07.07.2006
Non alignés
L'étude publiée par le directeur adjoint du département d'opinion publique à l'Ifop, Jérôme Fourquet, dans les colonnes du Figaro, révèle le trouble et la confusion qui taraude le pays.
Il en ressort que 69 % des personnes interrogées ne font ni confiance, ni ne font de différence entre la droite et la gauche et, par ailleurs, que de nouveaux comportements électoraux paradoxaux s’installent: un quart de l'électorat – que l’auteur de l’étude qualifie d’électorat de non-alignés - qui voterait Le Pen au premier tour se reporterait sur Ségolène Royal au second tour tandis que 15 % des sympathisants socialistes, 21 % parmi les verts, 23 du PC et 32 de l'extrême-gauche, préfèreraient le ministre de l'Intérieur à la présidente de Poitou-Charentes.
Cette image tendrait à confirmer que le clivage historique est dépassé. Cela donnerait raison, d'une certaine manière, au positionnement de François Bayrou.
Rien n'est moins sûr pourtant.
Plus qu'un dépassement, c'est d'un symptôme qu'il s'agit. Symptôme d'une infantilisation d'un peuple qui ne fait plus de différence là où il y en a d'assez visibles, qui mesure mal les enjeux et, tout en se piquant d’honorer une tradition de nation politique, révèle surtout qu’il se voue aux travers de la politisation et à l’idéologie, ne voyant plus dans la politique qu’un jeu virtuel et non pas, fondamentalement, le formulation des actions à conduire et soutenir les mieux à même d’assurer l’intérêt du pays.
Il suffit en effet de voir le programme des uns - renationalisations, sur l'impôt, et des autres, leur discours, immigration, sécurité, école, emploi, etc, leurs points d'achoppement fondamentaux, pour se persuader qu’il y a des différences dans la vision du pays et de son avenir, dans la manière d’assurer l’intérêt général, dans la volonté de réformer l’administration, de réduire le nombre de fonctionnaire donc, à efficacité constante voire améliorée, le coût de fonctionnement de l’Etat, de réduire la dette, etc.
Alors, comment est-on parvenu à ce niveau d'imperception de la réalité politique et de ce qu'elle implique?
Les politiques y sont sans doute pour quelque chose. Mais les médias, probablement, ont leur part de responsabilité.
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Qui n'a pas son avis, n'est pas Français!
Le phénomène médiatique qui a précédé en mai 2005 le référendum sur le traité constitutionnel de l’Union européenne est à observer. L’emballement de la machine médiatique, celui de la bloggosphère, a été tel que le traité, qui n’aurait pas dû passionner comme cela a été le cas, est devenu un succès d’édition, commenté par tous, jugé par tous.
Le succès médiatique d’un des bloggeurs, professeur d’économie dans un IUT du Sud de la France, censurant et notant le traité comme s’il s’agissait de la copie d’un de ses élèves, et le recalant pour excès de libéralisme avait été mis en exergue très largement. Tous les JT avaient fait un reportage sur prof citoyen qui cumulait plusieurs dizaines de milliers de visites sur son blog.
C’était beau, on aurait dit du veau : chacun se croyant obligé d’encenser le réveil de l’intérêt et de l’intelligence politique dans ce pays !
-Alors, monsieur le boulanger, vous avez lu le traité. Qu’en pensez-vous ?
- Au paragraphe 4, alinéa 12, il me semble qu’il est trop libéral.
J’y vois, personnellement, de la vanité et de l’inconséquence.
L’inverse de la politique.
L’inverse de la démocratie.
C’est avec cela qu’il faudra en finir: la démagogie galopante, le règne des mesquineries et de l'étroitesse d'esprit. Le pays ira beaucoup mieux après.
09:35 Publié dans médias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.07.2006
Intouchables
La liberté de la presse est une des conditions de la démocratie. Mais elle n'est ni la seule condition - d'autres institutions organiques n'y concourent pas moins et y ont toute légitimité -, ni l'assurance, abritée derrière l'inviolabilité de sa liberté, que cela lui confère un privilège d'impunité.
La perquisition opérée à Midi Libre, relatée ce jour, 6 juillet 2006, mais aussi, à Orléans, l'action judiciaire diligentée par le parquet après publication d'un reportage sur les faucheurs d'OGM, témoignent peut-être d'un rééquilibrage entre le couple presse-justice, qui au cours des années a pu donner lieu à quelques confusions et complaisances préjudiaciables - le juge se faisant journaliste, le journaliste le justicier par l’entremise parfois de tiers intéressés et manipulateurs - plus qu'elles ne sont profitables à la démocratie.
