08.02.2008

La petite fille et la mort

Ce récit en noir et blanc de Benoît Springer traite,avec une grande pudeur et une délicatesse extrême, de la découverte par une fillette de la différence entre la vie et la mort. Luce, petite fille de six ans, est en vacances chez son papi, retraité encore très actif. Elle aide au jardin, au marché, dans les taches quotidiennes de ce vieillard encore alerte mais seul. Une solitude temporairement brisée par la venue de Luce durant ces quelques jours. Luce qui ouvre de grands yeux sur ce monde qu'elle découvre petit à petit. Un jour, au marché, elle voit passer une petite fille drapée dans un crêpe noir, accompagnée d’un homme nu. Un couple qu'elle revoit quand le voisin de son papi, un retraité veuf lui aussi, met fin à ses jours. Luce, avant de comprendre ce qu'est la mort, la croise, mystérieuse et silencieuse. Un album de 80 pages qui prend le temps de montrer les sentiments. Springer, par exemple, dessine toute la détresse de la solitude en deux planches ne représentant qu'un chat mangeant ses croquettes avec en toile de fond le son d'un jeu télévisé. Une histoire entre réalisme social cru et fantastique masqué. Un cocktail étonnant et séduisant.
« Les funérailles de Luce », Vents d'Ouest, 15 €

04.01.2008

La Formule (moins) un

La course automobile et plus spécialement la Formule 1 a souvent inspiré la bande dessinée. Michel Vaillant (de Graton), Alain Chevallier (de Duchâteau et Denayer) ont exploré la partie sérieuse. Perna (scénario) et Juan (dessin) ont décidé de dévoiler les coulisses, comiques, forcément comiques, de ce sport. Ils ont imaginé une écurie, Broken Arms, dirigée par Flavio Rutilator qui a donné leur chance à deux jeunes pilotes, Aldo Vapapiano, Italien au tempérament de feu et Jean-Michel Fringant, calculateur, psychorigide, un peu trop pointilleux. Une équipe qui fait le spectacle. Enfin durant le premier tour car ils n'arrivent que très rarement à finir les courses. Les auteurs qui connaissent parfaitement ce milieu proposent également quelques caricatures de pilotes plus connus comme le fougueux Alfonso Flamenco, Espagnol perpétuellement énervé, champion du monde en titre ou l'imperturbable Milky Icekonen. On retrouve aussi avec plaisir les caricatures très réussies des commentateurs télé, Jean-Christophe Baltringue et Jacques Lafrite, impayables avec ses incessants « Croyez-en mon expérience »...
« Paddock, les coulisses de la F1 », Vents d'Ouest, 9,40 €

27.12.2007

Bretagne insoupçonnée

Qui a dit que Régis Loisel était un auteur rare ? Certes le dessinateur a parfois mis beaucoup de temps pour finaliser un album, mais le créateur, à l'imagination débordante, semble de plus en plus décidé à faire partager à tout un chacun ses mondes irréels. En cette fin d'année, en plus du retour de la Quête de l'oiseau du temps (avec Le Tendre) et un nouvel opus de Magasin Général (avec Tripp), il vient de signer l'idée de base et le scénario du "Grand Mort", nouvelle série fantastique. Pour gagner du temps, Loisel a abandonné la création en solitaire. Il a ainsi bénéficié de l'aide de Jean-Blaise Djian au scénario et les dessins sont de Mallié. Mais on retrouve quand même sa pâte. Pauline, étudiante, a décidé de réviser une semaine au calme, dans une maison d'une amie au coeur de la Bretagne. Mais la jeune Parisienne tombe en panne en route et trouve refuge chez Erwan. Ce dernier est une sorte de druide et il va entraîner Pauline, malgré elle, dans un monde parallèle. Très rationnelle, ne croyant pas à toutes ces fadaises et légendes, elle va pourtant devoir s'adapter dans un monde où toute logique a disparu. L'humour, très présent, donne un attrait supplémentaire à cet album.

"Le grand Mort", Vents d'Ouest, 13 €

10.12.2007

Rions de la télé

Titre un peu trompeur pour cette série imaginée par Panetier et dessinée par Ghorbani. Il ne s'agit pas d'une caricature de la téléralité mais plutôt de gags et récits complets présentant « la réalité de la télévision ». Des parodies d'émission existantes, dans une chaîne imaginaire ressemblant à un mix de TF1 et de M6. Cela commence fort avec une volée de bois vert contre l'indépendance de ces rédactions dépendant d'un patron, par ailleurs gros industriels et élu de la République. Parmi les présentateurs « récurrents », Sébastien Lourdingue, le titulaire de la météo. Ses chiffres d'audience sont catastrophiques. Mais difficile pour le directeur des programmes de virer le... neveu du patron. De copinage et de piston il en est également question dans une parodie de l'émission de Laurent Ruquier. Parodie très proche de la réalité tant il est vrai que l'autopromotion et la flagornerie entre chroniqueurs est une réalité de ces émissions censées nous dire ce qui est bien... Les deux auteurs s'attaquent également aux séries télés, proposant une version très masochiste de « Prison Break ». Reste le meilleur, trois pages sous forme d'une bande annonce vantant la nouvelle série « Perdus ». L'histoire de rescapés d'un naufrage peu ordinaire.
"Télé réalité", Vents d'Ouest, 9,40 €

