« 2008-05-22 | Page d'accueil | 2008-05-24 »

23.05.2008

La jacquerie n'est pas supportable

On peut comprendre l'exaspération des pêcheurs français compte tenu de leur difficulté à vivre de leur métier. Pour autant, un certain nombre d'actes de vandalisme, de vols, de violences, sont intolérables et ne correspondent pas tout à fait à des débordements. Quand il s'agit de voler et de distribuer les poissons des étals dans les grands magasins, chez les grossistes ou de procéder à la distribution gratuite de carburant dans des stations, on est dans la jacquerie.
Elle peut avoir des aspects sympathiques aux yeux de certains de nos compatriotes par effet de transfert, mais n'aboutit à rien.
Les pêcheurs doivent reconnaître que l'effort accompli par le gouvernement est exceptionnel, car il l'est. Dès lors, le maintien de barrages, le blocage de dépôts de carburant, toutes mesures destinées à élargir la protestation risque de se retourner contre eux car si la situation de la pêche française est aussi désastreuse qu'elle semble l'être, cette profession ne peut pas s'exonérer de responsabilités qui lui sont propres et tout imputer à l'Europe ou à la France.
Il faut arrêter de prendre les Français pour des imbéciles.
On est prompt à le dire aux gouvernants, parce qu'il n'y a pas cible plus facile et que c'est la nature des gouvernants que de servir de punching-ball.
Mais il faut aussi savoir le dire, et avoir l'honnêteté de le penser, aux pêcheurs. Nul ne peut être insensible à leur difficulté, refuser qu'ils puissent bénéficier de mesures sociales appropriées à la spécificité de leur profession, mais aujourd'hui la radicalité de leur action se situe dans un registre qui n'est pas acceptable.
360 millions d'euros, dont 40 millions d'euros au titre de la compensation "sociale" du surcoût du carburant sur le revenu net des salariés, quand même !

La hausse de la production céréalière n'endiguera pas les effets de la flambée des prix

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) signale que la flambée du prix des denrées alimentaires se poursuit alors même que les dernières prévisions indiquent une production céréalière mondiale record en 2008.
Celle-ci est désormais proche de 2,2 milliards de tonnes, y compris le riz usiné, soit une hausse de 3,8 % par rapport à 2007, indique un communiqué publié aujourd'hui à Rome. Les productions d'huiles et d'oléagineux, de sucre, de viande, de produits laitiers, ainsi que la production aquicole et la culture de la pomme de terre sont également en hausse.

La FAO signale cependant qu'en dépit des perspectives favorables de la production mondiale pour diverses cultures, les marchés tendus entraîneront probablement la poursuite de la volatilité des prix. De plus, le déclin escompté des prix de nombreuses denrées de base durant la campagne 2008/2009 sera vraisemblablement limité car il faudra reconstituer les stocks.

"La nourriture n'est plus une denrée bon marché comme autrefois. La hausse des prix ne fera qu'aggraver la situation de privation déjà inacceptable dont sont victimes 854 millions de personnes", déplore Hafez Ghanem, Sous-directeur général de la FAO responsable du Département économique et social.
"Nous risquons de voir de nombreux autres millions venir gonfler les rangs des affamés", met en garde M. Ghanem.
La FAO, qui qualifie de "préoccupante" pour les pays vulnérables cette hausse soutenue, indique que, d'ici à fin 2008, le panier annuel d'importations alimentaires de ces pays pourrait coûter quatre fois plus cher qu'en 2000.
Selon la dernière édition du Bulletin "Perspectives de l'alimentation" de la FAO, la facture d'importations alimentaires des pays à faible revenu et à déficit vivrier devrait s'élever, en 2008, à 169 milliards de dollars, soit 40% de plus qu'en 2007.

Les cours internationaux de la plupart des denrées agricoles de base ont commencé à baisser, mais il est peu probable qu'ils retombent aux bas niveaux des années précédentes, précise le rapport.
L'indice FAO des prix alimentaires est demeuré stable depuis février 2008, mais la moyenne des quatre premiers mois de l'année reste encore supérieure de 53% à la même période de l'année dernière.

"Rectifier les iniquités"

«Si l'on ne répond pas à la crise alimentaire actuelle en prenant en compte les droits des membres les plus marginalisés de la société, un effet d'entrainement risque d'aggraver la crise et de mettre en péril d'autres droits fondamentaux, notamment le droit à la santé et à l'éducation», a averti aujourd'hui Louise Arbour, Haut Commissaire aux droits de l'homme, à l'occasion de la session spéciale du Conseil des droits de l'Homme sur la crise alimentaire, à Genève.

Dans son discours, la Haut Commissaire, attribue la crise actuelle à une «convergence perverse de plusieurs facteurs, y compris des distorsions entre les réserves et la demande, des règles commerciales injustes, ainsi que des mesures politiques faussées, y compris les mesures d'incitations ou les subventions.».

Elle a averti qu'un cercle vicieux à long terme risque de se propager, alliant discrimination et faim et renforçant «le schéma enraciné d'exclusion et de discrimination qui empêche les plus vulnérables de faire valoir leur droit d'obtenir de la nourriture».
«L'accès à une nourriture adéquate est un droit protégé par le droit international», a-t-elle rappelé.

