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21.05.2008

Pax-similé

La question de Jérusalem risque d'être l'ultime pierre d'achoppement dans le processus de paix israélo-palestinien. S'agira-t-il de Jérusalem? Ou de Jérusalem-est? Si Israël, d'une part, a consacré Tel-Aviv comme sa capitale, ce n'est pas par hasard. Par conséquent, il me semblerait concevable que le futur Etat palestinien consacre lui Ramallah, siège de l'autorité palestinienne, comme sa capitale.
Personnellement, je verrais bien pour couronner le processus, s'il venait bien sûr à aboutir, de proposer à ces deux prétendants à l'Union pour la Méditerranée, sinon un statut particulier pour Jérusalem, tout au moins le privilège d'accueillir le siège de l'UPM.
Il y a une opportunité, dans ce sens, à faire valoir auprès des peuples israéliens et palestiniens, afin qu'ils s'ouvrent et s'impliquent dans une perspective d'avenir.
Les hommes libres chérissent la mer. Les peuples peuvent le faire aussi en signe de liberté et de confiance, d'autant que cet espace, pour maritime qu'il soit, est une promesse et un héritage.
Je suis conscient que ce n'est pas ce qui semble se dessiner, mais rien n'est à cette heure fixé. Cela supposerait que quelque pays de la façade maghrébine choisisse de se désister au profit de Jérusalem, «ville de la paix» dont on peut supposer qu'elle puisse devenir, préalablement, celle de la concorde sur ce point.
Il me semble en outre que cette ville, ce point focal, a été un centre de gravité de la Méditerranée pendant de longs siècles et que ses racines plongent encore aujourd'hui dans cette mer.
Par ailleurs, quelle ville peut juxtaposer aujourd'hui la complexité de ce bassin méditerranéen et incarner la rencontre du Nord et du Sud que celle qui voit vivre des communautés se réclamant de l'Occident et de l'Orient, du modernisme de l'un et de la tradition séculaire de l'autre, dans une symbiose qui ne demande peut-être qu'un coup de pouce pour prévaloir sur le sentiment de division?
Bien entendu, je conçois que l'UPM est déjà un peu sur les fonts baptismaux, que des espoirs d'accueillir le siège existent au Caire, à Tunis, à Alger, etc, mais il me semble que si les conditions s'y prêtaient réellement, ce serait un "symbole" politique et historique considérable que d'octroyer via Jérusalem une sorte de siège partagé à Israël et à la Palestine.

Tractations

L'hypothèse d'une normalisation des relations entre Israël et la Syrie, sous l'égide de la médiation turque, aboutissant à la signature d'un traité de paix contre la restitution du plateau du Golan à la Syrie, est un pas considérable vers la réalisation d'un équilibre régional pérenne, chacun rentrant dans son intérêt et dans ses frontières.
Mais c'est une erreur de considérer ce phénomène, exclusivement, par le plateau du Golan, y compris dans son importance stratégique.
A cet égard, la réaction des colons israéliens installés sur ce plateau est éloquente. Pour eux, Ehud Olmert « met en danger Israël ». Leur représentant affirme que "Le Golan est partie intégrante de l'Etat d'Israël et appartient à tous ses citoyens qui ne laisseront pas passer un tel acte irresponsable qui donnerait des atouts stratégiques aux pays ennemis".
Cette tractation turque participe pourtant à une logique d'ensemble.
Elle porte, il me semble, sur les conditions nécessaires pour pacifier durablement la région et « dépolluer » le terrain, rompre le fil des influences extérieures, afin de permettre l'établissement, rapide, de l'Etat palestinien qui pourra finir par être la clé de voute de l'architecture géopolitique de cette région.
Peut-être alors, les utopistes qui considéraient, il y a quelques années, qu'Israéliens et Palestiniens finiraient un jour par s'assurer mutuellement partie de leur sécurité réciproque, avaient-ils raisons.

L'initiative turque sur le Golan et la Syrie s'inscrit dans le même mouvement que l'initiative qatarie sur les relations inter-politiques au Liban, comme sur celle de l'Egypte menée auprès du Hamas pour dégager les conditions d'une trêve. Cela pour le visible, mais il en est également de même pour les efforts diplomatiques sous-jacents.
Ces concomitances sont trop nombreuses et soutenues pour être le fruit du hasard des agendas. Elle répondent à des questions particulières, certes, mais qui sont générées par un problème général posé, il y a exactement 60 ans, par le traumatisme de la création de l'état d'Israël.
Chacune de ces initiatives qui ne paraissent pas délibérément coordonnées vise à permettre de dépasser, désormais, ce traumatisme historique et donner une chance, aussi, à Israël de sortir de sa théorie de l'encerclement.

J'observe que si de nombreux analystes considèrent que le Golan n'est pas, en soi, une offre suffisamment attractive pour la Syrie « que seule la perspective de liens diplomatiques et économiques avec Washington » pourrait inciter à prendre ses distances avec l'Iran, il y a quelques jours, la presse libanaise faisait état de craintes consistant à considérer que le Liban en entier pourrait être la variable d'ajustement de la négociation israélo-syrienne.
Les derniers développements à Doha semblent réfuter cette thèse.
Le Liban revient, difficilement certes, à lui-même. Tous les dangers de rechute ne sont pas écartés. On ignore si le Hamas respectera la trêve qu'il signerait. Si Israël se concentrera scrupuleusement, alors, sur le métier de la paix. Si le Hezbollah tiendra sa parole. Si la Syrie, qui salue le résultat de Doha à l'unisson de la communauté internationale, ne fera pas au Liban d'enfants dans le dos.
Mais les incertitudes ne sont pas nouvelles.
Ce qui l'est, par contre, c'est que se dessine, avec de plus en plus de précision, le contour d'une solution d'ensemble qui fait que, et cela est d'un poids concret, chacun des protagonistes n'est pas seulement comptable d'un mirage dans le désert, dont on peut à loisir se laver les mains, mais d'une réalité humaine, sociale et politique de plus en plus tangible.