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25.05.2008

Au possible tout le monde est tenu

Les Israéliens, comme les Américains, font du découplage de la Syrie vis à vis de l'Iran une des conditions majeures concernant la normalisation des relations et une avancée sur la conclusion d'un accord de paix syro-israélien, comprenant la restitution du plateau du Golan.
Si l'on en croit la presse israélienne, la prise de distance entre Damas et Téhéran pourrait survenir sans que Damas la provoque, car le président iranien Ahmadinejad vient de faire part de "sa surprise et de son mécontentement" devant les tractations en cours entre la Syrie et Israël, considérant qu'il s'agit de la part de Damas d'"une violation de ses engagements à l'égard de l'Iran". Un ton particulièrement âpre dont on peut se demander s'il ne constitue pas, en soi, une première fissure dans l'alliance syro-iranienne.
Reste à savoir, si cette déclaration - rendue publique - traduit ce qu'il semble, si la Syrie se rangera auprès de son "allié" d'arrière-plan ou choisira, à la faveur d'un contexte qui peut lui être propice, de réorienter sa diplomatie vers un renouveau.

A Israël, la Syrie a fait savoir, sur la « question » de rompre les liens avec l'Iran, que cet aspect n'était pas dans le paquet des négociations et "qu'il ne fallait pas mettre la charrue avant les boeufs".
Le ministre des Affaires étrangères syrien se rend à Téhéran aujourd'hui.
Le likoud, qui constitue l'opposition au gouvernement isréalien, par la voix de son président, Gideon Sa'ar, a déclaré que "le Likoud ne se sentirait pas lié par un accord de paix négocié entre le gouvernement Olmert et la Syrie, s'il revenait aux affaires".

Le chef du hamas, Khaled Mashaal, de Damas, où il est établi, a dit, lui, son trouble par rapport aux pourparlers de paix. "Le Hamas n'est pas heureux de ces développements. Nous pensons que le président El-Assad commet une grave erreur s'il ne coordonne pas ses efforts avec l'ensemble du monde arabe et islamique".
L'"ensemble du monde arabe et islamique" est sans doute géographiquement compris dans les limites des frontières de l'Iran...
Selon le quotidien arabe "Asharq Alawsat" basé à Londres, l'Iran, en signe de sa désapprobation des pourparlers syro-israéliens engagés à son insu, a promis au Hamas des "roquettes et des fonds", pour 150 millions de dollars.

Enfin, le commandant en chef de l'Armée, Dan Halutz, a déclaré, répondant ainsi du point de vue stratégique à ceux qui considèrent que restituer le Golan, annexé à la suite de la guerre de 1967, équivaudrait à exposer dramatiquement Israël, que "le plateau du Golan n'était pas indispensable à la sécurité nationale". "Israel doit absolument en tenir compte et ne pas commettre les erreurs de la seconde guerre du Liban", a-t-il ajouté.

A partir du Golan, c'est incontestablement un équilibre géopolitique nouveau - Liban, Syrie, Jordanie, Israël, Palestine - qui pourrait s'établir dans la région, en excluant l'Iran.
Mais il exige tant, de part et d'autre, que rien n'exclut que chacun puisse sacrifier cette perspective au maintien d'un statu quo qui satisfait les extrêmes, les illusions et les peurs qu'ils entretiennent.
Il subsiste, pourtant, un chance concrète de voir la situation changer radicalement au profit d'Israël, de la Palestine, de la Syrie, du Liban et de la Jordanie qui formeraient, alors, un ensemble géopolitique cohérent.
Au possible, tout le monde est tenu.

24.05.2008

Plusieurs printemps

L'opération dite « Mère des deux printemps » à Mossoul a permis de démanteler le réseau d'Al-Qaïda. 1.480 personnes ont été arrêtée, dont 300 suspects qui étaient recherchés.
"Des dirigeants importants d'Al-Qaïda, dont des responsables militaires, des responsables du renseignement, ainsi que des membres des groupes (insurgés sunnites) Ansar Al-Sunna, Jaich Al-Moujahidine (Armée des Moujahidine) et de la Brigade de la révolution 1920 figurent parmi les personnes arrêtées", a déclaré le porte-parole du ministère de l'Intérieur irakien.
Soutenue par l'armée américaine, l'armée irakienne a mené depuis le 14 mai à Mossoul, à 370 km au nord de Bagdad, une vaste offensive contre la branche irakienne d'Al-Qaïda, très active dans cette région.
Les opérations menées aujourd'hui dans les quartiers chiites de Bagdad, survenant après la « pacification » de Sadr City, témoignent de la reconquête du gouvernement Maliki sur des zones où jusqu'à présent il n'avait pas droit de cité.
Les réseaux chiites et ceux d'Al-Qaïda et de l'insurrection sunnite ont représenté, depuis 2003, les deux mâchoires qui enserraient littéralement le pays et ont paru, un temps, en mesure de le déchiqueter.
En quelques semaines, pourtant, l'étreinte de ces deux mâchoires est en passe d'être desserrée.

