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08.05.2008

Liban: Régression absolue

Il a suffi d'un été meurtrier pour que le Liban, qui se relevait enfin d'une longue guerre civile et renouait avec la croissance économique et un désir de démocratie et de souveraineté, redevienne un pays de décombres, de ruines et de violences.
Il faudra remercier le Hesbollah, à qui le Liban doit "une divine victoire" qui s'accompagne d'une régression absolue jusqu'alors symbolisée par paralysie du gouvernement, privé de président de la République.
Hassan Nasrallah, après avoir soumis le pays à une guerre destructrice, qui a littéralement détruit la renaissance et la croissance économique dans laquelle le Liban était engagé, accompagne la stratégie de décomposition menée par la Syrie et l'Iran sur le Liban.
Les violences d'hier marquent cette volonté de traduire l'impasse dans la rue en débordant le statu quo institutionnel imposé depuis plusieurs mois par les forces pro-syriennes.
Dès lors, la Confédération générale des travailleurs au Liban (CGTL) a pris une responsabilité considérable en organisant cette grande manifestation de revendication salariale. Il faudra que cette organisation assume cette initiative dans l'ensemble de ses conséquences.
Ou il s'agit d'irresponsabilité ou d'une manoeuvre concertée, pour servir les intérêts de l'opposition chiite pro-syrienne et précipiter la chute de Beyrouth.
Il est impossible de croire, dans le contexte du Liban, que la confédération syndicale n'ait pas mesuré l'incidence possible, y compris en terme de violences et de récupération, de son appel à la grève.

Il faudra quand même expliquer comment un peuple, y compris dans sa diversité confessionnelle, pourrait accepter, parce qu'il est sa composante chiite, qu'un Etat dans l'Etat s'installe, nanti de sa propre force armée, nanti de sa capacité de déclarer, de fait, la guerre - ce qu'a fait le Hezbollah au cours de l'été 2006, en provoquant Israël - d'installer son propre réseau de télécommunication, et d'utiliser la grogne sociale comme vecteur pour faire tomber le gouvernement.
Il faudra expliquer comment une telle force, liée à la Syrie et à l'Iran, qui ont armé ces bras, ne peut pour exister s'inscrire dans le désordre constitutionnel et menacer le gouvernement.
Il faut qu'un peuple - et la nation qu'il est censé former et honorer - soit tombé bien bas dans l'idée qu'il se fait de lui-même, de son devoir moral, pour imaginer qu'une majorité puisse accorder crédit à ce viol. Car, que les pro Nasrallah, les étudiants, cités ici, le peuple "qui souffre" et à qui le Hezbollah a vendu la sinistre fierté d'un "divine victory", en soient bien conscients, il s'agit d'un nouveau viol de la souveraineté nationale du Liban.
Les manoeuvres du Hezbollah destinées à étouffer la pluralité de la démocratie libanaise devraient inspirer une vive réprobation, même parmi les Chiites. Surtout chez eux, d'ailleurs.
Ce n'est pas à autre chose qu'à la façon dont on protège sa nation historique, même si elle est jeune, qu'elle est née de toutes sortes d'accidents et de rencontres, que l'on évalue son patriotisme.