sa sociologie» ­ s'est donc caractérisée par une incroyable, et déroutante, inventivité, et la création de concepts qui, pourrait-on dire, courent après des faits sociaux devenus fluides, liquides, insaisissables, plus réels que réels dans leur irréalité, plus fictifs que fictifs dans leur réalité. C'est pourquoi on reconnaît tout de suite que l'on se trouve «chez Baudrillard» : un monde peuplé de simulacres, de supraconducteurs, de stratégies fatales, de surfusions, de virus, de proliférations et de contagions, de «terminaux interactifs», et, justement, d'attracteurs étranges.

Etudes sur la société de consommation
Ses premiers livres, auquel il est resté fidèle en esprit, étaient à des années-lumière de tout cela : à la lumière du structuralisme et de la sémiologie, ils s'attachaient à réviser la théorie marxienne des besoins, comme le faisait en Hongrie Agnès Heller. Par la suite, toute sa production fera date. Ses études de la société de consommation, des nouveaux mythes de la communication et du système des objets à l'ère de la domination de la haute technologie sont des «classiques» : le Système des objets (1968), la Société de consommation (1970), Pour une critique de l'économie politique du signe (1972), le Miroir de la production (1973)... L'influence de Roland Barthes, de Henri Lefebvre, de Guy Debord est assez sensible à cette époque. Mais peu à peu Baudrillard devient Baudrillard, figure unique du paysage intellectuel, qui s'intéresse essentiellement aux représentations, et, avec un de ses ouvrages majeurs, l'Echange symbolique et la mort (1976), montre le fonctionnement des systèmes d'échanges symboliques (ou de fin des échanges) dans les sociétés développées. Dès lors, tout, tous les phénomènes culturels, politiques, sociaux, esthétiques de la société moderne puis postmoderne, s'ouvriront à sa réflexion.

«L'objet n'est plus ce qu'il était»
Ce que Baudrillard entrevoit, avant tout le monde, c'est la «révision déchirante» que subissent et le principe de réalité et le principe de connaissance. «L'objet n'est plus ce qu'il était», voilà, sous une formule sibylline, ce dont il faut rendre compte, avec la conscience de ne pas pouvoir en rendre compte. L'objet se dérobe dans tous les domaines et «n'apparaît plus que sous forme de traces éphémères sur des écrans de virtualisation». Normalement, un «objet», tel que la pensée traditionnelle le pensait, est susceptible de poser devant lui un «sujet» ; est capable de s'inventer un dispositif qui l'équilibre, de valeur et d'échange, de casualité et de finalité ; est capable de jouer sur «des oppositions réglées : celles du bien et du mal, du vrai et du faux, du signe et de son référent». Or rien de tout cela ne correspond plus à «l'état de notre monde», qui n'est même plus en crise ­ laquelle suppose son lot de tensions et de contradictions faisant tout compte fait fonctionner le système ­, mais est en proie à un «processus catastrophique» de dérèglement de toutes les règles.
De là vient que les phénomènes ­ le réel et le fictif, par exemple ­, au lieu de s'exclure s'ils sont contradictoires, de se compléter le cas échéant, de s'adapter ou de se vérifier mutuellement, bref de «s'échanger», selon les règles de la différence et du différentiel, selon ce que l'un ou l'autre n'a pas, finissent l'un et l'autre par devenir «paradoxaux». Par entrer dans une phase de dérive exponentielle, et donc par se grever aléatoirement de «sens», de la même manière qu'un signe, n'ayant plus d'échanges avec la réalité qu'il signifie, enfle, s'hypertrophie, prolifère, dérange tous les ordres, se multiplie tout seul en métastases, jusqu'à tout signifier, ou rien. Tout alors est frappé par une sorte de «principe d'incertitude», la vérité, le travail, l'information, la richesse sociale, le sexe, le langage, la mémoire, le récit historique, l'oeuvre d'art, l'Autre, la culture, la représentation, l'événement lui-même, entre tout et tout, on a essayé d'établir des équivalences artificielles, en n'arrivant, en fait, qu'à ajouter d'autres simulacres, des couches factices de sens, de l'hyper, du cyber, des prothèses...

Son désir de ne rien rater de la vie
Tout bouge et rien ne s'échange. L'imposture et l'illusion deviennent plus vraies, le réel disparaît sous l'hyperréalité... Les thèses paradoxales de Jean Baudrillard ­ y compris lorsqu'elles appelaient à Oublier Foucault ­ ont choqué, agacé, amusé, interloqué. Elles avaient une vertu cependant (si on ne veut pas parler des vertus de Baudrillard, sa dignité à sortir de la misère dans laquelle il était, à l'époque où il vivait dans une tour du XIIIe arrondissement, sa gentillesse, sa disponibilité, sa curiosité, son désir de ne rien rater de la vie, et surtout pas les omelettes aux cèpes !), que nul n'a jamais niée : quel que soit le sujet abordé, Jean Baudrillard disait toujours quelque chose que personne n'avait jamais dit. Il était obsédé, il est vrai, par une question étrange : que faire quand les événements dépassent la vitesse du sens ?

Sur le même sujet
Ni poids, ni relief, ni parfum, ni temps, ni sens...
Les cibles de Baudrillard dans «Libération»
Aphorismes, polémique et mémoires
Contre Foucault
Le tournant postmoderne
Quatre livres fondateurs
Allégresse

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14:44 Publié dans 009 LIRE , Actualités , Loisirs/Culture | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Jean BAUDRILLARD, RAG 34

05.03.2007

Le nouveau mur de l'argent : réalités de la globalisation financière

Notre hypothèse est que l´histoire monétaire et financière que la France a connue dans l´entre-deux guerres (avec les gouvernements du Cartel des gauches) est en train de se répéter, mais, cette fois-ci, dans une dimension autrement plus importante puisqu'elle se situe à l´échelle mondiale : un nouveau « mur de l´argent » est dressé depuis une dizaine d'années par les grandes banques internationales qui a pour résultat de contrer la volonté des politiques et notamment des gouvernements démocratiquement élus. C´est à l´architecture, la construction et les dangers de ce mur que se rapporte notre analyse.

Comment le processus de globalisation financière a-t-il pu aboutir à un tel résultat ?
Le coeur du processus, appuyé sur les argumentaires des théoriciens libéraux des années 60, a stratégiquement visé la libéralisation, de la tutelle des États, de deux prix de marché : le taux d´intérêt d´unepart (libéralisation interne), et le taux de change d´autre part (libéralisation externe). Ces bases ont donné aux épargnants, grâce
à des taux d´intérêt réels redevenus positifs, une place centrale dans le financement d´économies, dominées désormais par les marchés financiers.

Cette libéralisation a d´abord provoqué, durant les années 80 et au début des années 90 une montée vertigineuse de la finance directe au détriment du crédit bancaire traditionnel. Mais, l´instabilité des
prix propre à ce type de financement a engendré également une «innovation financière », dite foisonnante, mais destinée paradoxalement à couvrir, en réalité, les risques liés au
fonctionnement même de ces marchés. Il faut en effet se couvrir contre les variations intempestives des taux d´intérêt et des taux de change.

Le résultat ? Une démesure totale des transactions sur les marchésmonétaires et financiers qui tient à la place prise non seulement par la « marchéisation » du financement, mais surtout par le besoin de couverture engendré par ce financement, qui, lui-même, entraîne mécaniquement des comportements spéculatifs. Il faut alors proposer une évaluation précise de l´emprise de la finance globale sur l´économie réelle. Des tableaux inédits, exprimés dans une nouvelle unité de mesure (le tera-dollar, soit mille milliards de dollars), offrent une vision cohérente des flux financiers (capitaux) et des flux réels (biens et services) qui traversent désormais l´économie mondiale*. On sait qu´une façon de mesurer l´explosion de ces marchés est de constater le volume des liquidités qui transitent sur les marchés interbancaires : 1155 téra-dollars, à comparer, par exemple, sur la même période (l´année 2002), au volume des transactions sur biens et services de la planète entière : 32,4 téra-dollars.

Cette hypertrophie actuelle des transactions de la finance globalisée justifie de parler de « mur de l´argent ». Ce mur est certes fait de liquidités énormes qui transitent à l´intérieur des systèmes de règlement, ce qui les soumet à un risque systémique croissant. Mais surtout, il se bâtit sur des comportements d´acteurs dont la logique est celle de prélèvements de valeur sur l´activité économique : sur valeur actionnariale, coûts de transaction et plus values spéculatives sur produits dérivés, ainsi que surcoûts de financement en raison du niveau atteint par les taux d´intérêt réels. Une des conséquences les plus graves du poids croissant de cette finance nouvellement libéralisée est son impact considérable sur l´économie réelle. De nouvelles normes de gestion ont été ainsi imposées par les investisseurs financiers aux entreprises, transférant massivement les risques sur les salariés et sur les futurs retraités. Les principes de la nouvelle gouvernance des firmes sont là pour rappeler aux chefs d´entreprise que le profit pour l´actionnaire doit guider essentiellement leur action.

La combinatoire de ces différents prélèvements sur l´activité, et les transferts de risque qui y sont associés forme, en quelque sorte, le ciment de ce mur d´argent, ce que nous avons aussi appelé le nouveau paradigme de la finance globalisée. Celui-ci se caractérise, sur le plan financier, par l´émancipation de la liquidité de la tutelle des banques centrales. Pour le dire autrement, les Banques centrales sont, dans ce nouveau régime, contraintes d´alimenter les marchés monétaires et financiers de la liquidité dont ceux-ci ont continuellement besoin. Autant dire que ce suivisme leur fait perdre le pouvoir de régulation qui était le leur auparavant, et notamment leur pouvoir d´action sur la gamme des taux d´intérêt.

Ce nouveau régime d´accumulation se caractérise alors par des cycles récursifs qui se combinent à l´échelle internationale, ce qui le rend intrinsèquement instable : cycle financier provoqué par la prise de risque excessive des firmes sous la contrainte de la valeur actionnariale, et cycle récursif des produits dérivés, alimenté par les incertitudes de marché, elles-mêmes générant une bulle qui ne cesse de grossir.Cette instabilité est amplifiée, en outre, par des dérives spéculatives et mimétiques de certains investisseurs financiers. Ces comportements sont souvent à l´origine de graves dysfonctionnements, ou de crises monétaires et financières, à impact planétaire en raison des effets de contagion. Ces dérives actuelles trouvent en partie leur source dans des logiques spéculatives particulières, celles notamment de certains intervenants qui cherchent à manipuler les marchés à terme.

Finalement, lorsque l´on cherche à cerner les forces dirigeantes qui sont à l´oeuvre dans le nouveau régime d´accumulation, une réalité émerge fortement, depuis une dizaine d´années : le pouvoir devenu considérable des plus grandes banques internationales. Celles-ci sont le plus souvent à l´origine de l´innovation financière liée aux produits dérivés ; elles dominent le marché des swaps au point d´exercer un pouvoir de marché sur la formation de leur taux, taux qui sont aujourd´hui les taux référents de l´ensemble des marchés monétaires et financiers ; enfin, depuis peu, elles ont pris le contrôle des sociétés qui gèrent les fonds d´investissement pour le compte de tiers, qui sont à l´origine de la valeur actionnariale et, par conséquent, de la financiarisation de la gestion des firmes.

Depuis les années 1990, quelques dizaines de banques ont ainsi conquis le vrai pouvoir de régulation monétaire : ce sont elles désormais qui dictent effectivement l´évolution des taux d´intérêt, et non plus les banques centrales. En raison de leur petit nombre d´une part et de leurs profits financiers considérables d´autre part,
nous défendons l´idée que ces banques forment aujourd´hui un oligopole particulièrement puissant à l´échelle internationale. Reléguant les banques centrales au second plan, c´est-à-dire lescantonnant à de simples pourvoyeuses de la liquidité dont il a besoin, cet oligopole est le véritable régulateur des marchés
monétaires et financiers mondiaux. C´est lui qui est le maître d´ouvrage du mur de l´argent qui se bâtit sous nos yeux.

Cet oligopole n´est évidemment soumis ni à un contrôle politique, ni a fortiori à un contrôle démocratique. Tout juste est-il contraint par des règlements prudentiels de portée limitée et élaborés pragmatiquement a posteriori, ou encore par des normes issues d´une autorégulation professionnelle, une fois que les difficultés ou
les catastrophes ont été malheureusement constatées.

La question qui se trouve désormais posée est donc bien celle d´une régulation des activités de cette finance globalisée et de ce noyau oligopolistique. Comment produire les contre-pouvoirs efficaces face aux tentations hégémoniques de cette sphère et de ses principaux acteurs, dont le résultat est une croissance des inégalités et une instabilité chronique ?

