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23.05.2008

Les enjeux et les contingences

Comme si l'écheveau de la situation n'était pas suffisamment compliqué, la médiation turque visant à normaliser les relations entre le Syrie et Israël rencontre des complications supplémentaires.
Alors que la médiation turque, chargée de dégager les termes d'un accord de paix entre la Syrie et Israël semble progresser, Ehud Olmert, Premier ministre d'Israël, ayant dit qu'il était « prêt à aller loin dans les concessions qui seront forcément douloureuses », le trouble s'empare d'une partie des opinions concernées qui pointent désormais l'hypothèse que ces négociations seraient une «diversion».
Selon ces thèses, la reprise des pourparlers entre la Syrie et Israël serait surtout le moyen pour le chef du gouvernement turc - dont le parti AKP pourrait être déclaré illégal par la Cour constitutionnelle turque -, pour son homologue israélien - fragilisé par des accusations tenaces de malversations financières -, de faire une diversion pour échapper à leurs destins respectifs.
Seul, Bachir El-Assad, pourrait sembler « désintéressé » dans cette opération. Mais ce n'est pas le cas. Assad ne chercherait, via cette médiatisation, qu'à briser son isolement international et se sortir de l'affaire de l'assassinat de l'ancien premier ministre Rafik Hariri et du procès ultérieur qui met en cause son régime.

On ne peut pas oublier, en 1995, l'assassinat d'Itzak Rabin par un fondamentaliste juif, désireux de compromettre le processus de paix dans lequel l'ancien Premier ministre était sérieusement engagé. Sans préjuger de la culpabilité ou pas d'Ehud Olmert dans les affaires de corruption qui le visent, il n'est pas illégitime de se demander si ces procédures judiciaires à répétition ne participent à assassiner «politiquement» le Premier ministre.
Cela d'autant que le principal témoin, l'homme d'affaire américain, Morris Talansky, a, peut-être, «été encouragé de venir en Israël pour donner des preuves contre le premier ministre par un groupe de rabbins ultra-religieux majeurs qui veulent la chute d'Olmert de peur qu'il brade la souveraineté juive sur le Mont du Temple et les autres parties inaliénables de Jérusalem». L'intéressé nie être revenu en Israël dans le cadre d'une telle sollicitation, mais admet avoir reçu un appel d'un important rabbin «et sa bénédiction» avant d'être interrogé par la police.
Selon un journaliste indépendant cité par le Jerusalem Post, Morris Talansky fait partie d'un "cercle orthodoxe" qui aurait entretenu des liens d'affaires avec l'ancien maire de Jérusalem et le soutenait financièrement pensant qu'ils tenaient un adeptes de l'intégrité de Jérusalem. Ils se seraient sentis trahis par les concessions auxquelles s'est dit prêt l'actuel Premier ministre, en Novembre, lors de la conférence d'Annapolis, sur Jérusalem-Est.

En tout état de cause, est-il possible d'exclure totalement une instrumentalisation politique du judiciaire? S'il n'est pas possible de l'exclure, alors la question de l'opportunité d'une enquête judiciaire affectant de manière considérable l'autorité du premier personnage de l'exécutif, amoindrie considérablement par le résultat calamiteux de la guerre du Liban en 2006, en pleine reprise d'un processus de paix se pose.
Le problème est en effet désormais dans la capacité du gouvernement d'Ehud Olmert à conserver une marge de manoeuvre. C'est peu dire que son annonce a suscité la réprobation d'une grande partie de la population. On comprend que les quelques 20000 colons israéliens qui se sont établis sur le plateau du Golan s'accrochent à cette terre, mais c'est surtout le rejet de la population générale qui est catastrophique pour le Premier ministre israélien.
68% d'entre eux, selon un récent sondage, sont hostiles à la restitution du plateau du Golan à la Syrie.
On est loin de la situation exacerbée connue lors du retrait des colonies de Gaza en 2005, mais dont le principe était soutenu par l'opinion publique.
L'opposition du Likoud veut apparemment rendre gorge au chef de la majorité. Benjamin Netanyahu, ancien Premier ministre, accuse ouvertement Ehud Olmert de «se réfugier derrière le processus de Paix avec la Syrie» pour échapper à des poursuites, «préférant sa survie personnelle à l'intérêt national».
Le contexte se radicalise donc sur fond de soupçons de corruption du Premier ministre. Ce dernier est encore entendu, aujourd'hui pour la troisième fois, par la police ce qui ne constitue pas le meilleur contexte pour conduire sereinement des négociations stratégiques, que le Premier ministre considère comme "un devoir national".
Cette situation confirme la nécessité dans une démocratie de séparer le politique du judiciaire, et cela, jusqu'au bout, c'est à dire jusqu'à jusqu'à consacrer l'impunité du Premier ministre ou d'un président au cours de son mandat, de sorte de toujours privilégier la sécurité de l'exécutif.
C'est la mettre - la démocratie - à l'abri des mauvaises surprises, tant il est sûr qu'elle n'est jamais exposée, en la matière, à de bonnes surprises.

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