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11.04.2008
Les vertus de l'inégalité
Comme la démocratie, le capitalisme c'est le pire système à l'exception de tous les autres. A l'évidence, dans un pays qui cultive, à l'excès, un goût de l'égalitarisme, une telle assertion à laquelle s'est risqué dernièrement dans un débat l'ancien Premier ministre de François Mitterrand, Michel Rocard, font s'étrangler.
Pourtant, il y a une question fondamentale à se poser. Une question éthique d'une certaine manière et qui va au-delà du nombre de fois le salaire médian rend acceptable le salaire, moralement et socialement, le plus élevé, c'est celle de la vertu de l'inégalité.
Difficile de la supporter et de l'admettre, mais, plus qu'un certain nombre de facteurs, elle constitue la justification de la République et de la démocratie. C'est aussi à partir de la constatation de son inégalité, culturelle, économique, sociale, qu'un certain nombre d'individus vont se réaliser. Parfois, trouveront-ils injuste leur condition et cela nourrira leur conscience politique. Parfois, aussi, discrètement, ils feront leur chemin, et participeront au renouvellement des forces et des expressions vives.
Une doctrine politique construite autour de la volonté d'asseoir un monde égalitaire et égalitariste prive finalement chaque individu, chaque être, de son bien le plus précieux: celui d'avancer par lui-même et de se surpasser, y compris dans ses propres raisons de se surpasser (*). Cela en l'amenant, par des séductions souvent, à s'en remettre à la collectivité, à la prise en charge extérieure.
Fondamentalement, c'est une « dépossession » qui, même si elle s'accomplit au profit d'une forme de collectivisme déclaré comme bienfaiteur, n'en demeure pas moins profondément sclérosante.
J'ai lu de Jean Jaurès quelques uns de ses discours. Dans l'un d'entre eux, il déclarait, en substance, que c'était « un crime contre l'humanité que de dire l'humanité moins riche qu'elle ne l'était en réalité ».
Je me suis senti en phase parfaite avec cette phrase.
Sur la question du capitalisme, de l'économie de marché, tout une gauche, avec son intelligentsia, tombe dans cette chausse-trappe idéologique et ne parviens pas à en sortir car elle n'en sortira pas sans dommage.
Alors, en France, elle biaise et se biaise. Ce ne serait pas si grave si elle n'entretenait pas, pour se conserver, un trouble intellectuel qui n'est pas sans affecter les dispositions morales de la nation. Ce n'est pourtant pas parce que la démocratie le permet qu'elle le recommande.
Un monde sans "inégalités" ne peut pas exister. Parce qu'il y l'inégalité réelle, quantifiable, au sujet de laquelle, en faisant un très gros effort d'imagination, on pourrait penser qu'elle puisse être "gommée". Mais il y a surtout l'inégalité ressentie et ce moteur, l'individualisme au service d'une société, est celui qui fait que certains sortent du rang et que d'autres le font aussi.
L'inégalité peut être liée, à ce niveau, à l'indice de vitalité sociale. Est-il besoin de préciser, là, que je ne milite pas pour autant pour la misère.
Je ne fais qu'examiner et à ce titre je n'ai pas de peur à avoir pour poser que ce mouvement là est essentiel à une société. Les régimes qui ont voulu le nier se sont sclérosés et ont sombré.
Si la Chine s'est réveillée, elle le doit à Deng Xiaopping - orthographe douteuse - qui avait fait à son retour des USA, en substance, cette merveilleuse réflexion au sujet de l'économie de marché. De mémoire :"Ce sont les pays capitalistes qui l'ont inventé, mais cela ne leur appartient pas. C'est un outil qui existe et que nous utiliserons". Il a imposé cela à son appareil, dont il a déjoué les archaïsmes, dans les années 70, peut-être au prix de Tien'ammen.
Aujourd'hui, pourtant, chacun peut constater la révolution que cela a produit en Chine.
La Chine d'aujourd'hui a pourtant une ultime révolution à faire, s'agissant des libertés fondamentales. Mais me voilà quittant le périmètre d'origine que j'avais assigné à ma réflexion... Peut-être pas tant que cela car il n'y a pas d'économie de marché sans inventivité, sans génie, sans liberté, sans contradiction.
Après, comme tout cocktail, il y a des dosages différents selon les cultures.
Cela suppose aussi et bien sûr une société de la connaissance ouverte et stimulée, et quelques gardiens - juridiques, constitutionnels, syndicaux aussi – pour, chacun à son degré, l'assurer.
Avouez que cela ferait un beau sujet du baccalauréat.
Autrement exprimé: « Une société égalitaire est-elle plus juste qu'une société inégalitaire? »
Faudrait-il encore que le Lycée soit restitué à sa propre et unique ambition: affuter les esprits.
That's another folk.
(*) Mais que valent de telles considérations au moment où tant cèdent à la tentation de substituer à "relations humaines" le concept impersonnel de "relations inter-personnelles"?
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Eléments de conversation (2)
...Certes, certes, mais je crois que la Chine n'est pas dans son tort lorsqu'elle rappelle le CIO à sa charte qui proscrit toute instrumentalisation politique - superfétatoire, c'est moi qui le rajoute - des JO.
Les JO sont ce qu'ils sont dans leur essence, leur charte et par la symbolique qui s'attache à eux. J'observe à ce égard que notre école publique devrait pareillement s'interdire d'inciter ses élèves à manifester pour promouvoir ses propres intérêts.
Dans un cas comme dans l'autre, il me semble qu'il y a fâcheuse confusion et ce n'est pas toujours lorsqu'on fait tomber des brumes sur un espace, quel qu'il soit, qu'on s'y repère le mieux. On s'y habitue peut-être.
Aux premiers indices de ma myopie, je ne me suis pas alarmé de ne pas voir aussi clair qu'avant... Sans doute, un tel danger me guette s'agissant de la presbytie. Mais j'assume fort bien, ceci dit, mon léger strabisme convergent.
Le progrès de la Chine en matière des droits de l'Homme n'est pas, fondamentalement, affaire de gesticulations mais d'une prise de conscience intéressant Chinois et Tibétains, en l'occurrence.
La dignité chinoise souffrirait-elle ou grandirait-elle en s'ouvrant à la dignité tibétaine?
Le dalaï lama a répondu, il me semble, pour sa part.
On attend - j'attends - que la Chine réponde aussi, la question l'intéressant au premier chef.
Après on peut se faire plaisir.
Je reste persuadé qu'une des clés pratiques - du point de vue spécifiquement politique - est entre les mains de Ma Ying-jeou, qui a remporté les élections présidentielles à Taïwan.
Le monde a besoin d'une Chine nouvelle
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