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03.04.2008

LE DESTIN


Une différence entre les européens et les marocains, c’est que les marocains croient au destin.
Et que les occidentaux, à part quelques cartomanciennes ou chiromanciens*, n’y croient pas.
Tahar, m'explique que le destin, est un grand livre, où tout est écrit. Ce que vous ferez demain, dans trois mois, dans dix ans…
Il suffirait de tourner les pages pour tout savoir, mais on peut pas, faut attendre...
Alors que chez nous, demain, est un grand livre blanc. Les pages restent à écrire. "Demain sera ce que nous en ferons".
Si on croit au destin, on dit : « C’était écrit… Ça devait arriver… ».
Si on n'y croit pas, on dit : «J'ai fait con, ou c’est la faute au voisin, au patron, à la société... ». Ce qui est parfois vrai, parfois faux.
Tirez en les conclusions que vous voulez, mais ça explique tout et rien…

* Je croyais que les Chiromanciens étaient des romanciers chinois... On me dit que ce sont ceux qui lisent l'avenir dans les lignes de la main.

COMPIL' ECRIVAINS (selon moi)

11) RIMBAUD Arthur

RIMBAUD (Arthur 1854/1891. Poète français, vagabond, tendre, sarcastique et révolté):
Ce qui me fascine chez Rimbaud, plus que son talent, c'est son côté radical et libertaire.
Au sommet de son art, il décide que la poésie ne l'intéresse plus, quitte tout et part à Harare.
Ce qui est plutôt (Ha)rare... (bof!)
Cette photo d'adolescent sage qu'il ne fut pas est peut-être la plus célèbre et la plus emblématique de la littérature française. Comme celle du "Che" en révolutionnaire. Et qui ornèrent tant de chambre d'adolescents.

Ps : Rimbaud est cet adolescent génial et révolté, que tout un chacun a rêvé d'être. Impossible d'avoir son talent, alors j'ai pris son mauvais caractère. Comme ceux qui aiment les "Stones" et qui gardent précieusement un vieux sandwich de Mike Jagger. (Même si des sandwichs de Mike, y'a guère... rebof!)

10) CELINE Louis-Ferdinand

Ecrivain français, doué, génial, pacifiste, totalement insupportable. Et qui, lui-même, ne supportait pas grand' chose.
Le capitalisme, le bolchevisme, les alcooliques, les pauvres, les riches, Hitler, Staline… Il a tout critiqué, tout abhorré.
La seule chose qui échappa à sa plume féroce, véloce, odieuse, lyrique, acerbe (et croate), est peut-être l'eau tiède...
Enfin un écrivain qui sent la poudre, et le talent.
Après un petit détour par Sigmaringen et un long exil danois, Céline finit ses jours à Meudon, irascible, ne supportant que les danseuses et les chats.
Dans un dîner de la bourgeoisie médicale*, (Céline était médecin) il est de bon ton de dire :
_ "Ah Céline, quel écrivain!".
Et d'ajouter :
_ "Mais quand même, quel salaud!"
Ne pas oublier de dire qu'il faillit être fusillé.
Avec un rien de délectation, d'avoir des affinités si dangereuses.
Le sulfureux se marie bien avec le vernis culturel et le verbe audacieux d'une bourgeoisie en plomberie médicale inculte et consumériste (y a des exceptions...).

9) SARTRE Jean-Paul

Ecrivain français, qui eut la double bonne idée d'avoir le Goncourt et de le refuser.
Doté d’un œil catadioptre et cyclopéen, Sartre se tapait des putes comme un notaire de province pendant que "Momonne", Simone de Beauvoir, l’égérie féministe, qu’il appelait « Castor» (1), se tapait la machine à écrire.
De Sartre on retiendra :
1) Le tonneau (qui a disparu) sur lequel il grimpa, (péniblement, vu son physique de gymnaste), pour rameuter les étudiants et les photographes de l'agence Gamma.
2) Son courage et son obstination a distribuer la « Cause du Peuple », en vain, pour qu'on l'arrête, et qu'il connaisse enfin la douceur des geôles parisiennes, ce que tout écrivain engagé se doit. Mais n'a pas l'inconscience ou la chance d'un Régis Debré(4), compagnon tragique du "Che", qui veut.
3) Que Sartre, d’une façon incompréhensible a fait l’économie de la Résistance active, (selon Vladimir Jankélévitch) se contentant d'écrire, d'étudier, et de professer (2). Une résistance littéraire en somme.
On n'est pas obligé d'être résistant, mais on n'est pas obligé de le faire croire...
4) De son oeuvre, je retiendrai « Les Mots », que j'ai réussi à lire à 15 ans, Ce qui est une performance pour un écrivain de son "tonneau" d’être compris par des lycéens boutonneux (3).

