04.04.2008

La magie de la mort

Après 12 années de prison, un tueur d'enfant retrouve la liberté et tous ses démons. « Le Magicien », un thriller français de Jean-Marc Souvira.

Deux hommes face à face. Deux personnages principaux dont les points de vue alternent tout au long de ce roman policier de Jean-Marc Souvira. Premier à entrer en scène, Arnaud Lécuyer. Il vient de purger 12 années de prison pour le viol et le meurtre d'une vieille dame. De l'autre le commissaire Ludovic Mistral, flic d'élite récemment nommé à la brigade criminelle de la police judiciaire de Paris, le fameux 36, quai des Orfèvres. Arnaud Lécuyer sous ses airs de petit homme tranquille, maigrichon, timide et effacé, cache un redoutable prédateur. Durant les 12 années de prison, il a tué, en toute discrétion, trois co-détenus qui avaient abusé de lui à son arrivée.
Mais Arnaud Lécuyer, « tombé » pour le viol d'une personne âgée, est surtout attiré par les petits garçons. Il en a six dans sa « collection », six gamins de 9 à 11 ans qu'il a entraînés dans une cave d'immeuble, étranglés puis violés. Un tueur en série qui a terrorisé la capitale il y a 13 ans. Il était surnommé le Magicien car pour obtenir la confiance des jeunes garçons, il leur faisait des tours de cartes. Les enfants, fascinés, suivaient ce prestidigitateur qui acceptait de révéler ses secrets, mais à l'abri des regards et oreilles indiscrètes.

Un policier presque parfait
Arnaud Lécuyer sort donc de prison et malgré un emploi d'insertion chez un plombier, des convocations chez le juge d'application des peines et des séances obligatoires chez un psychiatre, retombe dans tous ses travers, ses perversions. Au volant de sa camionnette de service, il ne peut s'empêcher de se mettre en « chasse ». Il repère un gamin qui s'ennuie et tente de recommencer, comme avant. Il est dérangé par un clochard qui y perd la vie. Mais l'enfant survit et raconte aux policiers comment il a été abordé par ce « Magicien ».
Un Magicien de sinistre mémoire qui refait surface, provoquant un branle-bas de combat dans le service du commissaire Mistral. Ce policier est l'antithèse du flic communément véhiculé dans les polars : marié, deux enfants, aimant le jazz, formé aux USA, « le fait de parler avec son épouse, de la resituer dans leur environnement familial avec leurs deux enfants, apaise Mistral qui a besoin de ces contacts familiaux pour affronter son travail. Ce n'est pas le genre de flic solitaire qui fume deux paquets de clopes, boit une bouteille de whisky par jour et qui a u mal à rentrer chez lui en se demandant de quoi demain sera fait. » Un policier presque parfait qui, en plus de cette délicate enquête, doit faire face à l'ambition d'un collègue frustré.

« Prédateur » en « chasse »
Cela donne un contraste très fort entre cet homme équilibré, aimant, épanoui et croyant fermement à sa mission de justice et le tueur, névrosé, avide de sexe et de sang, comme pour mieux entretenir le souvenir des violences sexuelles imposées par son père. Récupérant sa liberté, son premier échec ne le refroidit pas : « Le prédateur cherche une place de stationnement à proximité du Trocadéro. Il y a toujours beaucoup de monde dans ce lieu touristique. Lécuyer se dit qu'un môme qui s'égare, même un touriste, ferait l'affaire ».
Jean-Marc Souvira ne raconte, dans ce premier roman très documenté, que le quotidien de nombre de ses collègues car il est lui-même policier à Paris. Le lecteur, entre les explications savantes des rouages d'une enquête, sera surtout marqué par les pensées abominablement macabres de Lécuyer, la figure centrale, et très réussie, de ce thriller plaisant bien que parfois à la limite du morbide.