Cela permet d'ores et déjà aux Américains de considérer la possibilité d'alléger leur dispositif en Irak d'un quart. Le général Petraus, qui supervise les opérations militaires dans la région, l'a lui même dit, il y a quelques jours, revenant sur sa précédente position qui avait consisté, il y a moins d'un mois, a préconiser devant le Congrès américain le gel du retrait des troupes. Il n'a pas été contredit par le département d'Etat.
C'est, il me semble, la preuve que la normalisation irakienne est en cours et qu'elle progresse réellement, avec désormais des résultats tangibles construits autour de l'idée de la souveraineté de l'Irak.

Parmi les éléments déterminants, il faut souligner la valeur de la position du grand ayatollah Ali Al-Sistani. Cet éminent dignitaire du clergé chiite irakien a reçu, à Nadjaf, le Premier ministre Al-Maliki, il y a peu, et a déclaré à cette occasion soutenir la légitimité du gouvernement, au grand dam de Moqtada Sadr et de l'armée du Mahdi qui désespéraient - désespèrent - du manque de soutien émanant du clergé chiite irakien à leur égard. Il faut se souvenir qu'au plus fort de la crise de Sadr City, l'iman Moqtada Sadr avait dénoncé, déjà, le manque de soutien de Nadjaf à sa cause s'indignant de le voir laisser mourir les siens sans bouger.

La paix est donc en train d'être gagnée, pas à pas, quartier par quartier, homme par homme et les démons s'enfuient. En se ralliant au gouvernement élu, en respectant la démocratie, le clergé chiite a scellé, peut-être, le sort des insurrections et favorisé les conditions d'un retour rapide à la normale.
Le spectre d'Al-Qaïda, vil ectoplasme, s'effiloche en cherchant déjà à se « rematérialiser » sur le conflit israélo-palestinien pour y accomplir le dessein qu'il n'a pu réaliser ni en Irak, ni en Arabie saoudite, ni au Pakistan. Il est condamné à vivre terré, comme une maladie maligne, aux fins fonds de l'Afghanistan.
Quant à l'Iran et à son rêve d'union chiite, il est dans une position qui justifie qu'il redoute désormais l'isolement. A la fois sur le Liban, sur la Syrie, qui en poursuivant des pourparlers de paix avec Israël «manque à ses engagement envers l'Iran», et sur l'Irak, il essuie des pertes d'influence.

La mécanique qui semblait pouvoir absorber la région se grippe. A ce titre, la menace de l’ayatollah Ahmad Khatami, proche du président Ahmadinejad et du Grand Ayatollah Ali Khamenei, guide de la Révolution, est éloquente. Il a dénoncé dans des termes vindicatifs, hier, un accord de sécurité que doivent signer le gouvernement irakien et les États-Unis sur la présence des troupes américaines dans ce pays.
Il a ajouté que l’accord prévoit que les forces américaines pourront lancer des attaques à partir de l’Irak «contre tout pays qui soutiendra les groupes terroristes». «C’est de l’esclavage sans fin, c’est la pire humiliation et servitude (...). Toute main qui signera un tel accord sera considérée par l’Iran comme un traître à l’islam, au chiisme et au peuple irakien», a-t-il notamment déclaré.

Ces prédications virulentes empêcheront-elles l'Irak de déterminer et ses alliances et son intérêt, librement et souverainement? Beaucoup d'éléments, dans l'actualité irakienne comme dans celle de l'ensemble de la région, semblent le démentir au point que, désormais, même des attentats terroristes, des tensions de l'Armée du Mahdi, qui pourront encore survenir, ne pourront remettre en cause la structure fondamentale de l'Etat irakien et sa légitimité, ni, celle du Liban, qui va élire son président demain, ni même empiéter, en dépit des difficultés, sur le destin de la Syrie et de la future Palestine.
Peut-être y-a-t-il, de fait, plusieurs printemps en gestation.

