03.07.2006

Black Blanc Beur

Le succès de l’équipe de France « Blank Blanc Beur » de 1998 n’était pas une erreur de casting. Démentant les pronostics, l’équipe de France 2006 a d’ores et déjà établi quelque chose qui, quel que soit le résultat de la demi-finale, est un acquis.
Ses couleurs lui appartiennent. Et sa pluralité ne relève pas de la cosmétique, mais de l’association de talents divers.
Je n’ai jamais aimé la formule, mais j’aime la réalité qu’elle essaie d’exprimer. Celle d’un drapeau et de valeurs républicaines partagées au-delà des origines, celle d’une unité nationale à laquelle le talent de chacun contribue. Celle d’une osmose.
En 1998, cette France du foot avait soulevé l’enthousiasme de toutes les autres France. Elle a affirmé par le ballon rond, celui avec lequel tous les gamins et ados jouent, l’idéalisme éthéré contenu au préambule de notre Constitution.
Le 12 juillet au soir de cette année-là, sur les Champs-Elysées, la foule criait « Zizou Président » et tous ceux qui sont conscients de ce qu’a été la brûlure algérienne ne pouvaient pas l’entendre sans se dire que quelque chose se passait qui n’appartenait pas qu'au foot.
Et Le Pen qui avait déjà trouvé cette équipe « trop colorée », mais qui fut vaincu par elle, était réduit au silence.

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Les Français, de toutes conditions, de toutes origines, ont vécu des heures magiques et des fraternités spontanées qui ne l’étaient pas moins.
L’enthousiasme populaire ne trouvait pas d’équivalent si bien que certains étaient allés jusqu’à comparer cet événement à la liesse populaire de l’entrée de De Gaulle et des libérateurs dans Paris en 1945.
C’est que cette victoire nous avait délivré, momentanément, de quelque chose : de l’éternel problème que nous avons avec nous-mêmes et qui nous conduit si promptement à tant de versatilité, de cynisme, d’ironie mordante, d’auto-dénigrement et de manque de foi.
L’échec de 2002 et de 2004 a dissipé le charme et l’entrée en matière poussive de cette équipe en 2006 avait ranimé les esprits chagrins. La patte de Zidane n’était plus vraiment celle qu’on a connue. Les Viera Thuram paraissaient empotés. Henry ne brillait qu’à Arsenal.
Il n’y avait que le môme Ribery que 69 % voulaient voir titularisé contre la Suisse avant, aussi vite, de lui réattribuer le rôle du joker.
Le Pen y est allé alors de son antienne. En Espagne aussi, en France, on a pu entendre ironiser sur cette équipe de France qui, du point de vue de l’épiderme de ses joueurs, n'en serait pas une. Et une blague circulait en Allemagne selon laquelle la France était la dernière nation africaine en lice.
Oui, convenons-en, cette équipe là ne ressemble à aucune autre.
Pas à celle de l’Italie, pas à celle de l’Allemagne, pas même à celle du Portugal.
Elle dément magistralement qu'une nation soit seulement affaire de pigmentation de peau.
L’équipe de France ressemble à la celle de France.
Il ne s’agit pas de l’accepter qu’au moment de ses victoires ou de ces sacres.

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