05.04.2008
Interdit à toute femme
Les premières pages risquent de désarçonner les lecteurs non avertis. On s'attend à un roman mystique, se déroulant en pleine Grèce orthodoxe avec moines intégristes et réflexions sur l'ascétisme et autres mortifications pour purifier son âme et on tombe dans une partie de sexe digne du porno du samedi soir sur une chaîne cryptée. Gabriel, le narrateur, est un jeune célibataire qui s'ennuie depuis que sa belle Faustine l'a abandonné pour un de ses amis, Octave. Dans ce roman de Christophe Ono-dit-Biot, les protagonistes dévorent la vie sans pour autant être sûrs d'agir à bon escient. Ils sont jeunes, beaux et indépendants ; ils ont tout pour réussir, et pourtantà Gabriel, au lendemain de cette soirée nauséabonde, est contacté par Faustine.
Il la retrouve toujours aussi belle, encore plus ce jour-là alors qu'elle donne le sein ("mat et plein de lait") à son enfant. Ce bébé aurait pu être celui de Gabriel. Mais c'est Octave le père. Il a disparu en Grèce. Du côté du Mont Athos, "le dernier état monastique en Europe. Entre la Grèce et la Turquie, une petite presqu'île entourée par la mer Egée. Tout autour de la côte, vingt monastères fortifiés, datant du XIe siècle." Faustine voudrait que Gabriel retrouve Octave. Elle ne peut pas y aller. Le Mont Athos est interdit à toute femme.
Chevalier servant un peu naïf, Gabriel accepte de se rendre dans cette région qui semble avoir cessé d'évoluer depuis des siècles. Une fois sur place, dans un monastère reculé, immobile depuis des siècles, il commence à se poser des questions. Oublie l'enfant et Faustine pour profiter du cadre.
"Le silence était parfait. Rien d'autre que le bruit des vagues.
Rien d'humain. Je comprenais Octave d'un seul coup. C'est peut-être cela que j'étais venu chercher. Me laver le corps. (à) Jeter par-dessus bord tout ce qui encombrait et qu'on nous foute une paix royale. Disparaître enfin.
Me mettre en stand-by pour des siècles. (à) Casser tout rêve en le dénonçant immédiatement comme une chimère". On le devine assez rapidement, ce périple ne sera pas sans laisser des traces sur la vie de Gabriel. Sur la nôtre également. Car en allant de surprise en surprise dans ce roman, le lecteur aura tendance à se remettre en cause à son tour. Mais gare aux retours de foi.
"Interdit à toute femme et à toute femelle", Christophe Ono-dit-Biot, Plon, 18,50 € (
06:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ono-dit-Biot, Plon
04.04.2008
La magie de la mort
Après 12 années de prison, un tueur d'enfant retrouve la liberté et tous ses démons. « Le Magicien », un thriller français de Jean-Marc Souvira.
Deux hommes face à face. Deux personnages principaux dont les points de vue alternent tout au long de ce roman policier de Jean-Marc Souvira. Premier à entrer en scène, Arnaud Lécuyer. Il vient de purger 12 années de prison pour le viol et le meurtre d'une vieille dame. De l'autre le commissaire Ludovic Mistral, flic d'élite récemment nommé à la brigade criminelle de la police judiciaire de Paris, le fameux 36, quai des Orfèvres. Arnaud Lécuyer sous ses airs de petit homme tranquille, maigrichon, timide et effacé, cache un redoutable prédateur. Durant les 12 années de prison, il a tué, en toute discrétion, trois co-détenus qui avaient abusé de lui à son arrivée.
Mais Arnaud Lécuyer, « tombé » pour le viol d'une personne âgée, est surtout attiré par les petits garçons. Il en a six dans sa « collection », six gamins de 9 à 11 ans qu'il a entraînés dans une cave d'immeuble, étranglés puis violés. Un tueur en série qui a terrorisé la capitale il y a 13 ans. Il était surnommé le Magicien car pour obtenir la confiance des jeunes garçons, il leur faisait des tours de cartes. Les enfants, fascinés, suivaient ce prestidigitateur qui acceptait de révéler ses secrets, mais à l'abri des regards et oreilles indiscrètes.