23.05.2008

La jacquerie n'est pas supportable

On peut comprendre l'exaspération des pêcheurs français compte tenu de leur difficulté à vivre de leur métier. Pour autant, un certain nombre d'actes de vandalisme, de vols, de violences, sont intolérables et ne correspondent pas tout à fait à des débordements. Quand il s'agit de voler et de distribuer les poissons des étals dans les grands magasins, chez les grossistes ou de procéder à la distribution gratuite de carburant dans des stations, on est dans la jacquerie.
Elle peut avoir des aspects sympathiques aux yeux de certains de nos compatriotes par effet de transfert, mais n'aboutit à rien.
Les pêcheurs doivent reconnaître que l'effort accompli par le gouvernement est exceptionnel, car il l'est. Dès lors, le maintien de barrages, le blocage de dépôts de carburant, toutes mesures destinées à élargir la protestation risque de se retourner contre eux car si la situation de la pêche française est aussi désastreuse qu'elle semble l'être, cette profession ne peut pas s'exonérer de responsabilités qui lui sont propres et tout imputer à l'Europe ou à la France.
Il faut arrêter de prendre les Français pour des imbéciles.
On est prompt à le dire aux gouvernants, parce qu'il n'y a pas cible plus facile et que c'est la nature des gouvernants que de servir de punching-ball.
Mais il faut aussi savoir le dire, et avoir l'honnêteté de le penser, aux pêcheurs. Nul ne peut être insensible à leur difficulté, refuser qu'ils puissent bénéficier de mesures sociales appropriées à la spécificité de leur profession, mais aujourd'hui la radicalité de leur action se situe dans un registre qui n'est pas acceptable.
360 millions d'euros, dont 40 millions d'euros au titre de la compensation "sociale" du surcoût du carburant sur le revenu net des salariés, quand même !

La hausse de la production céréalière n'endiguera pas les effets de la flambée des prix

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) signale que la flambée du prix des denrées alimentaires se poursuit alors même que les dernières prévisions indiquent une production céréalière mondiale record en 2008.
Celle-ci est désormais proche de 2,2 milliards de tonnes, y compris le riz usiné, soit une hausse de 3,8 % par rapport à 2007, indique un communiqué publié aujourd'hui à Rome. Les productions d'huiles et d'oléagineux, de sucre, de viande, de produits laitiers, ainsi que la production aquicole et la culture de la pomme de terre sont également en hausse.

La FAO signale cependant qu'en dépit des perspectives favorables de la production mondiale pour diverses cultures, les marchés tendus entraîneront probablement la poursuite de la volatilité des prix. De plus, le déclin escompté des prix de nombreuses denrées de base durant la campagne 2008/2009 sera vraisemblablement limité car il faudra reconstituer les stocks.

"La nourriture n'est plus une denrée bon marché comme autrefois. La hausse des prix ne fera qu'aggraver la situation de privation déjà inacceptable dont sont victimes 854 millions de personnes", déplore Hafez Ghanem, Sous-directeur général de la FAO responsable du Département économique et social.
"Nous risquons de voir de nombreux autres millions venir gonfler les rangs des affamés", met en garde M. Ghanem.
La FAO, qui qualifie de "préoccupante" pour les pays vulnérables cette hausse soutenue, indique que, d'ici à fin 2008, le panier annuel d'importations alimentaires de ces pays pourrait coûter quatre fois plus cher qu'en 2000.
Selon la dernière édition du Bulletin "Perspectives de l'alimentation" de la FAO, la facture d'importations alimentaires des pays à faible revenu et à déficit vivrier devrait s'élever, en 2008, à 169 milliards de dollars, soit 40% de plus qu'en 2007.

Les cours internationaux de la plupart des denrées agricoles de base ont commencé à baisser, mais il est peu probable qu'ils retombent aux bas niveaux des années précédentes, précise le rapport.
L'indice FAO des prix alimentaires est demeuré stable depuis février 2008, mais la moyenne des quatre premiers mois de l'année reste encore supérieure de 53% à la même période de l'année dernière.

