07 avril 2008

L'étoile des chemins Nîmois (suite)

La route des Arvernes

La troisième grande voie qui partait de Nîmes jusqu’à Gergovie.

« Cette route est souvent désignée comme chemin Regordan, depuis les chansons de Geste qui ont donné  à l’itinéraire de Nîmes à Langogne le nom porté par la portion de chemin en surplomb située entre Belle-Poile et Langogne. » (« Les chemins à travers les âges en Cévennes et Bas-Languedoc » de P.A.Clément).

Le mot « régordan »est un mot gaulois désignant la portion de chemin surplombant le gour d’une rivière encaissée.

Cette route sortait de l’enceinte romaine de Nîmes par la porte cancière, descendait jusqu’à l’eau bouillie par le chemin de la Lampèze et la rue du Mas de Balan. En haut du col de Barutel, elle part sur la droite en suivant la crête (on retrouve les caractéristiques des chemins primitifs qui prenaient les points hauts pour se guider vers des sommets visibles, ici le mont Bouquet).

78f11be0b66296684829079ce07ab09c.jpgLa route ensuite descendait sur le vallon d’Estausen, passait au pied d’un oppidum et remontait les Escalettes sur la colline de la Garène pour arriver enfin à La Calmette.

Louis de Froidour a retrouvé en 1668, dans le lit du Gardon, au lieu-dit « la pierre plantée », « les restes de quelques piles d’un pont que l’on sait par tradition avoir été emporté l’an 1410 par la même inondation qui emporta le pont de Lézan »

Il est à remarquer que depuis Boucoiran, la route antique (et la moderne) prend comme visée la colline où est perché le village de Vézénobres. Cf. note précédente sur la rando… Elle part ensuite par Ners, les Justices*, la Malautière** et le plan des aires où s’arrétaient les transhumants avec leurs troupeaux, puis passait à Vézénobres par la rue basse et la grande rue…

Elle poursuit son chemin ensuite à travers les Cévennes…

*justice, ça vous rappelle quelque chose ?

**malautière : établissement hospitalieroù étaient hébergés les voyageurs malades (maladreries également)

03 avril 2008

L’étoile des chemins Nîmois

L’habitat nîmois est attesté par de nombreuses traces depuis le VIe siècle av JC.

Grecs et Etrusques passaient par là en venant de la colonie phocéenne de Marseille. Puis vers le milieu du IIIe siècle arrive l’ethnie celte des Volques Arécomiques : la présence de la source de la Fontaine et surtout la situation privilégiée de Nîmes en matière de communication les incitent à s’y installer durablement.

Les Volques pratiquent le charronnage et vont donc doter Nîmes de chemins charretiers. La ville est déjà un nœud de routes important bien avant l’arrivée des Romains.

Pas très loin de la ville, au Nord, derrière les collines mais proche d’une rivière qui forme à cet endroit un grand lac, s’installe un petit village de pécheurs et de cultivateurs. Ces Volques Arécomiques comprennent vite l’intérêt d’être sur la petite colline qui domine ce lac, d’abord dès les premières crues du Gardon déjà redoutables, mais aussi parce qu’ils sont sur le chemin des Cévennes et des plaines fertiles de la Gardonnenque.

Bien sûr, le paysage est essentiellement fait de forêts profondes où regorgent  gibier sauvages, cerfs et sangliers, mais la terre y est riche et les passants nombreux : ceux qui se rendent à la cité nîmoise, important lieu de culte celte(Nemausa), ou ceux, marchands allant vendre le produit de leur travail (pêche, gibier, agriculture…). Beaucoup font halte dans ce lieu accueillant avant d’attaquer les collines. Ce petit village, en fait probablement plusieurs « villas », se situe sur une petite colline et en celte « calm » signifie « petite colline »…n’allons pas chercher beaucoup plus loin l’origine de notre nom « La Calmette »…calmis en latin signifie colline également.

Si vous chercher à La Calmette le chemin de la barque, vous comprendrez vers où arrivait le lac, lequel reprend sa place d’ailleurs lors des inondations…

Ce réseau antique de voies autour de Nîmes doit sa découverte à G.Charvet (1873) qui donnera à chacune de ces voies le nom de la tribu celte avec laquelle elle permettait de communiquer.

Je vous présenterai ces routes et vous parlerai un peu plus longuement de celle passant par notre village dans mes prochaines notes.

A bientôt et…bonne route

11 mars 2008

Enigme historique (la réponse)

Mais revenons à notre énigme et bravo à Cigale qui s'en est vraiment approchée :

Le réseau de routes autour de Nîmes a toujours été important. S'y croisaient les routes du sel, les routes des transhumances, les voies vers l'Espagne ou l'Italie, vers les points de passage sur le Rhône... J'en parlerai plus en détail plus tard.

Or l'usager de la route a toujours constitué une proie tentante pour les collecteurs de taxes.