Un policier presque parfait
Arnaud Lécuyer sort donc de prison et malgré un emploi d'insertion chez un plombier, des convocations chez le juge d'application des peines et des séances obligatoires chez un psychiatre, retombe dans tous ses travers, ses perversions. Au volant de sa camionnette de service, il ne peut s'empêcher de se mettre en « chasse ». Il repère un gamin qui s'ennuie et tente de recommencer, comme avant. Il est dérangé par un clochard qui y perd la vie. Mais l'enfant survit et raconte aux policiers comment il a été abordé par ce « Magicien ».
Un Magicien de sinistre mémoire qui refait surface, provoquant un branle-bas de combat dans le service du commissaire Mistral. Ce policier est l'antithèse du flic communément véhiculé dans les polars : marié, deux enfants, aimant le jazz, formé aux USA, « le fait de parler avec son épouse, de la resituer dans leur environnement familial avec leurs deux enfants, apaise Mistral qui a besoin de ces contacts familiaux pour affronter son travail. Ce n'est pas le genre de flic solitaire qui fume deux paquets de clopes, boit une bouteille de whisky par jour et qui a u mal à rentrer chez lui en se demandant de quoi demain sera fait. » Un policier presque parfait qui, en plus de cette délicate enquête, doit faire face à l'ambition d'un collègue frustré.
« Prédateur » en « chasse »
Cela donne un contraste très fort entre cet homme équilibré, aimant, épanoui et croyant fermement à sa mission de justice et le tueur, névrosé, avide de sexe et de sang, comme pour mieux entretenir le souvenir des violences sexuelles imposées par son père. Récupérant sa liberté, son premier échec ne le refroidit pas : « Le prédateur cherche une place de stationnement à proximité du Trocadéro. Il y a toujours beaucoup de monde dans ce lieu touristique. Lécuyer se dit qu'un môme qui s'égare, même un touriste, ferait l'affaire ».
Jean-Marc Souvira ne raconte, dans ce premier roman très documenté, que le quotidien de nombre de ses collègues car il est lui-même policier à Paris. Le lecteur, entre les explications savantes des rouages d'une enquête, sera surtout marqué par les pensées abominablement macabres de Lécuyer, la figure centrale, et très réussie, de ce thriller plaisant bien que parfois à la limite du morbide.
« Le Magicien », Jean-Marc Souvira, Fleuve Noir, 20 €
06:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Souvira, Fleuve Noir
26.03.2008
Espagne, nid d'espions
Dans « La partie espagnole », Charles Cummings raconte le réveil d'un espion en sommeil, plongé au coeur d'une « sale guerre ».
Amateurs de romans à l'eau de rose, passez votre chemin. Le monde, bien réel, décrit par Charles Cummings dans ce roman d'espionnage d'un nouveau genre, est d'un machiavélisme absolu. Manipulations, double jeu, vengeance, scandales étouffés pour protéger de hauts dignitaires, meurtres et tortures sont au menu de ces 480 pages denses et haletantes. Alec Milius est au centre de ce récit. Il raconte, à la première personne, sa vie d'espion mis au placard. Ce Britannique, après une opération peu satisfaisante, a du quitter le service actif et, sous une nouvelle identité, vivre dans l'anonymat le plus complet. En Italie, puis en Espagne, à Madrid. Il travaille dans une banque d'affaires anglaise. Seul dans son grand appartement. Il a quand même une maîtresse, Sonia, la femme de son patron, Julian Church. Une vie calme, beaucoup trop calme. Pourtant, même s'il regrette le temps où il était en activité, il préfère rester dans l'ombre.
Paranoïa à l'état pur
Quand Saul, un ami d'enfance, vient lui rendre visite (il vient de rompre avec sa femme et pense que quelques jours à Madrid vont lui changer les idées), ce dernier ne peut que faire remarquer combien Alec est devenu paranoïaque. Pour l'ancien espion, ce n'est que de la prudence. Et de lui expliquer : « J'ai cinq comptes bancaires. Quand j'appelle l'une de mes banques et qu'ils me mettent en attente, je crois que c'est à cause d'une mention en regard de mon nom, et qu'ils vérifient je ne sais quoi. Toutes les trois semaines, je dois changer de numéro de téléphone. Si quelqu'un à côté de moi dans le métro écoute de la musique avec un baladeur, je m'assure que ce quelqu'un ne porte pas de micro caché... »
Mais Alec doit travailler pour assurer sa couverture. Il est envoyé par son patron au Pays Basque. Des investisseurs voudraient avoir quelques assurances sur la stabilité de la région avant d'y injecter plusieurs millions d'euros. Alec rencontre des syndicalistes, des entrepreneurs, quelques politiques et au final un ancien responsable de Batasuna, le parti politique défendant ETA, la branche armée des indépendantistes basques.
