07.04.2008

Art-mement

1912 à Paris, l'artiste peintre Luciano Salvatori ne s'en sort pas. Ce créateur adepte du futurisme, ne mange pas à sa faim. Sur le point de tout abandonner, il rencontre un riche mécène qui lui commande des centaines de dessins. Une demande qui semble extravagante : imaginer et peindre les machines de destruction qui pourraient être utilisées dans les guerres du futur. Salvatori va totalement s'investir dans cette oeuvre, délaissant amis et compagne pour laisser libre cours à son imagination. Ce roman graphique ambitieux et réussi est le premier album de deux auteurs venus de l'animation, Olivier Cotte qui signe le scénario et Jules Stromboli au dessin.
« Le Futuriste », Casterman, 13,75 €

06.04.2008

Et Tanâtos provoqua le chaos...

Second tome de la très feuilletonesque série "Tanâtos" de Convard (scénario) et Delitte (dessin). Tanâtos est une sorte de génie du mal qui manoeuvre dans les coulisses pour arriver à son but ultime : gagner de millions en faisant tourner à plein régime ses usines d'armement. En ce début d'année 1914, les bruits de bottes se font de plus en plus présents partout en Europe. Il ne reste plus beaucoup d'obstacles. En empruntant les apparences que quelques personnages clés (député, industriel...), Tanâtos parviendra a mener son plan à bien. Mais il trouvera sur son chemin le détective Victor, toute l'agence de Fiat Lux, quelques policiers et des politiques hostiles à la guerre. Jaurès par exemple. Mais Jaurès ne verra pas le début des hostilités, un homme de main de Tanâtos va se charger de faire définitivement taire le pacifiste. Ce sont 54 pages denses, reconstituant parfaitement cette époque et les mentalités d'alors. Convard rend hommage aux grands romanciers du genre (Souvestre et Allain, créateurs de Fantomas) mais en donnant une dimension politique supplémentaire. Car au final, le message est clair : les guerres ne sont que des artifices pour permettre à quelques capitalistes de décupler leurs profits le temps d'une situation exceptionnelle. Une vérité qui est encore d'actualité, il suffit de voir quelles sont les sociétés qui profitent le plus de l'invasion de l'Irak actuellement. Et qui sait, Tanatôs est peut-être derrière là aussi...
« Tanatos » (tome ), Glénat, 12,50 €

03.04.2008

Le côté obscur d'une belle brune

Il paraît que Hélène Bruller est une vraie salope. Une information de source sûre puisqu'elle vient de la principale intéressée. Hélène Bruller, après avoir tenté de trouver le prince charmant, se penche sur son cas. Pas loin d'être désespéré. Elle vient de se faire larguer par Martin, son fiancé. Alors forcément cela joue sur son moral et elle devient légèrement caustique. Avant de devenir une loque définitivement solitaire, elle réagit et se lance à la recherche d'un nouveau mec. Mais il ne faut pas se tromper entre le « con, le moche, l'inférieur et le sensible ». Sous forme de gags en deux planches, elle s'épanche également sur ses rapports compliqués avec sa mère, ses soeurs, ses collègues de travail et des copines qui ne le sont pas toujours... Un dessin très simple, très expressif dans la caricature, vient renforcer cette formidable critique de nos rapports avec le sexe opposé. Et puis cet album finit bien car dans le cadre de son travail, Hélène Bruller rencontre Zep, le dessinateur de Titeuf. Un Suisse difficile à cerner. Finalement Hélène le reverra, ira chez lui, sera dans ses bras, puis dans ses draps et enfin dans sa vie... Martin est oublié.
« Hélène Bruller est une vraie salope », Vent des Savanes,
13,90 €


