19.04.2008
C'est le ouiquinde: on gueuletonne!
Le coq au vin de Ginette et Nicole
- « Allez, Zou ! Viens mon beau. On va tuer le coq! »
C'est ainsi que Ginette, femme du Pays d'Oc
Fit de moi son complice pour saigner "Pyjama"
Et en faire une fête pour tous nos estomacs.
- « Il honore mes poules, mais il me les esquinte.
C'est "viol avec violence", si elles portent plainte! »
Je tiens solidement Pyjama par les pattes
Et lui bloque les ailes pour qu'il ne se débatte,
Elle lui tend le cou sur une casserole
Et plante franchement l'Opinel à virole.
Le sang de Pyjama s'écoule volontiers,
Un grand frémissement et il meurt sans crier...
Telle est la dure et saine loi de la nature :
Tout être est prédateur mais aussi nourriture !
En quatre mouvements, Pyjama est plumé,
Vidé et nettoyé, puis flambé et coupé
En solides portions et mis à mariner
Dans un Cairanne rouge où l'on a ajouté
Oignons piqués de clous de girofle et carottes,
Quelques baies de genièvres, sel, poivre et pas de flotte.
On laisse reposer au frais, toute une nuit.
Au matin on sort les morceaux que l'on essuie.
Au fond d'une sauteuse ou mieux d'une... cocotte,
Faites mousser du beurre dans de l'huile bien chaude,
Et faites-y dorer vos morceaux de volaille
Avec un peu d'oignon et quelques gousses d'ail.
Saupoudrez sur la fin avec de la farine
Toujours en remuant. Faut pas que ça calcine.
Flambez alors le tout avec un Armagnac,
Un marc de Châteauneuf ou bien un bon Cognac.
Puis vous passez dessus le jus de marinade,
Poivre, bouquet garni, sel (pas comme un malade).
Montez alors jusqu'à petite ébullition
Et cuisez doucement. La durée est fonction
De ce qu'est le bestiau. Pour Pyjama trois heures
Mais pour un coq d'hyper entre une et deux heures.
Préparez quelques cèpes, frais ou secs mais trempés,
Vous les sautez dans l'huile, les poivrez, les salez,
Puis vous les rajoutez à la préparation
Demi-heure avant la fin de votre cuisson.
À votre liaison il faut alors penser:
Sortez un verre de sauce, laissez-là reposer,
Puis battez-la avec jaune d'œuf et vinaigre,
De la farine en pluie. Fouettez d'un ton allègre!
Si vous l'avez gardé, vous rajoutez le sang.
Incorporez le tout dans le jus frémissant.
C'est prêt. Sans plus tarder arrêter le réchaud.
Vous buvez un canon et vous servez très chaud.
Avec des tagliatelles ou des pommes vapeur,
Et un bon Châteauneuf, on atteint le bonheur!
Cessons pour aujourd'hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis raz-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne.
Ingrédients et proportions pour six personnes
Le coq au vin est un plat qui doit mijoter. Il s'accommode donc parfaite-ment d'une volaille ayant de l'âge. Il faut une viande qui tienne aux os, et des os solides. Il vous faut donc:
Pour la marinade: - l coq ancien de deux kilos, - 2 bouteilles de bon vin rouge A.a.C., - 2 oignons pour la marinade, - 1 demi kilo de carottes coupées en rondelles, - 4 clous de girofle, - l dizaine de baies de geniè-vre, - 2 cuillerées de gros sel, - poivre du moulin.
Pour le plat: - 2 cuillerées à soupe d'huile d'olive, - gros comme un œuf de beurre, - l oignon émincé, - 3 gousses d'ail, - un peu de farine, - l verre d'Armagnac, Cognac ou Marc de Provence, - l bouquet garni, - l cuillerée à soupe de sel fin.
Pour la sauce: - 1 jaune d' œuf, - l demi-verre de vinaigre de vin, - 2 cuillerées à soupe de farine, - le sang du coq si vous l'avez gardé, - 1 sachet de cèpes secs mis à tremper.
