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25.05.2008
Au possible, tout le monde est tenu
Les Israéliens, comme les Américains, font du découplage de la Syrie vis à vis de l'Iran une des conditions majeures concernant la normalisation des relations et une avancée sur la conclusion d'un accord de paix syro-israélien, comprenant la restitution du plateau du Golan.
La prise de distance entre Damas et Téhéran pourrait survenir sans que Damas la provoque, car le président iranien Ahmadinejad vient de faire part de "sa surprise et de son mécontentement" devant les tractations en cours entre la Syrie et Israël, considérant qu'il s'agit de la part de Damas d'"une violation de ses engagements à l'égard de l'Iran".
Un ton particulièrement âpre dont on peut se demander s'il ne constitue pas, en soi, une première fissure dans l'alliance syro-iranienne.
Reste à savoir si la Syrie se rangera docilement auprès de son "allié" d'arrière-plan, acceptant de se laisser dicter ce que doit être sa politique étrangère sur un enjeu aussi névralgique pour la Syrie que le Golan, ou choisira, à la faveur d'un contexte qui peut lui être propice, de réorienter sa diplomatie vers un renouveau.
A Israël, la presse syrienne fait passer le message, s'agissant de la « question » de rompre les liens avec l'Iran, que cet aspect n'était pas dans le paquet des négociations et, qu'en tout état de cause,"Damas ne veut pas de pré-conditions qui pourraient mettre la charrue avant les boeufs"(*).
La formulation, pourtant, n'exclut pas que la charrue puisse être mise après les boeufs.
Le ministre de la défense syrien se rend à Téhéran aujourd'hui pour discuter des accords de défense mutuels. Il y sera question des "derniers développements régionaux et internationaux".
Téhéran, de son côté, a ordonné aux médias qu'il contrôle de ne pas mentionner les pourparlers de paix entre Israël et la Syrie.
Le Likoud, qui constitue l'opposition au gouvernement israélien, par la voix de son président, Gideon Sa'ar, a déclaré que "le Likoud ne se sentirait pas lié par un accord de paix négocié entre le gouvernement Olmert et la Syrie, s'il revenait aux affaires".
Le chef du Hamas, Khaled Mashaal, de Damas, où il est établi, a dit, lui, son trouble par rapport aux pourparlers de paix. "Le Hamas n'est pas heureux de ces développements. Nous pensons que le président El-Assad commet une grave erreur s'il ne coordonne pas ses efforts avec l'ensemble du monde arabe et islamique".
L'"ensemble du monde arabe et islamique" est sans doute géographiquement compris dans les limites des frontières de l'Iran...
Selon le quotidien arabe "Asharq Alawsat" basé à Londres, l'Iran, en signe de sa désapprobation des pourparlers syro-israéliens engagés à son insu, a promis au Hamas des "roquettes et des fonds", pour 150 millions de dollars.
Enfin, le commandant en chef de l'Armée, Dan Halutz, a déclaré, répondant ainsi du point de vue stratégique à ceux qui considèrent que restituer le Golan, annexé à la suite de la guerre de 1967, équivaudrait à exposer dramatiquement Israël, que "le plateau du Golan n'était pas indispensable à la sécurité nationale". "Israël doit absolument en tenir compte et ne pas commettre les erreurs de la seconde guerre du Liban", a-t-il ajouté.
A partir de la restitution du Golan, c'est probablement un équilibre géopolitique nouveau - Liban, Syrie, Jordanie, Israël, Palestine - qui pourrait s'établir dans la région, en excluant l'Iran.
Mais il exige tant, de part et d'autre, que rien n'exclut que chacun puisse sacrifier cette perspective au maintien d'un statu quo qui satisfait les extrêmes, et assure le règne, qu'ils voudraient infini, des illusions, peurs et antagonismes qu'ils entretiennent.
Il subsiste, pourtant, une chance concrète - mieux, une opportunité - de voir la situation changer radicalement au profit d'Israël, de la Palestine, de la Syrie, du Liban et de la Jordanie qui formeraient, alors, un ensemble géopolitique cohérent.
Au possible, tout le monde est tenu.
*"Damascus does not want preconditions, that would put the cart before the horse ... It does not bargain over its relations with other countries and people".
11:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Proche-Orient, Iran, Israël, Syrie, Palestine, Liban