"Rectifier les iniquités"

«Si l'on ne répond pas à la crise alimentaire actuelle en prenant en compte les droits des membres les plus marginalisés de la société, un effet d'entrainement risque d'aggraver la crise et de mettre en péril d'autres droits fondamentaux, notamment le droit à la santé et à l'éducation», a averti aujourd'hui Louise Arbour, Haut Commissaire aux droits de l'homme, à l'occasion de la session spéciale du Conseil des droits de l'Homme sur la crise alimentaire, à Genève.

Dans son discours, la Haut Commissaire, attribue la crise actuelle à une «convergence perverse de plusieurs facteurs, y compris des distorsions entre les réserves et la demande, des règles commerciales injustes, ainsi que des mesures politiques faussées, y compris les mesures d'incitations ou les subventions.».

Elle a averti qu'un cercle vicieux à long terme risque de se propager, alliant discrimination et faim et renforçant «le schéma enraciné d'exclusion et de discrimination qui empêche les plus vulnérables de faire valoir leur droit d'obtenir de la nourriture».
«L'accès à une nourriture adéquate est un droit protégé par le droit international», a-t-elle rappelé.

Pour Louise Arbour, «la nature de cette crise transcende les frontières nationales. Elle exige des mesures concertées de la part des Etats pour rectifier les iniquités qui ont contribué à cette situation d'urgence et qui menacent à présent de la faire perdurer».

Les enjeux et les contingences

Comme si l'écheveau de la situation n'était pas suffisamment compliqué, la médiation turque visant à normaliser les relations entre le Syrie et Israël rencontre des complications supplémentaires.
Alors que la médiation turque, chargée de dégager les termes d'un accord de paix entre la Syrie et Israël semble progresser, Ehud Olmert, Premier ministre d'Israël, ayant dit qu'il était « prêt à aller loin dans les concessions qui seront forcément douloureuses », le trouble s'empare d'une partie des opinions concernées qui pointent désormais l'hypothèse que ces négociations seraient une «diversion».
Selon ces thèses, la reprise des pourparlers entre la Syrie et Israël serait surtout le moyen pour le chef du gouvernement turc - dont le parti AKP pourrait être déclaré illégal par la Cour constitutionnelle turque -, pour son homologue israélien - fragilisé par des accusations tenaces de malversations financières -, de faire une diversion pour échapper à leurs destins respectifs.
Seul, Bachir El-Assad, pourrait sembler « désintéressé » dans cette opération. Mais ce n'est pas le cas. Assad ne chercherait, via cette médiatisation, qu'à briser son isolement international et se sortir de l'affaire de l'assassinat de l'ancien premier ministre Rafik Hariri et du procès ultérieur qui met en cause son régime.

On ne peut pas oublier, en 1995, l'assassinat d'Itzak Rabin par un fondamentaliste juif, désireux de compromettre le processus de paix dans lequel l'ancien Premier ministre était sérieusement engagé. Sans préjuger de la culpabilité ou pas d'Ehud Olmert dans les affaires de corruption qui le visent, il n'est pas illégitime de se demander si ces procédures judiciaires à répétition ne participent à assassiner «politiquement» le Premier ministre.
Cela d'autant que le principal témoin, l'homme d'affaire américain, Morris Talansky, a, peut-être, «été encouragé de venir en Israël pour donner des preuves contre le premier ministre par un groupe de rabbins ultra-religieux majeurs qui veulent la chute d'Olmert de peur qu'il brade la souveraineté juive sur le Mont du Temple et les autres parties inaliénables de Jérusalem». L'intéressé nie être revenu en Israël dans le cadre d'une telle sollicitation, mais admet avoir reçu un appel d'un important rabbin «et sa bénédiction» avant d'être interrogé par la police.
Selon un journaliste indépendant cité par le Jerusalem Post, Morris Talansky fait partie d'un "cercle orthodoxe" qui aurait entretenu des liens d'affaires avec l'ancien maire de Jérusalem et le soutenait financièrement pensant qu'ils tenaient un adeptes de l'intégrité de Jérusalem. Ils se seraient sentis trahis par les concessions auxquelles s'est dit prêt l'actuel Premier ministre, en Novembre, lors de la conférence d'Annapolis, sur Jérusalem-Est.