Une « guerre sale »
« Mikel Arenaza, politicien et ami de la terreur, est un homme plein d'entrain et engageant (...). Il me repère dans la foule à l'instant même où il franchit la porte, un mètre quatre-vingts au moins d'une allure massive, arborant un sourire plein de charme sous une explosion de cheveux noirs en bataille. » Ils vont longuement discuter dans les bars de San Sebastian. Pour finalement sympathiser. Arenaza se confiera à cet étonnant banquier anglais, curieux et entreprenant, affirmant avoir du sang irlandais. Alec, sans le savoir, vient de reprendre du service. Quelques jours plus tard, l'homme politique basque se rend à Madrid. Il va passer quelques heures avec sa maîtresse mais également retrouver Alec. Depuis la gare il lui donne rendez-vous dans un bar. Il ne s'y rendra jamais. Arenaza vient d'être enlevé et sera retrouvé assassiné quelques temps plus tard. Alec Milius, se retrouve au centre d'une « guerre sale » entre les indépendantistes basques et une fraction radicale des autorité espagnoles.
Charles Cummings, l'auteur, a vécu à Madrid. Il a également été contacté par les services secrets anglais. Il parle donc d'un milieu et d'un pays qu'il connaît parfaitement. Son roman fait froid dans le dos et semble expliquer, en filigrane, que ce pays, malgré une indéniable démocratisation, a gardé en son sein des hommes et femmes prêts à tout pour servir leur cause.
« La partie espagnole », Charles Cummings, Editions du Masque, 22 €
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22.03.2008
Doublement seul
Ce premier roman d'Anne Goscinny nous plonge dans la journée d'un homme menant une double vie professionnelle. Le matin et l'après-midi il est avocat, le soir, dans l'appartement en face, il consulte en tant que psychanalyste. On découvre l'intérieur de son bureau avant de faire connaissance avec quelques-uns de ses clients. Une description détaillée, méthodique, d'un lieu de vie aseptisé. Ses rapports distants avec sa secrétaire, sa volonté de laisser les gens parler, les écouter, un paradoxe dans sa profession d'avocat, un avantage quand il rejoint son fauteuil de psychanalyste.
Il est au centre du roman, mais ce n'est pas véritablement lui le héros. Anne Goscinny le dépersonnalise au maximum pour insuffler toute la vie du roman dans les personnages qui se succèdent dans son bureau. Un veuf qui tente de conserver la maison héritée de sa femme et que sa belle-fille guigne depuis 5 ans, la femme d'un peintre célèbre flouée par son homme de confiance, une maîtresse-femme désirant divorcerà Autant de tranches de vie fortes et intenses, alors que l'avocat-psy végète. Cette première oeuvre vaut surtout pour son ambiance feutrée, comme cotonneuse. Anne Goscinny pour un premier roman maîtrise parfaitement son sujet de bout en bout, semant dans son récit quelques citations chocs comme autant de directs au foie.
"Le bureau des solitudes", Anne Goscinny, Grasset, 15 € (Le Livre de Poche)
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18.03.2008
Mystères et souvenirs de famille
Trois voix, trois générations pour tenter d'expliquer l'histoire d'un homme disparu à Marie-Galante, île guadeloupéenne pleine de mystères. "Un soupçon d'indigo" est un roman de Michèle Gazier.
Pourquoi Lucie a accepté ces quelques jours de vacances avec un couple ami à Marie-Galante ? Son inconscient lui a-t-il dicté de dire oui à cette invitation ? Marie-Galante c'est « l'île maudite d'où son grand-père n'était jamais revenu ». Et une fois sur place, dans la touffeur tropicale, de s'interroger : « Que vient-elle chercher ici ? Le souvenir d'un mort ? La trace d'un homme dont elle ne connaît qu'une photo ancienne qui le montre jeune et joyeux ? »
Michèle Gazier, dans ce roman sensuel et trouble, dévoile par petites touches le parcours de cet homme insaisissable par les membres de sa famille. Maurice Gil, vivait heureux dans le Sud de la France. Un jour il a trouvé un emploi dans une grosse distillerie guadeloupéenne. Il s'est envolé vers les Antilles et n'a jamais plus remis les pieds en métropole.
