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24.03.2008

COMPIL'/ENFANCE

Je réunis ici tous les textes qui concernent mon enfance. De courts récits d'évènements drôles, stupides, ou tragi-comiques dont je veux partager le souvenir avec qui voudra bien...
L'écriture est un lien, un lien qui nous unit...
L'écriture est une énergie, qui nous force à croire en la vie...
Alors j'écris, comme on parle, comme on rit, comme on crie...


10 LA BOITE A CLOUS
J’avais inventé une boite à clous.
Une simple boite en métal, remplie de billes, de cailloux et de clous, dont la fonction essentielle était de faire un bruit infernal, quand ma sœur écoutait « Cloclo » à la radio.
Claude François était l’Idole des jeunes. Elle en était raide dingue.
Elle aurait tué chien et chat, pour deux minutes de concert.
Chaque jour, à l’heure de « Salut Les Copains » l’émission phare des jeunes, elle m’expulsait de la maison, verrouillait les portes et collait l’oreille à la radio, pour une heure d’extase.
Je montais d’invraisemblables scénarios, complots et opérations commandos pour pénétrer dans la maison. J’étais pas à court d’astuces pourpour me glisser par le soupirail, crocheter les volets, grimper sur le toit et surgir au milieu du salon, avec ma boîte à clous, que j’agitais frénétiquement.
Provoquant l’hystérie de ma sœur, qui me poursuivait avec toutes sortes de projectiles, casseroles et balais, qu’elle balançait dans ma fuite désordonnée...
J’étais petit, elle était grande, mais je courais vite. Et je m’en tirais toujours.
Sauf le jour où…
J’ai confondu la porte du placard à balai avec celle du jardin par où m'échapper.
Ma sœur m’a cueilli sans difficulté, extirpé, et me tenant par par les pieds, m'a cogné la la tête au sol, me levant et me laissant retomber, avec application et méthode.
Je ne dois ma survie à l’arrivée inopinée de ma mère.
Mais j’en garde d'indéniables séquelles...

9 LE CANARI BLEU
Ma sœur avait acquis des canaris.
_ Des canaris à qui ? Me dit Ginette.
Un canari, c’est jaune, pas vert, pas bleu, pas rouge.
Or, un matin, j’ouvre la cage, en douce, pour caresser les canaris. Un canari ça se caresse pas, mais allez donc savoir…
Le mâle s’envole.
_ Où est le bien, où est le mal ?
La fenêtre était ouverte (ou bleue). Adieu canari !
Et moi, qui ris jaune.
Et "quand n'a ri jaune" (canari jaune), faut trouver une solution...
Je casse la tirelire et je file chez l’oiseleur.
Des bleus, des verts, des rouges, des gris, de toutes les couleurs… Mais des jaunes « walou ! ».
Pas grave, un petit bleu, me plait bien.
J’achète l'achète et le mets en cage avec le jaune.
Je me dis que si la femelle fait pas de différence, ma sœur y verra que du feu.
La femelle entre en transes.
Ma soeur aussi. Mais pas pour les mêmes raisons.
Je lui explique que les canaris changent de couleur, quand ils sont amoureux.
_ Tu rougis bien toi, quand tu vois le grand Pagus, que je dis...
Ma soeur pique un phare et me fais signe de l'écraser devant ma mère. Je tiens mon argument.
_ D’ailleurs le jaune et le rouge, ça donne du bleu !
Pas vraiment, mais ça va mieux en le disant (et dix ans, c’était mon âge).
_ Et il y a des canaris bleus, comme des uri-noirs blancs... (bof!)
Enfin, elle m’a cru (ou fait semblant).
Restait, de temps à autre, pour donner de la crédibilité au "canari" amoureux (qui ne pouvait se reproduire, puisque d'espèce différente), à ajouter un oisillon dans le nid.
Un petit vert, un petit rouge, un petit gris…

8 LA CUISSE DU POULET
Comme tous les enfants, chaque samedi, on se battait pour la cuisse du poulet.
Ma soeur, d'autorité, piqua la cuisse dans le plat et la colla dans son assiette.
Puis, elle lâcha la fourchette et agrippa fermement l'assiette, en ricanant.
Je regardais impuissant et furieux, la cuisse dorée, qui fumait doucement et m'abandonnait.
De la colère, jaillit la lumière.
D'une main preste, j'attrape la cuisse, seule et désarmée au milieu de l'assiette, et je me sauve en courant.
Ma soeur, incrédule et stupéfaite, qui tient encore l'assiette, refusant sa défaite, comme si la cuisse ne pouvait s'en échapper...
"Le Corbeau et le Renard" Version "Travaux Pratiques".
Comme quoi, ce qu'on nous enseigne à l'école, n'est pas toujours inutile...

