Histoire de renforcer encore les moyens de lutte contre les sectes, Bernard Accoyer, président UMP de l’Assemblée nationale, va présenter aujourd’hui aux députés une proposition de loi visant à accorder aux témoins des commissions d’enquête parlementaires la même protection juridique qu’aux personnes appelées à témoigner devant les tribunaux. Selon lui, plusieurs victimes de sectes ont été attaquées en diffamation dans le passé par les mouvements qu’elles dénonçaient.
Nos sociétés d’individualisme et de compétition forcenés génèrent de plus en plus d’individus en situation de faiblesse. Les sectes en profitent, mais leur stratégie s’est adaptée à la méfiance qu’elles suscitent. La plupart déploie des moyens de recrutement masqués, changent de nom selon les cibles visées, s’infiltrent dans les associations et les entreprises.
Les sectes sont-elles un «non- problème» en France comme l’a affirmé, en février, Emmanuelle Mignon, la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy - des propos partiellement démentis par la suite ? «Il y a en France des centaines de milliers de victimes de groupes sectaires», lui a indirectement répondu, hier, Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, dans une interview à la Croix. Ajoutant : «Tout le monde est exposé. Il est essentiel de protéger la société contre ces organisations qui coupent les individus de leurs repères, de leur entourage, et abusent d’eux au plan mental, physique, financier.»
Dans son rapport annuel qui sera remis ce matin au Premier ministre, Jean-Michel Roulet, président de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) plaide dans le même sens. «L’Etat ne peut pas, l’Etat ne doit pas se désintéresser de la lutte contre ces mouvements qui déploient des moyens considérables pour pouvoir se livrer, en toute impunité, à leurs activités malfaisantes.»
Particulièrement visées par le rapport de la Miviludes, la scientologie et les Témoins de Jéhovah. La Miviludes les accuse de mener, avec d’autres mouvements comme la secte Moon ou les raéliens, un «travail de sape contre la politique française de lutte contre les sectes et de tous ses acteurs». Ces églises pratiqueraient un «lobbying intensif» au sein d’instances internationales comme l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) pour monter les autres Etats contre la France. Résultat : cette dernière est régulièrement montrée du doigt comme pratiquant une politique attentatoire aux libertés individuelles par le département d’Etat américain dans ses rapports annuels sur la «liberté religieuse dans le monde» et sur «les droits de l’homme dans le monde», mais aussi par le Conseil de l’Europe et l’ONU.
Dans leur combat, les responsables de cette mission sont soutenus par les parlementaires membres du groupe d’études sur les sectes. Certains parmi ces derniers siègent d’ailleurs au conseil d’orientation de la Miviludes. Suite aux propos de Nicolas Sarkozy sur la «laïcité positive», tous craignent qu’au nom d’une conception de la liberté de conscience inspirée du modèle américain, la France n’ouvre la voie à un retour en force des religions, « ces sectes qui ont réussi ».
Depuis 1995, les parlementaires se considèrent comme le fer de lance de la lutte contre les sectes. Cette année-là, ils publient un premier rapport sur le sujet. Ils se sont sentis visés autant par les propos d’Emmanuelle Mignon, que par ceux de Michèle Alliot-Marie. La ministre de l’Intérieur chargée des cultes a déclaré en février vouloir «décomplexer la lutte contre des dérives sectaires» et «assurer la liberté de croyance de tous». Dans la foulée, Alliot-Marie a affirmé que ce n’est «pas à la Miviludes de définir une politique, ni de mener des actions de répression.»