Abandon de famille
Une famille qui l'a gommé de sa mémoire. Sa fille, Isabelle, raconte ce père absent dans la seconde partie du roman, Lucie, la petite-fille, sans véritablement le désirer, va se retrouver sur les traces de son grand-père durant ces courtes vacances. Premier signe, la rencontre d'un vieil Antillais qui l'aborde après l'avoir dévisagée : « Vous me rappelez un ami. Il avait comme vous des yeux bleus. De ce bleu si particulier de l'indigo. Savez-vous que, longtemps, cette plante fut la richesse de notre île ? Merci de m'avoir permis de penser à lui en vous regardant. » Lucie est troublée. Perdue dans cette carte postale pour touriste, elle sent que son grand-père est encore présent dans l'esprit de beaucoup d'autochtones. Une sorte de légende cachée, comme un mystère que personne ne veut dévoiler.
Le second choc c'est quand elle entend une chanson dans la rue. Du balcon de sa chambre d'hôtel, face à la mer, elle constate que trois vieux ivrognes passent de longues nuits sous une casemate à boire du rhum local. Fascinée par cette langue créole qu'elle ne comprend pas, elle intercepte quelques paroles en français d'une chanson massacrée disant « Si tu veux faire mon bonheur, Marguerite, donne-moi ton coeur ! ». Cette chanson elle l'a déjà entendue dans la bouche de sa mère, Isabelle. Et Marguerite c'était le prénom de sa grand-mère, abandonnée par Maurice.
Ailleurs
Délaissant plage et randonnées touristiques, elle va chercher des indices du passage de son grand-père à Marie-Galante. Elle devra attendre le dernier jour de son séjour pour avoir un embryon d'explication. Des faits peu probants. Il a bien résidé à Marie-Galante. Mais un jour il a disparu. Sans prendre le bateau. Sans explication. Une seconde disparition pour cet homme qui avait déjà tout lâché en France, laissant femme et enfant, seules avec leurs souvenirs. La seconde partie du roman raconte cette absence, difficilement vécue par Isabelle, sa fille.
La troisième partie du roman est constituée des mémoires confessions d'un vieil Antillais. Il a connu Maurice. Il raconte son passage à Marie-Galante, son coup de foudre pour l'île, ces paroles prononcé avec un regard triste : « Il n'y a plus d'ailleurs. Il n'y aura jamais plus d'ailleurs. » Un roman énigmatique, qui interroge sans révéler une vérité. Qu'est véritablement devenu Maurice Gil ? Qui le sait avec certitude ? Même lui se pose peut-être encore la question... Michèle Gazier signe une intense chronique sur l'absence et la famille, un texte fort qui prend aux tripes.
« Un soupçon d'indigo », Michèle Gazier, Seuil, 18 €
06:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Gazier, Seuil
16.03.2008
RAFFY NOUS ENTRAiNE SUR "LA PISTE ANDALOUSE"
Les personnages de ce roman à suspense de Serge Raffy semblent normaux. Mais la lecture d'un recueil de poèmes va bouleverser leurs vies, et les emporter dans un tourbillon de folie.
Aimant se promener dans les travées tranquilles du cimetière Montparnasse à Paris, Jérôme Sergent, ancien professeur d'espagnol, ne se doute pas qu'il va y faire une rencontre qui va bouleverser sa vie. Un homme, semblant fuir une menace invisible, s'immobilise en face de lui près de la tombe de Tristan Tzara. Il a une enveloppe dans la main et la tend à Jérôme tout en sortant de son pardessus un revolver avec lequel il se suicide... Complètement interloqué, Jérôme va prendre l'enveloppe dans un premier temps avant de prendre la fuite.
Une fois passée cette scène forte du roman, Serge Raffy, l'auteur, prend un peu plus de temps pour nous présenter Jérôme Sergent et les différents protagonistes de ce roman à suspense.
Le suicidé d'abord, Dimitri Bernès.