Nous touchons avec cette dernière question, le contenu potentiellement explosif des rapports entre cette finance globalisée et la démocratie. On peut en faire le constat : d´un côté, des sociétés démocratiques en Europe, mais aussi un peu partout dans le monde, voient se succéder des majorités alternantes, avec
souvent des basculements forts, qui traduisent des mécontentements profonds (comme en atteste également
l´installation durable d´extrémismes nationalistes) ; on y dénonce l´absence de projets, ou lorsqu´il y en a un, celui-ci se borne à demander « l´accompagnement », jugé inévitable, de la mondialisation économique ; il faut par conséquent « s´adapter » à cette nouvelle donne par des « réformes indispensables ». De l´autre côté, une finance libéralisée et son noyau oligopolistique de plus en plus puissants, avec ses propres codes et ses propres
valeurs, ne rencontrent guère d´obstacles sur leur chemin. Certes, des bulles et des scandales émaillent son expansion ; mais, l´adaptation des règles prudentielles, l´adoption de chartes de bonne gouvernance, ou le renforcement des autorités de régulation ont pour objectif de pallier les erreurs de parcours qui sont jugées seulement regrettables. La question redoutable posée par cette expansion est donc en définitive de savoir si la finance globale n´exerce pas des effets dissolvants sur nos sociétés démocratiques.

En conclusion, il faut alors introduire une piste de réflexion pour une autre régulation de la finance globale. La réponse ne peut pas être seulement partielle comme, par exemple, la taxe Tobin. Celle- ci ne s´intéresse qu´aux flux de capitaux à court terme qui transitent sur le marché des changes, soit un compartiment très particulier de l´un des marchés de cette finance globale. À question globale, ne faut-il pas une réponse globale ? D´où notre proposition principale concernant une nouvelle architecture de régulation : la création, à
son sommet, d´un régulateur global, qui sera en capacité de faire face à cette finance internationale, non pas à travers un seul de ses compartiments, aussi important fût-il, mais conjointement à l´ensemble de ses activités. Les dernières pages de l'ouvrage que nous avons consacré à ce sujet* s'achèvent par un exposé précis de ce nouveau système, mais aussi par celui des résistances, plus que probables, qu'il rencontrera.

Essai sur la finance globalisée, Editions du Seuil, 2006
François Morin, professeur de sciences économiques - université de Toulouse 1, membre du Conseil de la Banque de France (1985-93). Cet article est un bref exposé de la thèse présentée dans le dernier ouvrage de F. Morin : Le nouveau mur de l'argent : essai sur la finance globalisée, Seuil, 2006.

ATTAC : Grain de sable

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28.02.2007

A DROITE TOUTE ? Bilan de l'ouragan droitier

Livre. Les raisons de la hausse des valeurs de la droite en Europe, brillamment décortiquées.

Par Renaud DELY
QUOTIDIEN : samedi 24 février 2007

A droite toute Eric Dupin, Fayard, 239 pp. , 18 €.

Bienvenue dans un monde de droite ! Tout le monde peut bien gloser sur ses bourdes, gaffes et erreurs, Ségolène Royal n'est pas pour grand-chose dans la frêle santé de son camp dans les sondages. La situation de la gauche est beaucoup plus grave : si elle est en mauvaise posture à deux mois de l'échéance présidentielle, c'est qu'elle n'est plus de son temps.
L'époque est de droite. Longtemps, l'homme de gauche a bombé le torse. Convaincu d'évoluer dans le sens de l'histoire, il cédait même volontiers à une forme de surenchère qui le grimait en révolutionnaire du verbe. Non seulement, il était bien vu d'être de gauche, mais encore fallait-il ne pas être de n'importe quelle gauche. C'est l'époque où il valait mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Aron, perdre avec Mendès France que gérer avec Guy Mollet, rêver avec Cohn-Bendit rue Gay-Lussac plutôt que manifester à Charléty avec Mitterrand. Les intellectuels savaient dans quel camp se situer, les «cultureux» s'entassaient en rangs serrés dans les comités de soutien et la gauche avait conquis les esprits bien avant de gagner dans les urnes.
Puis les vents ont tourné, les clivages se sont brouillés. L'effondrement des idéologies, les dégâts causés par la mondialisation ou, tout bonnement, l'échec de la gauche confrontée aux réalités du pouvoir nous a fait basculer dans une nouvelle ère. L'homme de gauche s'est retrouvé condamné à tenter de sauver ce qui pouvait l'être d'un univers dont le cours lui échappait. Il s'est mis à incarner la résistance, le statu quo, le conservatisme, quand la droite s'emparait du talisman du mouvement. Offensive nourrie, comme l'analyse Eric Dupin, par la véritable révolution idéologique conduite par les néoconservateurs américains.
A lire ce brillant essai, on se dit qu'il faudrait un miracle pour que Ségolène Royal l'emporte. Car les valeurs de la droite sont à la hausse. En France, un homme a puissamment contribué à la «décomplexer» , c'est Nicolas Sarkozy, devenu, selon Eric Dupin, «l'unificateur» des «trois droites» chères à René Rémond (orléaniste, légitimiste, bonapartiste), traditions qu'il a unifiées en une synthèse qui lui est propre. Une mixture qui se nourrit des relents «néocons» venus d'outre-Atlantique, et qui mélange tentation communautariste, penchant pour l' «ordre religieux» , substitution du concept anglo-saxon d'équité au pilier tricolore de l'égalité républicaine, et exaltation de l'effort au détriment de la solidarité repeinte en assistanat.
Selon Eric Dupin, cet ouragan droitier est si puissant qu'il a déstabilisé les gauches européennes en les poussant à se droitiser. Sur fond de procès de mai 68, de retour de la règle tous azimuts, et de conversion, contrainte forcée, aux mérites de l'économie de marché, la gauche française a rallié un mélange de libéralisme et d'autoritarisme incarné par la figure de Ségolène Royal. En ce sens, sa désignation comme candidate apparaît comme un vrai tremblement de terre dans l'histoire du PS. «Elle a triomphé là où Michel Rocard a échoué dans les années 70 : grâce à une stratégie de contournement du parti par l'opinion» , écrit Dupin. Le problème, c'est que Rocard a échoué là où Mitterrand a réussi : gagner une élection présidentielle.

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08:23 Publié dans 003 BATTRE LA DROITE : Contredanse hongroise , 009 LIRE , Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

02.02.2007

(2) Record historique dans l'histoire du capitalisme: EXXON MOBIL 389 milliards de $ de bénéfice en 2006 ! Du bon usage de la cagnotte pétrolière

Lire : "Le plein s'il vous plait" de Jen-Marc Jancovici

Présentation de l'éditeur

Et si la hausse du prix du pétrole était le début d'une salutaire crise de désintoxication ? Et s'il fallait encourager cette hausse, voire l'accentuer ? Si l'énergie ne vaut rien - car elle est incroyablement sous-évaluée - c'est que ni l'épuisement des ressources en pétrole, ni le coût du changement climatique, ne sont inclus dans son prix. Par un surprenant tour de passe-passe, il s'avère que le PIB peut croître tandis que nous allons droit dans le mur. Nous vivons donc dans l'illusion d'une source d'énergie inépuisable et bon marché, illusion qui nous masque les catastrophes climatiques, économiques et politiques à venir. Il est temps pour chacun de nous de se montrer réaliste. Une taxe progressive et volontaire sur le pétrole profiterait non seulement à la nature, mais nous protégerait nous-mêmes, à commencer par les plus modestes, face aux mutations économiques à venir. Une idée forte et iconoclaste, pour un livre qui devrait inciter au débat.

Biographie de l'auteur
JEAN-MARC JANCOVICI et ALAIN GRANDJEAN sont tous deux anciens élèves de l'Ecole polytechnique. Le premier est ingénieur-conseil auprès de grandes entreprises et de l'Etat. Le deuxième, économiste, préside la société " Capitalisme durable ".

Le site de Jean-Marc Jancovici

Article du figaro mai 2006 : Du bon usage de la cagnotte pétrolière

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Du même auteur sur Amazon : L'Avenir climatique : Quel temps ferons-nous ? + "Le Plein s'il vous plait !" = 24€70. Commander

Notre note précédente : (1) Ecouter, lire : L'Avenir climatique : Quel temps ferons-nous ? de Jean-Marc Jancovici

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17:00 Publié dans 002 RECONSTRUIRE LA GAUCHE : Devoir d'audace ! , 003 BATTRE LA DROITE : Contredanse hongroise , 007 POSITIVE PRECARITE ! , 009 LIRE , Actualités , Associations , Economie , Famille , Nature/Environnement , Politique , Sciences et technologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Jean-MARC JANCOVICI, rente pétrolière, pétrole, RAG 34

23.01.2007

Le fric c'est chic... : ISF, SMIC, RMI...

Madame Mossuz-Lavau a écrit un livre intitulé « l’argent et nous »… A partir d’interviews, comme celles qu’elle avait réalisées précédemment pour un autre ouvrage sur la sexualité des Français.

Après tout, explique-t-elle aujourd’hui, il y a deux tabous dans notre pays, l’argent et le sexe…

Mais ajoute la politologue, si on peut passer une semaine sans faire l’amour, on ne peut pas vivre une journée sans dépenser le moindre euro.

Question alors de ma consœur Soazig Quéméner, à Madame Mossuz-Lavau, à propos des pauvres, des riches et des « privilégiés » selon François Hollande.

En-dessous de quel revenu, Madame, est-on pauvre aujourd’hui dans notre pays ?

Réponse de la politologue : Après analyse de ce que les gens m’ont raconté, moi je fixe trois catégories. Les gens qui ont moins de 1.300 euros net par mois sont pauvres. Pas miséreux mais pauvres, dans le sens où ils ne sont pas à l’aise. Pourtant, 1.300 euros, c’est bien au-dessus des minima sociaux qui ne permettent tout simplement pas de vivre en France, sauf si l’on bénéficie d’aides familiales, si l’on travaille au noir, si l’on vend du shit ou si l’on vole. Les classes moyennes gagnent, elles, entre 1.300 et 3.000 euros net par mois. A partir de 3000 euros, je considère que l’on est privilégié.

Alors question de ma consœur du JDD à Madame Mousuz- Lavau : Mais alors bon, comment analysez-vous la passe d’armes sur la fiscalité entre Jean-François Copé et François Hollande, Ségolène Royal, etc, et tous ceux qu’on accuse de vouloir taxer les classes moyennes.

Madame Mousuz Lavau répond : Cela montre qu’un certain nombre de nos décideurs de droite n’ont aucun contact avec la réalité. Moi, j’ai fait du terrain pendant deux ans. Quand je parlais de ma catégorisation à des collèges, ils me répondaient : « je gagne 4.500 euros pas mois et je ne suis pas riche. » Les mêmes me disaient : « Tu mets les pauvres jusqu’à 1.300 euros, c’est trop large, on n’est pas pauvre à 1.250 euros par mois. La France est un pays riche où il y a beaucoup de pauvres. »

Encore une question à Madame Mousuz Lavau telle que vous pouvez la lire dans le JDD aujourd’hui : Alors qu’est-ce que vous pensez de la polémique sur le patrimoine du couple Royal-Hollande ?
Réponse de Madame Mousuz Lavau : on a tendance à utiliser un argument qui n’est pas bon. Pour représenter les gens de gauche, il faudrait être soi-même modeste alors que, lorsqu’on représente les gens de droite, on peut avoir toute la fortune que l’on veut. Ségolène Royal et François Hollande paient 862 euros d’impôt sur la fortune ; qu’on ne vienne pas me raconter qu’ils ont une fortune gigantesque. Acquérir de la pierre avec ce qu’on gagne, ce n’est tout de même pas un péché.

Extrait de la revue de presse d'Ivan Levaï émission le kiosque du 21.01.07 sur France Inter.

Mot de l'éditeur :
L’ascenseur social est-il seulement une question d’argent ? D'après l'Institut National de la Statistique, la France est coupée en quatre:
24% des ménages ont des revenus inférieurs ou égaux à 1 200 € par mois,
25% ont entre 1 201 et 1 900 €,
21% entre 1 901 et 2760 €,
23% disposant de plus de 2 760 €.
Des questions surgissent immédiatement à la lecture de ces chiffres. Comment peut-on passer d'une catégorie à une autre ? Quelle est la place de l’argent dans notre vie quotidienne ? Pourquoi est-on avare, prodigue ou voleur ? L’argent fait-il le bonheur ? Est-ce toujours un sujet tabou entre proches ? Comment jugeons-nous la corruption ?
Pour répondre à ces questions, Janine Mossuz-Lavau, en entreprenant une vaste enquête qualitative, est allée à la rencontre d’un échantillon de 105 hommes et femmes, de tous milieux (du « Rmiste » au millionnaire), de tous âges (de 18 à 85 ans), de toutes régions et de toutes orientations politiques. Elle nous livre ici des témoignages qui constituent un tableau à la fois social et psychologique des Français. Une enquête qui conclut qu’il n’existe pas de normes permettant de dresser un profil type de comportement selon les différentes catégories de Français et met en évidence le poids de l’éducation dans ce domaine.