Les vins conseillés:
Pas de demi-mesure pour le coq au vin: les meilleurs rouges de la vallée du Rhône: Côtes-Rôties, Hermitage, Croze-Hermitage, Saint-Joseph, Châteauneuf-du-Pape, Lirac, Gigondas, Vacqueyras, Cairanne, Saint-Gervais, Séguret, Vinsobres, Visan, Sainte-Cécile-Ies- Vignes, Cornillon. En Coteaux du Languedoc, les vins chaleureux de Saint-Chinian, Faugères, Minervois, Corbières, Fitou.
Les Côtes du Roussillon "Villages" de Belesta, Estagel, Maury, les Col-lioure.
Les vins de Provence Coteaux des Baux, Palette, Bandol évidemment, Les Arcs, les grands rouges de Bellet.
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22.03.2008
PÂQUES ? CREDO D'UN ATHEE
Le credo d'un athée
par Roger Léger*
« Je crois qu’il est souhaitable et possible de connaître les lois simples qui gouvernent l’ensemble de l’univers et président à son évolution inexorable; que ces lois sont éternelles comme l’univers, objectives, extérieures à nous, invariables, universelles, et vérifiables.
Je crois qu’elles sont progressivement connues des humains, que ces lois ne sont pas de pures créations de leur cerveau, et qu’elles ne sont pas la propriété de l’un ou de l’autre sexe, ou de quelques cultures particulières.
Je crois que tous les humains peuvent y avoir accès et que, si d’aventure il y a d’autres roseaux pensants dans l’univers, ils découvriront les mêmes lois de la nature que nous et expliqueront de la même manière la naissance et la mort des étoiles, l’explosion des supernovas, la formation des trous que l’on dit noirs, et la structure des protons, des atomes ou de l’ADN.
Je crois que notre destin est de ce monde, où nous pourrions être seuls, et où nous avons fait irruption par la plus grande des chances et le plus incroyable des hasards.
Je crois comme Aristote que ce qui est engendré par hasard n’est pas engendré en vue d’un but; et je crois comme Stephen Jay Gould que les humains sur cette planète sont de simples possibles et non pas le but recherché et nécessaire de l’univers, semblables en cela aux abeilles, aux dinosaures, aux roses et aux nénuphars, aussi bien, hélas, qu’aux rats, à la mouche tsé-tsé, à la peste, à la variole et aux plantes vénéneuses.
Je crois comme Parménide que l’univers est incréé et éternel, je crois comme Martin Rees qu’un multivers est possible, et je crois comme Bertrand Russell qu’il est sans compagnon divin inutile.
Je crois comme Pascal, Lao-Tseu et le Bouddha qu’il y a un infini et que nous en ignorons la cause et la nature; et je crois comme la Bible qu’il ne faut pas invoquer le nom de dieu en vain. Je veux dire, ici, qu’il est, en effet, vain et inutile de se référer à un dieu pour expliquer le monde.
Je crois que la planète Terre et la vie qu’elle supporte sont pour nous ce qu’il y a de plus précieux dans l’Univers, que notre lot, notre devoir, notre souci, ou même notre mission, est de prêter vie, notre vie, si l’on peut, à cet univers pour le temps qu’il durera dans le multivers; que c’est là la plus sacrée de nos tâches de Terriens, notre joie, notre passion et notre dramatique aventure.
Je crois que rien de nous ne subsistera après notre mort que les descendants et les souvenirs que nous laisserons après nous, et que les atomes dont nous étions faits et qui seront recyclés dans l’Univers; je crois que nous serons éternellement anéantis, et qu’il faut accepter notre destin sans se plaindre. Pas de vaine et consolatrice espérance.
Je crois que nous devons nous reconnaitre pour ce que nous sommes, des êtres finis et mortels qui participons tous de l’infirmité commune : rien ne pourra jamais totalement nous satisfaire, et nous serons toujours irrémédiablement ignorants du secret ultime des choses. Nobliau ou grand seigneur de l’Univers, notre destin est fait de joies et de peines terrestres passagères, et de connaissances limitées. Évitons les peines, si l’on peut, et combattons notre ignorance. Sachons nous contenter de notre condition; sortis de l’Univers, connaissons l’Univers. Là est notre tâche et notre destin, là est la sagesse humaine, là, le bonheur des Terriens.