Comme Jérôme, il est originaire de Toulouse. Laborantin dans une grosse entreprise pharmaceutique, il travaille sur de nouveaux vaccins. Et comme il a des origines russes, la voie de l'espionnage industriel pour une puissance étrangère se précise. Mais c'est également un poète maudit. Il se trouvait à Paris pour tenter de faire publier un recueil de poèmes intitulé " Bivouacs ". Des poèmes que l'on retrouve dans leur intégralité à la fin du roman. L'enveloppe que Jérôme emporte avec lui est remplie de ces poèmes.
Trois jours après le suicide, en lisant que la police penche plutôt pour l'hypothèse du meurtre, Jérôme se décide à aller témoigner.
Mais sa version des faits est remise en cause par le policier chargé de l'affaire et rapidement Jérôme passe du rôle de témoin à suspect puis rapidement de coupable emprisonné. Perdant peu à peu la raison, Jérôme va faire des aveux, s'accuser du meurtre et tenter de finir les derniers poèmes de Dimitri, comme si l'esprit du suicidé avait pris possession de son cerveau au moment de la mort. Mais ce n'est pas évident de s'improviser écrivain. Surtout quand on confond les vers qui riment avec les vers qui grouillent dans la terre : " Je ne peux dire' voilà j'écris des vers', car je pense immédiatement à 'j'élève de la vermine'. Je ne parviens pas à élever mon regard au-delà de la tourbe... Je ne parviens pas encore à me considérer comme un artiste. J'admire ceux qui ont la force des vaniteux, concentrés sur leur ego, aveuglés par la certitude de porter en eux un bout d'éternité. Moi, je ne vois dans l'art que la perte et la douleur. " Emporté dans un tourbillon frénétique entre folie, espionnage, amour et remise en cause personnelle, le lecteur ne sort pas indemne lui aussi de ces 230 pages. Comme l'auteur, il se posera nombre de questions sur la signification de l'art, sa perception dans un monde hypermatérialiste.
Sans oublier la problématique du "passage" et de la "transmission" au centre de cette Piste andalouse.
"La piste andalouse" de Serge Raffy, Calmann-Lévy
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15.03.2008
Notre-Dame des barjots
Notre société va de plus en plus mal. Ce n'est pas un propos de voisin blasé improvisé sociologue de bazar autour d'un barbecue trop arrosé mais la constatation bien réelle du docteur Véra Cabral, psychiatre aux urgences en région parisienne imaginée par Virginie Brac. Après une nuit pas plus chargée que les autres, elle reçoit un appel de son chef de service, le professeur Russel. Il lui demande de venir le plus vite possible à son domicile pour une intervention cruciale.
Dans la chambre du fils de ce ponte de la médecine, gît une jeune fille, massacrée au couteau. Dans un coin de la pièce, elle voit le fils de son patron, Fred, recroquevillé, semblant divaguer, visiblement dément ou sous l'emprise d'une puissante drogue. Rapidement les policiers font leur entrée en scène. Menée par la lieutenante Sanchez, sorte de Bérurier femelle avec un peu plus d'intelligence, l'enquête progresse vite. Tout accuse Fred. Le père ne nie pas. Il exige simplement de Véra qu'elle certifie qu'il s'agit d'une crise de démence qui épargnera la prison à son fils. Véra, individualiste et assez réfractaire aux ordres, ne l'entend pas de cette oreille. D'autant qu'elle est persuadée que Fred n'est pas l'assassin de sa camarade de classe. Elle va donc mener sa propre enquête, malgré les menaces de son patron, de la mère de la victime et des policiers rêvant en secret d'épingler le fils d'un notable.
Virginie Brac déroule son intrigue avec une maestria redoutable. Sans pour autant négliger la vie privée de Véra, jeune femme de 33 ans espérant toujours rencontrer le grand amour mais qui n'a jamais osé s'abandonner dans les bras d'un homme.
On découvre au détour de deux interventions la famille envahissante de la psychiatre, ses amitiés avec les travestis faisant le tapin, son dégoût de la hiérarchie et des ambitions professionnelles. Un roman au cours duquel le lecteur est constamment ballotté entre les scènes de pure action, de violence brute mais aussi de réflexion intense et de psychologie très fine.
De quoi contenter tout le monde avec, et c'est peut-être là l'essentiel, une héroïne très humaine qui a toutes les chances de trouver parmi les lecteurs beaucoup de compréhension et de compassion.