Fiche détaillée "L'argent et nous"
Janine Mossuz-Lavau
Editeur La Martiniere Textes
Date de parution 11/01/2007
Nombre de pages 480 pages
ISBN 2846752060

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12:48 Publié dans 007 POSITIVE PRECARITE ! , 009 LIRE , Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : L'argent et nous, RAG34

13.01.2007

Les habits neufs de la droite française

Lire : Les habits neufs de la droite française
Alain Bergounioux & Caroline Werkoff-Leloup
n°9, FJJ/Plon, décembre 2006

Prendre Nicolas Sarkozy au mot. Analyser ses idées. Analyser ses actes - à la fois la construction d'un instrument à la présidence de l'UMP et d'un bilan à la tête du ministère de l'Intérieur et de l'Economie. Analyser le style, tant il est indissociable des idées et des actes. Voilà l'ambition de cet essai écrit, en historiens des idées et en observateurs engagés, par Alain Bergounioux et Caroline Werkoff-Leloup.

Leur conclusion ? Elle va au-delà de bien des idées reçues. Trois qualificatifs ont en effet souvent permis de caractériser la "rupture" revendiquée par Nicolas Sarkozy lui-même : le "libéralisme", l' "atlantisme", le "communautarisme". La thèse est juste. Mais ce que montrent les auteurs, c'est que la réalité est plus complexe.

D'abord, parce que le président de l'UMP, à l'approche de l'élection présidentielle, brouille les cartes idéologiques, revendique la République, l'Etat et la nation, infléchit son discours - se posant ainsi en digne héritier de... Jacques Chirac. Ensuite, et plus profondément, parce qu'il existe une vraie spécificité de Nicolas Sarkozy. Cette spécificité trouve sa source dans une vision de la société qui n'est jamais considérée comme un tout, qui est méthodiquement traitée comme un agrégat de segments, voire comme une addition d'individus. Cette spécificité s'exprime aussi dans un style : une communication sous tension qui cultive le conflit. C'est en ce sens que le sarkozysme est inquiétant.

Voilà des clefs pour le comprendre.

La librairie en ligne

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15:30 Publié dans 003 BATTRE LA DROITE : Contredanse hongroise , 009 LIRE , Actualités , Loisirs/Culture , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

11.01.2007

Mort du philosophe et historien Jean-Pierre Vernant

PARIS (AFP)
10 Janvier 2007 Le philosophe et historien, Jean-Pierre Vernant, héros de la Résistance et l'un des grands spécialistes mondiaux de l'antiquité grecque est mort mardi à l'âge de 93 ans, a-t-on appris mercredi auprès de sa famille.

Né le 4 janvier 1914 à Provins (Seine-et-Marne), orphelin à 8 ans, il suit des études de philosophie et devient cacique de l'agrégation dans cette discipline en 1937.

Décrit par Claude Levi-Strauss comme "un frère en mythologie", ce professeur honoraire au Collège de France et agrégé de philosophie, Compagnon de la Libération, s'est imposé dès son premier ouvrage, "Les origines de la pensée grecque" (1962), comme un des interprètes les plus novateurs de la mythologie grecque. Celle-ci incarne "le goût de la liberté et du débat intellectuel qui rendent la vie plus belle", confiait-il à l'Express en 2003.

Défenseur de l'enseignement du grec, qui "ne sert à rien sauf à fabriquer le cerveau, à composer ce qui s'appelle la culture", Vernant a établi de nombreux ponts entre la Grèce antique et la société contemporaine, en explorant les mécanismes qui ont conduit à la naissance concomitante de la pensée moderne, de la politique et de la démocratie.

Jeune militant antifasciste entré dans les Jeunesses communistes alors qu'il n'a pas 20 ans, il est des bagarres dans le Quartier latin contre les tenants de l'Action française.

Démobilisé à Narbonne en 1940, il devient professeur à Toulouse, où il se lie avec Ignace Meyerson (1888-1983), fondateur de la "psychologie historique" dont il a suivi le cours à la Sorbonne, et par lequel il rejoint la Résistance.

Début 1942, il entre dans le réseau Libération-Sud, fondé par Emmanuel d'Astier de la Vigerie, avant de commander les Forces françaises de l'intérieur de Haute-Garonne sous le pseudonyme du "colonel Berthier".

Après la guerre, ce "fervent champion de la variété" (selon l'expression de son ami Pierre Vidal-Naquet) qui restera membre du PCF jusqu'en 1970 tout en ne ménageant pas ses critiques, s'aménage un espace de liberté dans l'étude de la Grèce ancienne.

Commence une longue carrière de chercheur: attaché, puis chargé de recherches au CNRS, il est ensuite directeur d'études à l'Ecole pratique des hautes études de 1958 à 1975. Deux ans après la publication de son premier livre, il fonde le Centre de recherches comparées sur les sociétés anciennes.

De 1975 à 1984, il est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire des études comparées des religions antiques.

Artisan de plusieurs ouvrages collectifs, Vernant a notamment publié "Mythe et pensée ches les Grecs" (1965, Maspero), "Mythe et société en Grèce ancienne" (1974, Maspero), "La Mort dans les yeux. Figure de l'autre en Grèce ancienne" (1985, Hachette) ou encore "L'Individu, l'amour, la mort" (1989, Gallimard).

Publié au Seuil, "Entre mythe et politique" (1996) est un ensemble de textes qui retrace son double parcours de militant et de chercheur.

"La mythologie affirme l'idée qu'il n'est pas de problème qui ne puisse être résolu par l'enquête intellectuelle et le débat culturel", affirmait celui que tous décrivent comme un homme chaleureux et modeste.

Embrassant la Grèce ancienne et le XXe siècle autour des notions d'engagement, de mémoire et de mort héroïque, son dernier ouvrage, "La traversée des frontières" (2004, Le Seuil) aborde les difficultés qu'a l'historien à aborder "avec le détachement nécessaire les faits passés qui imprègnent encore le souvenir des contemporains".

Il était membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Il soutient, depuis sa création en 2001, le fonds associatif Non-Violence XXI.


© 2007 AFP : Tous droits réservés.

http://www.evene.fr/celebre/biographie/jean-pierre-vernan...

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11:27 Publié dans 009 LIRE , Actualités , Loisirs/Culture , Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Jen-Pierre VERNANT, RAG 34

27.12.2006

SALAUDS DE PAUVRES !

Le Parisien Aujourd'hui en France a interrogé quelqu'un qui s'y connaît, parce qu'il a vécu cette galère, c'est Jacques Deroo, un ancien sans-abri, qui a écrit un livre qui cogne sur le sujet : "Salauds de pauvres"...
Moi, dit Deroo, je milite pour la construction de ce que j'appelle "les chalets de l'espoir" sur les terrains en friche de la capitale... Des petites structures qui coûteraient beaucoup moins chers aux pouvoirs publics qu'une chambre dans un hôtel miteux"... La mairie de Paris, poursuit Deroo, a peur que cela créé des ghettos...

Certes, mais si on ne fait rien, ça va exploser... Je comprends, dit Deroo, qui connaît le parcours, que des sans-logis refusent d'aller dans des structures indignes comme celle de Nanterre, où on loge et nourrit les gens comme des cochons...

Alors, lui demande Vincent Mongaillard, "zéro SDF en France c'est possible" ?...

Mais non, répond Jacques Derot... On ne réussira qu'à en sauver une partie... Certains sans-logis préfèreront toujours dormir sur un carton, même si vous leur offrez le château de Versailles...

Lire : L'itinéraire d'un enfant de l'assistance publique. Taulard, sdf, éducateur et travailleur social.
de : Jacques Deroo

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Le site de Jacques Deroo

Il est de coutume de penser qu’un intervenant social qui aurait vécu les mêmes galères que celles et ceux qu’il prétend aider serait en difficulté pour adopter la sacro-sainte distance professionnelle qu’il se doit de tenir. Une telle généralisation apparaît abusive, tout autant d’ailleurs que l’affirmation inverse qui prétend que pour mieux comprendre un exclu de la vie, il faudrait avoir connu le même sort que lui.
Avec son itinéraire atypique, Jacques Deroo montre surtout la diversité des cheminements qui peuvent mener à l’engagement dans un métier du social. Retiré de sa famille avec toute sa fratrie alors qu’il a à peine cinq ans, il connaît trois familles d’accueil successives, plusieurs placements en foyer, un parcours délinquant précoce, une condamnation à 11 ans d’incarcération à l’âge de 22 ans. À sa sortie de prison, il se sent paumé : « Profondément seul, comme jamais je ne l’ai été de toute mon existence. Je n’ai pas d’amis, plus de vie sociale. J’ai perdu les réflexes qui me permettraient de me débrouiller. En moi, tout chavire. Je ne sais plus où j’en suis » (p.81). Pas d’autres solutions que de galérer dans la rue. La manche lui permet parfois d’obtenir suffisamment pour dormir à l’hôtel. Quand ses ressources ne le lui permettent pas, il se retrouve dans les planques aux côtés d’autres SDF pour passer la nuit. Il expérimente le centre d’hébergement de Nanterre : « les dortoirs où sont parqués des SDF ivres qui vomissent partout, dégageant une odeur de pourri insoutenable » (p.91) Jacques Deroo sent bien alors qu’il n’a d’autre alternative pour s’en sortir que de replonger dans la délinquance. Ce qui lui permet de ne pas replonger, c’est l’Armée du salut dont il croise la route, d’abord comme usager avant d’en devenir un actif intervenant. Mais la vénérable institution ne supportera pas cette remuante recrue dotée d’un esprit trop libre à son goût. C’est que l’auteur a été l’un des premiers à occuper un immeuble HLM de la ville de Paris pour y loger des familles à la rue, et ce bien avant que le DAL ne généralise une telle pratique. Et puis, il y a sa vie sentimentale qui ne cadre guère avec les préceptes religieux. Imaginez-vous : vivre dans le péché avec une femme divorcée. Cela fait désordre. Celui qui l’avait ramassé dans la rue l’avertit : sa compagne est au service du démon et le détourne de sa mission : devenir soldat, voire officier de l’Armée du salut… « Patricia me convainc de ne pas répliquer. Dieu sait pourtant que je brûle de lui rendre visite pour lui en coller une » (p.134) Jacques Deroo choisira finalement une autre voie : il aura trois filles et suivra une formation de moniteur éducateur. Sa vie continuera à suivre des méandres. Mais, malgré ses problèmes d’alcool, il continuera à intervenir auprès des SDF en animant une structure d’accueil de jour, jusqu’à ce que celle-ci soit fermée par cette Armée du salut qui ne lui a jamais pardonné.

Jacques Trémintin

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24.12.2006

Idée cadeau : La face karchée de Sarkozy

Une suggestion pour concilier générosité et engagement, désir d'offrir et rappel des échéances à venir. Un cadeau oui, mais politique.

Une enquête documentée et approfondie, un scénario dense et acide, un dessin virtuose :
une BD de salubrité publique à l'approche des élections présidentielles !

Un sujet sérieux traité avec humour :

L'aspect sérieux de l'enquête n'enlève rien à la dérision avec laquelle le sujet est traité. Néanmoins, en arrière-plan, c'est toute l'histoire politique française de ces dernières décennies qui est racontée comme un savoureux thriller

L'histoire :

La Sorbonne, 6 juin 2098 : Elzéar KESSEL, étudiant en Sciences Politiques, présente sa thèse de doctorat à 'un jury composé, conformément aux lois sur la discrimination positive, d'un afro-européen à forte corpulence, d'une musulmane tendance opposante au voile et d'un juif homosexuel souscatégorie ashkénaze'. Son sujet : un des phénomènes politiques les plus fascinants du début du siècle le SARKOZYSME

Sur 128 pages, de la réalité de ses origines familiales à la prise de l'UMP, de son enfance 'difficile' à ses rapports avec Jacques CHIRAC, de ses premiers pas en politique à ses amitiés médiatiques, de l'élimination féroce de ses rivaux à l'exploitation de sa vie privée, de ses traverséesdu désert à ses ascensions fulgurantes, de BALLADUR à VILLEPIN, du Kärcher aux 'affaires', ce sont 50 ans de la vie du candidat Président qui sont retracés avec minutie et humour.

Loin des clichés et des visions simplistes, mais avec un sens de la satire et de la parodie vertigineux, cet ovni journalistique captive de la première à la dernière bulle.

