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06.03.2008

CHAP.V "DE LA P0LlCE ET DU COMMERCE" (REDIF.)

1) C0RRUPTION ORDINAIRE

Un petit vendeur qui étale ses merveilles sur le trottoir ; costumes, cravates, chaussures et chemises comme des dizaines d'autres au coin de la rue.

Passe un policier qui rentre chez lui. La discussion s'engage, le ton monte. Il est 9h30, il aurait dû plier bagages depuis une demi-heure.
Le policier repart avec des pulls, chemises et chaussures de sports pour ses enfants. Autant qu'il peut en prendre sous les bras.

Le petit vendeur vocifère et plie bagage.
Demain, il fermera à l'heure.

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2) DE LA CONTREFAÇON

Le plus difficile au Maroc n’est pas de trouver des objets de contrefaçons, mais des originaux de marques authentiques.

Vêtements, ceintures, chaussures, “Jeans”, en passant par les sacs à mains, lunettes, montres, téléphones, appareils photos, films, DVD, parfums, médicaments…
Tout est contrefait, tout se vend.
Avant même que les films américains ne sortent en France, vous les trouvez à l'étalage, pour dix dirhams (moins d'un euros).
Même les policiers se pressent pour acquérir des dernières nouveautés.
Et ne vous avisez pas de demander à un marchand de la Médina si son blouson « Diesel » cuir, cousu, brodé est authentique… ou à un petit vendeur à la sauvette, si sa montre « Breitling » est fausse…
Ils vous répondront d’un air offusqué, que c’est une « vraie Copie ! »
Au Maroc, la contrefaçon est un «Must».

Ce qui permet aux belles, jeunes et pauvres rabaties, marrakchies ou casaouites d’être si élégantes.
Ont-elles le sentiment de voler les grandes les grandes Maisons ?
Certainement pas ! De toutes façons, elles ne pourraient s’acheter les produits de marque au prix qu’ils coûtent.

Maintenant soyons clairs, il y a deux sortes de contrefaçons.
La contrefaçon de qualité, qui est (presque) le même produit que l’original, disons pour prendre un exemple, un sac “Vuitton”, en cuir, de qualité, soigné et ouvragé, fabriqué en Chine, parfois dans la même usine que l’original.
Et l’autre, une vague imitation en plastique collé, importé de Vintimille par « container ».

Au niveau du prix c’est simple, le produit contrefait de qualité coûte environ la moitié du prix de l’original et la contrefaçon bas de gamme, le dixième.


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3) P0LlCE (pas) DE QUARTIER

Visite d’une exposition de peinture à l'Ecole des Beaux-Arts de Casablanca avec Nassima.
On fait quelque pas sur le trottoir.

Une guérite de policiers, comme il y en a des dizaines à Casa.
Un policier sort et nous interpelle, l’air méchant. Nous voilà dans la guérite.
Il prend nos papiers.
Un européen avec une marocaine, visiblement il ne supporte pas.
Et pourtant, on se tenait même pas la main. On parlait sagement, c’est tout.

Je comprends assez rapidement ce qu’il veut.
De l’argent.
Evidemment il ne demandera pas, c’est à nous de proposer.
Je propose rien.

On peut rester trois heures comme ça, moi assis bêtement sur une chaise, je suis un européen, un touriste, ils me ménagent.
Mais pour Nassima, c’est en français et arable dialectal, qu’elle me traduira après, les insultes, les insinuations, les obscénités et les propositions sexuelles.
Il menace de faire venir un médecin pour vérifier sa virginité.
En quoi ça le regarde ?
Et pourtant il parait que c’est permis.
Moi, tout ce que je sais c’est qu’on se connaît à peine et que cette fille est gentille et sérieuse.
Il menace de prévenir sa famille, de la ficher comme prostituée.
Et il lui fait des propositions...
Si elle accepte de le revoir, il classe l’affaire...
Quelle affaire ?
Il établit des comparaisons anatomiques à son avantage. Lui il est circoncis, ce serait meilleur…
J’en doute, un homme qui est obligé d’user de telles méthodes pour séduire une fille, doit être un piètre amant.

Nassima pleure.
Je donne 200 dirhams, que ce type ne mérite pas.
Ou peut-être, c’est tout ce qu’il mérite, tout ce qu’il vaut, pour ce qu’il est capable de faire.
S’il espère traverser la vie avec cette seule ambition, soutirer de l’argent par jalousie sexuelle et en profitant de son statut...

Sorti de là, je veux aller au tribunal.
Je téléphone à quelques contacts marocains avisés, dont une amie juriste.
La réponse est toujours la même : "Ca sert à rien, tu vas attendre trois heures, ils t’écouteront poliment, te donneront un rendez-vous dans trois mois et comme tu as payé (fusse pour l’honneur et la tranquillité d'une jeune fille, qui pourrait faire autrement ?) Et on dira que c’est de ta faute.

Je payerai plus.

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4) PASSAGE EN D0UANE

La veille d'un retour en France, je perds mes indispensables lunettes de soleil. Par cette lumière aveuglante, pas moyen de vivre sans.
Un petit vendeur de rue m’en propose à trente dirhams ( trois euros).
Des copies de « Rayban », contrefaçon outrageuse, avec un logo énorme.
Même un enfant de quatre ans se laisserait pas prendre. Mais pas le choix, que de fausses griffes.
Les contrôles sont systématiques à l’arrivée des vols en provenance du Maroc.
_ Pas de soucis ! Je les jetterai avant la fouille... Que je me dis.
Le passage en douane arrive.
Je cherche fébrilement mes fausses Rayban pour les jeter. Je risque une amende salée.
Impossible de mettre la main dessus…
C’est mon tour, le douanier m’inspecte de la tête aux pieds et me demande ce que j’ai à déclarer.
_ Rien… Je dis, l'air faux comme une jeton.
Je sais pas mentir, même aux cartes.
Il me laisse passer sceptique.
Je pose la main sur mon front pour éponger un peu de transpiration, et qu’est-ce que je trouve ?
Mes fausses « Rayban » !


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