02.04.2008

Sur la route de l'imagination

Les éditions Bamboo, célèbres pour leur collections comiques Job et Sport, étoffent leur catalogue avec des séries différentes. Ainsi « Nationale 0 », série d'histoires courtes (dessinées par Maltaite) parues au milieu des année 90 dans les pages du journal Spirou, obtient une seconde chance avec cette publication en album. Janssens, dont c'était presque les premiers scénarios, explorait la veine du fantastique comique. Le héros, Emile Karpoto, obtient un travail royal : il est chargé de convoyer à travers les USA, les voitures de riches clients qui eux préfèrent prendre l'avion. Au cours de sa première mission, il renverse une tortue sacrée indienne qui lui lance une malédiction : il devra affronter les incohérences spatio-temporelles de la Nationale 0. Une route peu banale sur laquelle vous pouvez croiser un chevalier en armure lancé à la poursuite d'un dragon, des Pères Noël assassins, des chevaliers Tectoniques, participant à une incroyable bataille dans les profondeurs de la terre ou un homme en papier, signant ses meurtres en laissant une cocotte en papier sur le corps de ses victimes. A ne pas manquer la meilleure histoire, celle des personnages des contes anciens tentant de résister à l'invasion des super héros et des personnages modernes des mangas ou séries télévisisées.
« Nationale 0 », Bamboo, 9,45 €

01.04.2008

Quand les Indiens se rebellent

Au début du 19e siècle, dans l'Ouest américain, Robert Frazer, un ancien soldat ayant participé à l'expédition héroïque de Lewis et Clark six ans auparavant, est installé au bord de la rivière Missouri. Dans une cabane construite de ses mains, il vit avec sa femme Elizabeth et son fils Joshua. Il chasse et revend les peaux dans la ville distante de quelques kilomètres. Au début du premier album de cette nouvelle série de Seiter (scénario) et Wagner (dessin), il est justement en train de vendre une partie de sa production et en profite pour accueillir son frère, James, médecin fraîchement diplômé. Au même moment, une bande d'Indiens Crows attaque la maison isolée, vole armes et denrées et enlève la jeune Blanche et son fils. Quand Robert, de retour, découvre la maison saccagée, il se lance à la poursuite des ravisseurs. Il a deux jours de retard et trouve des preuves de la survie de sa femme et de son fils. Le long du fleuve, en canoë et à cheval, c'est une course poursuite âpre et difficile qui attend les Occidentaux. Les Indiens, de leur côté, attaquent des trafiquants et tentent de soulever toutes les tribus qu'ils rencontrent sur leur chemin. Une BD qui revisite le mythe des pionniers, montrant des Indiens ivres de sang et des colons pillant une terre qui n'est pas la leur.
« Wild River » (tome 1), Casterman, 11,50 €

31.03.2008

Chauzy n'a même pas peur

Jean-Christophe Chauzy, excellent dessinateur ayant déjà à son actif nombre d'albums « sérieux » chez Casterman, change de registre avec « Petite Nature », sorte de BD d'autofiction où il se met en scène, sans complaisance mais avec beaucoup de dérision. Un recueil d'histoires courtes scénarisées par Barrois et Lindingre où l'on découvre que le métier de dessinateur de BD a des avantages mais également quelques inconvénients. Par exemple, quand quelqu'un se reconnaît dans le précédent album, il décide de porter plainte en diffamation. Problème, c'est le fils d'un gros actionnaire de la maison d'édition. Pour abandonner les poursuites, il demande (et obtient) qu'il devienne un héros sans peur et sans reproche. Cela donne une BD dans la BD hilarante de ridicule. On pourrait bien revoir Olivier de Glanville dans le prochain album tant son personnage comique a de la ressource... Chauzy a également quelques problèmes avec ses deux garçons, ados en recherche de sensations fortes, un avatar de second life et ses parties génitales, de plus en plus douloureuses. Pour trouver le remède il a droit successivement à un toucher rectal, une analyse de sperme et pour finir devra porter un « suspensoir à testicules ».
« Petite nature » (tome 2), Fluide Glacial, 11,95 €

30.03.2008

Berlin, zone française

Avec Annie Goetzinger au pinceau, Pierre Christin poursuit son exploration d'une période correspondant presque à son enfance. Le scénariste de Valérian quitte le futur pour se plonger dans cette Europe de la fin des années 50, quand l'effort pour redresser la tête à la fin de la guerre laisse la place à une confrontation froide et secrète entre les deux blocs. Edith Hardy, détective privée, accepte d'aller à Berlin, en zone française, pour protéger l'enfant d'un militaire français dont les méthodes progressistes déplaisent fortement à un quarteron de généraux. Nous sommes en 1958, l'Algérie est de plus en plus au centre de l'actualité. Un récit qui laisse une grande place aux personnages secondaires. Victor, le jeune employé d'Edith, utopiste trouvant toujours une solution aux problèmes, parvenant à se faire réformer pour éviter le service militaire obligatoire, Rosa, sa fiancée, quittant l'usine pour devenir une journaliste engagée dénonçant les injustices dans les pages de Combat. Tout un petit monde idéaliste et actif, entre nostalgie et regrets d'une époque bénie où tout restait à faire et à inventer.
« Agence Hardy » (tome 5), Dargaud, 10,40 €