"Notre-Dame des barjots" de Virginie Brac au Fleuve Noir et rééditié en poche chez Pocket, 6,40 €
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26.02.2008
Une famille (presque) parfaite
Toutes les difficultés de compréhension entre parents et ado se retrouvent dans les péripéties de la famille Stone dans ce roman de Jodi Picoult.
L’image même d’une famille dans l’air du temps, au-delà des conventions habituelles. C’est Daniel Stone, auteur de bandes dessinées, le père de Trixie, qui tient les rênes du foyer tandis que sa femme Laura est une brillante universitaire spécialiste de Dante, professant avec succès. Une famille heureuse, épanouie, avec des parents satisfaits dans l’ensemble de leur mode de vie et très fiers de leur fille, quatorze ans, lycéenne bien dans ses baskets. Mais justement, Trixie, jolie rousse au teint de pêche, a quatorze ans. Et quand elle ramène un petit ami, Jason, à la maison, Daniel a la désagréable impression de ne plus connaître sa fille et surtout, est lui-même étonné de la jalousie viscérale qui l’envahit. « En septembre de cette année, Trixie s’était trouvé un petit ami. Daniel, naturellement, avait eu sa part de fantasmes. Il se voyait en train de nettoyer, par le plus grands des hasards, une arme lorsque le petit ami passait prendre sa fille à la maison pour leur premier rendez-vous. Ou acheter une ceinture de chasteté sur Internet. » Et de fait, Trixie change, entraînée aussi il est vrai par sa meilleure amie depuis des années, Zéphyr Santorelli-Weinstein. Très dégourdie, celle-ci n’hésite pas à entraîner sa copine à sécher quelques cours, pour traîner et fumer en cachette.
Les affres de la jalousie
Trixie est heureuse, jusqu’au jour où, au détour d’un couloir du lycée, elle voit une super belle fille embrasser « son » Jason à pleine bouche, un Jason qui décide de rompre au bout de trois mois seulement d’avec la pauvre Trixie. Qui se donne un mal fou pour ne pas montrer le cataclysme qui la bouleverse, ce qui ne l’empêche pas de s’auto-mutiler pour, en quelque sorte, exorciser son mal-être. Lors d’une soirée trop arrosée entre copains, elle fait tout pour essayer de récupérer Jason, allant même jusqu’au strip-tease.
Mais les choses dégénèrent et Trixie, une fois rentrée chez elle après cette folle nuit, se terre dans une petit coin de la salle de bain, avant que son père la découvre toute tremblante et bouleversée. « Oh papa, balbutia-t-elle avant de fondre en larmes, (…) on m’a violée. » Hôpital, examens, l’absence de sperme fait douter médecins et policiers. Trixie, accuse son ex petit-ami Jason d’avoir fait le coup. Daniel voit rouge mais tout bascule quand on retrouve le corps de Jason assassiné. Trixie se retrouve dans le collimateur des policiers, persuadés d’avoir à faire à une vengeance. Interrogatoires sans fin, la jeune fille passe sur le gril encore et encore. Tant et si bien qu’elle décide de s’enfuir le plus loin possible, à savoir en Alaska, dans le petit village loin de tout où son père a grandi.
Ecriture enrichie de bande dessinée
Originalité de cet ouvrage, chaque chapitre est ponctué d’une sorte de mini-résumé sous forme de bande dessinée - n’oublions pas que Daniel est artiste. Des planches très noires, beaucoup plus violentes que les mots, interpellent le lecteur. Daniel, par recoupements, retrouve la trace de sa fille et file la rejoindre pour lui venir en aide, une fois découvert l’endroit où elle se terre.
Jodi Picoult dans « La couleur de la neige », nous fait profiter non seulement de son incontestable talent d’écrivain, mais aussi de l’histoire d’une relation père-fille dont la complexité s’explique en partie par l’âge de Trixie et par tous les rebondissements d’une enquête de meurtre qui finit par les poursuivre jusqu’en Alaska. Si Laura, la mère, est mise un peu à l’écart dans la première partie du roman, confrontée qu’elle est à ses propres problèmes (elle trompait Daniel avec l’un de ses étudiants), le mal-être de Trixie oblitère ceux-ci et la famille s’en trouve ressoudée.