7 LA FILLE DE POCHE
Il y avait dans le grenier, un coin secret, où je stockais tout un attirail pour survivre aux pires calamités : Une mauvaise note à l’école, la colère subite de mes parents, une envie de fuguer…
Ou à la guerre nucléaire qui menaçait. Kennedy et Kroutchev en parlaient sérieusement, c’était au moment des ogives à Cuba.
Un matériel soigneusement ordonné et étiqueté : Sac à dos, tente, brodequins, pelle-bêche, échelle de corde, boussole, gamelles diverses… Récupéré de mon père, qui avait fait le "Monte Cassino", ou de l’armée américaine qui stationnait dans les parages.
Il me manquait seulement un objet, vu sur le catalogue de "Manu France", une magnifique scie de poche. Pas n’importe quelle scie, non, un objet magique !
Une scie comme un fil à couper le beurre, avec deux poignées et des dents -pas encore en tungstène-, mais qui permettaient (théoriquement) de débiter les troncs d’arbres et tout autre objet encombrant, que la forêt vierge placerait sur mon chemin, quand je serais en Afrique, comme Rimbaud, ou que la nature aurait repris ses droits après l'attaque nucléaire.
Voire construire une cabane et me chauffer l’hiver, quand le grand froid post cataclysmique aurait recouvert la planète.
Le seul problème, c'est que je zozotais.
Quel rapport me direz-vous ?
Et bien, chez moi, « Scie de poche » devenait « Fille de poche ».
Aussi, quand je suis allé à la quincaillerie du quartier et que j’ai commandé "une Fille de poche, pliante, avec des dents et des poignées pour aller dans la forêt ", le vendeur m'a fait répéter, et a froncé les sourcils...
Il a appelé mes parents et a déclaré qu’ici, c’était une maison sérieuse, et que j’étais trop jeune pour acheter une poupée gonflable ou tout autre objet pornographique, qui commençaient à faire leur apparition sur le marché et sous le manteau...

6 PREMIER BAISER
Mes parents avaient eu la bonne mauvaise idée de déménager.
D’une petite ville de province sage et timorée, je me suis retrouvé dans une banlieue ouvrière et délurée.
A la clé, Loulous* de banlieue balafrés, gainés de "Jean’S" noirs et blousons de cuir, banane Elvis, peigne, (on disait "crasseux") et « serpette » (couteau à lame recourbée) enclenchés dans la ceinture.
Et filles pas farouches.
C’était l’adolescence, et moi j avais un retard considérable, c’est tout juste si je savais dire un gros mot.
Mes nouveaux copains m’ont pris en main. Est-ce que j’avais seulement embrassé une fille ?
Devant mon air niais, ils ont organisé un rendez-vous.
La fille trouvait le "blondinet" (moi) acceptable et marrant. On a fait quelques pas et derrière le premier lampadaire, on s’est embrassé. Enfin, elle m’a embrassé.
Un « palot » d’enfer, avec une langue d'éléphant rose (la sienne), grosse comme un " chamallow", douce, chaude et vivante comme un petit animal, qui fouillait mon palais et me gratifia de son chewing-gum. Un délice !
L’entretien terminé, moi fier comme un pou.
Mais le lendemain, catastrophe ! Les copains qui rigolaient...
La fille, qui s’entraînait chaque jeudi, avait dit que je savais pas embrasser… "Que je mettais pas la langue".
La honte.

* Loulous : diminutif de "loubard" (Cf. l'Abbé Gilbert, le prêtre des loubards). C'est comme ça qu'on appelait les voyous, "racailles" et autres "caïras", dans les années soixante.

