21.03.2008
Mon mai 68 ? Dans le Triangle d’or !
- Ta, ta, ta... tiouu, tiouu, tiouu !
Ça y est, ils nous tirent dessus les cons ! Manquait plus que ça ! La rafale de mitraillette a fait gicler la flotte sur l'avant de notre radeau de bambou. L’un des bambous a éclaté sous l'impact... Sans rien piter au charabia des mecs qui font l'ouverture de la chasse sur notre paquebot, nous comprenons vite que ça veut dire HALTE ! Et qu'on nous intime l'ordre express de nous arrêter. Tu parles... On se le fait pas dire trois fois ! On a quand même du mal à manœuvrer notre radeau de bambous à cause du courant de la Nam Kok, assez puissant à cet endroit.
Ca faisait deux jours que nous descendions les gorges de cette rivière de montagne, sur le radeau que nous avaient fabriqué des “Karennes ” d'une tribu chez qui nous étions restés quelques temps.
La Nam Kok, elle coule quelque part dans les jungles de montagne d'une région aux frontières indéfinies, au nord de la Thaïlande, aux confins de la Birmanie, du Laos et de la Chine du sud. On sait jamais où on est, et à Bangkok, c’est considéré zone d'insécurité. Pas trop de touristes dans le coin...
Nous les avions vus, les troufions, au coude la rivière. Y en avait quelques dizaines, à poil, en train de déconner joyeusement et de se baigner, rive droite. Il y avait des chevaux, des mulets aussi... Ils nous avaient pas vu tout d'abord les mecs, vu qu’on glissait silencieusement le long de la rive gauche, sous une voûte végétale ombragée. Mais nous, nous avons vite vu le village investi par des troufions en armes, une centaine peut-être... Une petite île nous a planqués pendant quelques instants à la vue des mecs, puis le courant nous a repoussé en plein milieu de la flotte, sous le soleil... C’est là que les sentinelles qui surveillaient l'aval de la rivière nous ont repérées, et qu'elles nous ont défouraillées dessus.
Merde. Qu’est-ce qu'il va se passer ? Ils ont pas l'air commodes les mecs ! Ils rigolent plus... Nous non plus ! Putain ! Ils sont armés jusqu'au dents. Ça va de la traditionnelle U.S.30 aux mitrailleuses lourdes ! Avec des mecs la poitrine barrée d’énormes bananes de cartouches. On se croirait au Mexique ! Puis ils ont pas l'air déguisés, comme les troufions thaï ou lao, qu’on a l'habitude de voir. Des treillis de toute provenance, délavés mais en état. Des godasses de basket aux panards… Les mecs du village, des Méos, sont parqués sur un terre-plein. Les hommes d’un côté, les fumelles et les lardons de l’autre. Ça chiale chez les fumelles... Au fond du village, y a une hutte calcinée qui a cramé récemment.
Nous débarquons tant bien que mal, sous les regards des troufions. On nous amène à celui qui semble être le chef. Pas de galons, mais c’est vite vu. Grand, maigre, osseux, la quarantaine environ, petite moustache à la Errol Flynn sous le blair, stick à la main. Il a l'œil à tout. Il prend nos passeports, vérifie nos noms, nos gueules et fout nos papelards dans sa poche. Très correct le mec. Mais ferme. Il nous dit de rester là jusqu'a nouvel ordre. Comme il parle quatre mots d'anglais, on en profite pour lui demander quelles forces lui et ses mecs représentent.
- “ Kuomingtang ” qu'il nous répond laconiquement...
Eh bè ! Ça y est ! Nous les tenons nos Kuomingtang ! Ou plutôt ils nous tiennent... On connaissait vaguement leur existence quand on est monté sans cette région, mais ça restait nébuleux...
Quand le petit père Mao a flanqué la grande pâtée à son confrère Tchang Kaï Tcheck, en 48, y a toute une armée du Kuomingtang, celle du Yunnan, en Chine du sud qui a rien voulu savoir. Les troufions ont pas voulu se rendre aux rouges et n'ont pas voulu non plus se replier sur Formose. Ils ont pris le maquis ou plutôt la jungle avec armes et bagages. Des milliers de troufions, avec encadrement et tout. Au début, ils ont continué à faire chier les mecs à Mao, mais à la longue, quand ils ont compris que c’était pas demain qu’ils feraient marrons les Camarades, ils ont changé d’objectifs. Et depuis ils travaillent pour leur propre compte. Ils sont les véritables maîtres des montagnes, se foutent complètement des frontières et ont la haute main sur le trafic des armes, de l'or et de l'opium entre la Birmanie, la Thaïlande du nord, la Chine sud et le Laos.
Les armées régulières lao ou thaï ont bien essayé des opérations conjuguées pour les déloger, avec l’appui de l’aviation ricaine et tout le bordel... Mais elles se sont toujours faites étriller par ces Chinois pirates qui, eux, ne sont pas des guerriers de salon et qui savent pourquoi ils se battent : leur intérêt et un genre d’existence qu’ils aiment...
Voilà ce que c’était mon mai 68 à moi ! L’Aventure ! J’ai appris bien plus tard, au hasard d’une revue illustrée, à Saigon, Bangkok ou Pnom Pen ce qui se passait en France…
16:00 Publié dans Actualités , Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
09.05.2006
Oh! Ulysse, tu piques..
18:42 Publié dans actualités , Blog , Voyage | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
01.05.2006
Respectable mesdames ! Non ?
18:35 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
05.03.2006
Le combat des Voraces et des Coriaces
Le combat des Voraces et des Coriaces.
Or donc en ce temps-là le vieux roi cacochyme
Entendait bien gagner en ce combat ultime
Qu’il menait durement contre son chef des flics
Un nain plein d’ambition : Sarconar-le-lombric.
Les chroniques du temps traitent ces avatars
Sous le nom générique de « Guerre des nullards ».
Le nabot la voulait la place du Chichi
Et cela enrageait le vieux roi défraîchi.
Pour contrer Sarconar, il lui mit dans les pattes
En temps que Grand Vizir un fougueux diplomate,
Un bellâtre doublé d’un fringant aristo
Au nom turfiste : Galopin de Ville-aux-Eaux.
Le premier faisait preuve d’un appétit vorace,
Le second se montrait charmeur mais coriace.
L’un jouait du quart-cher, fustigeant la racaille ?
L’autre dynamitait le Code du Travail !
Sarco mettait ses pas dans les pas du Médef ?
L’autre avec ses grands pieds désespérait l’Unef !
Le nabot, irrité, envoyait ses condés
Quand la France-d’en-bas commençait à gronder…
Cessons pour aujourd’hui ce conte atrabilaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhosne
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne !
(à suivre)
18:55 Publié dans Blog , Livre , Loisirs/Culture , Sciences et technologie , Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note