Excusez moi d'avoir tapé sur une icône, Sartre lui-même, aurait aimé qu'on soit iconoclaste. La clé de sa sincérité est là...

1) Quand on sait que "castor" est le surnom argotique du sexe de la femme, en anglais (beever), ce que ni Sartre, ni Momonne, la fière et farouche féministe ne pouvaient ignorer, vu leur culture et leur internationalisme, ça laisse songeur…
2) Comme Malraux d’ailleurs, résistant tardif au printemps 1944, contrairement à ses deux frères qui furent d’authentiques résistants et bien qu'il s'engagea en 1936 dans les Brigades Internationales.
3) J’en dirais pas autant de "la Société du Spectacle" de Guy Debord, même aujourd’hui, je comprends que le titre.
4) Régis Debré : intellectuel, dissident et révolutionnaire français qui suivit "Che" Guévara dans les maquis boliviens, fut emprisonné et faillit être exécuté.

8) GIONO Jean

GIONO (Jean)
Écrivain français, pacifiste*, provençal, lyrique, mystique, écologiste avant l'heure, menteur comme un arracheur de dents (et dehors).
Quand Giono disait qu'il allait acheter des allumettes, vous pouviez être sûr de tout, sauf qu'il allait acheter des allumettes...
Il a totalement inventé le récit de sa fugue célèbre à huit ans, de même que les pérégrinations de son grand-père Garibaldiste avec celui de Zola, pour aller soigner la peste en Algèrie...
Mais on pardonne tout à un écrivain comme Giono...
L'amitié, la terre, les cigales, l'espoir l'obstination, la rusticité... Giono a tout chanté, les valeurs les plus belles de l'homme et de l'humanité.
Ayant le courage de ses idées, Giono eut le grand mérite d'être enfermé aux Baumettes pour pacifisme (en 1939). C'est pas lui qu'on aurait dû enfermer, c'est les crétins qui l'y ont mis.

7) PAGNOL (Marcel)

Récit d'enfance, truculent, tendre, drôle, cruel, "la Gloire de mon Père*" est probablement le seul livre qu'on ait lu en famille, tordus comme des bossus.
Ce verbe, cette clarté de la phrase... cet humour, cette dérision, qui n'épargne personne, pas même lui... Mais débordent de tendresse... Un régal.
Marcel, un rien menteur, comme un Marseillais d'Aubagne. Il en fait le demi aveux : "Tout ce que j'écris est vrai parce que je l'ai inventé..."
Mais c'est si bien écrit... qu'on lui pardonne aussi.
J'avais un pédant d'Inspecteur, qui faisait la fine bouche devant Pagnol, quand j'en lisais des extraits à mes élèves du primaire ; le chute du cycliste au Parc Borely, la séance de tir avec la bonne dans la cabane au fond du jardin...
De la "sous-littérature" selon lui. Il préférait sans doute la "saoul-littérature".
Il a fini fou et alcoolique, ce qui pourrait être une preuve de talent, sauf quand on est Inspecteur de l'Education Nationale, et qu'on n' a pas le talent de Bukowski...
Il devait choisir entre le talent et la bouteille, il a pris la bouteille.

