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05.03.2008

CHAP. IV "DU MARIAGE ET DES FEMMES" (REDIF.)

2) DES ESPECES DIFFERENTES

En Europe, les femmes sont des hommes comme les autres. Au Maroc, les hommes et les femmes sont deux espèces différentes.
Comme le cheval et la vache.
_ J'ai dit une bêtise ?
Personne n'a dit du mal des vaches...
_ Bon, disons le putois et l'hermine, le phacochère et la gazelle...
_ Ça va, comme ça ?
Au Maroc, il y a des choses que les hommes peuvent faire et pas les femmes, m'explique Samira.
_ Comme s'allonger sur un banc, dans l'herbe ou sur une plage…
Pour ne pas offrir son corps au regard concupiscent des hommes...
_ Les femmes ne sont pas concupiscentes ? Mauvaise nouvelle!
_ Ou se baigner sans porter un tee-shirt qui descende jusqu'au bas du dos, voire toute habillée...
Exception faite pour les riches, les dévergondées et les européennes, qui comme chacun sait...
Moi je sais rien, j'suis là pour apprendre.

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3) HORLOGES BIOLOGIQUES

Au Maroc, les hommes et les femmes fonctionnent selon deux horloges différentes.
Celle des femmes fonctionne comme un compte à rebours. Elle est dotée au départ d'un capital temps séduction qui s'égraine au fil des ans.
Celle des hommes fonctionne comme une horloge normale. Elle additionne les heures qu’elle capitalise.
Les femmes sont au maximum de leur séduction entre 20 et 40 ans.
Les hommes au maximum de leur réussite sociale entre 40 et 60 ans.
C'est pourquoi, au Maroc, les hommes mûrs et les femmes jeunes ont vocation à se rencontrer. Lorsque le capital séduction réussite de chacun d’eux est à son maximum.

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4) MARIAGE MAROCAIN

Eté 2007. Rencontre avec Zelma à l'Institut Français d'Agadir.
Les Instituts Français sont des merveilles. Ils maintiennent haut et fort la culture française à l'étranger;

Zelma est doctorante en Droit et en Economie. Elle jouit d'un statut et d'un salaire confortable.
Sa famille habite, malgré sa réussite sociale fulgurante, au bord du désert. Quelque chose comme des sahraouis avec des traditions bien ancrées.

Je farfouille dans les livres et la presse française. Elle m'aborde. La discussion s'installe.
Elle m'invite à boire un verre à la cafétéria, et me laisse payer.
Le soir, elle m'invite à manger, et me laisse payer.
Le lendemain, rebelote .

Au troisième jour, elle me propose le mariage et fixe les conditions avec une rigueur d'ouléma.
Le mariage est traditionnellement un contrat entre deux familles au Maroc.
Je l'écoute curieux et amusé, la liste est longue. Un inventaire à la « Prévert ».
Je dois acheter la maison -ou l'appartement au choix-, le mobilier et l'électroménager...
Les factures, assurances, taxes, impôts, c'est pour moi... La voiture, l'essence, l'entretien, idem...
Je paye évidemment la nourriture, les vacances, le restaurant...
J'en oublie...
Disons je paye tout.

Je risque une question.
_ Qu'est-ce qu'elle compte faire avec son salaire (confortable) ?
Elle me répond avec candeur, que c'est son argent de poche, et avec une logique de Docteur en Economie, que ce qu'elle s'achètera en parfum et bijoux, c'est autant que je n'aurais pas à dépenser...
Evidemment vu sous cet angle, c'est tout bénéfice.

Elle ajoute avec cynisme, que l'avantage, c'est que tout ce que je payerai sera à moi.
Mais elle ne sait pas que je sais, mais moi, je sais qu'elle sait (puisqu'elle est diplômée en droit), que la "moudawana", (la nouvelle loi qui régit le mariage au Maroc) oblige au partage égal des biens en cas de divorce.

_ Ah, dit-elle, j'allais oublier, la dot...
Et bien la dot, ça commence à 50 euros, (je respire, hélas pas longtemps...)
_Mais pour moi, Zelma, princesse du désert, c'est au moins 2000 euros... Je les vaux bien, non ?
Comme je suis pas un goujat, j'acquiesce.
Elle me donne deux jours pour réfléchir.

C'est deux jours de trop. Je lui envoie un texto :
_ Zelma, il n'est pas dans mes habitudes d'acheter une femme..."

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5) DE LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES

Combien de fois ai-je entendu cette histoire?