« Le Magicien », Jean-Marc Souvira, Fleuve Noir, 20 €

22.12.2007

Torture entre amis

Un homme prisonnier d'une femme. Elle le torture. Pourquoi ? L'homme ne le sait pas et cela donne tout son sel à ce thriller de Karine Giébel.

Il a tout pour plaire et briller. Le commandant Benoît Lorand fait partie de ces flics pour qui l'action et la séduction sont intimement liés. Il est à la tête d'une équipe d'inspecteurs dévoués corps et âmes à leur chef. Marié, il a un jeune fils dont il est très fier. Mais c'est un séducteur impénitent. Il collectionne les conquêtes. Djamila, une de ses subordonnées le sait bien puisqu'elle est passée par là, « C'est sa façon d'agir avec les nanas... Un petit coup et puis s'en va ! Et le lendemain matin un bouquet de fleurs et une carte de rupture ! ».
Le problème c'est que le commandant Lorand a disparu depuis trois jours. La « maison poulaga » de Lyon est en émoi car elle n'a aucune piste. Djamila, peut-être en raison de sa connaissance particulière du personnage est chargée de l'enquête. Elle hésite entre une fugue amoureuse (mais cela ne dure jamais trois jours...) et une vengeance de l'épouse trompée. Le lecteur, lui, sait où se trouve Lorand. Et le plaint...

Dans une cage
Le beau policier, en revenant d'un stage à Dijon, s'est arrêté pour aider une jeune femme en panne au bord de la route. La voiture ne redémarrant pas, il l'a raccompagnée chez elle. Ils ont pris un verre. Puis... Puis le grand trou noir pour Lorand qui se réveille dans une cage au fond d'une cave humide. Après avoir constaté qu'il n'a aucune possibilité de s'échapper, il se retrouve face à sa gardienne. Lydia est « grande, élégante. De longs cheveux roux, la peau claire. Et sur ses lèvres un funeste sourire. » Telle une chatte s'amusant avec sa proie, Lydia va entamer une longue, très longue séance de torture.
Ce huis clos, ce face à face entre la tortionnaire et sa chose, compose l'essentiel de ce roman qui va crescendo dans l'horreur et le suspense. Karine Giébel a visiblement des trésors d'imagination pour faire durer ce « plaisir » dont Lorand se passerait bien. Le lecteur, une fois ces premières scènes d'une rare violence digérées, se retrouve comme hypnotisé par cette machine implacable. Il se met dans la peau de l'homme, qui, d'une attitude de bravoure et de fierté, redevient humain, fragile, implorant, prêt à tout avouer pour deux gorgées d'eau ou une couverture. Car la souffrance qu'impose Lydia est multiple. La faim dans un premier temps, puis la soif et le froid. Elle immobilise son prisonnier, lui entaille la poitrine, le frappe. Un supplice qui donne l'occasion à Lorand de faire un point sur sa vie, ses pratiques. S'il trompe sa femme, il l'aime véritablement. Certes c'est trop tard pour les remords, mais quand on est au fond du trou, tout est bon pour se redonner un peu d'espoir, de baume au coeur.

Ecriture nerveuse
Pendant que le commandant perd ses derniers lambeaux de dignité, Djamila, aidée par un flic taciturne de Paris venu superviser l'enquête, cherche une piste. Elle doit se contenter de l'épouse. Un autre face-à-face s'amorce entre la femme légitime et la maîtresse d'un soir.
Ce thriller français détonne un peu dans la production actuelle. Par sa dureté, mais également par l'application de l'auteur à parfaitement cerner la psychologie des principaux personnages. Lydia, folle, forcément, est fascinante. Son mobile, mystérieux la moitié du roman, donne un autre éclairage à sa personnalité quand elle l'explique à son prisonnier. Lorand, de prétentieux vaniteux, devient cette loque qu'on a quand même des difficultés à plaindre. Un cauchemar écrit nerveusement qui pourrait revenir hanter vos nuits.