En tout état de cause, est-il possible d'exclure totalement une instrumentalisation politique du judiciaire? S'il n'est pas possible de l'exclure, alors la question de l'opportunité d'une enquête judiciaire affectant de manière considérable l'autorité du premier personnage de l'exécutif, amoindrie considérablement par le résultat calamiteux de la guerre du Liban en 2006, en pleine reprise d'un processus de paix se pose.
Le problème est en effet désormais dans la capacité du gouvernement d'Ehud Olmert à conserver une marge de manoeuvre. C'est peu dire que son annonce a suscité la réprobation d'une grande partie de la population. On comprend que les quelques 20000 colons israéliens qui se sont établis sur le plateau du Golan s'accrochent à cette terre, mais c'est surtout le rejet de la population générale qui est catastrophique pour le Premier ministre israélien.
68% d'entre eux, selon un récent sondage, sont hostiles à la restitution du plateau du Golan à la Syrie.
On est loin de la situation exacerbée connue lors du retrait des colonies de Gaza en 2005, mais dont le principe était soutenu par l'opinion publique.
L'opposition du Likoud veut apparemment rendre gorge au chef de la majorité. Benjamin Netanyahu, ancien Premier ministre, accuse ouvertement Ehud Olmert de «se réfugier derrière le processus de Paix avec la Syrie» pour échapper à des poursuites, «préférant sa survie personnelle à l'intérêt national».
Le contexte se radicalise donc sur fond de soupçons de corruption du Premier ministre. Ce dernier est encore entendu, aujourd'hui pour la troisième fois, par la police ce qui ne constitue pas le meilleur contexte pour conduire sereinement des négociations stratégiques, que le Premier ministre considère comme "un devoir national".
Cette situation confirme la nécessité dans une démocratie de séparer le politique du judiciaire, et cela, jusqu'au bout, c'est à dire jusqu'à jusqu'à consacrer l'impunité du Premier ministre ou d'un président au cours de son mandat, de sorte de toujours privilégier la sécurité de l'exécutif.
C'est la mettre - la démocratie - à l'abri des mauvaises surprises, tant il est sûr qu'elle n'est jamais exposée, en la matière, à de bonnes surprises.

22.05.2008

La Dalaï Lama disposé à assister aux JO de Pékin

J'avais évoqué, dans le courrier que j'avais adressé, le 25 mars dernier, à la Présidence de la République, à la veille du passage si mouvementé de la Flamme olympique à Paris, et au moment où tant d'entre nos compatriotes exprimaient leur volonté de voir le président de la République boycotter la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, le 8 août prochain, un "rêve" à conduire. Il consistait à tout faire pour permettre au dialogue sino-tibétain de reprendre et, à ce moment de si forte tension, je faisais remarquer au chef de l'Etat combien il serait approprié, "même s'il n'y avait qu'un Himalaya à franchir" de concourir à faire de Pékin 2008 un haut symbole à l'entrée de ce siècle, en imaginant le possibilité que cette cérémonie d'ouverture puisse être suivie par la Dalaï-Lama, à Pékin.
Je note cette information, délivrée sur le site de France 24:

"En visite en Grande-Bretagne, le dalaï-lama a déclaré mercredi qu'il serait ravi d'assister aux Jeux olympiques de Pékin, au mois d'août, à condition d'y être invité et que les discussions avec la Chine débouchent sur des progrès concrets au Tibet.
Le chef spirituel tibétain, qui n'a reçu aucune invitation officielle, a également déclaré qu'un nouveau cycle de discussions entre émissaires chinois et tibétains - le septième depuis 2002 - aurait lieu lors de la deuxième semaine de juin.
"Certains Chinois ont déclaré qu'ils désiraient vraiment que j'aille (aux JO). J'ai dit 'oui, je serais ravi de venir', mais cela dépend entièrement de notre rencontre", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse. "Si la rencontre se transforme en quelque chose de concret, de constructif, que dans le même temps la situation au Tibet s'améliore et qu'il apparaît que des solutions à long terme sont trouvées, alors je suis prêt à y aller, si je reçois une invitation", a-t-il ajouté.

France 24

Passions sociales

Les spasmes sociaux à répétition auxquels nous assistons en France sont symptomatiques d'une inquiétante dérive démocratique. Le 27 janvier 1848, Alexis de Tocqueville tient des propos, qui surprennent par leur actualité, en s’inquiétant «de passions sociales, bien plus redoutables que les passions politiques, parce qu’il ne s’agit plus seulement de renverser telle loi, tel ministère, tel gouvernement, mais de changer le monde lui-même».
Il ne s'agit pas tant, je le crains, de prétendre le changer pour l'améliorer, ce qui imposerait de relever des défis courageux dans de nombreux domaines, mais de le changer en représentation pour s'exonérer de changer soi-même. L'utopie, de ce point de vue, est une facilité puisqu'elle est impossible et qu'en même temps elle fournit l'alibi de la vertu suprême: «J'ai un privilège ou je bénéficie d'un acquis social, mais je ne l'abandonnerai pas car je souhaite que tous soient alignés sur ma propre condition. Ce n'est pas possible? Changeons le monde».