Une jeune fille se lève, tôt le matin, pour travailler, gagner de quoi nourrir ses frères et soeurs, et parfois ses parents. Ou poursuivre ses études dans l'espoir d'un avenir meilleur.
Dans une rue sombre ou déserte, deux ou trois mauvais garçons la guettent, lui placent le couteau sous la gorge et menacent de lui taillader la joue et de la défigurer.
Ils lui prennent son portable, son argent et ses papiers.

Cette agression est hélas banale, même si, de jour, les rues du Maroc sont plus sûres que celles de la plupart des villes de France, vu la densité des policiers en uniforme, en civil et la solidarité des marocains.

Mais il ne faut pas s'y tromper, cette violence, faite aux femmes, souvent des jeunes filles, ne s'exerce pas dans le seul but de s'approprier leurs maigres biens.
Cette violence représente un caractère symbolique bien plus profond.
Car quelles sont ces filles, ces femmes, qui osent se promener cheveux libres ou voilées, sans mari, sans frère, ni père, seules dans les rues, si tôt ou si tard !?
Ces femmes qui bravent le regard des hommes, qui font fi des propositions ou des insultes qui fusent sur leur passage, qui refusent le destin de soumission millénaire qui leur est dévolu ?

Alors que les soeurs de ces pauvres garçons sont cloîtrées à la maison, destinées à reproduire l'avenir de leur mère.
Ces jeunes filles qui travaillent, qui étudient sont un affront à la tradition, un affront à la virginité, cette qui est l’obsession des petits voyous, sans travail, sans avenir, sans instruction, ancrés dans leur misère et leur ignorance.

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6) SCENE DE MENAGE

Scène de ménage au coin de la rue à Rabat Hassan.
Un attroupement se forme. Personne ne veut perdre une miette du spectacle.
Un couple s’engueule. Le type en reçoit des vertes et des pas mûres.
Deux voisines traduisent pour moi, en léger différé, comme quand on écoute un discours de Sarkozy sur deux chaînes à la fois.
Sauf que c’est pas du Sarkozy, pas du fleuret moucheté. C’est des répliques à la « Audiard », du Pagnol, rue Ben Abdellah. En arabe dialectal aux sonorités riches et gutturales.
Samira et moi on prend des notes, pour enrichir notre répertoire...
Les marocaines ont un tempérament de feu, pour le meilleur comme pour le pire.
Tout y passe, ses défauts, ses retards, ses chaussettes…
On va bientôt apprendre ses contre performances…
Je décroche.

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7) DEUX DESTINS DE FEMMES

Ça pas loupé, comme on avait pris des notes, Samira et moi, on s’est disputé (voir scène de ménage).
Faut dire qu’on n’est pas des faciles tous les deux. Surtout moi.
Samira a deux qualités : Honnête et courageuse.
Et deux défauts : Têtue.
_ Et l’autre défaut ?
_ Ben têtue…

Trois jours de célibat, ça fait de mal à personne.
C’est un peu comme un ramadan affectif, ça purifie le corps et l’esprit.
Mais trois jours c’est long. J’ouvre mon MSN, vous savez le truc où on est en relation avec ses amis dans le monde entier.
Et « bang! » coup sur coup, en pleine figure, comme un boomerang, deux vieilles connaissances :
Wafaa, grande fille brune, sûre d’elle et ambitieuse.
Et Rabirahim, danseuse orientale (traduisez strip-teaseuse)

Toutes les deux ont éclaté le carcan de leur destinée.
Elles ont quitté le Maroc. Le rêve de milliers de marocains se conjugue à l’étranger.

Wafaa est à Washington.
Elle m’envoie des photos.
C’est une belle et grande américaine, lunettes de star, “santiag” en “croco”, le buste en avant, fière et arrogante.

Rabirahim est à Abou Dhabi.
Que diable est-elle allée faire dans cette galère ?
Je l‘imagine dans un bordel du Golfe, pour hommes d’affaires, gras, onctueux, riches et bagousés.
Dont certaines des bagues pourraient racheter la dette d‘un pays du Thiers Monde.

Deux destins de femmes, deux marocaines, dont seule une petite différence a fait basculer le destin.
Cette différence ?
Pas leur quartier, car les mains écartées, je pouvais toucher les murs des ruelles encombrées de débris, fils électriques et tuyaux courants à même le sol, quand j’allais boire le thé chez leur parents sur les sofas propres du salon.

Non, la différence, c’est quelques années d’études pour l‘une, et un père absent pour l’autre.
Et deux destins qui basculent.
L’une en Amérique.
L’autre à Abou Dhabi.

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