Editeur(s) : Vents d'Ouest / Fayard
Genre : BANDES DESSINEES
Date de Parution : 08/11/2006

ISBN : 2749303095 - EAN : 9782749303093
Prix alapage : 14,25 €
Prix éditeur : 15,00 €
Economie : 5%

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04.12.2006

Le mot de la semaine : « La Lucidité » Lettre hebdo de René Revol

La lettre hebdomadaire de René REVOL - - N° 8–

[email protected] Vendredi 1er décembre 2006

Le mot de la semaine

« La Lucidité »

Il arrive que des oeuvres de fiction, romans ou films, vous fassent mieux comprendre le mouvement du réel, alors que le poids du quotidien vous l’obscurcit. Gérard Perrier, un ami marseillais, a attiré mon attention sur le dernier roman traduit en français du grand écrivain portugais, José Saramago, Prix Nobel de littérature en 1998. «La Lucidité » - puisque c’est son titre – claque comme avertissement à toute l’Europe. Ce roman raconte une histoire singulière : dans un pays imaginaire, lors d’une élection municipale dans la capitale, la classe politique découvre avec effroi le soir du dépouillement que 70% des électeurs ont voté blanc. Affolées, les autorités politiques annulent dans la panique les résultats et convoquent à nouveau les électeurs le dimanche suivant ; et c’est 80% des électeurs qui votent blanc !
Je vous laisse le soin de lire la suite mais Saramago met ici le doigt sur l’état d’urgence politique que nous connaissons déjà quasiment partout en Europe. La crise de la représentation politique et le décalage croissant entre les aspirations populaires et la réponse des parlements et gouvernements en place nourrissent une aspiration à un changement radical. On le sait : cette crise politique se croise avec une crise sociale de grande ampleur, le capitalisme contemporain marqué par la tyrannie des marchés financiers entraînant chaque jour un peu plus de populations dans la spirale des fins de mois difficiles. Cet état d’urgence politique et social finit toujours par s’exprimer d’une manière ou d’une autre dans les urnes. Si la gauche ne lui offre pas une perspective de transformation sociale la radicalité de la situation risque bien de ne pas s’exprimer par des votes blancs mais par des expressions électorale radicales d’une toute autre nature. La place grandissante des partis d’extrême droite dans les pays d’Europe de l’Est, l’irruption des néo-nazis dans un Parlement régional allemand, un tiers de l’électorat flamand qui vote aux municipales pour un parti xénophobe et raciste, la présence constante d’un Le Pen dans les sondages proche des 20 %, toute cela ne semble pas émouvoir nos élites.

Une autre voie existe. Par exemple aux élections législatives hollandaises une gauche authentiquement socialiste et populaire a fait irruption en obtenant 17 % des suffrages et talonnant un parti travailliste compromis dans le social libéralisme. Quand on sait que la Hollande a voté massivement Non au TCE, et notamment l’électorat de gauche, cette nouvelle devrait interpeller la gauche française. Maintenant que le Parti Socialiste a fait le choix de suivre les sondages et d’investir une candidate qui cède à l’idéologie dominante libérale et sécuritaire, il est d’une importance capitale que la gauche de transformation sociale s’unisse et présente un front commun aux prochaines élections. Depuis plus de deux mois je parcours le pays en tant qu’un des porte- paroles provisoires du rassemblement antilibéral et je peux vous affirmer que ce besoin d’unité de la gauche et que cette gauche soit en rupture avec le libéralisme est partagé par un public populaire de plus en plus nombreux. Aux responsables
de l’entendre et d’y répondre comme Jean-Luc Mélenchon nous y appelle dans son entretien dans Politis de cette semaine, qui relance l’espoir de« l’union dans l’union ».

Pour terminer je reviendrai à José Saramago qui répond à un journaliste qui lui demande ce qu’il pense du vote Non de la France (Le Monde 24 novembre) : « Je ne sais pas quelle France a voté cela, mais j’ai beaucoup aimé ce sursaut. D’un point de vue culturel, la France est pour moi d’une importance fondamentale, même si je pense qu’elle a laissé tomber son rôle de phare. Si vous réussissez à le récupérer, ce serait formidable pour l’Europe et le monde. »

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MON AGENDA DE LA SEMAINE

Jeudi 30 novembre

Meeting unitaire antilibéral à Annonay (Ardèche)

Vendredi 1er Décembre
20h Aniane (34)

Réunion publique du CUAL de la Moyenne Vallée de L’Hérault (Cantons de Gignac et Aniane), présidé par Manuel Diaz, Maire et CG Pcf, avec Arnaud Carpier (PCF) et Silvi Tourreille (LCR)

Lundi 4 décembre

Enregistrement d’un entretien sur Divergences FM sur le phénomène poltique Royal et sa signification (à 19h)

Lundi 4 décembre 19h
Saint Etienne (42)
Meeting unitaire antilibéral où j’interviens avec les autres porte-paroles nationaux

Mardi 5 décembre 20h30
Montreuil

(Seine St Denis)

Grand meeting unitaire de la Région Parisienne où j’interviens au nom de PRS aux côtés de M.G. Buffet, J. Bové, C.Autain, Y.Salesse, C. Picquet, E. Coquerel etc…

Jeudi 7 décembre 18h

Alès (Gard)

Meeting unitaire antilibéral où j’interviens aux côtés d’autres porte-paroles nationaux.

Samedi 9 et Dimanche 10
décembre à Saint-Ouen

Réunion Nationale des délégués des Collectifs unitaires
antilibéraux

Comprendre pour agir : la lecture de la semaine

(Cette rubrique rend compte d’une de mes lectures sociales ou politiques de la semaine)

Le modèle du « concours de beauté »
Cette semaine je vous invite à vous plonger dans des textes plus anciens. Le modèle dit du « concours de beauté » exposé par le grand économiste anglais, John Maynard Keynes dans Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) dans le chapitre 12 (page 168 de l’édition Payot) : « La technique du placement peut être comparée à ces concours organisés par les journaux où les participants ont à choisir les six plus jolis visages parmi une centaine de photographies, le prix étant attribué à celui dont les préférences s’approchent le plus de la sélection moyenne opérée par l’ensemble des concurrents. Chaque concurrent doit donc choisir non pas les visages qu’il juge lui-même les plus jolis, mais ceux qu’il estime les plus propres à obtenir le suffrage des autres concurrents, lesquels examinent tous le problème sous le même angle. Il ne s’agit pour chacun de choisir les visages qui, autant qu’il peut en juger, sont réellement les plus jolis, ni même ceux que l’opinion moyenne considérera réellement comme tels. Au troisième degré où nous nous sommes déjà rendus , on emploie ses facultés à découvrir l’idée que l’opinion moyenne se fera à l’avance de son propre jugement. »

On peut rapprocher ce passage d’autres textes (de Tocqueville à Boudieu) qui soulignent comment l’opinion peut exercer sa « tyrannie » sur des esprits par ailleurs rationnels et éclairés mais qui cèdent devant le poids des conventions imposées par les fabricants d’opinion. Si vous voulez faire des travaux pratiques vous pouvez essayer d’appliquer ces modèles explicatifs à la désignation de Ségolène Royal par les adhérents du Parti Socialiste….

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Mes sites préférés :

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08:40 Publié dans 11 La lettre hebdo de René REVOL , 009 LIRE , Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : REVOL, René Revol, PRS, RAG 34

03.11.2006

De la République au Républicanisme, ouvrons le débat.

Le blog de l’Observatoire de la Démocratie
Notre dossier de Novembre 2006
Ouvrons le débat : de la République au Républicanisme

A l’heure où réapparaissent intégrismes de tous ordres et intolérance, notre société semble redécouvrir la République. Oui, mais laquelle ? La place et le rôle de l’Homme dans la société, la fonction et la finalité de l’éducation, la cohésion sociale et la place de la Nation, c’est- à dire notre capacité à vivre ensemble sans nous entretuer, en sont peut être bien les véritables enjeux L’Observatoire de la démocratie ouvre le débat.
Jean-Francis Dauriac, Président de l’Observatoire de la Démocratie

Qu'est ce que le Républicanisme ?
Le républicanisme est une tradition ancienne puisqu'elle remonte aux philosophes de l'antiquité (Aristote, Cicéron...). Il défend le principe de souveraineté populaire et de participation populaire. Il réapparaît au XVIIIe siècle où il s'oppose à la souveraineté absolue (monarchie). Des penseurs reconnus comme appartenant au républicanisme : Machiavel (discours de Tite Live), Harrington (Commonwealth of Oceana) ou les penseurs de la révolution française. L'Irlandais Philip Pettit, l'Anglais Quentin Skinner ou le Français Jean-Fabien Spitz appartiennent aujourd'hui à ce courant.. Pour lire la suite cliquez ici

La doctrine républicaine est elle une sagesse politique perdue?
Partons d’un constat simple d’aujourd’hui : la République est honorée et le républicanisme est plébiscité en France. L'idéal républicain, selon les élites modernes, a traversé, paraît-il, tous les clivages politiques de nos cinq "républiques". Or, une profonde impression de désenchantement, voire de désillusion se fait sentir. Elle s’exprime sous la forme d’une double question qui renforce le doute : Avons-nous un républicanisme sans République ? Avons-nous une République sans républicanisme ? Certes, les valeurs de la République sont largement reconnues. Quelques uns se rappellent le...Pour lire la suite cliquez ici

La République contre le Républicanisme
Paradoxe de notre époque : jamais on n'aura autant parlé de la république, ces dernières décennies (république et laïcité, république et École, république et citoyenneté, république et minorités), alors que la plupart de nos concitoyens confondent république et démocratie. Il est vrai que les deux peuvent paraître acquises. De là sans doute une certaine indifférence et une évidente incurie conceptuelle. Plus largement, il reste vrai, même au niveau des philosophes politiques, que l'effort de conceptualisation de la république est à peu près inexistant désormais,... Pour lire la suite cliquez ici

Théorie critique et républicanisme kantien
Depuis des décennies, Jürgen Habermas, à la fois philosophe et sociologue, occupe une place de premier plan sur la scène intellectuelle en Europe et en Amérique. Ses oeuvres sont vite traduites et suscitent nombre de commentaires, en général laudateurs. Beaucoup le considèrent comme un des penseurs les plus importants de la deuxième moitié du vingtième siècle et voient en lui un continuateur des théoriciens de l’École de Francfort, Horkheimer et Adorno. Pourtant, Jürgen Habermas lui-même n’a pas caché qu’il était fort critique à l’égard de ceux qu’on présente comme ses prédécesseurs....Pour lire la suite cliquez ici

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15:20 Publié dans 009 LIRE , Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : République, Démocratie, Observatoire de la démocratie, RAG 34

23.10.2006

Une rencontre instructive : la lettre hebdomadaire de René REVOL -N° 4–

La lettre hebdomadaire de René REVOL -N° 4–

[email protected]
Lundi 23 Octobre 2006

Le mot de la semaine

Une rencontre instructive

La tête dans le guidon de nos activités et de nos engagements nous ne prenons pas suffisamment la mesure de ce qui est en train de se passer et donc du sens que prennent nos actes. On peut participer à des débats avec des milliers de gens et puis brutalement une seule rencontre vous révèle la profondeur d’une situation.

L’autre jour, en revenant en train de La Rochelle (où la réunion publique unitaire antilibérale a été d’une grande tenue et où j’ai eu la joie de voir le MJS local appuyer totalement notre démarche), j’ai eu l’occasion de nouer une discussion passionnante avec une jeune enseignante tchèque en visite dans notre pays pour mener une recherche universitaire. Elle était profondément angoissée par la vague nationaliste et xénophobe qui se déploie dans les pays d’Europe Centrale. Le point de départ de notre conversation est un article qui relatait la volonté du ministre de l’éducation polonais de substituer la thèse biblique de l’origine humaine à la théorie de l’évolution dans les écoles polonaises ; on croyait ce mouvement, qu’on qualifie désormais de «créationniste», réservé aux bourgades arriérées des Etats-Unis ; désormais il frappe aux portes de l’Europe des Lumières. Mon interlocutrice m’expliqua que l’entrée dans l’Union Européenne avait suscité un formidable espoir dans son pays mais que désormais pour la majorité de la population ce n’était plus le cas car la mondialisation n’était une aubaine que pour une minorité de privilégiés (dont nombre d’anciens bureaucrates) et que pour les autres cela signifiait chômage et salaires de misère. Si ne venait pas de la gauche européenne, et notamment française, une force de résistance à la mondialisation libérale, les peuples seront nécessairement livrés à la réaction nationaliste et xénophobe. Et elle m’ajouta « Depuis que je viens en France, je sais qu’en Europe occidentale vous n’êtes plus à l’abri d’une telle dérive. »

L’émancipation des citoyens sera l’oeuvre des citoyens eux-mêmes !

