03.04.2006

Parce que la République le vaut bien

Il y a des réalités qui pourraient devenir très vite indécentes. Parmi elles, celle d’une génération vermeil très à l’aise dans ses baskets, sur ses rollers ou ses VTTs contrastant avec une jeunesse aux prises avec une société bloquée.

De plus en plus de retraités fringants, débordants de vitalité et d’enthousiasme, gagnent en camping-car les rives du Maroc profiter du soleil et de la puissance de l’Euro qui leur permet, là-bas, d’avoir les domesticités et le pouvoir d’achat qu’ils méritent.

Il est heureux que notre démocratie sociale ait toutefois pu offrir les collagènes, le viagra et une santé resplendissante à certains de ses membres.
L’économie de marché ne ment pas. Elle a probablement beaucoup de défaut, mais elle n’a pas celui de mentir sur ce que nous sommes.

Certains d’entre ceux qui défilent aujourd’hui, bénéficieront sans doute de la retraite plus longtemps parfois qu’ils ne l’ont eux-mêmes financée et, emplis d’une solidarité bienveillante et compréhensive, encouragent leurs enfants et petits-enfants à "résister" face à l’avancée de la "précarité" et de l’Europe ultra-libérale.

Je n’ai rien contre le progrès social et encore moins contre le progrès matériel. J’aspire moi-même à de tels bénéfices. Mais je ne voudrais pas les usurper.

Pourtant, cette société du troisième âge radieux pourrait ne pas être choquante et représenter la réussite d’une société.
Dans les conditions actuelles, il est pourtant douteux que les jeunes générations fassent preuve longtemps de magnanimité à l’égard de leurs aînés.

Elles finiront par réclamer, ce qui est leur droit, un examen de ce à quoi les arrangements que nous avons pris entre nous les enchaînent et au-delà une expertise sérieuse sur ce qui a conduit à un tel état de fait. Que vaudront ces "tous ensemble", ces images vieilles comme la fatigue et l'usure.

Ils auront droit à cet inventaire moral parce que eux n’auront pas d’autre choix que d’affronter la réalité et qu'il faut espérer que, lorsque ceux qui ont aujourd'hui une dizaine d'années et qui viendront eux aussi sur le marché du travail, ces jeunes auront su leur réserver une autre réponse que celle, idéologique et protectionniste, qu'une majorité d'entre nous a réservé à la jeunesse d'aujourd'hui.

Chacun, parmi les organisations syndicales, politiques, parmi les commentateurs, est libre aujourd’hui d’exalter chez eux ce qu’il croit devoir exalter, de voir dans l’expression du désarroi ce qu’il désire y voir, pour son propre satisfecit, mais tout cela sera dangereusement vain si cela ne fait que reproduire des postures éculées qui nous font friser le ridicule.

Quelle plus grande espérance peut-on placer dans la jeunesse de ce pays que de la voir se comporter dans notre République mieux que ne l’ont fait ses aînés ? Ce n’est pas faire de l’auto-flagellation que de dire que ce peuple, depuis vingt ou trente ans, a fait preuve de légèreté et a largement corrompu le sens de la République pour lui faire épouser étroitement le sens de leur propre intérêt.

On peut ensuite en faire porter les torts à la classe politique. On peut ensuite déplorer qu'on a celle qu'on mérite. Quel infantilisation. Ce ne sont là que des défausses médiatiques ajoutées les unes aux autres. Elles forment le mur de notre cynisme et de notre désinvolture.

Compte tenu de la dette que nous laissons à ceux qui nous suivenrt, du taux de chômage qui est le leur, de la qualité de la démocratie que leur léguons, ceux qui se précipitent pour adouber l’actuelle contestation anti-CPE, devraient faire preuve au moins d'un peu de retenue et de doute.

J'ajoute, au moment où ils est probable qu'un grand nombre de départs à la retraite s'ont annoncé dans la fonction publique et qu'à tout le moins il paraît nécessaire d'y mettre quelque ordre, l'actuelle mobilisation me semble préparer le terrain à un immobilisme de plus qui profitera aux mêmes composantes de la société française.

Un journal aujourd'hui dans ma ville met en exergue le titre suivant : 10000 manifestants espérés mardi.
La mienne d'espérance est d'une autre nature. De voir ce pays renaître à partir de ces cendres. Une renaissance, finalement, ce n'est pas la réalité qui a changé, mais la manière de la voir et de s'en armer pour conquérir l'avenir.
Il faut vouloir s'enrichir pour cela et ne pas se méprendre sur ce qui y participe.