13.03.2008

Le droit de mourir

La situation médicale et humaine de Chantal Sébire, cette femme de 52 ans affectée par un cancer qui la défigure et la condamne sans espoir de rémission, nous touche tous. Sa détresse nous interpelle au plus intime de ce qu'est, sera ou serait, dans des conditions semblables, notre rapport personnel à la souffrance, à la maladie, à la mort.
Quelques mois après le combat médiatique de Mme Marie Humbert pour son fils, Vincent, qui a engendré un long débat en France et donné lieu à la loi Léonetti sur la fin de vie, Chantal Sébire relance la revendication controversée sur l'euthanasie active.
Elle veut se voir reconnaître, au stade de sa maladie et de sa souffrance, la légitimité légale d'un droit à mourir que chacun, dans des conditions strictes, pourrait invoquer pour lui-même et déléguer à un praticien ou une équipe médicale.
La loi de 2005, qui a failli s'appeler loi Humbert, si je me souviens bien, n'a pas défait le principe fondamental de vie pour se concentrer sur les dispositions d'accompagnement palliatif.
Par contre, le législateur a voulu maintenir et s'attacher à l'intangibilité d'un principe qui est celui du droit, comme de la médecine: la protection de la vie est sacrée, non pas du point de vue religieux, mais social, légal.
Concilier ce qu'il y a de relatif à ce qu'il y a d'absolu dans la vie de chacun dans le cadre d'une société, qui génère le droit, qui génère la culture, qui génère la tradition, qui fonde la nature d'une civilisation, n'est peut-être pas possible et encore moins souhaitable.
Ce débat reviendra sans doute souvent. Beaucoup de choses peuvent évoluer, mais pas l'affirmation fondamentale de ce qui constitue l'axe éthique et déontologique autour duquel s'organise notre vie en commun.
Il fonde le tropisme d'une civilisation.
C'est ce principe qui rend l'eugénisme inacceptable du point de vue de la morale et de l'éthique quels que puissent être, demain, dans un siècle, les tentations et les problèmes des futures générations, la charge que représentent ou pourront représenter la vieillesse ou la maladie dont on sait que, si elles peuvent être soulagées, elles ne seront jamais vaincues.
Elle est tournée et structurée autour d'un principe de vie. Et c'est ce que nous devons veiller à leur léguer et qu'eux mêmes devrons transmettre.
Le toucher serait le dégrader, si peu que ce soit, et nul ne peut mesurer, quelles que soient les protections, les serments d'aujourd'hui, les conséquences qui pourraient naître de cette altération.
Il reste et restera la compassion. Elle consubstantielle à l'humanité et aux droits de l'Homme.
Aucun droit ne peut la remplacer.