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22.05.2008

Passions sociales

Les spasmes sociaux à répétition auxquels nous assistons en France sont symptomatiques d'une inquiétante dérive démocratique. Le 27 janvier 1848, Alexis de Tocqueville tient des propos, qui surprennent par leur actualité, en s’inquiétant «de passions sociales, bien plus redoutables que les passions politiques, parce qu’il ne s’agit plus seulement de renverser telle loi, tel ministère, tel gouvernement, mais de changer le monde lui-même».
Il ne s'agit pas tant, je le crains, de prétendre le changer pour l'améliorer, ce qui imposerait de relever des défis courageux dans de nombreux domaines, mais de le changer en représentation pour s'exonérer de changer soi-même. L'utopie, de ce point de vue, est une facilité puisqu'elle est impossible et qu'en même temps elle fournit l'alibi de la vertu suprême: «J'ai un privilège ou je bénéficie d'un acquis social, mais je ne l'abandonnerai pas car je souhaite que tous soient alignés sur ma propre condition. Ce n'est pas possible? Changeons le monde».

Que ce soit sur les OGM, sur les retraites, sur l'école, sur le temps de travail, plus on appelle au débat, en France, plus on obtient le radicalisme, les médias, selon leur paradigme, se donnant à coeur-joie d'entretenir des foyers de controverse qui permettent, aussi, de vendre leur audience et d'affirmer leur influence, les instituts de sondage rendant, régulièrement, leur sentence sur le ressenti des Français substituant au temps démocratique son nouveau bornage: entre deux élections présidentielles, une série de sondages.
Voilà la démocratie française dans son habit d'apparat.
On encense donc, désormais, les débats "citoyens" et "participatifs". La gauche excelle dans cette mise en forme. On comprend bien la victoire que peut représenter le fait de donner au plus grand nombre le sentiment qu'il nourrit le débat, qu'il est apte à faire plier un gouvernement, mais cela relève, souvent, de la tromperie.

"In medium veritas", dit l'adage. Notre République, dont il a été dit au cours de la dernière campagne présidentielle, qu'elle devait avoir vocation à être celle des "compromis durables" est partie pour considérer qu'entre deux thèses, le chemin passait quelque part au centre.
J'espère, pour ma part, qu'un jour, que je souhaite être le plus proche possible, les gens - au delà de l'hexagone - reviendront sur un tel précepte qui fait abandonner, il me semble, l'ambition que doit porter et entretenir une nation exemplaire.
Je me fais une réflexion toute ingénue. Imaginons que la vérité - ou le bien public, la probité, l'intelligence, l'intérêt général - soit le blanc et que lui soit objecté, en force ou en nombre, le noir. A quel degré d'aberration démocratique faut-il aller pour considérer que le gris est, alors, la meilleure couleur ?
A quoi faut-il renoncer, finalement, pour accepter qu'il en soit ainsi ?
La vérité. Il faut renoncer à la vérité et à son exigence.
On objectera qu'elle est désormais "relative" et non "absolue" ? Qu'elle est déterminée et résulte des rapports de force et des réactions ?
Je pense que c'est une vision archaïque du processus politique.
Je suis, depuis longtemps, effaré par le fait, dans une société proclamée comme étant celle de l'information, que si peu de choses puissent être considérées désormais comme un curseur fiable. En fait, notre démocratie s'en tient à une bataille d'interprétations donnée devant l'opinion publique.
Le plus fâcheux étant, selon moi, que l'on soit entré dans un culture aux termes de laquelle ce qui fait débat est un signe de vitalité et d'intelligence collective.
C'est un postulat que l'on peut admettre. Mais il se peut considérer, également, que c'est, raisonnablement, le signe d'une décadence quand il fait voir, comme le nez au milieu de la figure, l'impossibilité d'accorder des opinions à ce qu'il est nécessaire de réaliser.
Si l'on choisit, délibérément, de s'en remettre au théâtre des interprétations, au spectacle des antagonismes, on s'éloigne de la République, telle que je l'entends, en tout cas, qui est amour et recherche de la vérité et de la justice au profit de l'intérêt général.

De quoi sommes-nous propriétaires? D'une place, d'une position sociale, d'une sécurité sociale, d'un droit au revenu, au salaire, au confort, au minimum vital?
Je ne crois pas que nous soyons propriétaire de cela mais ce dont nous sommes véritablement propriétaires, à fortiori en démocratie, c'est des conditions générales qui permettent de produire et redistribuer de la richesse nationale, ce dans le cadre de l'intérêt général et dans la conscience objective de l'environnement international.
C'est à cela qu'il faudra que la culture politique revienne.
Ou aille.

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