05.12.2007

Eau trouble

Troisième et dernière partie de cette exploration d'un Aven imaginé par Stefan et Laurent Astier. Un dernier épisode qui alterne flashbacks dans la jeunesse de quatre notables de ce village et enquête de nos jours, de plus en plus compliquée, de l'inspecteur Walec sur une inexpliquée vague de suicides. Walec se lance à la poursuite d'un mystérieux tireur. Ce dernier trouve refuge dans une immense grotte, d'où jaillit la source d'eau pétillante qui a fait la fortune du village. Walec ne se doute pas que quelques décennies auparavant, quatre jeunes adultes, à quelques jours de leur départ sous les drapeaux, avaient suivis dans cette même grotte une jeune femme. Cette dernière, étrangère, mystérieuse et farouche, participe avec son père à un véritable sabbat de sorcière. Mais si trois des jeunes témoins involontaires n'osent bouger de leur cachette, ce n'est pas le cas du plus riche, le plus arrogant, le plus saoul également ce soir-là. Une soirée lourde de conséquences pour les quatre amis. Walec, sans le vouloir, va se retrouver, de nos jours, au premier rang pour solder ce lourd héritage. Une fin très noire, mais qui est logique, tant cet Aven est un lieu à part, loin des conventions et de la morale.
"Aven", Vents d'Ouest, 9,40 €

20.10.2007

Petits tracas d'une adolescente

Les adolescentes d'aujourd'hui ont toutes les chances de se reconnaître dans cette bande dessinée. Le problème c'est que les adolescentes d'aujourd'hui lisent très peu de BD. Elles sont plus sur le net, à commenter les blogs de leurs semblables. C'est peut-être cette constatation qui a guidé le choix de la dessinatrice de cette série écrite par Lorris Murail. Laurel a débuté dans le dessin en publiant sur son blog, « Un crayon dans le coeur », des croquis puis des notes plus construites où elle racontait avec force de détail sa vie au quotidien. Sa famille, ses premiers petits boulots, sa fille, sa séparation d'avec le père de cette dernière, ses conquêtes... Un blog parfois très fleur bleue, mais affichant une fréquentation qui a fait bien des jaloux. Bref, Laurel a un public et nul doute qu'il achètera le second titre de sa série. Et il n'aura pas tort car le résultat est plus que potable. Carmilla, adolescente amoureuse d'un garçon un peu trop passionné de foot, tente de comprendre avec ses copines du Tagada's club ce qui pourrait rendre un peu moins ignare la moitié de l'humanité. C'est souvent bien vu, jamais méchant, peut-être un peu trop superficiel. Mais dans le genre, rien n'égalera le Bidouille et Violette de Bernard Hislaire.
("Le journal de Carmilla", Vents d'Ouest, 9,40 €)

09.09.2007

Imaginaires

Oeuvre graphique originale et unique que ce second tome d'une histoire imaginée et dessinée par Daphné Collignon. On retrouve Emma, écrivain, à la recherche de tranquilité ou d'inspiration. Dans une pension de famille ou chambre d'hôte perdue dans une région froide et humide, en plein coeur de la Meuse, elle sent sa raison défaillir en constatant qu'elle ne fait plus la différence entre sa réalité et la vie imaginaire de ses personnages de papier. Longs dialogues, peintures pleines pages, portraits au pinceau : la beauté graphique de ces planches est évidente. Elle rattrape d'ailleurs une histoire parfois confuse, le lecteur lui aussi se perdant entre rêve et réalité. Une création à part entière, preuve que la BD peut également permettre à des peintres de s'exprimer.
("Coelacanthes", Vents d'Ouest, 13 €)

29.08.2007

Le rire, c'est pas sorcier

Paru il y a déjà quelques mois, cet album et cette série méritent d'être mis en avant. La couverture, sombre et inquiétante, n'est pas représentative d'un histoire avant tout humoristique. Et il y a autant de gags, bons mots et situations hilarantes dans cet album de 44 pages que dans certaines séries en dix tomes. Steve Baker est au scénario et c'est Joël Jurion, dessinateur d'Anachron, qui a illustré cette histoire de paysanne possédée par un démon. L'action se situe il y a bien longtemps dans un royaume imaginaire. Un prêtre exorciste et son disciple se rendent à l'abbaye de Dunwich pour un cas de sorcellerie. Une petite paysanne, tout ce qu'il y a de plus inoffensif, est possédée par un démon sanguinaire. Dans le combat, le prêtre perd la vie. Le démon est bloqué dans le corps de la fillette. Le disciple devrait la tuer, mais il s'en sent incapable. Il devra donc s'occuper de la jeune fille et surtout lui éviter tout miroir. C'est en se regardant dans un glace que le démon prend possession du corps et de l'esprit de la paysanne. Un démon qui n'aime pas qu'on le contredise... A ces personnages se greffent une histoire de prince masqué, de roi trop faible et de complot. Un festival de coups de théâtre avec une impressionnante galerie de personnages déjantés dont une sorcière hilarante. ("Les démons de Dunwich", Vents d'Ouest, 9,40 €)