Je crois que nous ne savons pas pourquoi il en est ainsi. Mais je crois qu’il en est ainsi.
Voilà mon credo.
Je ne crois pas en un Dieu qui aurait créé le Ciel et la Terre; on sait assez comment la Terre a été formée et les cieux étoilés ont été allumés au-dessus de nos têtes. Et nous n’avons pas besoin de “cette hypothèse” pour expliquer le Big Bang.
Je ne crois pas à la fable du dénommé Jésus-Christ, Fils unique de ce que l’on appelle le Père Éternel, qu’il ait été conçu du Saint-Esprit, et soit né d’une vierge de Palestine il y a 2000 ans pour le salut du genre humain.
Je peux admettre qu’un Galiléen ait souffert sous Ponce-Pilate, ou sous un autre, qu’il ait été crucifié, qu’il soit mort et ait été enseveli; ce sont là des choses que l’on peut vérifier, qui peuvent donc être vraies ou fausses, et qui arrivent lorsque l’on n’est pas raisonnable et que l’on se prend pour le fils de Dieu et le Roi des Juifs.
Il est absurde de dire que ce crucifié soit descendu aux enfers, qu’il soit ressuscité, et qu’il ait monté au ciel.
Il est prétentieux et absurde d’affirmer qu’un faux prophète de Palestine soit assis à la droite d’un être éternel, et qu’il viendra juger les vivants et les morts.
Il est inutile et également absurde de croire à un saint-esprit, troisième personne d’un dieu trine.
Je n’estime guère l’Église catholique qui se qualifie elle-même de sainte, et je lis son histoire avec tristesse, horreur, colère et indignation.
J’admire sans réserve les croyants en une divinité qui vouent leur vie au soulagement des maux qui affligent les Terriens, mais je trouve inutile de faire accompagner ce dévouement admirable de dogmes absurdes; j’ai en sainte horreur les fables, les censures, les mensonges, les fabrications de faux, les inquisitions et les excommunications; et je n’ai que faire d’un dieu qui nous menace des feux de l’enfer tout en disant nous aimer.
Je ris franchement de la communion des saints et de la résurrection de la chair, comme je ris de la transmigration des âmes, mais je crois de tout mon être en la solidarité nécessaire de tous les humains sur terre.
Je trouve inadmissible d’affirmer sans preuve qu’il y a une vie éternelle.
Quant à la rémission des péchés, nous avons les tribunaux pour les crimes contre l’humanité, les vols, les viols et les évasions fiscales; nous invitons les humains à se corriger de leurs défauts et à se repentir de leurs fautes, et nous faisons ce que nous pouvons pour faire progresser l’humanité et lui enlever de l’esprit de fausses et d’inutiles croyances.
Abandonnons ces mysticismes inquiétants qui troublent les cœurs et qui égarent les esprits, ces dogmes et ces dévotions inutiles qui distraient les humains de la vérité la plus haute: l’Univers est comme un temple et la vie est sacrée; il n’y a pas d’autre dieu à chercher; seul est véritablement religieux, qui sert, qui respecte et qui sauve les vivants.
Je ne vois pas ce que l’affirmation gratuite d’un dieu muet, caché, silencieux et distinct du monde, donc à toutes fins utiles inexistant, vient ajouter de lumières à ce monde ténébrescent qu´il nous faut, ombres noctiluques, illuminer de nos connaissances, de nos rêves, de nos chants, de nos désirs, de nos amours et de nos créations. »
*Roger Léger est un professeur de philosophie Québécois. D’origine acadienne et voltairien dans l’âme, à sa manière, il a participé à la déconstruction des dogmes catholiques et essayé de proposer des voies alternatives à la pensée québécoise traditionnelle. Rédacteur de la revue « Idées et pratiques alternatives », il a été un des premiers à se pencher de manière insistante sur les enjeux écologiques de la fin du XXe siècle et à publier un inventaire des applications pratiques inventives invitant le grand public à solutionner les problèmes que cette discipline naissante dénonçait. Sa pensée ne se laisse guider que par un seul dogmatisme : éviter le dogmatisme.
18:36 Publié dans Actualités , Coup de coeur/Coup de griffe , Résistance , Traditions | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note