« Les morsures de l'ombre », Karine Giébel, Fleuve Noir, 14,90 €

13.08.2007

Les nuits torrides de Bubbles

Sarah Strohmeyer nous fait découvrir les nouvelles aventures de Bubbles, son héroïne récurrente, coiffeuse chic et journaliste choc.

Ce n'est un secret pour personne, un salon de coiffure est l'endroit idéal pour colporter ragots et commérages en tous genres. Celui de Lehigh, petite bourgade tranquille où oeuvre Bubbles Yablonsky, ne déroge pas à la règle. Mais faire des permanentes et des brushings à longueur de journée lasse vite Bubbles, coiffeuse hors-pair et journaliste de choc à ses heures perdues. Dans « Bubbles s'enflamme », sa troisième aventure, Bubbles, attirée par les ennuis comme un chien par un os – les deux mordent et ne lâchent pas prise – se lance dans une nouvelle enquête au milieu (et même au fond) des mines de charbon qui pullulent dans la région.

Où on lui pose un drôle de lapin...
Et pourtant, la soirée avait tout pour être prometteuse. Réservation d'une chambre luxueuse dans un hôtel de charme, équipé d'un jacuzzi en forme de coeur, excusez du peu, achat de petits dessous arachnéens et affriolants pour pimenter la chose : c'est décidé, cette nuit, notre journaliste intrépide (mais pas téméraire) va enfin faire le grand saut. Outrepassant son voeu d'abstinence, elle compte bien passer le nuit avec Steve Stiletto, grand gaillard séduisant à tomber et photographe de presse avec qui Bubbles a l'habitude de travailler... et de tomber amoureuse (la réciproque est vraie).
Mais les heures passent et toujours pas de Stiletto à l'horizon.
Quand, renversement de situation, Bubbles reçoit un coup de téléphone de son patron et mentor au journal, M. Salvo. Il la charge de filer dare-dare dans une mine de charbon désaffectée où elle a rendez-vous avec une grosse pointure de Lehigh, malheureusement tout ce qu'il y a de plus morte d'une balle dans la poitrine. Et qui voit-elle une fois sa bonne vieille Camaro dûment garée ? Le cher et tendre Stiletto dans un face-à-face qui n'a plus rien à voir avec la nuit débridée initialement prévue.
A force de fouiner partout et de mettre leur nez là où ils auraient mieux fait de mettre des visières, Bubbles et Stiletto, chacun à la recherche de « son » scoop, finissent par se retrouver dans une situation des plus délicates. Certes, l'homme abattu s'avère être une huile de Lehigh mais pourquoi donc cherche-t-on à faire taire les deux journalistes auxquels « on » n'arrête pas de chercher des poux dans la tête avec une seule idée : les envoyer carrément ad patres ?

Opposition de personnalités
Dans la troisième enquête de notre coiffeuse journaliste, Sarah Strohmeyer nous en met plein la vue avec les aventures aussi trépidantes que désopilantes de Bubbles et Stiletto. L'une ne jure que par les petits tops en lycra, les pantalons extra moulants et les chaussures aux talons vertigineux. Pas toujours pratiques d'ailleurs quand on doit crapahuter dans une mine de charbon... L'autre, bronzé, au look baroudeur, roulant en jeep, fait se pâmer non seulement les ménagères de moins de cinquante ans mais à vrai dire toute la gent féminine.
Sans compter Lulu, la mère de l'héroïne, plus large que haute et sa copine Geneviève, véritable armoire à glace toujours armée jusqu'aux dents d'objets les plus hétéroclites bien décidée à protéger à tout prix leur petite Bubbles ». Ce mélange savamment dosé nous fait battre le palpitant à travers les aventures rocambolesques de tout ce petit monde.
Bien écrit, d'une imagination débordante et hilarant par dessus le marché, reste à vous donner un conseil d'ami : entrez vite dans la vie trépidante de la très séduisante coiffeuse journaliste.

« Bubbles s'enflamme », Sarah Strohmeyer, Fleuve Noir, 16,50 €