Que ce soit sur les OGM, sur les retraites, sur l'école, sur le temps de travail, plus on appelle au débat, en France, plus on obtient le radicalisme, les médias, selon leur paradigme, se donnant à coeur-joie d'entretenir des foyers de controverse qui permettent, aussi, de vendre leur audience et d'affirmer leur influence, les instituts de sondage rendant, régulièrement, leur sentence sur le ressenti des Français substituant au temps démocratique son nouveau bornage: entre deux élections présidentielles, une série de sondages.
Voilà la démocratie française dans son habit d'apparat.
On encense donc, désormais, les débats "citoyens" et "participatifs". La gauche excelle dans cette mise en forme. On comprend bien la victoire que peut représenter le fait de donner au plus grand nombre le sentiment qu'il nourrit le débat, qu'il est apte à faire plier un gouvernement, mais cela relève, souvent, de la tromperie.

"In medium veritas", dit l'adage. Notre République, dont il a été dit au cours de la dernière campagne présidentielle, qu'elle devait avoir vocation à être celle des "compromis durables" est partie pour considérer qu'entre deux thèses, le chemin passait quelque part au centre.
J'espère, pour ma part, qu'un jour, que je souhaite être le plus proche possible, les gens - au delà de l'hexagone - reviendront sur un tel précepte qui fait abandonner, il me semble, l'ambition que doit porter et entretenir une nation exemplaire.
Je me fais une réflexion toute ingénue. Imaginons que la vérité - ou le bien public, la probité, l'intelligence, l'intérêt général - soit le blanc et que lui soit objecté, en force ou en nombre, le noir. A quel degré d'aberration démocratique faut-il aller pour considérer que le gris est, alors, la meilleure couleur ?
A quoi faut-il renoncer, finalement, pour accepter qu'il en soit ainsi ?
La vérité. Il faut renoncer à la vérité et à son exigence.
On objectera qu'elle est désormais "relative" et non "absolue" ? Qu'elle est déterminée et résulte des rapports de force et des réactions ?
Je pense que c'est une vision archaïque du processus politique.
Je suis, depuis longtemps, effaré par le fait, dans une société proclamée comme étant celle de l'information, que si peu de choses puissent être considérées désormais comme un curseur fiable. En fait, notre démocratie s'en tient à une bataille d'interprétations donnée devant l'opinion publique.
Le plus fâcheux étant, selon moi, que l'on soit entré dans un culture aux termes de laquelle ce qui fait débat est un signe de vitalité et d'intelligence collective.
C'est un postulat que l'on peut admettre. Mais il se peut considérer, également, que c'est, raisonnablement, le signe d'une décadence quand il fait voir, comme le nez au milieu de la figure, l'impossibilité d'accorder des opinions à ce qu'il est nécessaire de réaliser.
Si l'on choisit, délibérément, de s'en remettre au théâtre des interprétations, au spectacle des antagonismes, on s'éloigne de la République, telle que je l'entends, en tout cas, qui est amour et recherche de la vérité et de la justice au profit de l'intérêt général.

De quoi sommes-nous propriétaires? D'une place, d'une position sociale, d'une sécurité sociale, d'un droit au revenu, au salaire, au confort, au minimum vital?
Je ne crois pas que nous soyons propriétaire de cela mais ce dont nous sommes véritablement propriétaires, à fortiori en démocratie, c'est des conditions générales qui permettent de produire et redistribuer de la richesse nationale, ce dans le cadre de l'intérêt général et dans la conscience objective de l'environnement international.
C'est à cela qu'il faudra que la culture politique revienne.
Ou aille.