Je me crois, afin d'éviter tout malentendu, obligé de le préciser: c'est tout ce qui m'intéresse.
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Le sujet, quelques soient les effarouchements qu'ils suscite au sein d'un corps que je respecte, mérite d'être approfondi.
Sur le cas particulier de la gestion Blanc du Conseil régional, je n'ai pas d'opinion formée sur le fond. Le rapport de la Chambre régionale de la Cour des comptes sera rendu public dans les prochains mois. Mais sur la forme même de ce type de "révélations", il y a fort à dire et notamment sur le risque de partialité de relayer un point de vue des comptes d'une collectivité sans prendre en compte la justification politique.
La proposition rejetée de donner la parole au mis en cause Jacques Blanc pour qu'il se justifie - et certifie en quelque sorte l'enquête - ne suffit pas à satisfaire les exigences d'une justice - celle des comptes - sereine.
En effet, cela aboutit à altérer, par l'effet de la publication prématurée, la capacité de réponse du mis en cause. Celle-ci est prévue dans le cadre de la procédure contradictoire instruite par les magistrats de la Cour des comptes.
Le rapport final, il faut le rappeler quitte à enlever à la gloire d'un pseudo scoop, a vocation, in fine, à être rendu public.
Alors, il y a, à mes yeux, un peu du grand guignol à s'ériger devant un lectorat ou une opinion publique, ce à mi-chemin d'une procédure inachevée, en procureur politique et de se substituer au juge, dont on peut se demander si la publication d'un des éléments du rapport ne constitue pas une pression morale sur lui dans la rédaction finale du rapport.
Il y a peut-être aussi une forme d'imposture empreinte de populisme, à se poser là en opposition à un juge qui serait trop zélé lorsqu'il enquête, pour « la complicité pour violation de secret professionnel ». On mesure - en lisant l'article signé J. Vilacèque - que des policiers du SRPJ ne sont guère enthousiastes, même s'ils y sont contraints, à exécuter cette perquisition : « On a d’autres choses à foutre que d’être là… ».
Est-ce à dire que l'action du juge lui-même, dans son action, est inopportune?
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La rédaction de France 3 Orléans, rapporte le Monde dans son édition du 5 juillet, a été visitée après un commentaire dans un reportage sur le procès de faucheurs d’OGM, relaxés en première instance et pour lequel le parquet a interjeté appel.
Le commentaire était celui-ci : « La Cour d’appel est composée d’un président, et de deux magistrats… Mais il paraît que dans les ministères à Paris, on s’intéresse de près à l’arrêt qu’ils vont prendre et ils ne seront peut-être pas si seuls, finalement…. ».
Il y a, pour le moins une insinuation implicite et incongrue sur l’indépendance des magistrats.
Le parquet a ouvert une enquête pour « discrédit public jeté sur un acte judiciaire » ce qui a provoqué l’émoi de la rédaction.
Si celui de la rédaction est compréhensible, celui du parquet, au nom de l'institution judiciaire, est, lui, légitime.
Des commentaires de la sorte ne sont pas si rares.
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Il n’y a pas de pouvoir sans contre-pouvoir.
Mais le quatrième pouvoir lui-même, dans une économie concurentielle de l'information, fortement polémiste, exaltatrice de l'opinion, n'est pas le lieu de la vertu. Dans une société saturée d’images, d’informations, de fantasmes, de propagandes, doit-il être le seul finalement à être « intouchable », comme si sa licence absolue garantissait la démocratie de tous les abus de pouvoir sauf, le cas échéant, du sien.
Je ne suis pas toujours certain que l'enjeu tienne à son bon fonctionnement.
Il y a eu des victimes civiles, celles de l'affaire d'Outreau, ou politico-financières : Longuet, acculé à la démission, sur qui a été jeté l’opprobre, avant de faire tardivement l’objet d’un non lieu. DSK sur l’affaire de la MNEF, abandon des poursuites pour prescription.
Quant à l’affaire Clearstream et au précipité éditorial auquel elle a donné lieu au printemps, elle constituera peut-être un prototype du genre.
Mais au delà du judiciaire, le poids du quatrième pouvoir - aujourd'hui étendu au net - est si important qu'il fait et défait, sans que son influence réelle soit identifiable comme telle, beaucoup de choses.
La société de demain, donc les citoyens de demain, y seront, si l'Etat doit continuer à avoir un sens et une importance pour eux, certainement plus vigilants qu'aujourd'hui.
11:20 Publié dans médias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liberté de la presse