La Calmette, de par sa situation était parfaitement placée pour profiter de ceux qui montaient vers les Cevennes ou le Massif Central en empruntant la plaine du Gardon, ou ceux qui descendaient vers la ville vendre leur produit, ou vers la mer... ou encore qui passaient d'Uzège vers l'Espagne. Le plus ancien péage connu gallo-romain taxait notamment les vins italiens (déjà) vers Narbonne ou Toulouse... le "crinem vinarium".(Ciceron)

Si les Romains ne paraissent pas avoir abusé des péages, car les facilités de circulation étaient pour eux essentielles, le morcellement territorial qui suivit le bas Empire entraîna une prolifération de péages.

Le péage de La Calmette, situé au départ de la route des Arvernes, est connu grâce à un PV d'enquête de 1260.

Le Viguier de Trencavel notre vicomte, seigneur de La Calmette en était le percepteur. Il n'hésitait pas à prendre des objets ou des vêtements en gage "pignorare mantellum" à ceux qui ne pouvaient ou ne voulaient pas payer.

Le lourd anneau scellé dans le mur servait à attacher autrefois la chaîne que l'on tendait en travers du chemin. Parfois la chaîne était remplacée ou renforçée par une barre de bois qu'un mécanisme permettait de relever ou d'abaisser (d'où le trou rond sur l'anneau).

 (à suivre)

09 mars 2008

Enigme historique (suite)

Allez ! un second indice... le dicton dont je parle c'est :

"on verra plutôt La Rouvière sans vin que La Calmette sans coquin"

Alors ? le lien avec cet anneau de fer sur le mur de la maison de Mme Fabre, ça vous aide ?

"Sé trouvarié pu lèu

La Rouviéro sens vin

qué La Coumetto sens couquin"

ou encore :

...La Rouviéro sens argèn (argent)

Qué La Coumetto sens brigén" (brigand)

Ah ça, on ne les aimait pas trop ces Calmettois à l'époque !

07 mars 2008

Enigme historique (suite)

Je vous aide, tant pis... j'aggrandis la photo pour vous aider à situer, mais je ne donne pas la réponse.

A quoi cela servait-il ? Cela fait vraiment partie intégrante de notre histoire et je vous aide encore un peu , ça a contribué à un dicton célèbre concernant nos concitoyens de l'époque Moyenâgeuse.

C'est donc sur la facade de cette superbe demeure médiévale, maison romane de La Calmette
Allez ! à vous de chercher !

Nouvelle énigme concernant notre village

Reconnaissez-vous ce lieu dans le village ?

Si vous allez à pied à la poste ou au centre commercial, vous l'avez certainement déjà vu.

Mais savez-vous à quoi servait le trou ovale sur le petit arceau de pierre ? et ce petit anneau de fer, à mi hauteur à droite ?

Cette petite énigme constitue la première étape d'une "ballade" que je vous inviterai à faire avec moi les jours à venir à travers l'histoire de notre village, sur la route des Arvernes.

29 février 2008

le bourrelier

On m'a demandé de reparler de cette histoire, c'est avec plaisir que je la réédite. Je reviendrai sur ces vieux métiers souvent disparus, qui ont fait de notre païs ce qu'il est.

"Quand mon père était jeune, chaque village possédait son bourrelier-sellier. Il faut dire que tous les paysans possédaient un ou plusieurs chevaux, les autres aussi d’ailleurs puisque c’était le mode de transport le plus utilisé (avec le vélo bien sûr). Bien entendu les transports en commun (d’ailleurs le relai de diligence était à côté du café…), la poste, les marchants ambulants, le médecin, etc. bref presque tout le monde. Mon grand-père paternel était le bourrelier de La Calmette, il en fut le dernier.

Il était à la fois bourrelier et paysan avec quelques terres et vignes à entretenir. Un peu plus tard, il achètera le « café du progrès », rue de la république, et il s’est donc retrouvé paysan-vigneron-bourrelier et limonadier… « 36 métiers, 36 misères » dit le proverbe ! Et ma pauvre grand-mère, Laurentine, fut mise à contribution.

Levée très tôt pour ceux qui partaient aux champs et venaient prendre le café du matin, à midi pour les repas servis en salle, et le soir souvent jusque bien après minuit pour le client qui ne partait pas … qui avait consommé un seul café et restait là « pour économiser » le chauffage chez lui ! Et en ces temps-là, on ne mettait pas un client dehors ! Mais je reparlerai plus tard des cafés (faut dire qu’à La Calmette, il y a eu jusqu’à 5 cafés…)

Revenons au bourrelier. Il travaillait le cuir, la toile et la bourre. Il fabriquait les licous, les harnais, les bâts, les colas qu’il rembourrait pour que ça ne blesse pas le cheval. Mon grand-père avait un beau papier à entête dont j’ai retrouvé par miracle un échantillon :

medium_entete_bourrelier_gustave.JPG

 

Les traits étaient en fer avec de petites attaches de cuir reliés au harnais par une boucle. C’était ce qui retenait le cheval à la charrette quand il reculait « Dia, dia ! ».Il fabriquait aussi les sous-ventrières, les brides, les courroies…c’était solidement cousu avec du ligneul passé à la poix, parce qu’un cheval ça force, quand il tire tout le harnachement travaille. Mais le bourrelier coûtait cher, il n’y avait ni cordier ni tannerie au village et fallait s’approvisionner en ville"

24 février 2008

La "Royale"

A l'occasion du festival du film taurin qui a lieu ce week-end dans notre village voisin St genies, et en hommage à L. Chaleil, je vous livre ce récit qu'il a écrit dans son livre "la mémoire du village".