Un an de cotisation en plus

Les Japonais tirent la sonnette d'alarme, d'autant plus que le taux de natalité des Japonaises, à la différence des Françaises, représente un déficit dans le renouvellement des générations, avec un plus bas enregistré depuis un siècle.
"Nous sommes devenus une population totalement âgée", note le livre blanc commandé par le Premier ministre, soulignant que « le pays a atteint le plus important niveau de vieillissement de population de tous les pays développés », et "devrait entrer dans une phase qu'aucun autre pays au monde n'a expérimentée pour l'instant".
En 2050, au Japon, le quart d'une population, qui ne sera plus que de 90 millions (contre 128 millions aujourd'hui), aura 75 ans et plus, et 40 %: 65 ans et plus.
En comparaison, selon l'ONU, au niveau mondial, la population des plus de 65 ans atteindrait 16,2 % en 2050. D'ici 2050, on estime que les Japonaises vivront en moyenne 90 ans, leurs compagnons 84. Contre une moyenne qui s'établit aujourd'hui à 86 contre 79.
En 2005, il fallait 3,3 travailleurs pour financer la retraite d'une personne âgée au Japon. Mais en 2050, il n'y aura plus qu'1,3 travailleur par retraité, alourdissant ainsi le fardeau pour tous.
De ce fait, Tokyo a commencé à augmenter l'âge du départ en retraite, passé de 60 à 65 ans, et exhorte les entreprises à généraliser la retraite à 70 ans.

Qu'en est-il en France?

Selon l'insee, les plus de 60 ans représenteraient pour 2008, 21,8% (+0,3% par rapport à 2007) et la tranche des plus de 75 ans, 8,6% (+0,2% par rapport à 2007). A l'horizon 2050, en supposant que les tendances démographiques récentes se maintiennent, la France métropolitaine compterait 70,0 millions d’habitants, soit 9,3 millions de plus qu’en 2005. La population augmenterait sur toute la période, mais à un rythme de moins en moins rapide.
En 2050, un habitant sur trois serait âgé de 60 ans ou plus, contre un sur cinq en 2005. La part des jeunes diminuerait, ainsi que celle des personnes d’âge actif.
En 2050, 69 habitants seraient âgés de 60 ans ou plus pour 100 habitants de 20 à 59 ans, soit deux fois plus qu’en 2005. Ces résultats sont sensibles aux hypothèses retenues, mais aucun scénario ne remet en cause le vieillissement, qui est inéluctable.
L'ensemble de ceux qui seront dans la rue, aujourd'hui, pour s'opposer à l'allongement des annuités de cotisation à 41 ans, sont en plein dans le tempo et le sérieux des enjeux.
Ils sont, pardon, nous sommes, tout à fait libres de transférer les efforts sur les générations qui viennent.
Nous l'avons déjà fait sur la dette et nul ne peut nous en tenir rigueur puisque toutes nos erreurs sont démocratiques et, par définition, solidaires.
Et dire que nous ne parlons que d'un an de cotisation en plus...

Long est le chemin.

21.05.2008

Pax-similé

La question de Jérusalem risque d'être l'ultime pierre d'achoppement dans le processus de paix israélo-palestinien. S'agira-t-il de Jérusalem? Ou de Jérusalem-est? Si Israël, d'une part, a consacré Tel-Aviv comme sa capitale, ce n'est pas par hasard. Par conséquent, il me semblerait concevable que le futur Etat palestinien consacre lui Ramallah, siège de l'autorité palestinienne, comme sa capitale.
Personnellement, je verrais bien pour couronner le processus, s'il venait bien sûr à aboutir, de proposer à ces deux prétendants à l'Union pour la Méditerranée, sinon un statut particulier pour Jérusalem, tout au moins le privilège d'accueillir le siège de l'UPM.
Il y a une opportunité, dans ce sens, à faire valoir auprès des peuples israéliens et palestiniens, afin qu'ils s'ouvrent et s'impliquent dans une perspective d'avenir.
Les hommes libres chérissent la mer. Les peuples peuvent le faire aussi en signe de liberté et de confiance, d'autant que cet espace, pour maritime qu'il soit, est une promesse et un héritage.
Je suis conscient que ce n'est pas ce qui semble se dessiner, mais rien n'est à cette heure fixé. Cela supposerait que quelque pays de la façade maghrébine choisisse de se désister au profit de Jérusalem, «ville de la paix» dont on peut supposer qu'elle puisse devenir, préalablement, celle de la concorde sur ce point.
Il me semble en outre que cette ville, ce point focal, a été un centre de gravité de la Méditerranée pendant de longs siècles et que ses racines plongent encore aujourd'hui dans cette mer.
Par ailleurs, quelle ville peut juxtaposer aujourd'hui la complexité de ce bassin méditerranéen et incarner la rencontre du Nord et du Sud que celle qui voit vivre des communautés se réclamant de l'Occident et de l'Orient, du modernisme de l'un et de la tradition séculaire de l'autre, dans une symbiose qui ne demande peut-être qu'un coup de pouce pour prévaloir sur le sentiment de division?
Bien entendu, je conçois que l'UPM est déjà un peu sur les fonts baptismaux, que des espoirs d'accueillir le siège existent au Caire, à Tunis, à Alger, etc, mais il me semble que si les conditions s'y prêtaient réellement, ce serait un "symbole" politique et historique considérable que d'octroyer via Jérusalem une sorte de siège partagé à Israël et à la Palestine.