5 LE PISTOLET A BOUCHON
A la fête du village, j’avais acheté l’objet convoité, un pistolet à bouchon « Made in Japan ».
C’était l’époque où "l’Empire du Soleil Levant" se faisait la main, en inondant de quincaillerie, métal embouti et plastique coloré, les boutiques bons marchés.
Un pistolet qui expédiait des demi bouchons comme ceux d’un carafon, avec une amorce de poudre crachant une flamme jaune du plus bel effet.
Vous auriez pu vaguement assommer un pigeon complaisant, bien qu’une rumeur affirmât qu’un adolescent eut perdu un oeil.
Ma sœur rentrait de l’école à 6 heures, moi plus tôt.
J’ai verrouillé la porte et ouvert la fenêtre, par laquelle chacun sait qu'elle allait appeler.
Je me suis accroupi et j’ai attendu.
Ma sœur a hoché furieusement la poignée, pressentant un mauvais coup, et s’est avancé jusqu'à la fenêtre en vociférant.
Quand elle eut crié tout son saoul, j’ai bondi comme un diable, pistolet au poing. Et j’ai tiré...
Par dessus la tête certes, mais ma soeur était grande, c'est là son principal défaut.
Une explosion terrible, un nuage de fumée et les hurlements de ma sœur, qui porte les mains à son front, contenant les flots de sang bouillonnant, avant de s’écrouler sur un banc, en gémissant doucement, comme à l'agonie.
Ma sœur était une magnifique comédienne.
Impossible de savoir si elle avait perdu un œil, ou les deux...
Ou si le bouchon avait seulement traversé le cerveau, épargnant en slalomant, les organes vitaux.
Au mieux ma sœur borgne. Moi au bagne.
Quand ma mère est arrivée (quelle est longue l’attente de la raclée...) ma sœur consentit à lever ses mains, précautionneusement, coagulées...
Mais au lieu d’un trou béant, elle ne portait au milieu du front, juste entre les yeux et de la taille d'un confetti, qu'une marque rouge, comme une indienne en sari…
Ce jour-là j’ai échappé au bagne. Pas aux beignes.


4 LE VELO DE MA SOEUR
Ma soeur avait reçu pour ses quinze ans, un vélo.
Un authentique ManuFrance. Indestructible, même en cas de guerre nucléaire qui menaçait.
Comble d'arrogance, il avait trois vitesses. Un avion, un vrai.
Au début ça démarrait mollement, puis on passait à la seconde et on sentait la machine monter en puissance, prendre son élan, vrombir.
A la troisième carrément, ca décollait, le vent vous fouettait la figure, un vrai délice ! L'extase.
J'étais Mermoz, Guillaumet...
Sauf que c'était le vélo de ma soeur et qu'elle me le prêtait rarement. Seulement quand je le lui volais.
Ce qui finissait en course poursuite et jet de savates...
Alors moi, fin, espiègle et sournois, je bricolais le dérailleur, qui restait bloqué sur la première vitesse.Ma soeur savait pas manipuler les vitesses.
Et dans la longue et plate ligne droite qui menait à notre maison, comme une chanson de Brel, je pouvais voir ma soeur, pédaler dans la semoule, la choucroute, mouliner en vain pour un résultat minable, une avancée dérisoire...
Ma soeur n'était pas dupe mais elle ne maniait pas la clef à molette et le tournevis, avec autant de dextérité et de vice que moi.
Alors elle échangeait une réparation contre un tour en vélo, qu'elle se dépêchait de réfuter une fois la réparation effectuée.
Les filles ça n'a pas de parole.

3 POURQUOI NOS ENFANTS ONT 2 MAINS GAUCHES...
Une cabane, c'est un rêve d'enfant.
Quand j'avais 12 ans, y avait pas de "Play Station", les Centres Commerciaux n'existaient pas, et de toutes façon, on n'avait pas d'argent.
Heureusement, on habitait, comme la moitié de la population, à la campagne ou à proximité.
Donc, on jouait dans les bois. Apparemment, y avait pas tous les dangers, crimes et délits qui guettent le enfants d'aujourd'hui, ou on n'en parlait pas.
Disons qu'ils n'avaient pas encore été inventés.
De toutes façons les enfants sont plus les mêmes. Vous prenez un gosse d'aujourd'hui, vous lui donnez un marteau, un arbre et des planches.
Et bien, s'il ne s'éclate pas les doigts, il va tomber de l'arbre et finir polytraumatisé.
Evidemment, les parents feront un procès à l'arbre et au marteau.
Voilà pourquoi nos enfants ont deux mains gauches...