"(…) Mardi après-midi, grande course royale. La veille et l’avant-veille, on avait fabriqué l’arène avec des charrettes qu’on disposait en rond de part et d’autre du toril. Avec les ridelles et des planches, on fermait les trous par où le taureau aurait pu s’enfuir. Et sur les charrettes, on installait des bancs où les gens s’asseyaient pour suivre la course. Tout le village s’y mettait, il fallait voir ça, à vingt ou trente, vieux et jeunes travaillaient pour que ça soit prêt à temps. Mais ce bel enthousiasme mourait avec la fête, et chaque propriétaire devait venir récupérer sa charrette, surtout si le travail pressait."

Les razeteurs venaient de Nîmes, d'Arles, de Beaucaire, de tous ces pays où la bouvine est reine. Le soir, c'était la traditionnelle course de vachettes "emboulées" réservée à la jeunesse, et les gens venaient assister aux "razets" des jeunes gens, en payant l'entrée. Les cornes des vachettes étant protégées par des emboules, c'était moins risqué que pour les razeteurs de la course "royale", qui travaillaient à cornes nues. Mais enfin, un coup de frontal ou un bon "bachouchage"quand l'animal vous piétine ou vous traîne sur quelques mètres, ça fait mal.

Les parents venaient admirer les prouesses de leurs rejetons; et les jeunes s'élançaient sur la piste, ils voulaient pas montrerqu'ils étaient des mauviettes. Maisça détalait partout comme des lapins.

(...)"

18 février 2008

Le monastère d’Estelzin (suite)

 

En 1254, Elzéar, Seigneur d’Uzès, leur fait don de trente livres tournois, à la charge d’entretenir un prêtre séculier à perpétuité, afin de prier pour le repos de son âme.

En 1393, Geoffroi Paumier (certainement un descendant de François Paumier, hi hi) leur lègue huit livres d’or… pour la fondation d’un anniversaire en faveur de son âme et de celle de son fils.

(…) En  1742, par acte public, le prieur consent à ne jamais disposer de ce bénéfice …pour  les revenus servir soit à l’éducation des jeunes gens qui se destinent à l’état ecclésiastique ; soit à l’entretien des curés vieux et infirmes…

On ignore la date de la ruine du monastère.

Si on en croit la tradition, les religieuses d’Estouzin demeurent dans cette solitude jusqu’en 1789.

Aujourd’hui de leur monastère il ne reste que quelques ruines et à proximité du village une dépendance : le mas d’Argelas, où l’on disait la messe pendant la Révolution.

(A cette époque, l’évêque d’Uzès la vendra à la famille Argelas, d’où le nom actuel)

Il est incontestable que pendant les longs siècles que les religieuses de St Benoit ont passé dans le monastère d’Estelzin, elles ont exercé une influence sur la population de La Calmette.

Ces ruines sont celles du mas de l'Oume, proche et non celles du monastère comme le commentaire pourrait le laisser entendre.

Je vous ai déjà parlé de la source des Mourgues, à jamais saccagée par les hommes, et surtout cette infâme carrière. Comment imaginer la beauté de ce site d’Estelzin et son calme légendaire, ses jardins luxuriants et les psaumes chantés dans la paix du monastère quand on voit ça à côté !!!!

16 février 2008

1764, à La Calmette (suite)

1764, c’est aussi l’année où Louis Mathei de Valfons voit ses services récompensés par Louis XV. Le roi érige en marquisat les terres de La Calmette et de Massillan.

Célèbre est aussi l’année 1764, dans les annales de La Calmette, par la mission du Père Bridaine de Chusclan. Pour en perpétuer le souvenir, la population élève une croix « monumentale » à l’entrée du village : la grande croix qui se trouve sur la sortie du village quand on part sur Nîmes.

N. de Narbonne Florensac est alors curé ( depuis 1753), Antoine Félix Chalas lui succède .

Ce dernier curé fait tant de « zèle » qu’il a des ennemis assez puissants pour le faire enfermer, par lettre de cachet, au Fort de Brescou. La population s’indigne, 350 d’entre eux font devant notaire une déclaration authentique pour justifier de son innocence et de sa régularité…le Chapitre le soutient, il finira bientôt par retrouver la liberté et revient au village où ses fidèles l’acclament !

Sacrés calotins ces Calmettois, mais sont capables de se mobiliser quand ils pensent qu’on leur fait « injustice » ;

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