Cette citoyenne tchèque a totalement raison et nous démontre la place centrale que peut occuper la France. Face aux dégâts considérables que produit la mondialisation libérale, déchirant le tissu social, détruisant les solidarités au profit du chacun pour soi, menaçant jusqu’à l’équilibre écologique de la planète, attentisme et mesurettes ne sont plus de mise. Je demande notamment à mes amis socialistes de comprendre que l’ère du compromis social-démocrate à la Strauss-Kahn ou le libéral-populisme à la Royal nous mènent dans le mur des désillusions qui ouvre la voie aux Le Pen. Je suis d’ailleurs convaincu que l’exigence d’une rupture avec le libéralisme va trouver son chemin et s’imposer d’une manière ou d’une autre d’ici les prochaines échéances électorales. Des millions de femmes et d’hommes de ce pays ont appris à penser et à agir par eux mêmes ces deux dernières années que ce soit dans la mobilisation électorale qui a conduit au 29 mai ou que ce soit dans la mobilisation sociale contre le CPE. Cette énergie est présente dans notre peuple. La seule tâche politique utile consiste à travailler à ce qu’elle s’exprime et qu’elle féconde la gauche pour qu’en battant la droite la gauche unie ouvre la voie à la transformation sociale. Cette énergie militante et populaire, je la vois s’exprimer dans les nombreuses réunions que j’anime soirée après soirée à l’invitation des collectifs unitaires et populaires. Car la volonté populaire a besoin que des hommes et des femmes s’organisent sur le terrain politique pour qu’elle s’exprime et s’impose. C’est la noblesse de l’engagement politique ; assumons le !

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MON AGENDA DE LA SEMAINE

Lundi 23 octobre 20h

Montagnac (au Rex)

Réunion départementale de RAG 34 et du comité de soutien à la
candidature de Laurent Fabius

Lundi 23 octobre 21h

Grabels

Participation à la réunion du collectif antilibéral de Grabels

Mardi 24 octobre 18h45

Nîmes

Intervention en tant que porte parole national du collectif unitaire
antilibéral avec Francine Bavay, Olivier Dartigolles,

Mercredi 25 octobre

Invité dans une section socialiste pour présenter la candidature de
Laurent Fabius


Jeudi 26 octobre

Toulouse (sous réserve)

Meeting public du collectif unitaire antilibéral avec les autres porte
parole nationaux

Vendredi 27 octobre 9h-12h

Intervention à un colloque de professeurs d’éducation physique
sur le thème « Le libéralisme et l’école »

Vendredi 27 octobre 20h30

Participation à une réunion publique du collectif unitaire
antilibéral de Agde

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En novembre je participe à des grands meetings unitaires avec tous les représentants de la
gauche antilibérale le lundi 6 Novembre au MANS dans la Sarthe, le lundi 13 à GRENOBLE
dans l’Isère, le Vendredi 17 à Montpellier et le 22 à Bordeaux.

UN RENDEZ VOUS IMPORTANT : VENEZ NOMBREUX !

GRAND MEETING UNITAIRE ET POPULAIRE

POUR BATTRE LA DROITE ET POUR UNE GAUCHE ANTILIBERALE

MONTPELLIER 17 NOVEMBRE

20H PARC DES EXPOSITIONS

AVEC : M.G.BUFFET, J.BOVE, C. AUTAIN, P.BRAOUZEC, C PICQUET, Y
SALESSE, R.M. JENNAR, R REVOL, M NAUDY ….

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Comprendre pour agir : la lecture de la semaine

(Cette rubrique rend compte d’une de mes lectures sociales ou politiques de la semaine)

Plusieurs messages me font part de l’intérêt pour cette rubrique et me demandent également des
recommandations de lectures de base et de formation sur les « fondamentaux ». Outre la lecture des
cinq premiers numéros de la Revue de PRS (qu’on peut commander sur le site de PRS), pour répondre
partiellement à cette demande, je vous recommande deux ouvrages de Denis COLLIN, professeur de
philosophie en Normandie, par ailleurs militant social et politique, adhérent de PRS : le premier date
de l’an dernier et porte sur la République Sociale, fort utile pour donner son actualité au combat
républicain ; je viens de finir le second qui vient de sortir, « Comprendre Marx » que je vous
recommande. Depuis que les régimes bureaucratiques se sont effondrés, on peut se remettre à lire
librement Marx, son analyse riche et passionnante du Capitalisme et réfléchir avec lui aux voies de
l’émancipation humaine. L’ouvrage de Collin vous permettra à la fois de voir la plupart des aspects de
l’oeuvre de Marx et de vous mettre dans une situation de réflexion sur ce qui nous reste de vivant et
d’actuel dans ses écrits.

- Denis COLLIN Revive la République ! de Denis COLLIN, Armand Colin, collection Intervention
septembre 2005, 208 pages, 20 €

- Denis COLLIN Comprendre Marx Editions Armand Colin (collection Cursus) Août 2006

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Mes liens politiques préférés sur le Web

http://lrassemblezagauche.midiblogs.com ; http://www.jean-luc.melenchon.fr

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09:35 Publié dans 005 AGENDA , 009 LIRE , Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : René REVOL, PRS, PS, 2007lagauche, RAG 34

19.10.2006

Et si nous reparlions du Droit du Travail entre autres choses !

Primaires PS : après le premier débat, mis à part Laurent Fabius précis sur les 35 heures, les retraites, le pouvoir d'achat, l'Europe, etc : Nous voulons entendre la suite... En attendant place aujourd'hui sur le blog RAG 34, à Gérard FILOCHE, inspecteur du travail, militant socialiste "et plus si affinités" !

Discours de Gérard Filoche à Cuincy le 30 septembre. Université d'automne FMDS.


Lire les notes récentes à propos de Gérard Filoche :

Dernier ouvrage : http://lrassemblezagauche.midiblogs.com/archive/2006/10/1...

Dernière note :
http://lrassemblezagauche.midiblogs.com/archive/2006/10/1...


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18:50 Publié dans 004 Laurent FABIUS 2008 , 007 POSITIVE PRECARITE ! , 009 LIRE , Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Gérard FILOCHE, FMDS, 2007lagauche, RAG 34

« La vie, la santé, l’amour sont précaires. Pourquoi le travail ne le serait-il pas ? »

Gérard Filoche (Ed. JC Gawsevitch, 288 pages 18,90 €).

CPE et CNE étaient deux arbres qui cachaient la forêt de la réécriture des 3 851 articles du Code du travail prévue par M. de Villepin.

Une commission travaillait depuis août 2005 pour refondre totalement les 9 « livres » du Code en 38 chapitres différents, touchant aussi bien à la doctrine (la nature du contrat, le CDI, le droit du licenciement...) qu’aux détails des droits eux-mêmes dans toutes les branches et métiers. Il était prévu que des « ordonnances » seraient votées pour instaurer le « nouveau » Code en mai 2006. Le magnifique mouvement social de février- avril semble avoir différé ces « ordonnances » mais pour combien de temps ?

Le CPE a été retiré mais qu’en est-il des autres attaques contre le droit social ? Nicolas Sarkozy, qui appelle « à la rupture », ne cesse de proclamer qu’il est favorable à cette destruction de 120 ans d’acquis sociaux. L’Ocde reproche au gouvernement français d’avoir cédé à des « groupes de pression vociférants » qui auraient empêché de flexibiliser le travail. Le Medef, lui, reprochait au CPE de ne pas aller assez loin dans la remise en cause du CDI... Des rapports multiples (De Virville, Medef, Afep, Ethic...) prônent la précarisation de tous les contrats salariés.

« La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » explique Laurence Parisot, successeur du baron Seillière à la tête du Medef. Elle recommande la « collaboration » à la place de la « subordination », la « séparabilité » à la place du licenciement, le « contrat d’objectif de 5 ans » à la place du CDI, « l’employabilité » à la place du droit à l’emploi, le « contrat de gré à gré » à la place du contrat collectif.

Cette « rupture » avec notre droit social aura-t-elle lieu ? Le droit du travail est un droit intime : il concerne 16 millions de salariés du privé dans ce qu’il y a de plus fondamental de leur vie quotidienne, leur activité professionnelle, même lorsqu’ils ne le savent pas. C’est un droit peu enseigné, peu connu, mais c’est un droit décisif au point de mettre des millions de travailleurs et de jeunes dans la rue. Il a secoué toute la société française autour du CPE et du CNE... et ce n’est pas fini !

Ce livre exceptionnel fait l’inventaire des questions de droit du travail qui ont mobilisé la France de février à avril 2006 et pourraient la mobiliser encore - à tout moment.

Gérard Filoche est inspecteur du travail depuis 1985. Militant syndical et politique, il a écrit plusieurs essais dont “On achève bien... les inspecteurs du travail”, paru en décembre 2004 chez Jean-Claude Gawsewitch Éditeur

Quatrième de couverture

"La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ?" proclame Mme Laurence Parisot, présidente du Medef. Nicolas Sarkozy est ovationné par le Medef lorsqu’il défend une "rupture" avec le "modèle social français". Ensemble ils veulent mettre bas le droit du travail, généraliser la précarité. Mme Parisot veut même changer l’article 34 de la Constitution française pour enlever aux élus du peuple le pouvoir de légiférer souverainement sur le droit du travail et la protection sociale. Elle défend un système corporatiste où domineraient employeurs et actionnaires, au détriment des salariés.

Ce livre enquête sur la déconstruction de 150 ans d’histoire républicaine et sociale de notre pays depuis que le Medef, selon ses propres termes, à nommé "des tueurs" à sa tête pour "mener la guerre aux 35 h". Avec l’instauration du Cne (Contrat nouvelle embauche où l’on peut licencier sans motif), le rétablissement de l’apprentissage pour les jeunes à 14 ans, et du travail de nuit et du dimanche à 15 ans, MM. de Villepin et Larcher avaient mis en chantier la ré écriture des 3851 articles du Code, croyant pouvoir faire adopter un nouveau Code, à droits très allégés, par ordonnances...en mai-juin 2006. Leurs buts ? Mettre à mal le Cdi, le droit du licenciement,la durée légale du travail, le droit de grève, les droits syndicaux, l’inspection du travail...

Mais la formidable mobilisation unitaire des jeunes et des salariés appuyée par une écrasante majorité de l’opinion, contre le Cpe, au printemps 2006, les a mis en échec. Ils ont reporté ce projet de "brûler" notre Code du travail après la présidentielle. Si la droite avec Nicolas Sarkozy gagnait en 2007, communautarisme et corporatisme seraient les deux mamelles de "la France d’après".

A tous les citoyens de découvrir et de mesurer l’ampleur de la menace qu’ils représentent. A la gauche de défendre avec force une alternative pour les en empêcher.

Gérard Filoche, socialiste, syndicaliste, inspecteur du travail, publie là son quinzième livre, plus percutant que jamais.

Répondre à cet article Dans la même rubrique
Pour lire le jubilant « Traité d’Athéologie » de Michel Onfray
« SOS Sécu ! Casser ou sauver la Sécu ? »
En hommage à Laurent Schwartz
Les Etats-Unis envahissent... les Philippines !
Joyeux Noël
"Ni con ni salaud"
En hommage à Pierre Broué (II)
On achève bien les inspecteurs du travail...
http://www.democratie-socialisme.org/forum.php3?id_articl...

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11.10.2006

Toute l'ACTU : Articles et études puisés "ailleurs sur le net"

Voici une série d’articles ressources (études, analyses, documents) puisés « ailleurs sur le net », utiles pour nourrir la réflexion militante ou sympathisante.
Cette semaine, : “régions françaises : entre diversités et similitudes″, “Les établissements accueillant des enfants et des adolescents en difficulté sociale”, “L’évolution des comportements alimentaires”, “L’activité des services d’urgences en 2004″, “Comment expliquer les disparités salariales?”, “Pourquoi les français trouvent la vie chère?”...
Accéder aux articles



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06.10.2006

7 millions de travailleurs pauvres, la face cachée des temps modernes : l'enjeu de la période électorale qui s'ouvre !

Par Jacques Cotta, auteur de 7 millions de travailleurs pauvres, la face cachée des temps modernes (Fayard, 2006) Paru dans MARIANNE

Durant plus d'un an, j'ai enquêté pour mettre des visages sur les chiffres parfois arides qui parlent des travailleurs pauvres. Toutes les questions ressortent des tranches de vie racontées dans mon livre : problèmes de salaires, de travail, de logement, de nourriture, d'habillement, de santé, de culture… Autant de domaines qui permettent de poser quelques questions cruciales à ceux qui nous gouvernent ou qui aspirent à nous gouverner… D'autant que leurs déclarations ou discours semblent bien éloignés de ces cruelles réalités.