2 MA PREMIERE CABANE
J'avais 4 ou 5 ans. Sous la table de la cuisine, avec deux chaises, ma soeur et une couverture, je faisais une tente, une "guitoune". Ma soeur faisait le pilier central.
Ma mère la traitait de "gourde", mais ma soeur par fierté, prétendait qu'elle y avait trouvé de l'intérêt.
J'ai appris plus tard, au Maroc que "guitoune" signifiait tente ou cabane. Mot marocain (ou berbère) comme "klebs" et "toubib", qu'on utilisait dans les cours d'école. Donc on parlait arabe sans le savoir...
On préparait d'invraisemblables scénarios avec du matériel hétéroclite (de la poêle à frire au râteau de jardin) pour s'échapper du domicile familial, partir à l'aventure...
Moi, j'avais tellement la frousse quand je devais seulement aller chercher une bouteille de vin à la cave, que je me demande comment j'aurais pu quitter la maison, fuguer.
Enfin, l'envie était là, on fantasmait, on rêvait d'un "au-delà merveilleux", de mondes parallèles.
Comme on ne connaissait pas encore le conditionnel, on utilisait pour parler et distinguer notre futur fantasmatique, de la routine quotidienne de notre univers confiné, la formule "on dit que..."
_ "On dit qu'on" a trouvé un avion et que je le pilote... "On dit que" c'est toi qui porte le sac...
Ma mère nous appelait d'ailleurs "Monsieur et Madame Ondiq".
_ Monsieur et madame "Ondiq", allez donc ranger vos chaussettes avant de goûter...
Les adultes avaient un imaginaire pauvre et restreint à l'époque des "Trente Glorieuses"(1)...
Tout pour le "Formica", le "Tergal", le "Teflon", le "Lycra"...
Pour Ginette (2), qui me demande à quelle heure est la manif', je précise que le "Lycra" est une fibre synthétique qui n'a rien à voir avec la "Licra" (Ligue contre le racisme...).


1 LES TRENTE GLORIEUSES
Je suis né pendant les "Trente Glorieuses". Un enfant du "baby-boom". On m'a rien demandé. En ces années d'après guerre et de paix retrouvée, les cinémas et les bals populaires affichaient complets. Alors vous pensez si les naissances allaient bon train.
Les "TRENTE GLORIEUSES" sont ces années de croissance continue, de 1945 à 1975, qui coïncident avec l'explosion démographique, le Baby-Boom, l'avènement de la jeunesse, une nouvelle culture et de nouveaux modes de pensée, "contestation, contraception, consommation...".
Si je devais résumer ces années, voilà comme un flash "spectral", ce que j'en dirais...
_ Le "Jazz", Boris Vian, Saint-Germain"...
_ Un Spoutnick, la chienne"Laïka, Gagarine...
_ Le scoubidou, le "Oula-up"...
_ Fançoise Sagan "Bonjour Tristesse"...
_ Le "Rock", Elvis, James Dean, le Lewis 501...
_ La guerre d'Algérie, "la chanson du déserteur"....
_ Jack Kérouac, "On the road", Les "Beatnicks"...
_ La Nationale 7, Saint-Trop', Le camping des "Flots bleus"...
_ On a marché sur la lune...
_ Bob Dylan, Angela Davis, le Viet-Nam, les manifs'...
_ Mai 68, les pavés, les matraques, la Fac...
_ Le Larzac, les communautés...
_ L'Europe en "auto-stop", Léo ferré...
_ les "Doors", Jimmy Hendricks, Janis Joplin, Woodstock...
_ Les drogues douces, les "Chemins de Katmandou...
_ Les "Autonomes", "La Bande à Baader", "les Brigades Rouges"...
_ Et "Cerise sur le gâteau, "la "parenthèses heureuse" de 1970 et 1980, entre contraception et sida, la liberté sexuelle...
Ces années folles, complètement inattendues, qui ont transformé le siècle et notre génération. Qui ont fait passer le monde occidental d'une société vivrière et laborieuse, à une société de communication et de consommation, où l'individuel et la recherche du plaisir ont remplacé les notions d'obéissance, de soumission et de sacrifice...
Qu'avons nous fait de nos vingt ans ?
"Non, rien de rien, je ne regrette rien.." chantait Edith Piaf...

Commentaires

Nous écoutions
Stairway to heaven de Led Zeppelin – Hotel California des Eagles – Angie Rolling Stones - mais aussi Georges Brassens, Maxime Le Forestier… Jeux interdits à la guitare …Graeme Allwright…

Le baby boom,
Les filles se parfumaient au patchouli. Autour d’un thé à la menthe (ou autres boissons ! hum ! hum !), dans la fumée bleutée des cigarettes roulées à la main, les jeunes refaisaient le monde, échafaudaient des projets de vie communautaire et de retour à la nature.
Jeans délavés à pattes d’éléphant, jupons indiens colorés, grands pulls, vestes afghanes à fourrures, chapeaux, cette mode un peu hippies connaissait un vif succès –
Que de souvenirs !!!

« Qu’avons nous fait de nos vingt ans ? »
Nos 20 ans, nos 18ans, les feux de camp, les guitares, le début des MJC …
Nous avons grandi, nous avons vieilli, nous avons appris
Non, je ne regrette rien, ni ma vie à 18 ans, ni ma vie maintenant -

Ecrit par : lily | 26.03.2008