Une très bonne étude de caractères, des personnages attachants et une intrigue intelligemment menée font de ce roman une œuvre très complète. Jodi Picoult prouve une fois encore son impeccable maîtrise de l’écriture et nous offre l’occasion de passer de très bons moments.
La couleur de la neige, Jodi Picoult, Presses de la Cité, 20,50 euros.
08:20 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Picoult, Presses de la Cité
22.02.2008
Le poids d'un amour contrarié
Gaby, héros de ce roman de François d'Epenoux, est devenu obèse en fréquentant une belle boulangère indifférente à son charme.
Drôle de personnage que ce Gaby Bobobska, héros d'un roman tournant entièrement autour de sa personne. Tournant, le mot se justifie car Gaby est obèse, plus de 170 kg pour ce célibataire vivant de ses rentes. Au début du roman, il visite sa mère placée dans une maison de retraite. Sa mère qui lui demande encore et encore s'il a bien mangé... Il vit tranquillement, sans trop se poser de questions, épargné par les soucis matériels. Il s'est découvert un don : celui du jeu. Il a gagné une fois un gros lot. Depuis il participe à tous les concours possibles et imaginables. Avec un minimum d'application, il gagne très souvent. Cela lui suffit largement pour vivre.
Mais en ce jour particulier, Gaby découvre qu'il va bientôt avoir 39 ans, soit la moitié exactement de l'espérance de vie des hommes en France. Bref, il va entrer dans la seconde partie de son existence, celle qui va vers le déclin. Avec à la clé l'impression de ne pas avoir fait grand chose d'intéressant. Mais cela va changer. Gaby décide de vider son compte en banque et de mener grand train pour ces quelques jours avant la bascule.
La petite Marie
Un gros qui s'éclate, mais un gros sentimental. François d'Epenoux avant de lancer l'action, revient sur l'enfance de Gaby, dressant son portrait psychologique et physique. Gaby n'a pas toujours été énorme. Au contraire, enfant, il était un redoutable sprinter. Dans les rues de Paris, il cavalait en permanence et il avait accroché sur les murs de sa chambre les photos des plus grands athlètes américains.
Et puis un jour, en allant chercher du pain pour sa mère, il croise le regard de Marie Moreau, la fille de la boulangère qu'elle aide derrière la caisse. « Marie devait avoir 13 ans – comme lui – quand Gaby l'avait vue pour la première fois, le lendemain de l'installation des Moreau dans l'appartement contigu à la boulangerie. » Elle est coiffée comme Sheila. Gaby a le coup de foudre. Il s'ingéniera désormais à venir tous les jours à la boulangerie. Et même plusieurs fois pour acheter des viennoiseries qu'il engouffre dans la foulée en pensant à sa belle. Mais sa timidité l'empêche de faire le premier pas.
Disparition de la boulangère
Des années plus tard, et quelques kilos en plus, il fréquente toujours la boulangerie, mais Marie a changé, « car de l'état de petite pousse mignonne, Marie était passée à celui de belle plante. Du haut de ses seize ans, elle dominait le comptoir où, avant et après ses cours, elle continuait d'aider sa mère. Elle portait des jeans, une mèche dégradée à la Karen Chéryl et une blouse rose sur laquelle le sigle « Boulangerie Moreau », cousu à l'anglaise sur ses seins, se lisait presque à l'horizontale tant ceux-ci s'étaient vite arrondis. »
Des années de croissants, de pains au chocolat et autres gâteaux riches en calories l'ont transformé en monstre adipeux. Et un jour Marie disparaît. Mystérieusement, définitivement. Aussi, quand Gaby décide de vivre pleinement les derniers instants de la première partie de sa vie, il se met en tête de retrouver Marie et de tenter de la séduire.
Le roman oscille entre le romantisme de cet amour impossible d'un enfant timide et d'une belle indifférente et les scènes de plus en plus trash et osée d'un Gaby bien décidé d'explorer toutes les limites de la vie. Une opposition savamment orchestrée par l'auteur pour assurer encore plus de fraîcheur au final étonnant.
« Gaby », François d'Epenoux, Anne Carrière, 17 €
06:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : François d'Epenoux, Anne Carrière
13.02.2008
Inquisition et éminences grises
La trilogie de « La dame sans terre » d'Andrea Japp, forte de son succès jamais démenti, nous offre un quatrième tome toujours aussi passionnant.