Le 18 septembre Jacques Chirac effectuait sa rentrée médiatique sur Europe 1. Le soir même, j'étais invité sur un plateau de télévision pour « réagir à la partie sociale » de l'intervention du président de la République en qualité d'auteur de mon livre édité chez Fayard, 7 millions de travailleurs pauvres – la face cachée des temps modernes. Alors que les deux socialistes présents semblaient découvrir à ma grande surprise une réalité sociale pourtant incontournable, mon voisin, le député UMP chiraquien villepiniste George Tron se penchait sur mon épaule pour me glisser fort courtoisement à l'oreille d'un ton soudain rassuré : « dans vos chiffres il y les érémistes, n'est-ce pas ? Je comprends mieux ».

Faudrait-il comprendre que les chiffres seraient gonflés car comprenant les érémistes ? Ceux-ci ne seraient-ils pas aussi des travailleurs pauvres ? Et les chômeurs, les intermittents, les précaires ou les temps partiels, devaient-ils aussi être écartés comme s'ils avaient choisi leur inactivité, leur petite paye, leur pauvreté ?

Par l'enquête de terrain qui aura duré une année, j'ai tenté de restituer fidèlement la réalité en mettant des visages et des tranches de vie sur les chiffres parfois arides. Il apparaît que les travailleurs pauvres sont de toutes conditions, jeunes ou âgés, salariés, ouvriers, fonctionnaires, artisans, précaires, bouche-trous utilisés dans les petits boulots… Ils s'appellent « Violette » l'infirmière précaire embauchée dans l'Yonne en CES avant d'être virée parce que trop qualifiée, « François », l'ancien entrepreneur du bâtiment qui a élu domicile dans des bus qui traverse Paris pour passer la nuit à l'abri, « Faty » la « technicienne de surface » sortie tout droit d'un film de Ken Loach, ou encore « Roland » le manutentionnaire, Jean-François le boucher, « Charly » l'agrégé (et oui !) ou encore « Eric » l'assureur, ou tous les autres…

« 7 millions de travailleurs pauvres », ce sont ceux qui touchent moins de 722 euros par mois, seuil défini au niveau européen pour cerner cette « nouvelle pauvreté ». Ce sont les 12 millions et plus qui en France vivent avec moins de 843 euros. Ce sont donc ceux que l'on n'entend pas, que l'on ne voit pas mais qui souffrent dans leur vie quotidienne pour se loger, se nourrir, s'habiller, se soigner, se cultiver, se divertir … pour la bonne et seule raison qu'ils n'ont pas de travail, ou pas suffisamment et même lorsqu'ils en ont, leurs revenus sont insuffisants. Vous voulez les voir ? Ouvrez les yeux, à la fin des marchés par exemple lorsque certains se transforment en glaneurs des rues, comme à la campagne mais bien moins bucolique et bien peu poétique. Les sillons des charrues sont remplacés par les gouttières et les caniveaux, les champs par les pavés crasseux, et les fruits frais tombés de l'arbre par quelques déchets. Ces glaneurs sont de petits retraités ou des employés à petits salaires venus faire « leur marché » comme ils le peuvent, pour se nourrir eux, et parfois même leur famille.

Ces travailleurs pauvres sont ceux que j'ai côtoyés aussi dans les foyers ou simplement dans la rue sous les ponts - 1/3 des SDF ont un boulot - dans les bains douches, ou dans les files d'ANPE, ce sont ceux qu'on déverse dans les formations sans avenir, les Karditta, Christophe ou Yacine, « professionnels » malgré eux de formations forcées avant d'être tout simplement radiés des statistiques, de se retrouver en fin de droit, sans plus aucune indemnité…

Dans les dernières années la situation a régressé. Alors que nous n'avons jamais été aussi riches, nous assistons paradoxalement à une remise en question de toutes les dispositions prises lorsque la France était à genoux, au sortir de la seconde guerre mondiale, par le Conseil National de la Résistance. Le droit au travail, la sécurité sociale, l'assurance maladie et les retraites, l'existence des services publics, tout cela est remis en question au risque de mettre en péril le modèle républicain qui constitue le cadre de notre vie commune.

En période électorale, les candidats de tout bord y vont de leur petite phrase compatissante, exprimant les bonnes intentions, dans le droit fil de « la fracture sociale » ou de « la France d'en bas ». Tous se font très diserts sur les thèmes sociétaux qu'ils substituent aux véritables préoccupations sociales de nos compatriotes. En cela Nicolas Sarkozy, le plus américain des candidats français, et Ségolène Royal qui trouve en Tony Blair un modèle intéressant - qu'on n'ose pourtant plus revendiquer outre-manche - ne sont pas très éloignés. Seul, il faut l'admettre, Laurent Fabius fait exception à la règle. Il se distingue en effet en articulant quelques propositions sociales de fond - logement, salaires, emploi - avec une remise en question de la construction européenne qui parmi les « présidentiables » fait son originalité. Il sort ainsi d'une contradiction dans laquelle tous sont totalement englués. Comment en effet peut-on répondre aux exigences des Français souverainement rappelées le 29 mai 2005 à l'occasion du référendum sur la constitution européenne tout en respectant l'édifice qui dicte jour après jour des directives qui vont à l'opposé de la volonté populaire ? L'exemple encore vivant des retraites est là pour illustrer cette contradiction mortelle. Comment réclamer ici le maintien d'un système qu'on déclare obsolète à Bruxelles ou à Strasbourg ? Comment le défendre en France alors qu'on se prononce pour sa suppression dans les sommets européens et qu'on place au dessus de la volonté et de la souveraineté populaire quelques décisions prises à Bruxelles ou à Strasbourg ?

Le débat n'est pas idéologique mais très pratique. Car si, à un bout de la chaîne, il y a à Bruxelles les preneurs de décisions, à l'autre se trouvent un bataillon de petits vieux que j'ai rencontrés dans les hôtels pas chers, miteux souvent, ou dans les bains douches utilisés parce qu'ils occupent des chambres mal équipées, ou tout simplement pour économiser un ballon d'eau chaude qu'ils ne pourraient payer…

Ce qui est vrai des retraites l'est tout autant des questions principales dont souffrent les travailleurs pauvres. La précarité et les salaires sont dictés par la « mondialisation » que la construction européenne accompagne lorsqu'elle ne la devance pas. Dans les dix dernières années par exemple, l'intérim a explosé augmentant de plus de 130%, les contrats à durée déterminée de plus de 60% alors que les contrats à durée indéterminée n'ont progressé que de 2%. Cette précarité tant vantée par la patronne du Medef est dans le droit fil des sommets de Maastricht, de Lisbonne, d'Amsterdam de Nice et de quelques autres… Le salaire comme variable d'ajustement est tiré à la baisse alors que les profits financiers explosent. La pauvreté du grand nombre ne peut ainsi s'analyser sans être mise en relation avec la richesse de quelques-uns. L'exemple des vendeuses de Carrefour qui m'ont accueilli pour me raconter leur histoire, la façon dont elles ont été rabrouées parce qu'elles demandaient 1€50 supplémentaires pour leur ticket restaurant alors que leur PDG quelques mois plus tard empochait quelques 38 millions d'euros d'indemnité vaut bien tous les discours…


Nous assistons en fait à la déconstruction de l'Etat social bâti, parfois non sans heurts, dans les 60 dernières années qui viennent de s'écouler. La sécurité sociale, œuvre s'il en est des lendemains de la Libération, est remise gravement en question. Les remboursements sont diminués. Des franchises, prohibitives pour les millions de personnes qui ont dû apprendre à compter en fin de mois, sont instaurées. Nombreux sont ceux qui ne peuvent plus se soigner. Comme Daniel, cet étudiant incapable de changer quelques verres pourtant nécessaires pour corriger une myopie prononcée ou d'assurer ses soins dentaires. Comme ces quelques précaires qui poireautent des semaines pour se voir appliquer la roulette du « dentiste d'Austerlitz », seul recours contre une carie douloureuse. Comme cette concierge inquiète de ne pouvoir apporter les remèdes nécessaires à l'asthme chronique de son fils…

Dans son intervention de rentrée, le Président de la République s'est félicité des « performances » qui permettent de ne pas dépasser les « 3% de déficit public imposés par le sommet de Maastricht ». Mais 3%, cela signifie tailler toujours plus dans les budgets et les services publics, privatiser ce qui ne l'a encore été, supprimer ce qui bénéficie aux plus nécessiteux en soumettant toutes les sphères de la vie publique à la course aux profits et aux intérêts financiers. Faudrait-il comme l'affirmait Lionel Jospin en 1999 se résigner à une mondialisation qui interdirait toute intervention politique, liquiderait le rôle de l'Etat, ou au contraire affirmer l'importance de la puissance publique pour faire obstacle à cette liquidation généralisée ?
Le sort réservé aux services publics ignore la vie de ces millions d'habitants de quartiers de moins en moins bien servis, comme celui habité par cette aide à domicile dans la banlieue parisienne, ou cette caissière des quartiers nord de Marseille pour lesquels ce qui reste de lien social est jour après jour rogné, du bureau de poste au transport en attendant la fermeture de quelques salles de classes…

Il semble impossible de combattre la précarité, le sous-emploi, le chômage, les privatisations, la suppression des services publics et autres mesures d'actualité en défendant et en intégrant le cadre politique européen auquel il faudrait se soumettre, qui décide en lieu et place des peuples de leurs propres intérêts. Le référendum du 29 mai 2005 qui a vu une majorité dire NON lorsque tous les responsables des principaux partis, du PS à gauche à l'UMP à droite, appelaient à dire OUI, est révélateur de la crise politique et du débat de dupe qui se mène en général sur le travail et la pauvreté. Ce résultat révèle l'incapacité des politiques à comprendre ce qui se passe dans les profondeurs de la société. Dans un des premiers foyers dans lequel je me suis immergé, j'ai rencontré Jean, un chef d'étage, jardinier précaire de son état. « Tu verras, le référendum il va passer au non » me disait l'homme alors que toutes les oligarchies, politiques, économiques ou médiatiques promettaient un résultat favorable à la constitution. L'histoire a donné raison à Jean qui contre vents et marées expliquait alors les raisons de son choix : « ce coup-ci, les gens comme nous on va aller voter, car vraiment on en peut plus de notre vie … ».

Dans ce contexte le spectre du 21 avril 2002 rôde. A juste titre. Car hors d'une réponse conforme aux intérêts du peuple, attaquant à la racine les causes qui produisent la pauvreté dans le travail et qui touchent des millions et des millions d'individus, hors d'un véritable plan Marchal du logement, imposant une application sans dérogation de la loi SRU, engageant une politique de grands travaux dans la construction, hors d'une politique réhabilitant le travail et revalorisant le salaire, hors d'une volonté qui s'opposerait avec détermination aux délocalisations ou fermetures d'entreprises rentables, quitte à réutiliser l'arme de la nationalisation, hors d'une politique revigorant les services publics, revenant donc sur une série de privatisations, hors d'une réhabilitation du droit à la retraite et d'une véritable revalorisation des pensions, hors de quelques priorités revendiquées dont la santé, l'éducation et la recherche, hors d'une volonté ferme de redonner sens à l'idéal républicain d'égalité sociale et de laïcité, hors donc d'une détermination à remettre en cause la construction européenne telle qu'elle est engagée depuis Maastricht, le pire risque fort de se produire.

L'enquête que j'ai menée au sein des travailleurs pauvres veut contribuer à poser en débat durant la période électorale ces quelques questions simples. De ce débat qui se mènera ou qui sera évité, des réponses qui seront ou pas apportées, découlent deux directions possibles.

D'un côté l'agonie certaine de la République, des valeurs qui fondent et permettent la vie commune, le glissement vers le néant, des soubresauts, parfois violents, qui nous plongeraient collectivement dans les bas-fonds, la décadence et la barbarie.

De l'autre, l'émergence d'une autre république, sociale dans son principe, basée sur le respect de la souveraineté populaire, la sauvegarde de l'intérêt général, qui permette à chacun de construire sa vie, du travail au logement, de l'éducation à la santé, et de s'épanouir. Pour reprendre la conclusion de 7 millions de travailleurs pauvres – La face cachée des temps modernes : « L'alternative politique que révèle l'existence des travailleurs pauvres est donc aujourd'hui celle qui oppose à la disparition de la République – présentée parfois comme inéluctable - l'émergence et le développement de la République sociale ! A la chronique d'une mort annoncée la force de la vie et de l'espoir ! »

Mercredi 04 Octobre 2006
Jacques Cotta

Rassembler à Gauche 34 (Hérault). Lolo34.

16:45 Publié dans 007 POSITIVE PRECARITE ! , 009 LIRE , Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : précarité, travailleurs précaires, exclusion, chômage, pauvreté, 2007lagauche, RAG34

Jean-Luc Mélenchon : "Social-Bobocratie..."