Tractations

L'hypothèse d'une normalisation des relations entre Israël et la Syrie, sous l'égide de la médiation turque, aboutissant à la signature d'un traité de paix contre la restitution du plateau du Golan à la Syrie, est un pas considérable vers la réalisation d'un équilibre régional pérenne, chacun rentrant dans son intérêt et dans ses frontières.
Mais c'est une erreur de considérer ce phénomène, exclusivement, par le plateau du Golan, y compris dans son importance stratégique.
A cet égard, la réaction des colons israéliens installés sur ce plateau est éloquente. Pour eux, Ehud Olmert « met en danger Israël ». Leur représentant affirme que "Le Golan est partie intégrante de l'Etat d'Israël et appartient à tous ses citoyens qui ne laisseront pas passer un tel acte irresponsable qui donnerait des atouts stratégiques aux pays ennemis".
Cette tractation turque participe pourtant à une logique d'ensemble.
Elle porte, il me semble, sur les conditions nécessaires pour pacifier durablement la région et « dépolluer » le terrain, rompre le fil des influences extérieures, afin de permettre l'établissement, rapide, de l'Etat palestinien qui pourra finir par être la clé de voute de l'architecture géopolitique de cette région.
Peut-être alors, les utopistes qui considéraient, il y a quelques années, qu'Israéliens et Palestiniens finiraient un jour par s'assurer mutuellement partie de leur sécurité réciproque, avaient-ils raisons.

L'initiative turque sur le Golan et la Syrie s'inscrit dans le même mouvement que l'initiative qatarie sur les relations inter-politiques au Liban, comme sur celle de l'Egypte menée auprès du Hamas pour dégager les conditions d'une trêve. Cela pour le visible, mais il en est également de même pour les efforts diplomatiques sous-jacents.
Ces concomitances sont trop nombreuses et soutenues pour être le fruit du hasard des agendas. Elle répondent à des questions particulières, certes, mais qui sont générées par un problème général posé, il y a exactement 60 ans, par le traumatisme de la création de l'état d'Israël.
Chacune de ces initiatives qui ne paraissent pas délibérément coordonnées vise à permettre de dépasser, désormais, ce traumatisme historique et donner une chance, aussi, à Israël de sortir de sa théorie de l'encerclement.

J'observe que si de nombreux analystes considèrent que le Golan n'est pas, en soi, une offre suffisamment attractive pour la Syrie « que seule la perspective de liens diplomatiques et économiques avec Washington » pourrait inciter à prendre ses distances avec l'Iran, il y a quelques jours, la presse libanaise faisait état de craintes consistant à considérer que le Liban en entier pourrait être la variable d'ajustement de la négociation israélo-syrienne.
Les derniers développements à Doha semblent réfuter cette thèse.
Le Liban revient, difficilement certes, à lui-même. Tous les dangers de rechute ne sont pas écartés. On ignore si le Hamas respectera la trêve qu'il signerait. Si Israël se concentrera scrupuleusement, alors, sur le métier de la paix. Si le Hezbollah tiendra sa parole. Si la Syrie, qui salue le résultat de Doha à l'unisson de la communauté internationale, ne fera pas au Liban d'enfants dans le dos.
Mais les incertitudes ne sont pas nouvelles.
Ce qui l'est, par contre, c'est que se dessine, avec de plus en plus de précision, le contour d'une solution d'ensemble qui fait que, et cela est d'un poids concret, chacun des protagonistes n'est pas seulement comptable d'un mirage dans le désert, dont on peut à loisir se laver les mains, mais d'une réalité humaine, sociale et politique de plus en plus tangible.

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