Au départ, « La dame sans terre » était conçue comme une trilogie, laissant à l'imagination des lecteurs la suite des destins des différents protagonistes... Mais Andrea Japp, victime (consentante) de son succès, a fini par se rendre aux demandes pressantes de ses lecteurs et c'est ainsi que le tome IV, « Le combat des ombres » a fini par se retrouver dans les bacs des libraires, au plus grand bonheur des inconditionnels. L'auteur ayant pris la peine de fournir les résumés – succincts mais complets – de ses précédents ouvrages, ce quatrième tome se dévore au même titre que les premiers volumes. Et toujours avec avec la même soif d'en savoir plus sur les héros et héroïnes qui jalonnent ce nouvel ouvrage.
Les mêmes personnages
On y redécouvre les mêmes personnages, la belle Agnès de Souarcy, qui a échappé de peu aux griffes de l'inquisition en ces temps troublés, en grande partie grâce aux interventions de divers personnages travaillant dans l'ombre pour la plupart, mais aussi de son tout nouveau mari, Artus, comte d'Authon, qui fait des mains et des pieds pour la sortir de sa geôle. Chose qui finalement, se retourne contre lui puisque, lui aussi, est interrogé par les inquisiteurs. Enfin, Agnès retrouve sa demeure mais n'en est pas heureuse pour autant. Elle ne trouvera l'apaisement qu'une fois les recherches concernant Clémence, sa deuxième « fille de ventre », anciennement Clément, menées à bon terme. D'après les pontes de la religion, cette deuxième fille porterait « le sang nouveau » qui se transmet de mère en fille et activement convoité pour l'éradiquer par le camerlingue Honorius Benedetti, qui n'hésite pas à envoyer sa « femme de main », Aude de Neyrat, empoisonneuse hors pair, chargée d'enherber Agnès afin de l'empêcher d'enfanter une fille, qui porterait ce sang nouveau. A l'actif d'Agnès, ayant toujours fait passer Clémence pour le garçon qu'une de ses servantes a soi-disant enfanté avant de passer de vie à trépas, peut se targuer d'une longueur d'avance contre tous ceux qui désire sa perte. Le comte D'Arthus, son époux, tombe aussi aux mains pas toujours très délicates, de l'Inquisition et il y aura fort à faire pour l'arracher aux griffes de ses bourreaux.
Clément et Clémence
Au grand désespoir d'Agnès, Clémence reste introuvable, ce qui, tout bien considéré, la protège aussi de ses poursuivants.
Mais Agnès décline à vue d'oeil, « enherbée » par on ne sait quel produit. Heureusement pour elle, Francisco de Léone, le chevalier de lumière qui se bat corps et âme pour la bonne cause, finira par démasquer « l'enherbeuse » (NDLR empoisonneuse) et finira par sortir Agnès de ce mauvais pétrin. N'hésitant pas à installer paillasse par terre devant la porte de la chambre de la belle pour démasquer au plus vite le ou la coupable. A présent, l'urgentissime se présente sous le fait de sortir Artus des griffes des inquisiteurs. Et pour ce faire, le couple compte beaucoup sur l'intervention de leur bonne étoile, le chevalier Francisco de Léone, dont le pouvoir paraît sans fin.
Bref, encore un volet qu'on dévore sans pause, tant l'intrigue passionne, sans compter le plaisir de profiter de l'écriture plus que parfaite d'Andrea Japp. Toxicologue de formation, elle n'hésite pas à mettre sa science à profit pour nous servir sur un plateau des tentatives d'empoisonnement, dont les ingrédients paraissent toujours on ne peut plus documentés au lecteur lambda que nous sommes.
Et, que l'auteur le veuille ou non, ces mêmes lecteurs ont hâte de se replonger dans la suite de ce 4° tome. Parce que, quand même, ils restent encore un peu sur leur faim concernant entre autres les retrouvailles d'Agnès et de Clémence... lesquelles ne sauraient tarder dans un prochain opus ? Que non seulement nous espérons mais attendons de pied ferme.
Andrea H. Japp, « La dame sans terre », « Le combat des ombres », tome 4, Calmann-Lévy, 21,50 euros.
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