Face aux médias revanchards du Oui
Jean-Luc Mélenchon, Sénateur de l'Essonne et partisan de Laurent Fabius, et Renaud Dély pour son livre "Les tabous de la gauche "chez Bourin éditeur.- P.Cohen

Je vous propose d'écouter, le débat radio auquel j'ai participé hier soir avec le journaliste de Libération Renaud Dély, auteur de son livre intitulé " Les Tabous de la gauche". Dans cet ouvrage aux allures de pamphlet contre le Non de gauche et d'hagiographie de la sociale-démocratie, M. Dély prétend expliquer à la gauche et au PS ce qu'il faudrait faire pour gagner les élections. Le tout drapé dans sa pseudo neutralité de journaliste. Ecoutez ce débat qui en dit long sur l'esprit de revanche sur le Non qui anime les médias dans leur soutien à la candidature de Ségolène Royal. Je vous livre en plus ci-après une petite analyse de cet incroyable ouvrage.


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15:40 Publié dans 009 LIRE , Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Jean-Luc MELENCHON, PRS, 2007lagauche, RAG 34

15.09.2006

Sarkozy fausse rupture, vraie droite dure !



Au sommaire de ce numéro :
- L'actualité est toujours marquée par le projet de privatisation de GDF pour le gouvernement qui continue de mécontenter les citoyens, tandis que les déclarations du président de Suez alimentent la polémique.

- Le dossier de la semaine s'interroge sur la rupture promise par Sarkozy : malgré des déclarations fracassantes, ses techniques et méthodes restent dans la droite lignée de Jacques Chirac. Les vrais ruptures ne sont pas là où on le pense, mais plutôt autour des attaques portées au modèle républicain : la question des immigrés, le communautarisme, les clins d’oeil à l'électorat frontiste, sont, entre autres de parfaits exemples.

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12:20 Publié dans 009 LIRE , Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, rag34, Parti socialiste

14.09.2006

« Nicolas et Ségolène sont les candidats du vide »

PAR EMMANUEL TODD, démographe et historien. Interview publiée par le journal Le Parisien

Vous êtes remonté contre les hommes politiques... Pourquoi ?

Emmanuel Todd. Les politiques s'interdisent de parler du principal problème qui concerne les gens : notre système économique.

Or, le libre-échange, c'est ce qui produit un tiers-monde dans les pays développés et détruit notre industrie. Les politiques ne parlent que de choses qui n'intéressent pas les gens. Cela produit un immense désintérêt.

Sont-ils les seuls fautifs ?

L'époque est au repli sur soi. Il y a une perte de sens de l'action collective dans tous les domaines. Même les syndicats se décomposent. C'est dans ce genre de monde incertain que peuvent apparaître ces « fantômes politiques » comme Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal, deux candidats du vide.

Pourquoi des « fantômes » ?

Parce qu'ils n'incarnent plus rien. Les hommes politiques d'autrefois incarnaient des idéologies plus grandes qu'eux-mêmes. Maintenant, il n'y a plus rien à incarner. Et s'il n'y a plus rien à incarner, que va-t-on regarder chez les hommes politiques ? Leur visage, leur vie personnelle, leur style...

Vous pensez à Ségolène Royal...

Ségolène Royal, j'ai l'impression qu'elle a été fabriquée par le vide et qu'elle n'est pas vraiment responsable de ce qu'elle est aujourd'hui. Un grand hebdomadaire et des sondages d'opinion, à eux seuls, tentent de faire croire qu'elle existe... Ils l'ont désignée sans programme. C'est une sorte de putsch. Si c'est elle qui est désignée, on pourra dire que les sondeurs on fait une OPA sur le PS. En tout cas, le Parti socialiste donne l'image d'une décomposition accélérée.

Vous n'aimez pas non plus les sondages...

Des sondages sur la politique réalisés un an avant l'élection, et donc avant que ne s'engage le débat électoral, ne sont à mon sens indicateurs de rien du tout. Hors période électorale, les sondés répondent à un quizz, ils sont à « Questions pour un champion » et on les teste pour savoir s'ils sont au courant...

Vous pensez que Nicolas Sarkozy lui non plus « n'incarne rien » ?

Nicolas Sarkozy est dans le système depuis longtemps. Il a vraiment gouverné, on l'a vu faire. Il y a chez lui un trait récurrent : la logique du bouc émissaire, qui est inséparable de la logique de l'impuissance. Il est dans une logique de division, pas de rassemblement. Je ne crois pas que Nicolas Sarkozy puisse séduire l'électorat français. Je crois même qu'il n'a aucune chance et qu'il perdra au second tour contre n'importe quel candidat de gauche.

Que pensez-vous de son thème, la « rupture » ?

Il n'y a plus de croyances collectives en France. Mais, plus profond, il y a des valeurs communes. Les Français sont des gens qui croient encore à la liberté et à l'égalité. Y compris dans leur vie quotidienne. On ne vit pas en Angleterre ou aux Etats-Unis, où la montée des inégalités est quelque chose qui passe assez bien parce que les gens ne croient pas tellement à l'égalité. Ici, c'est autre chose. La montée des inégalités, des privilèges, des superprofits, tout cela ne passe pas. Derrière le mot « rupture » et le slogan de Sarkozy, « la France d'après », moi j'entends en fait « Après la France »... Sarkozy, en proposant aux Français d'aller encore plus loin dans l'ultralibéralisme, leur propose de « rompre » avec des choses auxquelles ils restent très attachés : l'hôpital public, l'école, la Sécurité sociale... Il se comporte comme s'il n'avait pas conscience de la solidité de ces valeurs de base de la vie sociale. A mes yeux, Sarkozy ferait un meilleur candidat pour un public d'Américains d'il y a vingt ans.

Vous semblez donc penser qu'il n'a aucune chance d'être élu président...

Tout le monde l'a déjà oublié, mais toute sa vie politique n'est qu'une longue suite de gamelles. On n'a aucune preuve électorale de Sarkozy ! J'ajoute autre chose : la différence entre un Chirac et un Sarkozy, c'est que le premier a une sensibilité ancrée dans l'histoire de France. Il partage avec les Français les idées d'égalité, de rapport à l'Etat. Bizarrement, Sarkozy me semble comme en apesanteur par rapport à cette histoire. Chirac fait partie de ces hommes politiques qui savent, lors de ces innombrables situations de révolte, parler aux Français. Sarkozy, lui, reste dans l'affrontement. Il fait partie de ceux qui pensent qu'on peut faire sans les gens. Dans ce cas, c'est difficile de se faire élire ailleurs qu'à Neuilly.

C'est pourtant le champion de la lutte contre l'insécurité, un thème cher aux Français...

La thématique sécuritaire a déjà été testée plusieurs fois, elle ne marche pas. Chirac en 2002, avec la sécurité, a fait un score à peine moins remarquable que celui de Lionel Jospin. Aux dernières régionales, avec un Sarkozy, ministre vedette, champion de la sécurité, l'UMP a connu une débâcle. En fait, je ne crois pas que Sarkozy incarne vraiment les valeurs d'ordre et de sécurité traditionnelles de la droite. Avec lui, je trouve au contraire qu'on ne se sent pas en sécurité. Il montre une agitation incessante, un besoin de parler, de se montrer, de bouger, d'opérations coups de poing... Il véhicule l'image de l'homme politique qui est le plus proche des grands patrons et qui tape sur les plus vulnérables de la société. Or, la réalité sociologique en France, ce sont les classes moyennes qui décrochent des classes dirigeantes. Cela s'explique à mon avis par un emballement dramatique du coût du logement, qui est aujourd'hui une forme déguisée d'inflation.

Le 21 avril, avec un Le Pen au second tour, est-ce un accident ou la nouvelle norme ?

C'est toute la question. Prenez deux réalités électorales récentes. La plus proche, c'est le référendum sur l'Europe : 55 % de non. Or, avec Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, on a deux candidats du oui. On est déjà dans une configuration où le clivage considéré comme essentiel par les Français n'est pas respecté... Cela ne peut qu'encourager le vote Le Pen. Pour moi, le FN n'est pas un parti sérieux. Les électeurs qui votent pour lui se dispersent dans le néant. C'est un vote perdu, une forme d'abstention colérique. La deuxième réalité électorale, c'est la défaite de l'UMP aux régionales. Avec tout cela, on peut raisonnablement pronostiquer une répétition inversée de ce qui s'est passé le 21 avril 2002 : un second tour avec cette fois le candidat FN opposé à un candidat du PS.

La menace Le Pen ne transforme-t-elle pas la présidentielle en une campagne exclusivement de premier tour ?

On voit bien que Nicolas Sarkozy fait tout pour faire monter le FN. Il espère ainsi la répétition à son avantage du 21 avril 2002. Même avec seulement 19 % des voix au premier tour, cela lui permettrait d'être élu président en se retrouvant face à Le Pen au second tour. C'est une logique de putsch là aussi. Mais cette logique présente un risque pour Sarkozy : elle assure une formidable discipline de vote à gauche. Si la présidentielle est devenue exclusivement une campagne de premier tour, cela veut dire que notre système démocratique est en train de muter. On serait entré dans un système politique malade avec un Le Pen qui permettrait à d'autres d'échapper au suffrage universel.

Né en 1951, Emmanuel Todd bâtit dans la discrétion une oeuvre qui fera date dans l'histoire des sociétés.
Ses maîtres ont nom Montesquieu, Tocqueville, Aron mais aussi Durkheim et Le Play.
http://www.herodote.net/livreTodd.htm
http://www.denistouret.net/textes/Todd.html

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10:05 Publié dans 009 LIRE , Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rag34, Emmanuel TODD, Fabius

08.05.2006

La véritable affaire Clearstream, lisons-la !

medium_domination.jpgDenis Robert : La domination du monde
La véritable « affaire Clearstream » n’est pas dans les règlements de compte entre Villepin et Sarkozy. « L’affaire Clearstream », c’est celle que le journaliste Denis Robert s’emploie à dénoncer depuis 2001 dans Révélation$ puis La boîte noire, enquêtes fracassantes où il révélait la face cachée du système financier international. Au cœur de cette nébuleuse : la chambre de compensation Clearstream, banque des banques basée au Luxembourg, par laquelle transite chaque année des milliers de milliards d’euros. Rien d’illégal a priori, sauf que des comptes secrets, détenus par des entreprises ou des particuliers, serviraient à blanchir de l’argent sale, masquer des commissions occultes, falsifier les comptes de sociétés… Ces révélations auraient dû faire scandale, bouleverser le monde de la finance. Mais Denis Robert s’est heurté au scepticisme, à l’indifférence de nombreux médias et à l’hostilité de certains, dont le « journal de référence ».

Malgré le harcèlement judiciaire que lui fait subir encore aujourd’hui Clearstream (toutes les procédures se sont achevées par une relaxe de l’auteur), Denis Robert persiste. Parce qu’il sait qu’ « un livre peut changer le monde », il signe aujourd’hui un roman. Il y livre les déboires d'un journaliste, Yvan Klébert, qui après avoir dévoilé dans un livre comment la firme luxembourgeoise Shark couvre des transactions illégales et criminelles, demande à un ami d’enfance devenu psychanalyste de raconter son histoire. « La fiction est une passerelle pour la vérité. » Cette citation de Hunther S. Thomson est en exergue de La domination du monde.

Anne Mosoni

Denis Robert, « La domination du monde », éditions Julliard, 346 pages, 20 euros.
À lire aussi : « Révélation$ », éditions les Arènes, 21,23 euros ; « La boîte noire », éditions les Arènes, 20 euros.

Extrait :
« Avant que Klébert ne débarque dans ma vie, j’étais un type plutôt tranquille, calme et non violent, à la vie douce et studieuse. Je votais à gauche, généralement pour le candidat du Parti socialiste. Je venais d’acheter un nouveau 4X4, un modèle peu polluant. Je ne voulais pas d’un troisième enfant. Je projetais d’emmener ma femme en voyage à Venise. Je sais, c’est bateau, mais, bon, mieux vaut prévenir que guérir… »

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22.04.2006

Bouquiner : Igor Kostine, Tchernobyl : confessions d’un reporter

Le 26 avril 1986, Igor Kostine est tiré du sommeil par un coup de téléphone : « un incendie à la centrale nucléaire de Tchernobyl. » Des « matins comme celui-là », ce reporter-photographe pour l’agence de presse Novosti en a connu des dizaines. Il ne sait pas encore que ce matin-là marquera sa vie à jamais. « Sans prendre le temps d’une douche ou d’un café », il quitte Kiev et survole la centrale quelques heures seulement après l’explosion. La radioactivité est telle que la pellicule est entièrement noircie. Un seul cliché est sauvé… qui ne sera pas publié par les autorités soviétiques.