Pour Louise Arbour, «la nature de cette crise transcende les frontières nationales. Elle exige des mesures concertées de la part des Etats pour rectifier les iniquités qui ont contribué à cette situation d'urgence et qui menacent à présent de la faire perdurer».

Les enjeux et les contingences

Comme si l'écheveau de la situation n'était pas suffisamment compliqué, la médiation turque visant à normaliser les relations entre le Syrie et Israël rencontre des complications supplémentaires.
Alors que la médiation turque, chargée de dégager les termes d'un accord de paix entre la Syrie et Israël semble progresser, Ehud Olmert, Premier ministre d'Israël, ayant dit qu'il était « prêt à aller loin dans les concessions qui seront forcément douloureuses », le trouble s'empare d'une partie des opinions concernées qui pointent désormais l'hypothèse que ces négociations seraient une «diversion».
Selon ces thèses, la reprise des pourparlers entre la Syrie et Israël serait surtout le moyen pour le chef du gouvernement turc - dont le parti AKP pourrait être déclaré illégal par la Cour constitutionnelle turque -, pour son homologue israélien - fragilisé par des accusations tenaces de malversations financières -, de faire une diversion pour échapper à leurs destins respectifs.
Seul, Bachir El-Assad, pourrait sembler « désintéressé » dans cette opération. Mais ce n'est pas le cas. Assad ne chercherait, via cette médiatisation, qu'à briser son isolement international et se sortir de l'affaire de l'assassinat de l'ancien premier ministre Rafik Hariri et du procès ultérieur qui met en cause son régime.

On ne peut pas oublier, en 1995, l'assassinat d'Itzak Rabin par un fondamentaliste juif, désireux de compromettre le processus de paix dans lequel l'ancien Premier ministre était sérieusement engagé. Sans préjuger de la culpabilité ou pas d'Ehud Olmert dans les affaires de corruption qui le visent, il n'est pas illégitime de se demander si ces procédures judiciaires à répétition ne participent à assassiner «politiquement» le Premier ministre.
Cela d'autant que le principal témoin, l'homme d'affaire américain, Morris Talansky, a, peut-être, «été encouragé de venir en Israël pour donner des preuves contre le premier ministre par un groupe de rabbins ultra-religieux majeurs qui veulent la chute d'Olmert de peur qu'il brade la souveraineté juive sur le Mont du Temple et les autres parties inaliénables de Jérusalem». L'intéressé nie être revenu en Israël dans le cadre d'une telle sollicitation, mais admet avoir reçu un appel d'un important rabbin «et sa bénédiction» avant d'être interrogé par la police.
Selon un journaliste indépendant cité par le Jerusalem Post, Morris Talansky fait partie d'un "cercle orthodoxe" qui aurait entretenu des liens d'affaires avec l'ancien maire de Jérusalem et le soutenait financièrement pensant qu'ils tenaient un adeptes de l'intégrité de Jérusalem. Ils se seraient sentis trahis par les concessions auxquelles s'est dit prêt l'actuel Premier ministre, en Novembre, lors de la conférence d'Annapolis, sur Jérusalem-Est.

En tout état de cause, est-il possible d'exclure totalement une instrumentalisation politique du judiciaire? S'il n'est pas possible de l'exclure, alors la question de l'opportunité d'une enquête judiciaire affectant de manière considérable l'autorité du premier personnage de l'exécutif, amoindrie considérablement par le résultat calamiteux de la guerre du Liban en 2006, en pleine reprise d'un processus de paix se pose.
Le problème est en effet désormais dans la capacité du gouvernement d'Ehud Olmert à conserver une marge de manoeuvre. C'est peu dire que son annonce a suscité la réprobation d'une grande partie de la population. On comprend que les quelques 20000 colons israéliens qui se sont établis sur le plateau du Golan s'accrochent à cette terre, mais c'est surtout le rejet de la population générale qui est catastrophique pour le Premier ministre israélien.
68% d'entre eux, selon un récent sondage, sont hostiles à la restitution du plateau du Golan à la Syrie.
On est loin de la situation exacerbée connue lors du retrait des colonies de Gaza en 2005, mais dont le principe était soutenu par l'opinion publique.
L'opposition du Likoud veut apparemment rendre gorge au chef de la majorité. Benjamin Netanyahu, ancien Premier ministre, accuse ouvertement Ehud Olmert de «se réfugier derrière le processus de Paix avec la Syrie» pour échapper à des poursuites, «préférant sa survie personnelle à l'intérêt national».
Le contexte se radicalise donc sur fond de soupçons de corruption du Premier ministre. Ce dernier est encore entendu, aujourd'hui pour la troisième fois, par la police ce qui ne constitue pas le meilleur contexte pour conduire sereinement des négociations stratégiques, que le Premier ministre considère comme "un devoir national".
Cette situation confirme la nécessité dans une démocratie de séparer le politique du judiciaire, et cela, jusqu'au bout, c'est à dire jusqu'à jusqu'à consacrer l'impunité du Premier ministre ou d'un président au cours de son mandat, de sorte de toujours privilégier la sécurité de l'exécutif.
C'est la mettre - la démocratie - à l'abri des mauvaises surprises, tant il est sûr qu'elle n'est jamais exposée, en la matière, à de bonnes surprises.

Toutes les notes