*P.s.: L'enfant qui a joué le rôle de Marcel, dans le film éponyme, était dans la classe de mon fils, à Cavaillon... La gloire...;-))

6) HOUELBEQUE* Michel

Houelebeque, c'est le parisianisme absolu.
Il a du style, du chien. Et un chien, un vrai. Plus moche que lui (une race indéfinissable, comme un nain sur patte, une horreur!) Est-ce pour détourner la laideur ?
C'est sûr qu'y a du sens dans ses livres. Même si c'est pas évident.
En tous cas, c'est un devin, car deviner les attentats de Bali, quelques mois avant qu’ils n'arrivent, au risque d'un procès que les bonnes âmes ont bien vite remballé...
Bon maintenant, ces histoires de parisiens et de parisiennes qui s'ennuient à mourir dans des soirées jet-set ou les clubs de vacances pour cons enrichis, secrétaires à la Tour Montparnasse et employés de la sécu., c’est déprimant.
Relisez Kerouac, bon dieu ! Si vous vous ennuyez, mais faites pas chier le monde avec vos histoires à mourir debout !
Et ce monsieur qui se permet de refuser les interviews et ne supporte pas la contradiction...
Pur produit marketing, dont le petit monde parisien s'était entiché, le papillon noir, l'insecte d'un soir, le scarabée bizarre, a voulu voler de ses propres ailes, frôler le soleil, et s’est brûlé les élytres aux feux de la rampe...
Le présomptueux "Goncourable" est dans les limbes...

* Si y a une faute, on est pardonné. Avec un nom pareil, il pouvait pas faire autrement que de se distinguer ou de faire chier le monde. Dès le départ...

5) PIVOT Bernard.

Animateur littéraire de télé.
Bernard, tu nous as fait rêver, tu nous as tant donné de moments merveilleux.
Tu as invité tous les écrivains ; les jeunes, les vieux, les talentueux, les prétentieux, les maladroits... Avec un égal bonheur.
Mais vraiment, tu m’as fait de la peine*, le jour où tu as tancé l' Abbé Pierre comme un gamin.
Je ne reviendrai pas sur l'affaire, parce qu'elle est prescrite et taxée d'opprobre politique...
Si l'initiative est venue de toi, je peux comprendre.
Même si de ma compréhension, tu t'en contrefiches.
Bernard, c'est la seule fois où tu m'as déçu. Permet qu'un petit, qu'un "sans grade" te le dise.
On sait qu'au fond de toi, tu étais honnête et gentil.
Mais de la littérature à la politique, il y a plus qu'un pas, et pas mal de "chausse-trappes"...
On a tous fait cette bêtise, un jour, de donner la leçon, à meilleur que soi...

* " L'abbé, vous m'avez fait de la peine". C'est en ces termes insistants et un rien de condescendant, qu'il sermonna le frêle homme de Dieu.

4) ALAIN-FOURNIER Henri

ALAIN-FOURNIER (Henri Alban. 1886-1914), c'est la fulgurance,et l'horreur du destin. Fauché pour la gloire militaire (?) aux Eparges, aux premiers jours de la guerre (1). Homme d'un seul livre. Un livre absolu. Le "Grand Meaulnes"(2).
Est-il possible d'écrire un autre chef-d’oeuvre après celui-ci ?
Livre pour l'éternité, livre d'une génération, de l’adolescence et de ses tourments, de la quête d'absolu, la soif d'amour, la femme éternelle...
Tout ce qui fonde et forge notre existence.
Et c'est le seul livre que j’emmènerai sur une île déserte.
Quels auraient été ses seconds romans ? Question qui se perd dans l'absurde et le néant
Peut-être n'existait-il pas pour Henri Alain-Fournier, d'autre choix que mourir après un aussi beau livre ?
Et en dispersant ses cendres sous le feu et la mitraille, Dieu n'est-il pas entré dans cette logique d'empereur chinois, qui possédant deux vases inestimables (de la dynastie des Ming), en cassa un pour conférer à l'autre une valeur suprême ?
Henri Alban, repose a jamais dans les coquelicots, rouge sang, au grand vent des collines d’Argonne. Adolescent éternel... Dormeur du Val… Comme Rimbaud...

(1) J'irai à "Saint-Remy-la-Calonne" où son corps a été retrouvé.
(2) Le grand MaulnESSE" comme disait mon fils, en toute bonne foi, à qui j'essayais de faire lire le livre à 15 ans.
(3) Insigne et fortuite consolation, l'ami, à qui il a dédié un recueil de poèmes à le même nom de famille que le mien. (In Wikipédia : "Lettres au petit B... le "petit B." était René Bichet, poète, et ami d'Alain-Fournier et de Jacques Rivière)
(4) Films : Comment est-il possible d'en tirer au cinéma d'aussi affligeants navets d'un tel roamn ? Dans le dernier, seule la scène du bal sauve de l 'ennui...
5) Vous savez qui c'est Marc Elder "Le Peupler de la Mer"? Moi non plus.
C'est celui qui a grignoté le Goncourt au "Grand Meaulnes" L'inconnu total. Ca laisse rêveur...