Face à ce silence, Igor Kostine se fait le devoir d’être témoin. Plusieurs mois durant, il reste aux côtés des « liquidateurs » : entre 600 et 800 000 hommes qui après que l’URSS ait refusé toute aide internationale, se succèdent sur le site de l’accident pour le décontaminer. Munis d’équipements de protection obsolètes, ces gens ont « sans même en avoir conscience, accompli l’inimaginable ». « Sur toute la surface de la Terre, des petits et des grands peuples leur doivent leur survie, témoigne le photographe. Sans leur sacrifice, les conséquences de l’accident auraient été bien pires. Pires en Ukraine et en Biélorussie, mais pires aussi dans toute l’Europe, dont la moitié de sa population aurait dû être déplacée et dont la moitié de sa superficie n’aurait plus été cultivable. » Beaucoup d’entre eux sont sans doute morts aujourd’hui. Combien ? Nul ne le sait. Sacrifiés, ceux qui ont survécu touchent des pensions réduites suffisant « à peine à couvrir leur besoin en médicaments ».

Tout comme ceux qui, évacués après la catastrophe ont décidé de rentrer chez eux, dans la zone interdite, et de mourir là où ils étaient nés, Igor Kostine, n’a eu de cesse de retourner sur les lieux de la centrale. Irradié lui aussi, il raconte aujourd’hui, en images, ces vingt ans de Tchernobyl : l'évacuation des villages, le désespoir et le courage des populations, la construction du sarcophage, les hommes déplaçant à mains nues des blocs radioactifs, les cimetières de machines, les jardins contaminés redevenus des terres sauvages où l'homme n'a plus sa place.

Anne Mosoni

Tchernobyl : confession d'un reporter, Les Arènes, 240 p., 34,80 euros.

Extrait :

« La majorité des victimes, je ne les ai pas vues à la clinique n°6 ou ailleurs, dans les hôpitaux de Kiev ou de Moscou. Je les croise parfois dans les rues et sur les routes d’Ukraine et de Biélorussie. Dans les années qui ont suivi la catastrophe, le nombre de certaines pathologies a explosé. Il n’est pas rare dans un café, à Kiev, de voir une petite cicatrice sur le cou d’une jeune femme qui était enfant à l’époque. C’est la trace d’une ablation de la glande thyroïde, seul moyen à l’époque de guérir le cancer de la thyroïde. En dix ans, en Biélorussie, leur nombre a été multiplié par dix. Le nombre de maladies des yeux, du système respiratoire ou cardiaque a plus que doublé dans ces régions. Sans compter les dépressions nerveuses, les névroses et les paranoïas (…) La catastrophe est inscrite dans nos corps, dans nos gènes. Elle se transmet. Elle est notre héritage.

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17.04.2006

A lire : Dominique Barella, Journal d’une justice en miettes

medium_livre-barella.jpgDe l’affaire Bonnal à l’affaire des émeutes dans les banlieues, D.Barella pointe du doigt la défaillance d’une justice française dont on afflige les magistrats. Quoi de plus simple que de critiquer les juges quand les politiques ne cessent d’adopter de nouvelles circulaires bien vite méprisées par ceux- là mêmes qui proposent, car elles ont montré leur défaut ? Toujours aussi simple d’enfoncer le magistrat qui, sous pression de l’exécutif et des médias, rend un jugement hâtif qui va s’avérer faux.
« La justice humaine est admise mais le juge faillible n’est pas accepté ». Pourtant, l’infaillibilité est de l’ordre du rêve et passe dans l’ordre de l’inimaginable lorsque la justice doit gérer, juger et affronter. « Tiraillés entre des commandements contradictoires, les juges deviennent schizophrènes ».
Journal d’une justice en miettes, c’est un cri d’indignation contre l’intrusion politique dans l’acte de juger, une dénonciation de la faiblesse du gouvernement français. Quand le Conseil de l’Europe place la justice française à l’avant dernier rang, n’est-il pas normal de s’inquiéter pour une justice qui se veut démocratique, mais qui se perd dans les méandres du temps et du cafouillage politique.
Ce qu’écrit et veut D.Barella, c’est une justice à laquelle on apporte des moyens financiers et humains, une justice égalitaire, pour le peuple, , et où chacun garde sa fonction. Dans son intervention à la Courneuve, Nicolas Sarkozy a commis deux erreurs : annoncer une perquisition avant qu’elle n’ait lieu et annoncer l’arrestation des auteurs du meurtre d’un enfant. Résultat : fuite des auteurs et disparition des preuves. « Pour toute sanction, N.Sarkozy restera simplement, dans l’histoire des enquêtes judiciaires, comme l’homme qui a arrêté une trottinette ». Voilà ce que dénonce et rejette D.Barella. Et n’est-ce pas notre affaire à tous que de vouloir à la place de « cette abracadabrantesque cacophonie » une justice efficace.

Journal d'une justice en miettes, Dominique Barella, Editions Hugo et compagnie, Paris, 2006, 260 pages, 18 euros.

Chloé Costes

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02.04.2006

A lire : Chômage, des secrets bien gardés. La vérité sur l'ANPE

Chômage, des secrets bien gardés
La vérité sur l'ANPE
Fabienne Brutus
Editeur : Jean-Claude Gawsewitch
ISBN : 2.35013.051.7
271 pages - Parution : 03/2006

Thème : Droit > Droit privé > Droit du travail / Droit de la sécurité sociale > Protection sociale

Présentation par l'éditeur
ANPE, quatre lettres lourdes de sens pour un nombre croissant de Français. Pour la première fois, une conseillère à l'emploi lève le voile sur cette noble institution, conçue à l'origine pour favoriser la rencontre entre l'offre et la demande d'emploi, devenue au fil du temps une machine à « gérer des stocks ».

Pour avoir côtoyé des travailleurs précaires, des chômeurs toujours plus nombreux dont elle a fait partie, Fabienne Brutus dénonce l'instrumentalisation à des fins électoralistes de la « politique du chômage ». À l'heure du démantèlement du Code du travail, d'un plan ironiquement baptisé « de cohésion sociale », à l'heure où le CDI devient un graal improbable, elle passe au crible les dysfonctionnements, commente les chiffres introuvables ou « arrangés », les formations inappropriées, les bilans de compétence hors sujet... Malgré le devoir de réserve professionnelle qui lui est imposé, elle revendique son droit à la liberté d'expression et nous révèle le dessous des cartes.

Âgée de 31 ans, l'auteur exerce la profession de « conseillère à l'emploi ». Elle a rencontré la minorité de tricheurs qui alimente la machine à fantasmes néo-libéraux, mais elle s 'est surtout trouvée confrontée aux innombrables personnes sans emploi prêtes à tout pour retravailler. Lasse d'entendre parler d'une supposée « baisse significative du chômage », elle signe ici un document édifiant.

Rassembler à Gauche 34. Lolo34. http://lrassemblezagauche.midiblogs.com

10:28 Publié dans 009 LIRE | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note

25.03.2006

A LIRE : Deux femmes en colère

Kenza Braiga et Olivia Cattan, edition Ramsay, Paris, 2006, 252 pages, 16 euros

Le jour où Kenza Braiga, lors de son émission radio 100% femmes, est confrontée à la haine d’une auditrice choquée par le mariage entre juifs et musulmans, elle ne peut que s’affliger. C’est en tant que citoyenne française de confession musulmane qu’elle décide de rencontrer Olivia Cattan, française de confession juive. Ensemble, dans un dialogue honnête, surmontant les préjugés, elles évoquent leurs vies et leurs opinions de femmes libres et religieuses, leur colère face à l’intolérance.

Ce livre trace le parcours d’une juive et d’une musulmane, citoyennes avant tout, fières et reconnaissantes de ce que la république française leur offre de liberté. Deux femmes en colère contre l’hypocrisie du gouvernement et la manipulation médiatique entraînant idées reçues, intolérance et discrimination. Tour à tour, elles parlent du judaïsme et de l’islam, de leurs valeurs fondamentales. ‘L’islamiste terroriste’ et ‘ le juif détenant le monde’, ces amalgames courants les indignent. Elles lèvent le voile du faux-semblant et n’hésitent pas pour autant à critiquer le traditionalisme de leur religion respective. Le paternalisme persistant, elles le condamnent. Car le temps de la femme libre n’est-il pas venu ?

« Ras-le-bol » de ce chantier dirigé par des hommes trop faibles pour lutter contre la tentation. Marre d’être « l’étranger voleur », « le kamikaze ». Abas les convenances ancestrales, le politiquement correct et l’interprétation excessive. Dans un pays laïque, sous l’égide des droits de l’Homme, Kenza et Olivia établisse un dialogue qu’elles veulent « féminin, humaniste, social et citoyen ». « Voilà où se trouve la vérité (…). Elle n’est ni dans les discours politiques ni dans les textes religieux, mais dans les yeux des mères qui regardent leurs enfants ».

Une œuvre d’indignation mais surtout de courage, Deux femmes en colère ne s’écroule pas sous des propos virulents. Fort de son ton de justesse et de tolérance, ce livre est un message d’intégration et de paix.

Chloé Costes

Rassembler à Gauche 34. Lolo34.

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28.01.2006

Livre: Acrimed revient sur le rôle des médias avant pendant et après le Référendum 2005...


Dessins de Mat Colloghan

ISBN : 2-84950-081-X FORMAT : 105 x 165 mm NOMBRE DE PAGES : 134 DATE DE PARUTION : 20 novembre 2005 PRIX TTC : 7 euros

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Présentation

29 mai 2005. Les électeurs se sont prononcés majoritairement contre le Traité constitutionnel européen. Toutes les autorités qui se sont mobilisées en faveur de son adoption sont démocratiquement désavouées.

Dans les jours qui suivent, on a beau réajuster ses lunettes et tendre l’oreille, on ne lit, ne voit et n’entend rien qui vienne remettre en question la débâcle des médias dominants. On se dit ironiquement : « C’est sûr : tous les chroniqueurs et éditorialistes, donneurs de leçon à tous vents et spécialistes de l’autocritique des autres, ne vont pas tarder à s’interroger sur leur implication et sur celle des médias qu’ils orientent. Et, si cela advient, ce sera, une fois de plus, après avoir reconnu quelques erreurs vénielles, pour n’en tirer aucune conséquence ».

Les mois passent. Toujours rien. En guise de bilan proposé par les sommités du journalisme, ceci : non seulement l’échec de leur engagement forcené en faveur de l’adoption du Traité n’aurait pas infirmé l’excellence de leur travail, mais il aurait même confirmé son innocuité. La preuve, disent-ils, devenus soudainement modestes, que notre pouvoir est limité, c’est qu’il s’est révélé apparemment sans effet.

Apparemment... Car parmi d’autres « pouvoirs », les médias disposent de celui de se faire oublier ou, plus exactement, d’entretenir l’amnésie sur leurs œuvres passées quand celles-ci ne coïncident pas avec les contes et légendes du « quatrième pouvoir ». Le premier objet de ce livre est donc de proposer un aide-mémoire pour que celles et ceux qui, journalistes inclus, ont eu à subir l’omniprésence et l’arrogance de l’oligarchie qui trône au sommet de l’espace médiatique, n’oublient pas. Et ne négligent pas, s’ils sont tentés de le faire, d’en tirer quelques conséquences.

Pour lutter contre l’amnésie, pour nous préparer aux prochaines orchestrations si rien ne change, et surtout pour contribuer aux combats nécessaires pour que cela change, « Médias en campagne » s’efforce de montrer comment et pourquoi, à l’occasion du référendum de 2005, les médias dominants ont imposé, sous couvert d’ « équité », de « pédagogie » et de « démocratie », un pluralisme tronqué, une propagande masquée et un débat démocratique amputé.

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Sommaire

Des médias désavoués, mais toujours dominants

Chapitre 1 : Vous avez dit « équité » ?

Des chiffres et des lettres
Des interviewers à pugnacité partisane
Des experts à engagement monocolore
Des éditorialistes à sens unique

Chapitre 2 : Vous avez dit « pédagogie » ?

La raison des maîtres et les passions du peuple
Les merveilles de la pédagogie
Les aventures de la sondomanie
Les avatars de la propagande

Chapitre 3 : Vous avez dit « démocratie » ?

« Equité » ? (bis) : l’hégémonie des bien votants
« Pédagogie » ? (bis) : l’hégémonie des biens pensants
« Démocratie ? » : Les escamotages du scrutin
« Démocratie ? » (bis) : Un festival d’autosatisfaction
Et après ? - D’autres médias pour un autre monde
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« Médias en campagne » a été coordonné et mis en forme par Henri Maler et Antoine Schwartz. Mais ce dossier n’existerait pas sans l’activité collective de notre association et les contributions individuelles de ses membres, ainsi que celles de nos correspondants et de l’équipe du journal Pour Lire Pas Lu.

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10:50 Publié dans 009 LIRE | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note