29.03.2008

Protection rapprochée

Dans un futur proche, en Angleterre, la mode des enlèvements de gosses de riches contre rançon est en pleine expansion. Pour contrer les kidnappeurs, des sociétés spécialisées se disputent ce marché lucratif. Damoclès est la meilleure d'entre elles. Créée par Mrs Hamilton, Damoclès emploie d'anciens militaires ou policiers triés sur le volet. Cette série de Callède (scénario) et Henriet (dessin) raconte le quotidien d'une équipe de Damoclès composée de Ely, belle rousse aux idées bien arrêtées, Walter, colosse pragmatique et Sean, beau gosse amoureux d'Ely. Il seront rejoint par un quatrième membre, un novice, Radji, ancien espion spécialisé dans l'antiterrorisme. Après une séquence d'ouverture pour présenter les personnages et l'activité de Damoclès, les quatre gardes du corps rentrent dans le vif du sujet : protéger Saïd El-Hanmad, fils unique d'un milliardaire de l'industrie de l'armement. Un groupe d'idéalistes, l'armée de Sherwood menace de l'enlever pour infléchir la politique de son père. Saïd, fêteur et noceur, se révèle un drôle de client. Entre Largo Winch et XIII, une série prometteuse démarrant sur les chapeaux de roue.
« Damoclès » (tome 1), Dupuis, 10,40 €

28.03.2008

Guerriers des steppes

Igor Kordey, dessinateur croate, est un créateur infatigable. Il vient de signer une dizaine d'albums en un peu plus d'un an. Après l'Histoire secrète et Le Coeur des batailles, il se lance dans une nouvelle série, l'adaptation en bande dessinée de Taras Boulba, oeuvre de jeunesse de Nicolas Gogol. Il est aidé au scénario par Morvan. Kordey aime illustrer les histoires fortes, pleines de fureur et d'adrénaline. Avec cette histoire de cosaque zaporogue, il trouve une matière première qui lui convient à merveille. Taras Boulba ne vit que pour se battre et partager les victoires avec ses frères d'armes. Violent, buveur, il a une femme qu'il a engrossé à deux reprises. Deux fils, Ostap et André dont on va découvrir l'éducation en parallèle au récit principal. Olap est digne de son père, il fait les 400 coups malgré la rigueur des moines orthodoxes qui l'éduquent. André est un grand sentimental, plus intelligent, donc sensible à l'amour. Il le rencontrera un soir derrière une fenêtre. La fille du gouverneur de Kovno, de passage à Kiev. Mais il n'y a pas beaucoup de place pour la tendresse dans une vie de cosaque. Une BD virile, pour les hommes, les vrais...
« Taras Boulba » (tome1), Delcourt, 12,90 €

27.03.2008

Société utopiste

Zacharie Kozinski exerce un étrange métier. C'est un prescient. Le rôle d'un prescient, comme il l'explique à quelqu'un, est de « rêver d'autres univers, d'autres réalités, et de les projeter dans l'inconscient de ceux qui se sont rendus coupables de crimes par la pensée. Mes rêves sont si « réels » que l'objectif est toujours atteint ! 100 % des criminels ressortent du pénitencier sans avoir la moindre velléité de récidive ». Il est au service d'une société utopiste qui mène la vie dure aux déviants. Problème pour Zack, il est en train de perdre son don. Devenu inutile, il est condamné à mort. Il parvient à prendre la fuite et croise la route d'une jeune femme vivant dans la clandestinité la plus complète. Elle tient une maison de plaisir. Dans la même journée, cette dernière sauvera également Mily, jeune épouse d'un célèbre architecte qui, la soupçonnant de pensées adultères, tente de la défigurer au vitriol. La société imaginée par Corbeyran et dessinée par Chabbert est très noire, pessimiste, totalitariste. Les deux héros vont aller de découverte en découverte, mettant à jour une réalité beaucoup plus complexe qu'elle n'y paraît.
« New Byzance » (tome1), Glénat, 12,50 €

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