3) RADIGUET Raymond (1903-1923)

Enfant génie précoce, iconoclaste, sulfureux à souhait, que la malchance fit naître trop jeune pour la guerre (de14-18). Il faillit en vouloir au destin qui tentait de lui voler la gloire, et décida de se venger.
Dans la ligné des adolescents insolents et fugueurs comme Rimbaud (il quitta ses études à quinze ans), Radiguet fut presque* l’homme d'un seul livre comme Alain-Fournier.
Mais quel livre ! De la dynamite, deux cents grammes d'explosif ! A vous démonter le Panthéon.
Roman provocateur, "le Diable au corps", autobiographie quasi avouée, tomba sous le coup de l'indignation et de la réprobation des bien-pensants et des jaloux.
Pensez donc, un écrivain si jeune, un gamin, un "foutriquet" qui se permet d'avouer se taper des veuves de guerre par anticipation, héroïques et explorées, en pleine victoire auréolée du retour des poilus.
Après tout ce tintamarre, Radiguet tira sa révérence et réalisa son destin d'étoile filante et son voeu d'être précoce en tout, se laissant prématurément emporter par la grippe espagnole.
« Son pantalon enfilé, il se défila, évitant le coquin, d être cocu un jour à son tour surle tard... »

* Il publia in extremis "le Bal du comte d'Orgel",

2) AYME Marcel

AYME Marcel (écrivain français. 1902-1967)
Auteur lucide et désabusé. D'une noire misogynie. J'ai lu pratiquement tout sur Marcel Aymé. Ses récits sur la résistance et la collaboration reflètent la quintessence de l’humanité.
Un homme aussi intelligent que lui, ne pouvait être dupe d’aucun système, d'aucune fortune mal acquise, d’aucune réussite fondée sur la duplicité.
Le talent et la sincérité qui l’accompagnèrent toute sa vie lui valurent beaucoup d'inimitiés et de se faire taxer inévitablement, d’auteur de droite, cynique et malveillant. Ce dont il se contrefiche.
Parmi ses chef-d'oeuvres, l'inoubliable "Jument Verte" dont Claude Autant-Lara fit un film truculent, avec Bourvil.
Autre réussite, "Uranus" mis en scène, avec autant (lara) de bonheur . Un Gérard Depardieu, au mieux de sa forme, en fabuleux chantre tardif et alcoolique d'Iphigènie et des tragédies grecques.
Et comment passer sous silence "La Vouivre", ce roman d'amour et de magie qui transcende le temps ?
Certains ne connaissent de Marcel Aymé que les "Contes du Chat perché". Des contes pour enfants ? C'est bien mal le connaître, cet homme est un chat qui égare ses lecteurs. Derrière l'anodin, se cache une vision profonde de l'humanité.

1) GIDE André

GIDE André (1869-1951)
"Les Nourritures Terrestre" et "Les Caves du Vatican", difficile d'échapper à ces deux romans initiatiques.
A quinze ans nous étions tous Nathanaël, de "Familles je vous hais". Quelles incantations !
Un peu plus difficile à digérer quand on sait, à posteriori (sans jeu de mots) les affinités de ce cher André, qui chanta la douceur et la beauté des adolescents à la peau ambrée.
On retiendra cependant, outre ses talents d'écrivain, trois bonnes actions :
1) Son engagement contre le colonialisme (un exploit en 1926).
2) Ses actions en faveur de la paix en 1932 (pas mal, non plus).
3) Et, après son adhésion, le rejet lucide du communisme, suite à un séjour en Russie (trop fort!). De Montant à Sartre, beaucoup n'ont pas eu cette clairvoyance.
Et on ajoutera ce télégramme postdaté et trop drôle, qu'il envoya à Mauriac après sa mort: " Il n'y a pas d'enfer. Tu peux te dissiper. Préviens Claudel. Signé André Gide"