08 avril 2008

Jeux de maux

Qu’ont retenu les media du discours du Président de la République sur la modernisation des politiques publiques et la réforme de l’Etat ?

 

Tout d’abord une superbe figure de style, que l’on doit sans doute à Henri Guaino: « Ce ne sont pas les économies qui feront la réforme, c’est la réforme qui permettra les économies. Et c'est la différence entre la rigueur et la réforme »

 

…Et la suite du propos que l’on aura voulu faire passer pour un "dérapage" du chef de l’Etat: « La rigueur consiste à faire un coût de rabot, on impose à chacun le même effort ». Il était effectivement assez opportun et amusant de laisser croire que la réforme serait quelque chose de profondément injuste, qui supposerait l’effort de quelques-uns seulement !

 

Ne soyons pas plus sarkozystes que Sarkozy, mais reconnaissons les faits: le Président voulait simplement expliquer que seul l’Etat ferait des efforts, et que ceux-ci n’auraient aucune incidence sur le quotidien des Français.

 

Le discours conviendrait donc à merveille si le Chef de l’Etat ne l’avait agrémenté d’un catalogue de 166 mesures d’économies qui, de son propre aveu, ne feront donc pas la réforme…

 

Pourquoi vouloir par ailleurs à ce point opposer rigueur et réforme ? L’un des sens du mot «rigueur» n’est-il pas justesse, netteté, précision ?

 

Une vraie réforme, juste, définie avec clarté et précision, bref, une réforme rigoureuse, ce serait pas mal, non ?

04 avril 2008

Vive les « Passéistes »

Bernard Kouchner qui, rappelons-le, rêvait en 2003 d’aller faire la guerre en Irak, explique ce matin que tous ceux qui expriment des réserves sur la décision du Président de la République de réintégrer pleinement l’OTAN n’ont pas compris que le monde a changé, et les qualifie de «Passéistes»…

 

Rien de bien étonnant de la part d’un ardent défenseur du droit d’ingérence à tout prix. Rien de bien étonnant de la part de quelqu’un qui, à l’instar de GW Bush, estime être LA référence en matière de démocratie, de justice et, plus généralement, de vérité.

 

Il ne sera toutefois pas parvenu à faire taire l’un de nos plus illustres « Passéistes », en la personne de Dominique de Villepin qui réagissait ce matin sur Europe 1 à la décision du Président de la République.

 

 


 

L’ancien Premier Ministre aura par ailleurs l’occasion de compléter son propos dimanche dans l’émission de Laurence Ferrari (Dimanche+, Canal+, 12h50).

03 avril 2008

20 ans après…

La décision du Président de la République de renforcer la présence militaire française en Afghanistan soulève plusieurs interrogations.

 

dffcd677ecc28117035fb99430056438.jpgIl y a tout d’abord, comme souvent depuis mai dernier, un problème de forme. Comment se fait-il qu’une décision engageant nos soldats ait été annoncée depuis Londres ? Comment se fait-il que l’évènement se soit produit à l’occasion d’un discours devant le parlement anglais, avant même que ne soit organisé (dans la précipitation, et surtout pour tenter de calmer les esprits) un débat à l’Assemblée Nationale ? Comment se fait-il que l’effectif des troupes françaises qui seront engagées ait été précisé par le porte-parole de l’OTAN dès hier soir alors que la France ne s’est exprimée officiellement que ce matin ?

 

Tout ceci pourrait relever du détail, si notre indépendance et notre souveraineté, la paix et l’équilibre du monde n’étaient en jeu.

 

Il convient donc de traiter du fond, et notamment de chercher une explication au revirement du Président, le candidat ayant déclaré entre les deux tours des présidentielles que la France n’avait pas vocation à rester durablement à Kaboul, laissant ainsi à penser qu’il poursuivrait le désengagement initié par Jacques Chirac …

 

La réponse a été sans doute en partie apportée ce matin même par le Président, puisqu’il a déclaré officiellement que la France pourrait réintégrer pleinement l’OTAN dès 2009…

 

Exit donc la vision d’un monde multipolaire qui faisait que notre parole était toujours entendue, écoutée et respectée, qui a fait que le 14 février 2003 la France a été applaudie debout par l’assemblée des Nations-Unies.

 

Il y aura 20 ans le 9 novembre 2009 que le Mur de Berlin («le mur de la honte» comme on l’appelait souvent) est tombé. L’évènement a marqué la fin officielle de la Guerre Froide , et la décision du Général de Gaulle de claquer la porte de l’OTAN en 1966 y a sans doute contribué, temporisant alors la rivalité est-ouest.

 

Aujourd’hui, nous allons donc prendre le risque d’ériger un nouveau mur (cette fois entre orient et occident), et d’élargir à l’Afghanistan le bourbier irakien, avec tous les risques d’escalade que cela comporte.

 

 

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NB: à lire sur le sujet l’interview accordé à Marianne par Emmanuel Todd (l’un des inspirateurs -même s’il n’a pas su l’écouter jusqu’au bout…- de la campagne de Jacques Chirac en 1995).

 

Petits recadrages entre amis…

A l’échec de la majorité présidentielle aux élections municipales et aux cantonales, le Président de la République n’a pour l’instant répondu qu’en remaniant le gouvernement et la direction de l’UMP.

 

Si le véritable remaniement du gouvernement sera, parait-il, pour janvier 2009, à l’issue de la présidence française de l’Union Européenne, il fallait en attendant donner un signe. C’est ce qui a été fait. Parmi les six nouveaux secrétaires d’Etat, trois l’on été pour des raisons diplomatiques (un selon des logiques géographiques, un autre pour «compatibilité d’humeur» avec le président de la région dont il va s’occuper, et la troisième en consolation de son éviction de la présidence d’une entreprise publique), mais chacun aura noté que ceux qui ont été véritablement choisis l’on été pour leur fidélité au Président de la République, celui-ci prenant même le risque de nommer à la famille une femme qui, c’est le moins que l’on puisse dire, n’a pas des positions sur le sujet très en phase avec son électorat traditionnel.

 

A l’UMP, Nicolas Sarkozy pouvait difficilement désavouer clairement celui qu’il avait choisi pour lui succéder à la présidence des Hauts-de-Seine il y a seulement quelques mois, surtout après ce qui s’est passé à Neuilly et après le coup de gueule d’Isabelle Balkany lors de l’élection du président du département. Patrick Devedjian sera donc très fortement encadré, notamment par des adjoints et des porte-paroles plus que fidèles. On aura bien entendu pris soin, pour faire diversion, d’intégrer à l’organigramme quelques centristes, et même deux villepinistes, mais en veillant bien à ce qu’ils ne participent pas au Comité Directeur du mouvement.

 

Bref, plutôt que de se remettre en question, on aura préféré verrouiller à tous les étages.

 

Pas sûr que les militants (c’est secondaire) et les électeurs (c’est l'essentiel) soient tout à fait d’accord…